La Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste

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La Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste

Message  Malcolm le Ven 23 Juin 2017 - 23:40

Tu entends Marx, et tu dis oh my God ! Soviets ! Lenine ! Staline ! USSR ! Totalitarianism ! etc. Sous un angle, tu n'as pas tort, mais Marx est au bolchévisme ce que Nietzsche est au nazisme : un contresens. En effet, la Russie des tsars alors, celle qui fit la révolution rouge d'Octobre 1917, ne dispose d'aucun prolétariat ou presque. C'est-à-dire que sa population est massivement agro-impériale, ne disposant pas des conditions nécessaires à tout prolétariat, à savoir : l'industrialisme, et éventuellement sa version "gommeuse" avec secteur économique tertiaire (services, managements) excroissant en secteur économique quaternaire (publicités, communications). "Gommeuse", de ce qu'elle est oublieuse des conditions matérielles de son avènement, soit donc évidemment le secteur économique primaire (agricole, horticole) d'une part, comme toujours ... mais donc le secteur économique secondaire (ateliers, industries). Or donc, la Russie des tsars alors (collection printemps-été 1917) était dominée par le secteur primaire, quand le marxisme (avec Friedrich Engels) prophétisait pour des sociétés au secteur secondaire fort, avec ou sans gomme tertiaire-quaternaire. Mais d'ailleurs, le secteur secondaire est aujourd'hui si puissant, avec le machinisme ingénierique courant vers les IAs androïdes, qu'il absorbe assez sûrement le secteur tertiaire-quaternaire : par exemple, la recherche d'information : les moteurs de recherche informatiques ont remplacé bien des secrétaires, archivistes, documentalistes et bibliothécaires. Apparemment, les géants du web sauraient mieux que nous-mêmes ce que nous cherchons, pour dire ... enfin, je ne fais que rapporter les discours technoprogressistes ! *Lol* ... Bon.
Marx donc, c'est vulgairement le marteau et la faucille, qui historiquement sont eux-mêmes des contresens symboliques, de ce qu'on voit mal les machines productiques tenir un marteau ou une faucille : les ingénieurs y intégreront bien plus certainement des presses, des pilons, des hachoirs, j'en passe et des meilleures sidérurgiques en dessin industriel.

Mais Marx, c'est aussi bien entendu cette idée de lendemains qui chantent, dit-on, forcément, lorsque "le communisme" (qui donc ne peut pas avoir été le soviétisme, comme on a vite vu, et a fortiori le maoïsme chinois - de ce que Mao fit faire "la révolution" à une région du monde médiévale encore ! et puis, si vous pensez à Guevara ou Castro, veuillez considérer une seconde les Amériques centrales et latines, dans les années 60 : vous me direz ensuite si elles étaient industrielles comme on se le représente bien métalliquement ; bref, la prophétie communiste a séduit de vils ambitieux, qui voulaient le pouvoir facilement dans des régions où c'était envisageable, à cause de l'ignorance ... encore que la Russie échappe à ce modèle, mais que Lénine s'arrogea la révolution d'Octobre 1917, au même titre que la bourgeoisie française mit le grappin sur la Révolution française de 1789). Je disais donc que le marxisme, avec sa prophétie communiste, est associé à des lendemains qui chantent, mais le problème c'est que Marx exaltait le travail, non seulement comme propre de l'Homme, mais comme activité par laquelle l'Homme s'humanisait en humanisant son monde, soit donc que la violence relative du travail - du travail que l'Homme impose à "la nature, l'environnement, le monde, la Terre", par quoi il transforme fatalement les écosystèmes, en tant qu'il en est un agent naturel pourtant, - la violence relative du travail est un bien, et que n'est un mal jamais que le travail aliéné par un exploitant étranger à la tâche (le capitaliste, et actuellement sans conteste : le rentier actionnaire plaçant ses comptes off shore).
Le travail, l'activité pénible mais constructive, est nécessaire et sain, encore que Marx ne cracha pas sur le machinisme comme médiateur et soulageur du travail, si seulement tel Homme en maîtrise tout le processus - soit donc qu'il n'y ait pas un capitaliste pour le rentabiliser, mais que la machine lui appartienne, à lui et à ceux qui la nécessitent communément, jusqu'au produit fini et sa commercialisation. C'est le communisme, qui se rapproche assez bien d'une économie artisanale, dans son genre. Évidemment, si la machine vient à remplacer androïdiquement l'Homme avec ses IAs, ça pose aussi question.

Je veux dire que tous les beatniks, tous les hippies, tous les deep ecologists, tous les new agers de nos mondes trop guedins pour être vrais, n'ont absolument rien carré au marxisme. Marxisme qui, plus intimement et plus profondément, se présente au-delà comme une théorie pratique des choses en train de se faire comme elles se font, et qui tirerait profondément vers tout le positivisme de nos sciences contemporaines, s'il ne cherchait pas encore à en refaire - après analyse - un rendu synthétique dans la pratique de son objet telle qu'elle se pratique. Ce qui est, proprement, faire sauter l'échelon potentiaire ingénierique (les ingénieurs sont de grands enfants corporatistes, sous cet angle*), mais bel et bien s'adonner à une sociologie scientifique, matérialisme dialectique (et non historique, comme firent dogmatiquement les soviets) éminemment vivant, proprement utile aux acteurs sociaux (il n'y a que des acteurs sociaux, du haut en bas de l'échelle sociale, et il faut parier que la bourgeoisie sut assez bien comment exploiter positivement le marxisme pour assoir sa domination, en tant qu'il lui enseigne quelques "trucs & astuces" en les révélant pourtant à tous, ainsi que Machiavel pour le politique).

