Des Trois Préjugés de la République

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Des Trois Préjugés de la République

Message  Kal' le Ven 1 Sep 2017 - 1:35

Tout cela s'entend naturellement déjà pour un nietzschéen. Mais ça ne mange pas de pain, ça ne boit pas de vin.

G. K. Chesterton, souvent cité par Zemmour, nous dit :

Chesterton, Orthodoxie, a écrit:Le monde moderne n’est pas méchant ; sous certains aspects, le monde moderne est beaucoup trop bon. Il est plein de vertus désordonnées et décrépites. Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus, elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles. Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules. C’est ainsi que nous voyons des savants épris de vérité, mais dont la vérité est impitoyable ; des humanitaires éperdus de pitié mais dont la pitié (je regrette de le dire) est souvent un mensonge.

Donc, des trois préjugés de la République.

Pourquoi d'abord parlé-je de préjugés ? Parce que ce sont des préjugés chrétiens, et par préjugé, entendu classiquement comme une « opinion adoptée sans examen », ce sont des choses que l'on accepte tacitement, fréquemment sans y réfléchir, et qu'après il est difficile de recracher, surtout en plus de remettre en question dans notre monde actuel, si bien-pensant comme vous le savez.

Bon. Les trois préjugés.

La liberté.

La liberté, c'est-à-dire le libre arbitre chrétien comme faculté par laquelle la volonté individuelle de l'homme se détermine par elle-même - de sa propre volonté justement.

Voilà la liberté chrétienne. Maintenant voilà la liberté contemporaine : que chacun doit absolument être libre dans ses droits, et, dans le meilleur des cas, dans les faits. Son extrême pointe : le libéralisme-libertarisme anglo-saxon ; sa large base : la liberté affadie et alourdie par le poids de... l'égalité.

Ah çà !... L'égalité.

L'égalité alors, comme considération unilatérale et uniforme par la loi envers tous les individus.

C'est l'égalité chrétienne devant Dieu. Le jugement équitable des rois et des manants, des petits et des puissants.

Typiquement :

Romains 2:11 a écrit:Car devant Dieu il n'y a point d'acception de personnes.

Aujourd'hui, partant d'une équité de la justice pour tous les citoyens, c'est un médiocratisme, un nivellement par le bas, un aplatissement, une homogénéisation. (Je parle bien dans le pire des cas.)

Puis enfin, la fraternité.

La fraternité, de notre ère : l'amitié entre tous les Hommes, l'amour des qualités et des défauts humains, aussi l'entraide humanitaire.

Frères en Christ, n'est-ce pas ?

Les trois préjugés de la République.
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Re: Des Trois Préjugés de la République

Message  Malcolm le Ven 1 Sep 2017 - 22:09

Tout cela s'entend naturellement déjà pour un nietzschéen. Mais ça ne mange pas de pain, ça ne boit pas de vin.
Et pourtant. Bon. C'est entre autres ce que Nietzsche nomme la dernière humanité, certes, encore qu'il ne faille pas si vite croire que Nietzsche rechigne à prononcer ces mots ! ... Mais la liberté est assaut, insulte étymologique ; mais l'égalité est la règle inter pares - je vous laisse deviner cum impares ; - mais la fraternité est cordialité, convivialité, francheté, probablement inter libres et francs pares ... Or, Nietzsche prétend-il - dans son aristocratisme spécial - réserver ces éléments à une élite ? ... Ne verra-t-on pas que c'est déjà ainsi que cela marche, aussi médiocre ou excellent cela soit, selon les groupes ?

Car en effet, je ne vois pas un seul groupe (et peut-être faut-il avoir un œil en dynamicien des groupes, en micro-sociologue, pour le voir ?) pas un seul groupe, disais-je, dans lequel il n'y a pas à s'affirmer & se confirmer (liberté nietzschéenne) ; pas un seul groupe qui n'estime vraiment que ceux affirmés & confirmés en son sein, tandis qu'il tend à mésestimer autrui, serait-ce par négligence (égalité nietzschéenne) ; pas un seul groupe qui alors n'a pas de cœur à vivre ensemble (fraternité nietzschéenne). Naturellement, même les groupes les plus acharnés en faveur de "liberté, égalité, fraternité" - et ajoutons-y "laïcité" - n'échappent pas à cette règle. C'est-à-dire qu'il y a comme une loi de compensation : plus un groupe se sent en demeure d'afficher son universalisme, plus il s'enferre dans ces nietzschéismes - et surtout ces groupes, d'ailleurs. C'est, en somme, leur idéalisme, que d'être fermés dans leur ouvertitude-même.

Quant à la laïcité, puisqu'elle tend à s'élever à la dignité des trois autres items - au moins dans les affiches, - il appert qu'elle exista de tout temps en chrétienté : c'est le non-clergé, n'est-ce pas ? Or, qu'est-elle devenue ? Non seulement l'anticléricalisme (alors que les laïcs ont toujours harmonieusement gravité autour des clercs), mais encore une forme d'agnosticisme militant, voire d'antiréligion, parfois d'antispiritualité-même.

