Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

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Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Kal' le Lun 11 Sep 2017 - 1:24

Le judaïsme puis l'islam.

À première vue, rien de moins commun. Entre d'une part, la religion des Arabes, et de l'autre la religion des Hébreux, c'est le chaud et le froid, c'est l’hiver et l'été. Ce sont les pôles opposés de l'aimant.

Et pourtant.

Et pourtant, lorsqu'on y regarde de plus près - c'est-à-dire généalogiquement -, ce qui est par ailleurs aujourd'hui plutôt accepté par les spécialistes, c'est que ces deux religions sont très liées. Liées non pas simplement par leur abarahimisme, leur caractère abrahamique, mais plus profondément encore du point de vue philosophico-religieux.

En fait, les juifs et les musulmans partagent un certain optimisme, cette niaiserie et cette naïveté philosophiques. Or cela ne préjuge de rien : je ne dis pas que celles-là - ces religions - soient pauvres théologiquement, ou dans le reste de leurs doctrines et de leurs lois. Et quand bien même elles atteindraient le summum de la complexité, soit dit en passant, cela ne changerait rien non plus au constat.

Ainsi, elles sont optimistes, profondément optimistes à tous les points de vues, à tous les égards. Où que l'on regarde, par-ci ou par-là, que l'on prenne des éléments de-ci de-là, on retrouve sous la couche un noyau foncièrement bon, candide, joyeux, heureux et, dirais-je même, naïf. Il y a cette légèreté, cette danse, ce regard indolent, cet air frais, ce beau sourire chez le rabbin et l'imam. C'est que les juifs, pauvres misérables - par tout ce qu'ils ont bien pu passer -, formant un pauvre et misérable peuple donc, ont toujours pu entrapercevoir le "bout du tunnel" : ils sont là quoi, puisque YHWH sut tirer les ficelles.

Il s'ensuit l'imam, du désert brûlant, où son islam est son oasis : on s'y rafraîchit paisiblement.

Tout cela est psychologiquement logique, pour des peuples du désert. On travaille, on souffre, à juste travail juste récompense : le paradis et ses houris. - Qu'avons-nous à faire, disent-ils, des querelles de théologien ? Comprendrons-nous cela ? Voulons-nous un néant ? - Non ! Non ! Deux fois non ! Nous voulons le bonheur.

C'est l'un après l'autre que les dominos se percutent, et que tout se suit.

Le chrétien parfait - aux écoles nietzschéenne et pascalienne -, le Christ en premier lieu - car c'est un modèle - qui trône dans le cœur chrétien en tant donc que son exemple, a pour guide l'image de la souffrance - ce Christ justement. Si le Christ a souffert - le chrétien souffre. Quoi de plus cohérent, quoi de plus naturel ?

Puis s'ouvre naturellement, au-delà, tout un univers philosophique, toute une compréhension du monde - une compréhension au travers de la souffrance. Il y a probablement des facteurs sociologiques (voire ethniques ?) à prendre en compte. Le théologien, de par son éthologie, son comportement, son mode de vie, est à l'extrême pointe inverse de l'imam ou du rabbin. Car le rabbin et l'imam, ou l'imam et le rabbin, n'ont pas le temps. Ils n'ont pas le temps. Pas le temps des tracasseries, des concepts, des gros livres. Ils n'ont pas le temps à la perte de temps. Rien de plus normal après tout : le rabbin représente un peuple estropié, battu et pourchassé ; l'imam dirige les consciences de marchands nomades.

Aussi, il n'y a pas lieu de parler judéo-christianisme, si ce n'est qu'en surface pour cette sorte de pélagianisme plébéien communément répandu. Mais c'est un égarement, une aberration, un rivage sur lequel on échoue. On y échoue précisément lorsqu'il est question d'inculquer au petit peuple des questions métaphysiques. Ce sont là des déboires courants, où il n'y a pas à s'alarmer et où on ne doit encore moins, eu égard à la vraie théologie chrétienne, accorder trop d'importance.

Dans cette mesure, lamentez-vous mes frères :

Il n'y a pas de judéo-christianisme.

Il y a un judéo-islamisme.

Amîn !


