Naît-on ou devient-on génie ?

Page 4 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4

Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Keg le Sam 12 Mai 2018 - 12:54

Cette dérive existe, oui, mais admettez qu'on est loin de recentrer le sujet par ce biais-là. J'y vois plutôt une nouvelle anecdote.
Mal' a écrit:En philosophie, les sujets n'ont pas exactement d'actualité, ce forum permet donc de tels repêchages à loisir.
Je dirais même plus, que pour ne pas tomber dans de la sociologie (des médias), le traitement doit être éloigné de l'actualité.

Keg
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Mal' le Sam 12 Mai 2018 - 17:27

Peut-être, tu persistes, mais il y a des philosophies de l'actualité et du journalisme, et à l'ère démocratique, je ne sais pas si tu as remarqué, mais la dérive ne fait pas qu'exister : elle est universelle - sans quoi il n'y aurait pas eu de barnums, symptomatiquement, autour de la post-vérité (suivre) ou des fake news (suivre).

Tu essaies de shunter le phénomène, mais ce génie (communicationnel) existe, et c'est du génie. Mais, puisque tu as raison de vouloir élargir, considère les sophistes (suivre).
avatar
Mal'
LibertéPhilo


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2350-reglement#45697

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Shub le Mer 16 Mai 2018 - 10:20

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Dys- le Dim 20 Mai 2018 - 7:59

Shub a écrit:

non c'est l'absence de cet aspect évoqué,  à savoir que le génie se "fabrique" ou se "fabriquerait" AUSSI par des normes: sans doute par et au travers de conceptions de l'éducation, et surtout à grand renfort de publicité spectaculaire (les prodiges en musique ou en sciences), tout cela au travers de normes sociales de l' "intelligence", normes qui sont à mon avis un pur produit de l'idéologie.
Bref ce qui manque selon moi dans ce débat, c'est toute l'interaction du "génie" avec le social et le culturel.


Spoiler:

Tout d'abord: Il y a effectivement des dérives possibles sur l'usage du génie, mais à vrai dire, cela n'a pas attendu l'évènement de la reconnaissance de ce potentiel pour que l'eugénisme prenne naissance, pas plus que le logos n'est la source de la fourberie chez les sophistes. Chaque chose peut être utilisée/asservie vertueusement ou vicieusement.
L'intelligence est à la fois héritable et culturelle/environnementale, ce sont des faits expérimentaux, mais de là à vouloir sélectionner une élite - humaine -, cela ne se fait pas sur une ou deux générations, par exemple les vaches laitières les plus productives ont été sélectionnées sur de très nombreuses générations avec une grande rigueur/austérité, choses impossibles dans une société humaine avec ses mœurs ou son éthique réfractaires. En tout cas, nous avons perdu de vue toutes ces sélections sur nos animaux et plantes domestiques, car transgénérationnelles et non inscrites dans des livres qui en détailleraient l'évolution, puisque prenant racine avant l'Histoire et donc l'invention de l'écriture. Toutefois, il y a une notable exception, en Russie, avec des renards roux, qui sont élevés et sélectionnés depuis environ cinquante ans, à partir d'une souche purement sauvage jusqu'à leur domestication, ce qui nous permet de revivre en " live " ce processus de sélection artificielle, où l'on voit qu'après presque un demi siècle de tri, on arrive à s'approcher d'une domestication réussie, confirmant l'inanité d'une telle tentative sur l'Homme car pragmatiquement impossible à mettre en place, dans son protocole rigide.

Je ne suis toujours pas certain de cerner ta demande, mais si je " décrypte " bien, tu laisses entendre que c'est notre regard et même notre manière - socialement - de définir le génie qui lui aurait donné existence ? Ou que c'est la société qui fabrique - par je ne sais quel mécanisme - les-dits génies ?  

Si l'on part de l'idée, comme pour les anciennement nommés  " surdoué ou précoces ", que certaines personnes naissent avec un haut potentiel, il est clair que celui-ci - le potentiel ou le talent - ne sera effectif/réalisé que selon un environnement favorable/propice à son éclosion/émergence, et donc dépendant d'un cadre sociétal, d'une société plus ou moins demandeuse ou pourvoyeuse, voire facilitatrice ou inhibitrice de leur résolution effective.