*Guedin*
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Re: Des Trois Préjugés de la République

Message  Kal' le Sam 2 Sep 2017 - 3:31

Et pourtant. Bon. C'est entre autres ce que Nietzsche nomme la dernière humanité, certes, encore qu'il ne faille pas si vite croire que Nietzsche rechigne à prononcer ces mots ! ... Mais la liberté est assaut, insulte étymologique ; mais l'égalité est la règle inter pares - je vous laisse deviner cum impares ; - mais la fraternité est cordialité, convivialité, francheté, probablement inter libres et francs pares ... Or, Nietzsche prétend-il - dans son aristocratisme spécial - réserver ces éléments à une élite ? ... Ne verra-t-on pas que c'est déjà ainsi que cela marche, aussi médiocre ou excellent cela soit, selon les groupes ?

Oui, tu dis en fait dans ton langage que Nietzsche sait attribuer une valeur aristocratique – aristocratique et transversale, aurais-tu précisé céans à l'oral – aux Trois bons Préjugés nationaux, et cela malgré, voire même contre leur ramification grégaire – en tant que dynamiques des groupes, aurais-tu également ajouté à l'oral –, attribuer donc une valeur dis-je, bien à lui, et qu'il faut ainsi savoir de quelle liberté-égalité-fraternité on veut alors parler. Or après tout, nous sommes des humains : il y a une confraternité naturelle « dans la famille », « pour le clan »... Il n'est pas question en effet de devenir des monstres ! Juste d'être sincères/probes... (PDBM, §230). Mais enfin : voir souffrir fait du bien aussi... (GDM, 2e D.)

Car en effet, je ne vois pas un seul groupe (et peut-être faut-il avoir un œil en dynamicien des groupes, en micro-sociologue, pour le voir ?) pas un seul groupe, disais-je, dans lequel il n'y a pas à s'affirmer & se confirmer (liberté nietzschéenne)

Et qu'est-ce que la liberté nietzschéenne, au juste ?... C'est savoir maintenir les distances qui nous séparent ! (CI, §38).

pas un seul groupe qui n'estime vraiment que ceux affirmés & confirmés en son sein, tandis qu'il tend à mésestimer autrui, serait-ce par négligence (égalité nietzschéenne)

C'est humain, oui.

pas un seul groupe qui alors n'a pas de cœur à vivre ensemble (fraternité nietzschéenne).

Bis : c'est humain, oui.  

 C'est-à-dire qu'il y a comme une loi de compensation : plus un groupe se sent en demeure d'afficher son universalisme, plus il s'enferre dans ces nietzschéismes - et surtout ces groupes, d'ailleurs. C'est, en somme, leur idéalisme, que d'être fermés dans leur ouvertitude-même.

C'en est un de paradoxe, dans son genre : un groupe universel ! Ils veulent la lune – c'est bien un idéal, on ne se trompe pas de nom.

Quant à la laïcité, puisqu'elle tend à s'élever à la dignité des trois autres items - au moins dans les affiches, - il appert qu'elle exista de tout temps en chrétienté : c'est le non-clergé, n'est-ce pas ? Or, qu'est-elle devenue ?

Quelle mauvaise idée donc, que d'avoir voulu rendre au bon Dieu ce qu'il lui était dû. Marcel Gauchet ne disait-il pas précisément, à sa manière d'historien-philosophe : religion de la sortie de la religion ?...

Non seulement l'anticléricalisme (alors que les laïcs ont toujours harmonieusement gravité autour des clercs), mais encore une forme d'agnosticisme militant, voire d'antiréligion, parfois d'antispiritualité-même.

Les scientifiques, de leurs blanches soutanes !  *Lol*

C'est guedin, persiflerait Malcolm...  (un de mes amis, que vous connaissez bien je crois.)


Dernière édition par Kalos le Lun 4 Sep 2017 - 16:23, édité 1 fois
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Re: Des Trois Préjugés de la République

Message  Avis' le Sam 2 Sep 2017 - 6:30

Ces trois mêmes préjugés de la république (sans parler de préjugés seconds) me paraissent surtout intéressants à analyser (on est bien d'accord, en gros, sur les analyses qui précèdent) à analyser, donc, sous l'angle de l'imposture (laquelle fait suite à la frustration universelle).
des humanitaires éperdus de pitié mais dont la pitié (je regrette de le dire) est souvent un mensonge.

Par exemple  :  On ne peut nier que la pitié existe en tant que sentiment pur et désintéressé. Mais existe aussi, et par parts égales  au moins, une pitié qui sert avant tout à mettre autrui en accusation, et nous sommes là devant la pure imposture due au fait qu'autrui nous dérange (le mot est faible), et qu'il faut lui régler son compte par tous les moyens, y compris bien sûr ceux de l'imposture, laquelle est aussi inique et efficace que la calomnie (...., il en restera toujours quelque chose )
Liberté, égalité, fraternité, hormis l'idée pure qu'ils véhiculent, sont invoqués à peu près systématiquement comme impostures, tellement qu'on peut les rechercher (et les trouver !) au fond de chaque discours ou proposition. (Liberté ne tenant jamais compte de ses limites ni de celle d'autrui, égalité ne tenant jamais compte de l'équité ou du mérite, fraternité ne tenant jamais compte des possibilités de conflits légitimes).