Dernière édition par Kalos le Lun 13 Nov 2017 - 2:09, édité 1 fois
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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Avis' le Lun 11 Sep 2017 - 6:51

Donc le christianisme serait une passion triste. Pourtant les évangéliques sont plutôt joyeux. Les musulmans, de tradition optimiste supposée, ne rient jamais, c'est le signe de Satan. Quant aux juifs, ils sont pratiques : jette une pierre à un juif, il la ramasse pour en faire sa maison. Nous sommes dans les clichés, bien sûr.

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Christianisme.....

Message  Janot le Lun 11 Sep 2017 - 10:00

Il y a bien un judéo-christianisme : reprise des Dix Paroles, acceptation de l'immolation pour contenter YHWH (sur le modèle du sacrifice d'Isaac, c'est la fond de la théologie de Paul), reprise du Jugement et de la résurrection des Justes (se constate à partir des Maccabées), mais cela vaut pour les pharisiens, pas les sadducéens — et Jésus rajoute par rapport au Baptiste l'immense miséricorde divine. Mais effectivement, le message se brouille, ou devient double, car la Bonne Nouvelle, c'est pour Jésus la fin des temps imminente et le bonheur en YHWH, alors que pour la première communauté, c'est la résurrection de Jésus, qui est donc promesse de vie dans l'au-delà, si l'on croit en Lui, et son retour. Et l'imminence fait que la communauté va vivre repliée, comme les esséniens. Jésus est un bon vivant, rien n'indique qu'il recherche la mort — a fortiori, qu'il se croit le Logos incarné — si l'on veut bien regarder de près les ajouts des évangélistes à ses probables paroles. le christianisme primitif est donc attente et joie ; les persécutions vont faire pencher l'optimisme vers l'acceptation de la souffrance (que la théologie met en avant, mais pas le Jésus historique, qui passe son temps à soulager autrui) et le retrait du monde passera au second plan pour construire une Eglise ayant les pieds sur terre. La perfection, ce seront les ascètes et autres flagellants, victimes d'une mauvaise lecture du message de Jésus. Pour le chrétien de base, c'est l'assurance qui domine, malgré les épreuves.

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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Avis' le Lun 11 Sep 2017 - 10:20

Autre point de vue.
A l'époque précédant Mahomet coexistent trois grandes religions au moyen-orient : le christianisme, le judaïsme, le polythéisme.
Pendant ce temps les arabes se divisent entre ces trois religions et surtout se font une perpétuelle guérilla entre tribus (qui se perpétue de nos jours), de razzias contre les caravanes et les marchands.
Mahomet s'en désole et estime qu'il faut rassembler les arabes sous une même identité afin d'établir un ordre nouveau qui rassemble tous les arabes et le meilleur moyen est de leur créer une religion qui les unisse "contre". Il leur faut un ennemi commun. D'autre part Mahomet est très au fait du christianisme et du judaïsme. Il prend donc un peu de l'un, un peu de l'autre et y ajoute un identitaire arabe (par exemple la place de la femme dans la société). Et le tour est joué, naît une religion nouvelle, mais qu'il devra imposer par les armes. Donc religion de paix directement issue de la guerre. A l'inverse des deux autres monothéismes.
Le fait est que la sauce a pris, d'autant que le droit de razzia contre les infidèles était maintenu, coagulée par les interdits et obligations qui jalonnent la journée du musulman, et notamment l'interdit majeur littéralement puni de mort qui empêche de changer de religion.

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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Kal' le Lun 11 Sep 2017 - 18:11

Ton protestantisme ne fait plus de mystère, Janot.
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islam...

Message  Janot le Lun 11 Sep 2017 - 18:45

je ne prends au protestantisme que le brio de son exégèse, qui est pour l'essentiel "scientifique". Cela ne m'empêcherait pas, si j'appréciais fortement le catholicisme romain, de faire comme Loisy et de reconnaître l'inspiration divine dans l'évolution des dogmes, des sacrements et des structures ecclésiales. En fait, je suis clairement néoplatonicien, voir Plotin. D'où mon amour aussi pour le pseudo-Denys l'Aréopagite... Je respecte toutes les croyances bien entendu, y compris les miennes !

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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Malcolm le Lun 11 Sep 2017 - 19:06

L'un parle au niveau dynamiste, les autres aux niveaux factualiste et praticiste. Mon Dieu - pour autant que tu existes, et même si tu n'existes pas - fais qu'ils s'entendent, je t'en conjure. Sinon je déprime ; mais bon, tu es ma joie quand même, hein.
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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Kal' le Lun 11 Sep 2017 - 20:32

Non, ou plutôt : dynamiste en effet, pour ma part. Mais non pour les autres : ils substituent mon dynamisme pour leur factualisme, en pensant faire de leur factualisme un dynamisme. Ce dynamisme pour remplacer le mien - de dynamisme.
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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Malcolm le Lun 11 Sep 2017 - 20:59

Le factualiste, c'est Janot ; le praticiste, c'est bien sûr Avis'. On ne peut pas confondre les différents ordres, parce qu'alors les faits plaident évidemment pour le judéo-christianisme, mais ce sont des héritages verbaux, encore que soutenus de trajectoires géohistoriques ; et la pratique plaide évidemment pour la joie chrétienne, mais c'est qu'il faut bien vivre heureux. Cet eudémonisme chrétien est comme une phrônésis, qu'à la longue les croyants ont jugé bon de dégager de leur douleur dynamique. Douleur dont par ailleurs, la théologie dit qu'il faut faire sa joie (sa joie, non son plaisir) dans la participation à Christ. Cela, en effet, n'est intimement pas judaïque ni islamique.
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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Avis' le Mar 12 Sep 2017 - 0:13

A propos de Plotin ou du pseudo-Denys, Janot, que tu aimes tant, pourquoi en dire autant pour expliquer qu'on ne peut rien dire de l'Un, de "celui qui est", et comment alors dire quoi que ce soit de l'intelligence, qui en serait  l'émanation? Si l'Un est celui qui est sans être le créateur, alors pourquoi tous ces écrits, depuis la genèse puisqu'il n'y a pas de commencement ? Ca me fout mal de tronche.
Il faudrait ne vivre que de contemplation mais alors comment vivre...? Et comment, pour pouvoir contempler, confier la charge de son propre entretien à autrui, qui lui n'aurait pas à s'occuper de contemplation...?
D'un côté les purs contemplateurs, qui sauraient de quoi est fait le monde, de l'autre les purs animaux, rivés à leurs télescopes pour en savoir un peu plus.
Tu avoueras, quand même, que c'est dur à avaler... *Souri* Bon mais c'est sûr, je n'ai pas la grâce *Tchin*

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Islam, Plotin...

Message  Janot le Mar 12 Sep 2017 - 9:37

Une réflexion métaphysique au sens fort, un décodage du monde et de l'homme dans la clarté d'une transcendance ne peuvent advenir que par l'enrichissement de l'appropriation de la profondeur de grands auteurs et en même temps leur adaptation au monde hic et nunc et à l'homme qui s'y plonge  aujourd'hui — mais qu'il serait trop long d'expliciter ici (et sans intérêt pour beaucoup). On ne devient pas esclave en devenant adepte.
On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, n'est-ce pas, et cela me semble bien plus solide que la Ewige Wiederkehr des Gleichen : l'éternel retour du semblable, espèce de succédané de vertige métaphysique par un penseur solitaire, et, serait-on tenté d'ajouter, avec une sorte de léger, imperceptible souffle panthéiste, tant il est vrai que Nietzsche, grand contempleur de la nature,  reste bien un Allemand sous cet aspect.

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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

Message  Avis' le Mar 12 Sep 2017 - 11:14

Jamais deux fois dans la même eau . Dans le même fleuve, si. *Lol*  Pareil pour ma baignoire. *Bizarre*
l'éternel retour du semblable
Le semblable ne revient jamais, il évolue.
Décidément, je n'ai pas la grâce. *Soldat ewok* Veuille ne pas m'en vouloir.
"Ne pas se baigner deux fois dans le même fleuve", je conçois très bien ce que cela veut dire, mais toujours avec quoi je suis mal à l'aise dans ces questions philosophiques : c'est ce que je conçois comme "imposture" et celle-là est tellement bénigne qu'on aurait du mal à en tenir rigueur à son auteur, bien au contraire, on salue le bon mot. Mais le principe de l'imposture se loge là-dedans justement. C'est seulement une question de principe. Aussi vois-je de l'imposture partout dès que l'on travestit le réel (que l'on ne connaît pas, c'est bien connu, mais de là à en dire ce qu'il n'est manifestement pas !) De même avec Dieu, que l'on ne peut qualifier qu'en disant "tout ce qu'il n'est pas". Plotin, justement.

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Re: Judéo-islamisme (ou Moïse & Mahomet)

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