So much ado about psychoanalysis

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So much ado about psychoanalysis

Message  Malcolm le Sam 27 Mai 2017 - 12:08

Pas plus tard qu'hier soir, je terminais la lecture de Ce que Freud a vraiment dit, de David Stafford-Clark, 1965, aux éditions Marabout Université. Ce livre, qui est un bréviaire se voulant le plus clair possible dans sa concision, je l'ai lu comme on s'administre des piqûres de rappel, vous savez, sur un sujet dont on a une certaine maîtrise, mais pour lequel on veut s'offrir une énième vue synthétique, tout à la fois pour se réassurer et, comme je l'ai dit, pour se rappeler d'un tout dont on a pu perdre des parties. Eh bien, je suis satisfait de pouvoir dire, que ma certaine maîtrise du sujet - donc, de ma certaine immaîtrise idoine - se porte bien, et je dis surtout cela rapport à mes nombreuses excursions psychanalytiques qui, je peux l'admettre expériencialistement, ennuient les moins motivés devant la psychanalyse ! ... les moins motivés d'une part, mais aussi, d'autre part, tous ceux qui veulent la contrer, ceux qui se disent anti- ou en tout cas non-psychanalytiques, et ils sont nombreux aujourd'hui - infiniment nombreux.

Simplement, laissez-moi vous citer quelques passages dudit livre, avant que je ne termine sur un extrait de Peter Sloterdijk, Zorn und Zeit (Colère et Temps), 2006, que je me suis mis à lire ce matin.
D. Stafford-Clark, chap.6, ''le Concept de structure et de fonctions psychiques'', p.126-127, a écrit:Freud était conscient de la nature biochimique de l'activité nerveuse et glandulaire. Il lui reconnaissait toute son importance non seulement dans la chimie de la sexualité et de l'adolescence, mais encore en observant que peut-être un jour les psychoses, et même les névroses, seraient susceptibles d'être modifiées par des moyens biochimiques, plutôt que par la méthode exhaustive, et qu'il reconnaissait incommode, de la psychanalyse.
Suit un chapitre sur "la Théorie générale des névroses", où il est clairement répété que Freud circonscrivait l'usage de la psychanalyse aux phénomènes suivants :
D. Stafford-Clark, chap.7, ''la Théorie générale des névroses'', p.129, a écrit:1. Affections hystériques et personnalité hystérique [par quoi Freud avait débuté neurologiquement et hypnologiquement, en compagnie de Breuer].
2. Etats d'angoisse ; personnalités anxieuses et vulnérables [ce qui, reconnaissons-le, a depuis voulu être pris en charge par des psychothérapies pléthoriques, sur la base pionnière de la psychanalyse, avant laquelle la médecine ne voulait pas s'en soucier].
3. Désordres obsessifs-compulsifs et personnalités obsessionnelles [qui passaient pour de la méprisable folie douce auparavant].
4. Dépression nerveuse ; personnalités spécifiquement vulnérables à ces sentiments d'échec et de désespoir [sauf dans ce cas où la dépression tourne à la psychose, évidemment].
5. Attitudes hypersensibles, soupçonneuses et paranoïdes ; personnalités enclines à ces attitudes [mêmes remarques qu'en 3 et 4].
6. Désordres spécifiques de l'immaturité sexuelle ; personnalités adonnées à ces désordres et victimes de ces désordres [ce qu'à l'époque, on nommait encore perversions sexuelles telles que l'homosexualité, et qui depuis ont été normalisées, après X militances pour le droit à la reconnaissance des minorités ; néanmoins, la psychanalyse fut une étape vers leur décriminalisation, prête à les écouter au lieu de les condamner, on l'oublie trop souvent désormais idiotement, par chronocentrisme].
Alors assurément, on peut s'interroger largement - avec Michel Foucault en canevas - sur cette velléité des instances psy, à laquelle concourt relativement la psychanalyse - quand bien même réflexivement, - de tenter de normaliser (je n'ai pas encore dit normativiser, le normal oscillant dans une fourchette large) certains comportements (soit donc éventuellement de restreindre la largesse de la fourchette) ; par exemple, on peut se demander si les états d'angoisse ne nous en disent pas sur le monde tel qu'il va - avant que de pathologiser un individu, qui revient à l'aliéner quelque part pourtant - ou bien si les attitudes hypersensibles ne méritent pas tous nos ... soins ... je veux dire nos prévenances - plutôt, encore une fois, que d'avoir à être soignées, en ce qu'elles témoignent peut-être de choses autrement inconnaissables. Qui sait ? ... le jugement social joue beaucoup, quant à l'acceptabilité de certaines personnalités ou de certains caractères.
Néanmoins, il est à noter que la psychanalyse ne prétend pas donc, être une panacée universelle de l'esprit, au contraire, puisqu'elle restreint son champ d'action - du moins chez Freud, car l'ouvrage de David Stafford-Clark n'ignore pas que certains intrépides entre les psychanalystes, cherchèrent et cherchent à traiter les psychoses. Or, récemment, cela fit un tollé, notamment au niveau de l'autisme - et pas que l'autisme :