Remettrais-tu en cause l'idée que nous ne naissons pas tous égaux et que par conséquent, d'aucuns peuvent avoir des facilités ou des dons que les autres n'ont pas ?

***

Mal' a écrit:Alentour, il faut dire que tou·tes les psychopathes ne sont pas des criminel·les au premier degré : i·elles font preuve, notoirement, d'anempathisme (absence d'empathie) par quoi la rationalisation standard-systématique domine : cela peut "broyer" autrui, indifféremment, sans arme ni haine ni violence, avec une atrocité pourtant.

Les psychopathes ne sont pas dénués d’empathie. Ils jouent avec. Et c’est bien pire.

https://www.pourlascience.fr/theme/altruisme-compassion/psychopathes-la-face-sombre-de-lempathie-13054.php

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Mal' le Lun 21 Mai 2018 - 12:11

Sur les psychopathes, c'est excellent ce que tu amènes, Dys-. Malheureusement, je n'ai pas accès à la totalité de l'article, car réservé aux abonnés. Tout ce que je dirais alors, puisque cela altère la psychopathie, c'est que "le génie du mal" est évident et, à titre de naturaliste de l'humain, par-delà bien et mal, on ne peut que juger cela fascinant. Or, il suffit de coupler cela avec la comm' régnante : elle est exactement l'ingénierie empathique-"parapathique" par laquelle vous manipulez autrui et tentez de le conduire (séduire) où vous l'escomptez, quitte à ce que cela n'aille pas du tout dans ses intérêts, mais uniquement dans le vôtre seul (crime symbolique). La publicité pour adultes et enfants, les dessins animés pour enfants "pensés", les programmes pour adultes "orientés", les publicités cachées, etc. tout cela ressort strictement d'un tel génie, au sens des génies civil et militaire : génie communicationnel. Génie qui, donc, s'acquiert - n'est pas inné a priori, puisqu'il s'apprend en écoles du commerce ou en psychologie positiviste. Toutefois, encore une fois, d'aucuns sont prédisposés, sans qu'il me soit permis de dire comment, car c'est plutôt à la psychobiologie de répondre.


Par contre, simplement, sur l'ensemble des échanges, vous confondez : génie, talent, précocité, haut potentiel, surdouance, zèbre. En fait, ces confusions sont globales, mais voyons :

  • Le génie fait problème pour ce topic, parce que, qu'on le veuille ou non, il dénote quelque chose de miraculeux - peu importe la réalité ou non des "miracles" - étymologiquement, le miracle, c'est le miroir, l'admirable, ce qui nous renvoie une image sidérante, car inhabituée, d'où l'association au surnaturel et au paranormal ensuite (CQFD) ;
  • Le talent, c'est dire de quelqu'un qu'il est talentueux, et ne dénote pas encore le génie : par contre il y a certainement des dispositions innées à tel talent, sachant qu'un talent se cultive/travaille - s'acquiert - aussi ; et des personnes a priori pas disposées (pas toutes) avec de la persévérance, peuvent finir par en avoir (du talent) : quand on aime, on ne compte pas l'effort, pourvu qu'on ait su et pu, se donner les moyens (une volonté rencontre une situation pas forcément propice/opportune - ou, pour le dire à la Machiavel, une virtu rencontre un kairos par la Fortuna) ;
  • La précocité dénote un QI important ; or, le QI peut être autant inné qu'acquis par des activités d'éveil suffisamment ingénieuses et habiles, dans la petite enfance particulièrement disposée à s'éveiller, éveiller son intelligence, c'est-à-dire sa faculté d'entre-lier les éléments, dans le domaine invisible du raisonnement, comme dans celui visible de l'agissement ;
  • Le haut potentiel connote le QI, mais il n'est pas vrai qu'il y soit relié, encore qu'on fit récemment la relation (notamment autour de Raymonde Hazan, qui dispose d'une chaîne YouTube - pour les curieux). Donc, sous un angle, le haut potentiel (intellectuel ou émotionnel - HQI ou HQE) n'est qu'un genre de "précocité talentueuse", et, sous un autre angle, le haut potentiel est une forme de surdouance ;
  • Quand on entend surdouance, ce sont toutes les significations précédentes qui sont connotées ; mais, concrètement dans les milieux psy afférents, surdouance dénote autre chose : cela dénote certes des potentialités intellectuelles et émotionnelles singulières - d'où la relation avec le QI et le QE par Raymonde Hazan, ès HQI-HQE. Néanmoins, la surdouance est une singularité telle, que la personne est effectivement dans une différentialité plus que dans une supériorité. C'est-à-dire que sa différentialité est assez singulière, pour la handicaper, rapport à une moyenne socioculturelle et autres normes & standards : le·a surdoué·e passe pour/ et peut se croire/ fou·lle (passage et croyance qui ne lui sont pas propres, certes, mais auxquels i·elle est préposé·e). Aussi le·a surdoué·e peut-·i·elle être un·e cancre à l'école, de ne pas avoir été reconnu·e pour tel·le (d'où la singularité exclusive, dans tous les sens du terme exclusif : contraire d'inclusif comme particulier ... déjà contenu dans singularité, en ce sens que le singulier est l'étrangement unique, voire l'uniquement étrange) ;
  • D'où enfin, la suggestion de la notion de zèbre, pour bien faire sentir la chose.
Le génie peut provenir de ces éléments comme il peut en être indépendant, ou bien encore être reproduit moindrement ou moyennement, à travers l'intégration technique de savoirs et savoir-faire ainsi démocratisés (le graphisme grâce aux logiciels, par exemple).

