/Zorn und Zeit/ : après lecture

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/Zorn und Zeit/ : après lecture

Message  Malcolm le Ven 16 Juin 2017 - 14:07

Après avoir évoqué quelque peu Zorn und Zeit (Colère et Temps, essai politico-psychologique en VF*) - évocation, pour laquelle je pourrais ajouter Im Weltinnenraum des Kapitals (le Palais de cristal, à l'intérieur du capitalisme planétaire en VF*) "24. Aumôniers de bord. Le réseau religieux" et "25. Livre des vice-rois", où l'on apprend que le catholicisme fut un pro' de la globalisation ... - je reviens sur Zorn und Zeit.

C'est très simple : Zorn und Zeit - dont le titre fait écho au heideggerien Sein und Zeit, - est un livre philosophique en Histoire des sensibilités, où l'on apprend le devenir de la colère à travers le temps, mais de cette colère très précise qui est la colère ressentimentale. Pour cela, Peter Sloterdijk va bousculer joyeusement trois mille ans de devenir occidental, depuis l'Illiade jusqu'aux altermondialismes gauchistes, écologistes et djihadistes, en passant par le monothéisme et le socialisme depuis le XIXème siècle.

Le titre emprunte à Heidegger, de ce que Peter Sloterdijk évoque je-ne-sais-plus-quand ce fait selon lui, que le Dasein heideggerien est un phénomène par trop intériorisé dans son authenticité et sa propriété de l'être-vers-la-mort (résolution, devancement), ou au contraire par trop extériorisé dans son inauthenticité et son impropriété de l'être-dans-la-moyenne (On, quotidienneté). Soit donc que "le Dasein sloterdijkien" est, si l'on veut, le troisième terme de l'identité sociopolitique, qui en serait la membrane [c'est moi qui interprète originalement, à mon avis très bien] : c'est cette identité sociopolitique qui sera bientôt propice à toutes les colères, vous savez, emblématiquement, ces "bougistes citoyens" de nos mondes mondialisés-métropolisés *Lol* Ces "bougistes citoyens" [c'est moi qui exemplifie, mais Peter Sloterdijk regrette l'anarchie colérique contemporaine] eh bien, ces "bougistes citoyens", ils font effectivement preuve de ressentimentalité, sur la base de leurs affects sociopolitiques d'identité mouvementée, même quand ils se disent transfrontière.

Ces "bougistes citoyens" néanmoins, sont infiniment plus dans une érotologie (susceptibilité narcissique) que dans une thymologie (énergie agressive-défensive), ou plutôt - nous apprend Peter Sloterdijk - si l'époque est à l'anarchie colérique, c'est précisément que le thymos ne sait plus que passer par l'eros, ce qui est manifestement un inadéquat canal, car on ne fait pas une société-politique dans les termes de la séduction inter-personnelle, mais dans les termes de la confrontation inter-groupale - ce que je nommais l'identité sociopolitique, l'énergie agressive-défensive ; tout ce que ne permet pas de déployer la susceptibilité narcissique séductive de nos mondes érotisés pour les besoins de la cause capitaliste-publicitaire/électorale-communicante.

A ce point, c'est l'échec du freudisme, qu'enregistre Peter Sloterdijk, pour re-valoriser le nietzschéisme dans des termes assez propres. Nietzsche en effet, réactiva le thymos au XIXème siècle, depuis l'Antiquité et brièvement la Renaissance. Thymos qu'étouffa l'eros monothéique, même en forme d'agapè, qui ne sut prospérer jamais que dans la mesure où son thymos devint banque de ressentiment, à travers Enfer, Purgatoire et Jugement Dernier ("les méchants seront punis, par quoi je peux différer ma vengeance") de même que le socialisme ("il n'y a pas d'arrière-monde divin, il faut donc que je me venge maintenant en vue de lendemains qui chantent, encore que la révolte anarchique doive être différée pour être capitalisée en vue d'une révolution banquable"). Or ça n'est pas le nietzschéisme versus le freudisme, mais bel et bien le freudisme versus le sloterdijkisme.

Pour ceux qui auraient compris quelque chose à Lacan, à ce point, Sloterdijk nous dit que Lacan s'emmêla les pinceaux, en mélangeant dans son lacanisme des éléments thymotologiques avec l'érotologie freudienne, raison pour laquelle le lacanisme est un pseudo-"retour à Freud". Mais enfin, le freudisme intégra un moment ce qu'il appelait les pulsions du Moi, pulsions agressives-défensives, qui sont proprement les pulsions thymotiques ; le freudisme les marginalisa, privilégiant l'érotisme et ses pulsions - de façon intéressante sous cet angle, mais mutilant l'Homme complet, - pour ne les retrouver plus tard jamais que sous une triste forme de bizarre pulsion de mort devant la pulsion de vie. La théorie freudienne galéra. [C'est toujours moi qui développe Sloterdijk, avec pertinence je le crois.]