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Des principes (post revu et complété)

Message  Mal' le Mer 21 Fév 2018 - 10:15

Dépassons quelque peu le négationnisme de fond, engagé à l'initiale de topic, pour voir les principes que tout un chacun peut se fixer, mais il faut se les fixer.

On dit Liberté, Égalité, Fraternité + Laïcité, et l'idéal qui en découle, c'est le paradis ou presque. Les oiseaux chantent, les gens sont heureux, libres, égaux, fraternels + laïcs ??? ... En fait je me rends compte à la limite, que les idéaux ne sont pas laïcs, justement parce qu'ils sont paradisiaques ! Je trouve, vraiment, qu'on se trompe avec la laïcité, si on en fait un idéal. Mais je m'avance un peu trop vite. Je reprends.

Restons intelligents (d'intelligence avec ce qui est), ne philosophons pas tout purement :
* La liberté, c'est une marge de manœuvre circonstancielle. Elle dépend de la physique (vous ne pouvez pas vous envoler de vous-mêmes), de vos ressources (un moyen de transport, etc.), de vos compétences (ce que vous savez et pouvez par vous-mêmes), des mœurs sociales (la façon dont vous serez jugé, de ce qui est cru/jugé viable ou non), du droit sociopolitique (la loi, même si vous pouvez la transgresser il faut en tenir compte), les hiérarchies (vos parents, vos patrons, vos élus, vos policiers, etc. mais surtout votre compte en banque, acté dans le droit sociopolitique).
* L'égalité, c'est une supposition d'emblée, quand vous rencontrez quelqu'un, pour qu'il puisse s'épanouir sans que vous l'enfermiez dans un rôle, une dimension, un préjugé, une place, etc. Elle permet à chacun de se développer librement, de faire ses preuves comme on dit, et - à la fin - même s'il diffère en moins et en plus de vous (selon les domaines), l'égalité aura permis que vous puissiez le remarquer. Enfin, même si quelqu'un vous surpasserait en tout point (chose improbable, sauf à vous mépriser vous-mêmes ... mais admettons ... ) eh bien, l'égalité continuerait de vous ménager un espace pour vous développer librement, sans que celui qui vous surpasse n'ait le droit de vous écraser. Ce qui n'empêche pas de le respecter pour ses supériorités ! du moment qu'elles ne tournent pas à l'arrogance évidemment. Et encore. C'est fraternel.
* La fraternité, justement, c'est un amour qui vient du cœur. Bien sûr, elle est d'abord familiale, et les frangins se chamaillent. Mais justement, les frangins se chamaillent et se charrient, ils sont solidaires et s'émulent parce qu'ils se rentrent dedans ! Et ils ne peuvent qu'admettre, pour le meilleur comme pour le pire, qu'il y a des aînés (des formes de supérieurs dans l'égalité), qui laissent libres et égaux, pourtant.
* La laïcité, légalement, c'est la séparation des églises et de l’État. En fait, elle consacre la supériorité du sociopolitique en termes de décisions publiques. Par contre, elle n'interdit à aucune église de s'exprimer publiquement ! quitte à militer pour que telle décision publique soit prise plutôt qu'une autre ! Mais, en somme, la laïcité permet que ça ne tourne pas à la théocratie, puisque les croyances religieuses n'ont plus le droit d'en imposer, moralement comme techniquement. La laïcité ménage donc une place aux mentalités purement expérimentales (je n'aime pas dire athée, agnostique, incroyant, mécréant, ou irréligieux, comme s'il fallait toujours se désigner en relation avec les croyances dont on serait privé ! Je dis donc expérimental. Au fond, c'est ce que j'appelle être intelligent, d'intelligence avec les choses. Voilà pourquoi les principes me semblent si importants.)

BREF. Je crois que tout est contenu dans les prémisses idéologiques de nos constitutions et de nos droits, et qu'on manque de savoirs et de savoir-faire principiels (de savoirs et savoir-faire quant aux principes). Cela demande une éducation, une droiture, une autodiscipline, et qu'on arrête de hurler à la lune toujours à réaffirmer une devise ou des valeurs idéales, sans en faire soi-même la preuve intègre. Il faut être d'intelligence en soi-même avec les principes, il faut les mûrir et il n'y a que vous qui puissiez le faire personnellement, il faut les être, ou bien continuer à n'être rien, ou à n'être rien que tout et n'importe quoi, à se chercher des solutions technico-commerciales de magouilleurs, pour faire semblant de et passer pour être libre, égal, fraternel + laïc.

C'est universaliste.

Entre idéaux et protocoles, les principes nécessitent qu'on les apprenne, les comprenne, enfin les entreprenne. Tout cela est parfaitement dans les cordes de nos mondes, si seulement ils n'attendent pas toujours du droit qu'il les sauve, ainsi qu'un Dieu tel que conspué par Kalos, au départ.

C'est parce qu'on croit encore cela, qu'on manque de civisme.
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