Notre époque va tendanciellement à la (dé)négation du génie, tout simplement parce que la démocratisation technique a amplifié, augmenté l'ensemble de l'humanité qui a accès à ces techniques. Les fantasmes autour de "l'homme augmenté" de "la réalité augmentée" témoignent de cela : que le·a premier·e imbécile venu·e en Occident, quand même son smart-phone est infiniment plus smart que son stupid-mind  ... que cet·te imbécile peut prétendre à quelque "génialité". Tout dans le génie communicationnel, est d'ailleurs fait pour qu'i·elle se croie génial·e, par-devers son imbécillité notoire - et n'allez surtout pas le lui faire remarquer, parce que, quand à lui·elle, i·elle s'y croit ! *Lol* ... ou la connerie à visage génial *Lol*

Finalement, si génies il y a çà et là de part nos mondes, tout est fait pour les désespérer, car i·elles sont techniquement (dé)nié·es. "Et d'abord pour qui tu te prends, qui es-tu pour juger ..." *Lol*
Bref : une idiocratie/médiocratie notoire est instaurée, pour le pire, et je conseille alors la lecture de la Révolte des masses, de José Ortega y Gasset (suivre). Ce régime vaut du haut en bas de l'échelle sociale, c'est évident.

Et, en somme, n'est pas Léonard de Vinci qui croit.

avatar
Mal'
LibertéPhilo


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2350-reglement#45697

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Shub le Lun 21 Mai 2018 - 18:38