Ce disant, j'ai évoqué les éléments d'Histoire des sensibilités qui vont bien, et je n'en dirai pas plus, mais Peter Sloterdijk les développe brillamment, avec beaucoup d'intelligence. C'est bien simple : Zorn und Zeit est un livre qui apaise devant les temps ; c'est un livre médecin de la civilisation, dans la veine nietzschéenne, mais dans un style proprement sloterdijkien. Du fin art, impression qui pour ma part se confirme à la lecture de Im Weltinneraum des Kapitals, véritable psychopoétique & psychopolitique de la civilisation atlantique. C'est bien simple, Peter Sloterdijk m'a "détourné" de mes projets de lecture. Sans regret.

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* Pourquoi faut-il que les Français en fassent des caisses ?
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Malcolm
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Re: /Zorn und Zeit/ : après lecture

Message  Avis' le Ven 16 Juin 2017 - 16:29

* Pourquoi faut-il que les Français en fassent des caisses ?

Tout dépend de ce que tu appelles "caisses"...
Il me semble en effet que nos contemporains bougistes citoyens à susceptibilité narcissique flatulent pas mal.

Si j'ai bien compris, l'auteur constate que les révolutions adviennent toujours par le ressentiment des humiliés. Or des humiliés il en existe de tous types : les humiliés occidentaux qui enragent contre leurs systèmes politiques, les humiliés de l'immigration déçus de ne pas trouver leur eldorado, les humiliés de l'islam qui eux sont humiliés simplement parce que le monde occidental ne se soumet pas. Et il suffirait que tout ce monde trouve une caisse commune de résonance pour que le monde explose à nouveau.
Nos "dégagistes", "empêchistes", "barragistes"... en sont le symptôme hexagonal.

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Re: /Zorn und Zeit/ : après lecture

Message  Malcolm le Sam 17 Juin 2017 - 14:00

Avistodénas a écrit:* Pourquoi faut-il que les Français en fassent des caisses ?

Tout dépend de ce que tu appelles "caisses"...
Je parlais de la traduction titrique !
Si j'ai bien compris, l'auteur constate que les révolutions adviennent toujours par le ressentiment des humiliés.
Il constate d'abord que les mouvements politiques procèdent d'une thymotologie - psychopolitique, donc. Le thymos, c'est aussi le courage ! Thymos et courage, d'ailleurs, proviennent l'un du grec, l'autre du latin, pour désigner le cœur comme organe énergétique. On le retrouve dans notre in-time. Soit donc que Sloterdijk dit que le thymos fut perverti par l'eros, en colère ressentimentale. Mais il est des thymoi noble, guerrier, viril, brave, farouche, franc, camarade, militant, etc. qui ne dégénèrent pas toujours. Le christianisme, et son succédané gauchiste, sont par contre des thymoi ressentimentaux, monothéiste ou laïciste, de même acabit (banques de colère différées). D'où que :
... des humiliés il en existe de tous types : les humiliés occidentaux qui enragent contre leurs systèmes politiques, les humiliés de l'immigration déçus de ne pas trouver leur eldorado, les humiliés de l'islam qui eux sont humiliés simplement parce que le monde occidental ne se soumet pas. Et il suffirait que tout ce monde trouve une caisse commune de résonance pour que le monde explose à nouveau.
Nos "dégagistes", "empêchistes", "barragistes"... en sont le symptôme hexagonal.
Il est logique que les multitudes - comme on dit aujourd'hui, sur la base de l'altermondialisme d'Antonio Negri, d'ailleurs cité quelques fois par Sloterdijk - cherchent à déployer un thymos solidaire devant "les 1%" - comme disent les Indignés, les 99% et autres Anonymous, de façon très gauchiste encore hélas.

L'humanité commune, gagnerait bien mieux à développer des solidarités de type œcuménistes, ouvriéristes et syndicalistes dépassionnées, tout comme dans le compagnonnage, pour s'éviter bien des ulcères, et rendre la Terre un espace convivial. Ça n'est pas en haïssant constamment la hiérarchie qu'on arrive à quelque chose ; au contraire, on se rend - comme le souligne Sloterdijk - manipulable par le premier petit malin, la première grande gueule, le premier gosse charismatique, venu, encontre les supérieurs - quand l'arriviste, pour arriver, est fatalement toujours déjà un supérieur. C'était un des propos géniaux d'Albert Camus : sortir des grands élans historicistes idéologisés, pour une pragmatique du monde commun.

Sinon, tous les ressentiments sont évidemment propices à ceci : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1777p80-tous-les-regimes-sont-democratiques#38693
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2073-que-par-nature-l-homme-est-fasciste

Comme en 40 ! *Ptdr*
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Malcolm
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