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1669-sur-l-autisme-politique-scientifique#29850
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t904-les-deconvertis-de-la-psychanalyse#15146
Des critiques qui, si le freudisme "était appliqué à la lettre", n'auraient pas eu lieu.
D. Stafford-Clark, chap.10 ''la Profession analytique'', p.193, a écrit:Beaucoup de successeurs de Freud considèrent Analyse terminable et interminable comme un essai pessimiste [et beaucoup d'anti-psychanalystes considèrent l'ouvrage comme un argument contre la psychanalyse en tant que telle, alors qu'il faut bien le dire un témoignage de probité freudien devant sa pratique]. Il existe même de nombreux praticiens de l'analyse qui sont parvenus à refouler le fait qu'ils ont jamais lu ces pages [ce qui est un foutu problème, quand on sait que Freud, malgré certaines motions dogmatiques dans sa démarche socioprofessionnelle devant ses consorts, révisa perpétuellement sa théorie sa vie durant, sans jamais la figer]. Mais en réalité la boucle est bouclée. La perspicacité de Freud a mis en lumière, ainsi qu'elle le devait, la faillibilité de la solution humaine, aussi nettement qu'elle avait mis en lumière la faillibilité des approches antérieures du conflit humain et de sa nature. La psychanalyse avait fini par admettre sa propre faillibilité.
Ce qui est génialement probe, et que nombre de psychothérapies diverses actuellement, ne sont pas prêtes d'admettre, par crainte de perdre en crédibilité. Mais Freud, qui défricha la voie vers l'entente de la sexualité infantile (qu'aucun sexologue ne nie désormais, surtout quand on sait que le garçon connaît des afflux sanguins péniens intra-utérins, et que la petite fille connaît des afflux sanguins clitoridiens dès 3 ans - je ne garantis pas être à jour des connaissances sexologiques, mais enfin, cela suffira là) - et pas que l'entente de la sexualité infantile - a donc apporté une pierre majeure à l'édifice de la psychologie contemporaine, tout en admettant humainement donc, la possibilité de l'échec. Si bien sûr, les improbes entre les praticiens se cacheraient volontiers derrière cette possibilité, pour continuer d'exercer en toute impunité, il n'en reste pas moins que n'importe quel psy (psychologue, psychothérapeute, psychiatre, psychanalyste) doit admettre cette possibilité - et, en fait, l'erreur est présente dans toutes les activités ! seule une profonde humanité le reconnaît probement, et même une scientificité dans la démarche. Bref : Freud reste réellement honorable, serait-ce au titre de l'Histoire psy.

Mais j'avais annoncer citer Peter Sloterdijk, Zorn und Zeit (Colère et Temps), 2006, que je me suis mis à lire ce matin (lecture qui, accessoirement, m'a convaincu de produire ce topic, après David Stafford-Clark, Ce que Freud a vraiment dit) :
Peter Sloterdijk, ''Introduction > le Premier Mot de l'Europe > Au-delà de l'érotisme'', p.25, a écrit:De nos jours se concrétise le soupçon que la psychanalyse - laquelle a largement servi, au XXème, de discipline pilote dans le domaine de la psychologie - a certainement méconnu, sur un point essentiel, la nature de son objet. Les objections sporadiques émises contre l'édifice psychanalytique, objections qui remontent jusqu'aux premiers temps de la doctrine, sont aujourd'hui devenues un refus d'obéissance théoriquement consolidé. Ces objections prennent moins leurs sources dans les querelles interminables autour du manque de démontrabilité "scientifique" des thèses et des résultats psychanalytiques (querelles qui ont tout récemment attiré l'attention une fois de plus à l'occasion de la publication d'un ouvrage problématique, le Livre noir de la psychanalyse) que dans le clivage de plus en plus profond entre les phénomènes psychiques et les concepts scolaires - un malaise dont les auteurs créatifs et pratiquants du mouvement psychanalytique discutent depuis longtemps et en toute franchise. Le doute chronique sur son efficacité spécifique ne constitue pas, lui non plus, le cœur de la contradiction.
Et d'ajouter :
La source du malentendu auquel s'était vouée la psychanalyse tenait à son principe - un principe crypto-philosophique et paré des atours du naturalisme, qui visait à expliquer la conditio humana dans son ensemble à partir de la dynamique de la libido, et donc à partir de l'érotisme.
Bien. De Peter Sloterdijk alors, je ne pourrai pas vous dire beaucoup plus là, puisque c'est précisément le point auquel j'ai arrêté ma lecture pour écrire ce topic. Néanmoins, on pourra toujours s'intéresser à cet autre topic au moins : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1960-philosophismes-psychanalystes-intrinseques#37841