Et comment se fait-il que certains autistes soient considérés des génies, capables de mémoriser des choses qui paraissent totalement inconcevables pour nous autres ? Des génies et non des malades... Enfin ils ont été malades ou considérés comme tels mais leur état s'est amélioré et heureusement (pour la science mais peut-être pas pour eux finalement, ça on n'en sait rien!) leurs capacités exceptionnelles de mémorisation sont restées intactes après leur guérison.
Et comme ils sont guéris ou en tout cas suffisamment sociables et qu'on considère qu'ils vont assez bien, on peut les étudier sans choquer ceux qui entendent préserver les droits des malades, en particulier ceux des psychotiques une fois "guéris".
On pourrait relier (je sais pas comment mais on pourrait) ta façon, Mal', d'aborder la problématique frontalement du manque d'empathie, de ce que tu nommes l'anempathie qui exacerbée deviendrait une sorte de manifestation peut-être celle du génie mais celui du Mal cette fois, en regroupant les 2 catégories sous la dénomination peut-être abusive mais généraliste d'individus hors-normes.
Un ancien autiste en Angleterre (je crois que je l'ai déjà mis ici) a été capable de réciter les 20.000 premières décimales du nombre pi. Sans se tromper, devant témoins et huissier et filmé par une caméra tout du long, dans une université anglaise.
Ça ce seraient des génies faisant partie d'une famille de type positif, de ceux qu'on peut exhiber dans des foires ou cirque (les hypermnésiques étaient considérés une époque comme phénomènes de foire jusqu'à ce que l'on trouve leur traitement inhumain et qu'on arrête cela). Ou alors qui servent d'objet d'étude aux scientifiques comme les neurobiologistes pour essayer de mieux comprendre les phénomènes de la mémoire et les processus de mémorisation dont cet autiste anglais, ce qui ouvre une sorte de mise en abyme sur les possibilités vertigineuses du cerveau qu'on exploiterait paraît-il qu'à 10%. Ça c'est pour la partie positive du "génie".
Maintenant tu abordes la partie négative en faisant l'hypothèse de génies du Mal: pourquoi pas en effet et des noms me viennent tout de suite à l'esprit.
Landru bien sûr mais aussi le docteur Petiot qui pendant l'Occupation, sous prétexte de faire passer des juifs, des résistants ou des parachutistes anglais en Angleterre leur administrait un sédatif profond, en prétextant un vaccin spécial nécessaire pour pouvoir être admis en Angleterre, puis une fois morts incinérait leurs cadavres dans une chaudière après les avoir délesté de tout ce qu'il possédait.
La liste est longue, si tu ouvres ce chapitre des génies du Mal. La banalité du Mal, avec ces médecins allemands qui pendant la Guerre pratiquaient toute sorte d'expériences sur des enfants dans les camps de concentration, en les traitant comme de purs cobayes ?
Ceci dit même si tu mentionnes cela, les génies du Mal, j'ai du mal à voir le rapport entre les deux, des génies qui seraient de type positif et d'autres négatif sinon par le fait qu'il y ait des extrêmes des 2 côtés.
Mais peut-être que pour toi le Mal et l'exercice du Mal rejoint le "génie" et ne manifeste au fond qu'une tendance "latente" que nous aurions tous (merci Freud!) et qui suivant des circonstances historiques précises, comme la guerre par exemple, ne demanderaient qu'à se révéler pour être exacerbés et se révéler au grand jour sous l'instigation d'une idéologie totalitaire.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Mal' le Mar 22 Mai 2018 - 11:09

Qui dit génie dit génialité, ingéniosité hors-norme, mais aussi voire surtout : résultats, effets admirables, etc. Si nous faisons abstraction des morales, il semble bien que le génie peut s'adonner à toutes sortes de pratiques, dont criminelles. La notion d'artiste du crime existe, quoiqu'elle puisse mettre mal à l'aise (et si ça nous arrivait ? ... c'est d'ailleurs ainsi que fonctionnent des films tels que C'est arrivé près de chez vous, avec Benoît Poelvoorde - qui m'a personnellement gêné de vacuité et ennuyé de malignité, et que je n'ai pas regardé jusqu'au bout).

Mais je dis bien les morales, car dans certaines circonstances l'anempathisme est nécessaire : l'article de Dys- évoque déjà le cas des chirurgiens et, ayant pu accéder à son intégralité, j'ai découvert que l'article révélait nos dispositions "psychopathiques" à tous (comme tu nous le fais remarquer, au détour du freudisme, Shub). En fait, les psychopathes criminels ont comme tout le monde une empathie émotionnelle capable de s'activer quand elle est sollicitée, mais shuntée/éteinte de base, contrairement à la majorité dont l'empathie émotionnelle est active/motrice de base. Au reste, commun des mortels & psychopathes disposent d'une empathie cognitive.

Entre autres, nous shuntons/éteignons assez facilement l'empathie émotionnelle, devant un autre groupe que le nôtre (famille, milieu, profession, contrée, équipe, etc.) - à savoir que l'empathie cognitive est globalement active/motrice, puisqu'elle permet de deviner les intentions d'autrui ; une absence d'empathie cognitive passerait certainement pour ... de l'autisme !* et en tout cas une bêtise certaine. Bref : l'absence d'empathie émotionnelle facile envers d'autres groupes, explique assez bien la banalité du mal (Hannah Arendt).
Mais, justement, si le mal est banal, c'est donc qu'il n'est pas toujours génial, quoique l'absence d'émotion soit propice au déploiement de l'ingéniosité (on garde la tête, son sang froid·e) - comme pour tout : le génie nécessite une maîtrise, cette maîtrise serait-elle aisée pour un·e génie.