C'est, bien entendu, ce qu'était programmatiquement, au plan philosophique, le socialisme génétique. Prenez la mesure de l'écart avec Emmanuel Macron qui ne renie ses origines politiques, jamais que pour mieux faire du post-hollandisme radicalisé ! *Ptdr*

Bref : quand vous entendez la vulgate marxiste de nos mondes véreux, et à gauche comme à droite, soyez très-assurés que vous ne parlez pas de marxisme, et qu'aujourd'hui la Fête de l'Huma rassemble assez certainement beaucoup trop de bobos (surtout depuis qu'elle se festivalisa pour mieux se financer - Philippe Muray à l'appui), sans parler de toutes les rebellions artistico-citoyennes subventionnées de nos mondes policés, tout juste - à la limite - polissons, mais pour les bonnes manières. Genre ! *Lol*

Bref : très concrètement, Marx & Engels réalisèrent d'abord, dans leurs travaux, une synthèse énorme du monde tel qu'il allait, en ce début d'époque atlantique - "occidentalisée" - du monde**. Soit donc que le marxisme, avant tout anticapitalisme de convention*** (car il est assez évident que l'URSS, et la Chine contemporaine, capitalisent étatiquement) le marxisme est une summa moderna qu'on aurait bien tort d'ignorer, même si militer, renverser le capitalisme et faire la révolution, n'est pas dans nos intentions.

Ça tombe bien, après l'avoir approché anecdotiquement grâce à l'un de ses plus nobles interprètes et enthousiastes (Henri Lefebvre, Sociologie de la vie quotidienne, Métaphilosophie, la Somme et le reste, Que sais-je - le marxisme, etc.) j'ai le livre 1 du Capital à côté de moi. Un beau bébé de trois kilos ! *Lol*

____________
* Voir, pour s'en convaincre :


** Accessoirement, et avec Peter Sloterdijk en appoint, la raison pour laquelle la Médiathèque de ce forum dit Époque atlantique sous son rayon Géohisto.

*** Au hasard, celui de Jean-Luc Mélenchon, de Philippe Poutoux bien sûr, de Nathalie Artaud n'en parlons pas, et aussi de tout le syndicalisme français, qui tous certes doivent bien s'accommoder des systémies en place, tandis que le mélenchonisme au moins cherche à rester audible au milieu de tant de vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste.
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Re: La Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste

Message  ArX le Jeu 1 Fév 2018 - 19:18

Un développement complexe mais intéressant... À méditer...

Une question me vient spontanément, sous entends-tu que le marxisme ne peut exister (en dehors de l'aspect théorique qui est toujours concevable) dans une société à forte industrialisation tertiaire ? (et a plus forte raison quartenaire, terme que tu viens de m'apprendre il faut l'admettre *Merci*)

Une société à forte industrialisation tertiaire n'offrirait pas les conditions requises à "l'avènement" du marxisme ?

Le mélenchonisme, enfant difforme du marxisme, me semble pourtant avoir cette prétention d'être réalisable dans une société à forte industrialisation tertiaire (comme la France). Biensûr, le mélenchonisme n'est pas le marxisme, mais il se proclame ouvertement de sa descendance.

Le mélenchonisme nagerait donc en plein paradoxe ?

Cela fait du grain à moudre...

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Re: La Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste

Message  Mal' le Jeu 1 Fév 2018 - 19:38

Eh bien, dans la mesure où Marx voulait que sa prophétie se réalise grâce au machinisme, le monde tertiaire-quaternaire dans lequel nous sommes est une forme bizarre de marxisme non-marxiste, puisque non-communiste, tout en ayant mis en place les conditions d'un Etat-providence allocateur général - relativement. C'est qu'il prétend tout faire pour que nous puissions nous épanouir.

Bon.

Cet humanitarisme dans la démarche bourgeoise (fausse conscience) ne nous fait pas moins dépendants du travail comme on voit, ou du moins de superstructures technocratiques d'Etat, d'administration, d'organisme et d'entreprise. Dans tous les cas, la personne n'est pas maîtresse d’œuvre, comme le souhaitait Marx.

Du coup, nous nous rapprochons du social-capitalisme de Joseph Schumpeter, une bâtardise. Le mélenchonisme en serait là, sans que j'ose bien m'avancer à son sujet, encore que je le voie surtout côté écosocialisme latino-amérciain du bien-vivre.
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Re: La Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste

Message  ArX le Jeu 1 Fév 2018 - 20:57

Quant à savoir si le mélenchonisme a tranché avec le communisme et le marxisme cela semble évident grâce à ces éclaircissements.

Cependant je pense qu'en l'occurence l'"Etat Providence" prôné par le mélenchonisme serait bien plus "fort" que celui actuel (qui effectivement n'est que le fruit de la mauvaise conscience bourgeoise), à tel point qu'il se rapprocherait davantage d'une "dictature éclairée".
En effet, le mélenchonisme entraînerait une perte de liberté pour la classe bourgeoise (limite de revenus etc...) et les industriels ("règle verte" dans la constitution, partage du bénéfice des actionnaires et des patrons...), mais cela s'effectuerait au bien du plus grand nombre (les classes prolétaires et moyennes). Par contre les moyens de production ne seraient pas mis en commun, contrairement au communisme, et l'enrichissement personnel toujours largement possible

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Re: La Vulgate marxiste - c'est-à-dire antimarxiste

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