Finalement, tout ce qu'il est de dire, c'est que médiatiquement, il est fait so much ado about psychoanalysis, et que les anti- sont "too much". CQFD.

***

J'oubliais un point crucial. Si Peter Sloterdijk relève que ...
Peter Sloterdijk, ''Introduction > le Premier Mot de l'Europe > Au-delà de l'érotisme'', p.25, a écrit:La source du malentendu auquel s'était vouée la psychanalyse tenait à son principe - un principe crypto-philosophique et paré des atours du naturalisme, qui visait à expliquer la conditio humana dans son ensemble à partir de la dynamique de la libido, et donc à partir de l'érotisme.
... il se trouve que David Stafford-Clark souligne éminemment ceci :
D. Stafford-Clark, chap.2, ''Les 'Etudes sur l'hystérie' et leurs premiers résultats'', p.30,'' a écrit:Freud, au début, n'avait pas l'intention de devenir praticien,  encore moins psychothérapeute. Dans son enfance il s'était complu à s'imaginer sous les traits d'un grand général ou d'un grand homme d'Etat : Annibal était l'un de ses héros favoris.
Par quoi donc, nous voudrons assez bien trouver germinalement les causes de son dogmatisme relatif, devant ses condisciples, dans ses dernières décennies, peut-être ! ... mais enfin :
D. Stafford-Clark, chap.4, ''La Psychopathologie de la vie quotidienne'', p.87-88,'' a écrit:Nous pouvons emprunter un exemple [...] à Jean-Jacques Rousseau. Dans sa Sixième Promenade [des Rêveries du Promeneur solitaire], Rousseau notait qu'il avait pris l'habitude, en approchant d'un certain boulevard, de faire un détour. Il se demanda pourquoi, et finit par découvrir que c'était pour éviter un petit mendiant dont lui déplaisait le bavardage. "Nous n'avons guère, écrit Rousseau, de mouvement machinal dont nous ne puissions trouver la cause dans notre cœur, si nous savions bien l'y chercher." L'auteur français Claparède cite cette phrase dans sa préface à une édition française de l'ouvrage de Freud, en ajoutant :
Mettez "subconscient" à la place de "cœur", et vous avez dans toute sa pureté l'essence même de la doctrine psychanalytique.
Par quoi nous remarquons aussitôt que l'étiologie sexuelle n'est pas exactement immédiate, encore qu'on ne sait pas si Freud l'imputait déjà massivement, mais, en tout cas, il appert que ce postulat de signifiances "omises" par notre vigilance ou veille-même, est actuellement largement partagé. Même Jean-Paul Sartre - qui n'est pas l'anti-psychanalyste que l'on veut le faire, - reprendra ce point au titre de sa conscience comme choisir pur d'un libre projet.

Aussi bien, quand j'impute son dogmatisme relatif à Freud dès sa force de l'âge, depuis son enfance politicienne fantasmant devant Annibal, suis-je dans une mise en réseau compréhensive de la personnalité, que n'aurait pas forcément reniée Freud - serait-ce au titre de souvenirs-écrans, "omettant" donc l'étiologie sexuelle encore, au plan d'un sadisme développé dans sa démarche, sous l'angle de la psychologie du développement, - qui d'ailleurs relève éminemment de la "passiologie" adlerienne. Du moins comprend-on pourquoi Alfred Adler put partir sur sa psychologie individuelle alors. C'est que Freud, au titre de la libido, insista sur la passion érotique donc.

Mais enfin, il est surtout à noter que ces éléments de base, sont aujourd'hui admis par toute psychothérapie, aussi délirante soit-elle.
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