Au reste, j'imagine assez bien quel mécanisme une telle "groupopathie" peut susciter, quand par exemple le groupe suscite ses bouc-émissaires, ses têtes de Turc, et ses vilains petits canards, et évidemment ses adversaires et autres aliens, y compris (voire surtout) au sein d'une famille (avec, par exemple, le phénomène bien connu des parents pauvres, mais pas qu'eux) : au fond, si la notion de génie semble applicable à une personne seule, n'y a-t-il pas là des espèces - comme on dit aujourd'hui - d'intelligences collectives ?
Tout un chacun peut être un·e imbécile fini·e, il n'en reste pas moins que collectivement des dynamiques de groupes implacables, atroces ou sublimes, peuvent se mettre en place.
Cela n'expliquerait-il pas la possibilité des "hommes providentiels" ? (étant entendu que la providence est une superstition) : un tel sublime dépend foncièrement de l'égrégore.

Bref, il semble que la notion de génie ne soit pas spécifique aux personnes, mais puisse s'appliquer aux groupes - quoiqu'aucun de ses membres n'ait besoin d'en avoir conscience, - sans reparler, donc, desdits génies civil, militaire et communicationnel - qui, chacun, sont des génies dispositifs.
C'est-à-dire qu'il est des génies personnels et impersonnels ; entre les génies impersonnels, il faut compter le génie égrégorique ("esprit de groupe") et le génie technique (sachant que ces génies civil, militaire et communicationnel, sont chacun des tentatives pour manœuvrer le génie égrégorique).


Naître ou devenir génie (personnel), telle n'est précisément pas la question - mais s'avérer. Il y a des écoles de talent ; il n'y a pas d'écoles de génie (personnel), quand même la matière serait un génie technique. Le génie (personnel) donc : un hasard destinal - je persiste.


____________________
* Je n'ai pas parlé de l'autisme dans mon listing, mais, franchement, savoir réciter les 20.000 chiffres du nombre pi après la virgule, me semble tout de même limité, quoiqu'étonnant - en quoi ça pouvait bien être rangé entre les freaks. Qu'ensuite des autistes aient pu recouvrer des dispositions sociales plus aisées - "guérir" - cela ne veut toujours pas dire que ce sont des génies, quand même leur autisme était peut-être le prix d'un talent. Je crois qu'à parler des autistes comme tu le fais - et d'autres - tendanciellement à s'en ébaubir, c'est plus notre compassion qui parle, à vouloir "que chacun soit heureux", quitte à se mentir en le faisant génial, pour les besoins de la cause compassionnelle : mais ce sont des fadaises - quoique ça n'empêche aucun autiste de s'avérer un·e génie, "comme tout le monde".



EDIT: CNRS le journal - Neuromythes : le mythe des 10%
avatar
Mal'
LibertéPhilo


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2350-reglement#45697

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Shub le Ven 25 Mai 2018 - 11:38

Mal a écrit:Mais je dis bien les morales, car dans certaines circonstances l'anempathisme est nécessaire : l'article de Dys- évoque déjà le cas des chirurgiens et, ayant pu accéder à son intégralité, j'ai découvert que l'article révélait nos dispositions "psychopathiques" à tous (comme tu nous le fais remarquer, au détour du freudisme, Shub).

Mon médecin m'a expliqué cette anempathie lorsqu'il consultait ou voyait des malades en phase terminale parfois. Requisit fondamentale selon lui pour pouvoir exercer une "bonne médecine..." c-a-d une médecine "objective". Je me souviens qu'il m'a dit: "lorsque je consulte parfois un malade allongé et très malade, j'oblitère le fait que c'est un corps qui souffre pour ne pas ressentir d'émotion et établir un diagnostic d'où suivra une prescription et des conseils."
Quelque part ma réaction primale et première a été d'être choqué mais j'ai rationalisé ensuite...

Dys- a écrit:
Shub a écrit:
non c'est l'absence de cet aspect évoqué,  à savoir que le génie se "fabrique" ou se "fabriquerait" AUSSI par des normes: sans doute par et au travers de conceptions de l'éducation, et surtout à grand renfort de publicité spectaculaire (les prodiges en musique ou en sciences), tout cela au travers de normes sociales de l' "intelligence", normes qui sont à mon avis un pur produit de l'idéologie.
Bref ce qui manque selon moi dans ce débat, c'est toute l'interaction du "génie" avec le social et le culturel.
Spoiler:

Tout d'abord: Il y a effectivement des dérives possibles sur l'usage du génie, mais à vrai dire, cela n'a pas attendu l'évènement de la reconnaissance de ce potentiel pour que l'eugénisme prenne naissance

Mal' a écrit:Alentour, il faut dire que tou·tes les psychopathes ne sont pas des criminel·les au premier degré : i·elles font preuve, notoirement, d'anempathisme (absence d'empathie) par quoi la rationalisation standard-systématique domine : cela peut "broyer" autrui, indifféremment, sans arme ni haine ni violence, avec une atrocité pourtant.

