La croyance des philosophes ?

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La croyance des philosophes ?

Message  Auguste le Maure le Jeu 14 Sep 2017 - 21:48

Il ne faudrait pas dire que religion et philosophie sont choses similaires, même si bon nombre de grands philosophes à travers l'histoire était de pieux croyants, l'activité philosophique est par nature quelque peu différente du dogme religieux.
Mais n'y a-t-il pas pourtant en philosophie comme en religion une croyance nécessaire voire sine qua non, (dans la majorité des cas) pour se présenter religieux il faut une certaine croyance en dieu, symétriquement ne faut-il pas une certaine croyance en la vérité pour philosopher ?
La philosophie est même étymologiquement l'amour de la sagesse chose (je peux me tromper) proche du concept de vérité.
Beaucoup de stratagèmes philosophiques : le raisonnement, le doute, l'analyse ne sont que des tours de passe-passe afin de cerner la vérité.
Ainsi, je me pose un question : pouvons nous philosopher sans chercher la vérité ? voire : pouvons nous êtres philosophes en niant l'existence d'une quelconque vérité ?

Remarque : Vérité vu ici comme jugement absolu et indépendant de l'homme.

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Re: La croyance des philosophes ?

Message  Vigne vierge le Lun 18 Sep 2017 - 17:39

Interlocuteurs : Salviati, Sagredo, Simplicio

Sagredo : Et si la croyance en la vérité n'était pas un préalable nécessaire pour philosopher ? Peut-être, ce qui est vrai pour l'un ne l'est pas pour l'autre, et toute vérité supposée n'est qu'une construction arbitraire ou, au moins, subjective. Pourquoi ne pas se débarrasser de ce concept superflu qu'est la vérité, et philosopher en toute liberté ?

Simplicio : Je vous connaissais toujours hérétique, signor, mais là, vous vous dépassez. Vous devriez bien savoir : « dire de ce qui est que cela est, et dire de ce qui n'est pas que cela n'est pas, c'est dire la vérité ». C'est-à-dire que la vérité découle de l'existence même, de l'être. Niant la vérité, c'est se jeter dans le néant, bien littéralement. Bon courage pour faire la philosophie dans le vide !

Sagredo : Ce n'est pas en citant Aristote que l'on résoudra les problèmes philosophiques du XXIe siècle, mais vous restez incorrigible là-dessus, j'en suis conscient. Je vous remercie quand-même d'avoir évoqué le lien étroit entre la vérité, la réalité et l'existence. Il se peut que vous ayez raison. Mais l'absence de l'être n'est pas forcément le néant. Vous vous y connaissez en physique des particules ? Dans le vide quantique, aucune particule n'existe à titre indépendant ; et pourtant, dans la « Mer de Dirac », un nombre infini de particules existent en paires fluctuantes. Il y a peut-être un sens relationnel et relatif de l'existence qui ne nécessite pas l'existence absolue. Une chose existe pour une autre, mais pas en soi. La vérité cède aux vérités relatives. Pourquoi cela devrait-il nous empêcher de philosopher ?

Salviati : Si on allait jusqu'au bout de la pensée du signor Sagredo, on arriverait à une discipline autre que la philosophie : les mathématiques. Oui, cela pourrait vous étonner. Mais en mathématiques, chacun (et chacune) peut, en toute liberté, énoncer ses propres suppositions (en forme d'axiomes), ses propres règles de manipulation (une logique) et étudier les « vérités » (c'est-à-dire les théorèmes) qui en découlent. (À ne pas confondre avec les mathématiques au collège où le prof dicte aux élèves ce qui est vrai.) Mes les mathématiciens ne sont pas forcément des philosophes. Il y a un aspect qui nous échappe.

Simplicio : ... un aspect qui VOUS échappe, oui. Une philosophie complètement détachée de la vérité serait vidée de sens. Allez-y, créez votre axiomatique arbitraire et jouez avec les symboles ! Cela ne nous aiderait point à répondre à la moindre question philosophique. Toute question philosophique digne de ce nom est une question de l'HOMME sur la VIE et le MONDE. Comment philosopher donc après avoir nié à la fois l'existence de l'homme, de la vie et du monde ?

Sagredo : Vous me mettez dans le pétrin, cher Salviati, vous me présentez plus radical que je ne le suis. Supposé que nous arrivions aux maths, pourtant : ce ne seraient pas les maths pures, mais plutôt appliquées. Pour reprendre les mots du signor Simplicio, je propose de ne pas étudier l'homme en soi, la vie en soi ou le monde en soi, mais la vie pour l'homme et le monde pour l'homme.

Salviati : Mais dans ce cas, cher Sagredo, sommes-nous vraiment libérés du concept de la vérité ? Ou avons-nous, si j'ose dire, seulement remplacé la vérité du monde par la vérité d'une paire (homme, monde) qui exprime une vérité relative ? C'est-à-dire, l'ensemble des vérités relatives, ne forme-t-il pas une nouvelle et unique vérité ? Certes, ce n'est pas la vérité aristotélicienne dont le signor Simplicio reste un défenseur fervent, mais, néanmoins, une vérité qui mériterait le qualificatif d'absolue ?

Sagredo : Me voilà tout désorienté.

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Re: La croyance des philosophes ?

Message  Avistodénas le Lun 18 Sep 2017 - 18:40

Cher vigne vierge, puis-je ajouter un personnage à ton scénario : Avistodéno ?
Avistodéno :
"Mes amis, comment pouvez-vous invoquer une vérité, définitivement inatteignable ? Enoncez seulement la vérité qui permet d'atteindre le chiffre deux, que je choisis fort simple à dessein ? C'est impossible, elle est infinie, donc hors du champ des possibles pour l'homme.  Et même la méthode mathématique qui permettrait un théorème d'obtention du chiffre deux, à ma connaissance, ne court guère les sociétés savantes. Je ne tirerai donc aucune conclusion définitive sur le mode de philosopher qui, ainsi que je crois vous le montrer, pourrait bien se révéler un "philosopher dans le vide", sauf à s'en tenir aux bons vieux axiomes, toujours sujets à conteste.

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Re: La croyance des philosophes ?

Message  Invité le Mar 19 Sep 2017 - 0:00

C'est de Descartes, non, Vigne vierge, que l'échange que tu proposes, ou bien ?

Avistodénas, pour atteindre deux, en effet, le chemin est infini, puisqu'il passe par 1,000....1 - 1,000....2 - etc. Par contre, pour infini qu'il soit, il me semble tout tracé, au contraire, prompt à occasionner des interrogations paradoxales sur la nature infinie du fini, et finie de l'infini. Ou, encore, sur la nature irrationnelle - au fond - du nombre. Etc. Ceci n'étant pas le débat (suivre ... ou bien ).

Mais, pour répondre malignement à Auguste, je demanderai si la vérité n'est pas - en effet - un préjugé nécessaire, serions-nous conscients de cette possibilité, sans apatophobie. Soit donc que la vérité est un préjugé philosophique sine qua non, de même que le divin est condition sine qua non du religieux. Dans les deux cas, une transcendance est nécessaire. Sur quoi il faut aussitôt remarquer que le préjugé nécessaire au politique, c'est la décision ; que le préjugé nécessaire à l'artiste, c'est la création ; que le préjugé nécessaire au scientifique, c'est la découverte - etc. Autant de transcendances caractérisées.

Vraie question : la transcendance est-elle nécessaire ?
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