Les psychopathes ne sont pas dénués d’empathie. Ils jouent avec. Et c’est bien pire.

https://www.pourlascience.fr/theme/altruisme-compassion/psychopathes-la-face-sombre-de-lempathie-13054.php

Dans la Banalité du Mal, Hannah Arendt décrira ces fonctionnaires obéissants et zélés du IIIème Reich qui apposaient sans états d’âme leurs signatures au bas de documents envoyant des milliers de gens à la mort. Lors de son procès à Jérusalem, elle dira d’Adolf Eichmann qu’il n’est ni méchant ni stupide : foncièrement ce n’est pas un mauvais homme. Son système de défense tiendra quasiment en une seule phrase qu’il invoquera chaque fois qu’on lui posera une question, notamment celle du pourquoi : je faisais cela parce que j’obéissais aux ordres.
La nature humaine est un trou noir d’où émergerait le langage comme une ligne de fuite.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Dys- Aujourd'hui à 8:58

Avant peut-être de développer plus avant, j'aimerais revenir un peu sur ce que Mal' a proposé comme synthèse - dont je salue le travail au passage -, car je voudrais y adjoindre deux remarques, en espérant qu'elles ne soient pas discourtoises ou agressives, succinctement:

La première concerne l'exhaustivité de la présentation, pourquoi, ne pas avoir " traité " aussi le don et le prodige ? Et puis surtout, les liens que toutes ces définitions entretiennent avec le génie, objet du fil de discussion et qui semble poser tant de problèmes d'interprétation ?

La seconde, si j'ai bien saisi l'historicité du phénomène, il y a un temps on parlait d'enfants surdoués, qui pour des raisons d'ego, de morale ou de dignité, en tout cas par polémique interposée, le vocable s'est mué en enfants précoces, socialement plus acceptable ou moins connoté, et puis, comme on s'est rendu compte, qu'il n'y avait pas que les enfants dans cet état singulier, en particulier des adultes, la précocité est devenue un terme incongru, et donc lui-même remplacé par l'expression à haut potentiel. Ce qui signifie selon moi, que ce n'est que la nomination qui a changé, non le processus sous-jacent commun. Ceci étant dit, peut-on penser qu'il existe un rapport étroit entre surdouance et génie ? ( Rappelant que tout être particulièrement intelligent ne devient pas un génie, pas plus qu'un individu doué en sport ou dans un art quelconque ne devient un grand sportif ou une célébrité pour autant. Autrement dit, et cela rejoint partiellement Shub, c'est avant tout un fait social, si il n'y a pas de reconnaissance de cet état de faits, alors, il n'y a ni génie, ni star ).

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Mal' Aujourd'hui à 9:43

Oui ou, précisément, un hasard destinal. Étant donné les difficultés autour, il semble assez évident que, pour une personne donnée, si génie est reconnu, c'est donc par hasard général et destinée personnelle. Hasard destinal.
Ou bien, et puisque je suis dans la lecture de l'Institution imaginaire de la société, de Cornelius Castoriadis, le génie adviendrait (comme fait social, oui-da, donc : c'est inclus depuis toujours dans mon hasard destinal) sur la base d'un imaginaire radicalement institutif, d'où découle donc toute une significativité (un réseau de significations) par laquelle les groupes et les personnes en viennent à parler de génie (personnel).
C'est-à-dire qu'il n'y a de "miracle" (comme je disais) que rapport à cette significativité découlant d'un imaginaire radicalement institutif, comme surgit ex nihilo du devenir social-historique.

Quant à tes remarques sur mes points, je les accueille avec joie : nul ne peut être exhaustif, et je reprenais surtout les notions émergentes dans le fil. La notion de don rejoint celle de talent à mon avis, à cheval avec la surdouance, tandis que la notion de prodige est chargée du miraculeux dit.
Néanmoins, à moi, la notion de prodige me semble se charger d'une dimension peut-être plus religieuse, spirituelle, prophétique ou messianique, que le génie. C'est-à-dire que ça ne me choquerait pas, que d'aucuns jugent Moïse, Jésus ou Mahomet des prodiges, tandis que cela m'étonnerait qu'on les qualifie de génies.
La notion de génie me semble profane.

Enfin, quand tu replaces une équation surdouance = précocité = haut potentiel, j'ai envie de redire non, puisque précisément j'ai le sentiment que tu as mal lu mes points, qui distinguaient cela. Enfin, disons que dans mes points, je suis influencé par une culture psychiatrique, et que tu es resté probablement plus proche du sens commun.
Dans cette culture psychiatrique, donc, l'équation ne fonctionne pas : la précocité est nettement reliée au QI seul et, comme elle l'indique, au fait qu'un enfant présente un avancement notoirement épistémique, sur ses camarades ; cette précocité peut disparaître avec le temps.
Ensuite, le haut potentiel est encore surtout référé au QI, puis seulement au QE et à la surdouance, pour l'expliquer (thèse de Raymonde Hazan). C'est-à-dire donc, que tu n'as pas tort avec ton équation, et qu'elle recoupe même la culture psychiatrique à certain niveau ; mais je crois utile de repréciser les nuances essentielles à apporter dans tous ces jargons.
Car enfin, la surdouance - ce que recouvre cette notion - ne ressort pas toujours, de loin pas, de la précocité ou du haut potentiel (ce qu'on s'attend à trouver là-dessous) puisque des "surdoué·es" peuvent être des cancres dans leur cursus initial, et se sentir profondément marginaux (non pas marginalisés, mais bien dans un sentiment de marginalité) une fois adultes.
D'où donc, que je rompais l'équation, pour dire qu'ils n'y a pas proprement supériorité, mais différentialité du·de la surdoué·e. En fait, concrètement, à un moment donné, des écarts de QI·E génèrent non pas un esprit génial, voire divin (contrairement à l'imaginaire courant) mais génèrent un esprit spécial, un peu comme l'on s'ébaubit (ainsi que Shub, par exemple) devant l'autiste.

Mais c'est-à-dire que la spécialité du·de la surdoué·e reste cognitivement empathique, comme tout le monde, mais présente - si l'on veut - comme un daltonisme mental. C'est-à-dire que les autres et les choses ("le monde") est perçu singulièrement, rapport à la moyenne - et même la médiane - statistiques.
D'où finalement, le vocable de "zèbres", sous un angle un peu risible, et sous l'autre "bizarre comme il faut". Où donc, cette bizarrerie peut bien sembler risible au commun parfois, en quoi les surdoué·es peuvent être des cancres et se sentir marginaux. En fait, cette surdouance peut être un véritable fléau pour la personne, sensoriellement & mentalement isolée, rapport aux sensorialités-mentalités communes.
Un peut comme si elles étaient (indécidablement) des orcs ou des elfes au milieu des humains, ou bien des (indécidablement toujours) des E.T. l'extraterrestre ou des Aliens (avec Sigouney Weaver) au milieu des humains.
On est très loin de l'image de premiers de la classe, de personnalités excellentes et socialement accomplies, quoique ça n'empêche rien en soi - encore faut-il que le·a sudoué·e parviennent à l'avoir compris et le gérer ensuite, le plus tôt possible.

Exactement comme quelqu'un·e qui aurait subit une dégénérescence aux jambes, et qui devrait se faire à un handicap physique, depuis sa chaise roulante. La vérité, c'est qu'il y a différentalité, altérité existentielle, et handicap uniquement rapport à la moyenne·la médiane statistiques & dispositifs idoines.
D'où aussi, probablement, l'éminente question de la stigmatisation en effet là derrière.
La charité commune ne s'adresse qu'aux affaiblis ; mais ces différentialités, que le commun prend pour des avantages, sont potentiellement des faiblesses, et méritent toute son attention, aussi - ce dont on est très loin, actuellement, surtout en France et notre égalitarisme à la noix (nivellement par le bas).
avatar
Mal'
LibertéPhilo


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2350-reglement#45697

Revenir en haut Aller en bas

Re: Naît-on ou devient-on génie ?

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 4 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum