Digression sur les monothéismes chrétiens

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Aller en bas

Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 15:10

Une courte vidéo montre ailleurs les fondamentaux de l'Église catholique, du moins ce qu'elle en dit d'elle même. Allons plus avant, plus profond, quitte à  regarder en arrière, puisqu'on ne parle vraiment bien de ce qu'on a vécu. En fait, si vous avez lu Drewermann (Kleriker : "Les fonctionnaires de Dieu"), vous saurez ce qui se cache derrière l'éducation catholique de la jeunesse, spécialement des garçons : L'obsession de la pureté, entendez la négation de toute sexualité, qui doit préfigurer l'habitus du saint : tout entier tourné vers les hauteurs divines, et donc, comme il fut toujours enseigné, la maîtrise totale du sexuel en lui. Car c'est cela que désire Dieu, dit l'Église, et c'est cela qui est propre à conduire au Ciel (et j'ajoute pour jouer avec les mots : parce que tout le reste et sale). Il est possible qu'il y ait eu une évolution depuis 68, dans ce domaine comme dans d'autres, mais j'en doute, même s i le discours extérieur semble s'être tempéré, car les moyens non-naturels de contraception sont toujours interdits, et je ne sache pas que l'Église trouve aujourd'hui relativement naturel qu'un jeune de 15 ans pratique la masturbation (contrairement aux Protestants, moins névrotiques sur le sujet). Jusqu'en 68, LA question principale, inévitable, incontournable, et finalement la seule (très) intéressante pour le confesseur, était celle de la "pureté" du jeune. À la limite, on demandait si on avait raté la messe du dimanche, c'était tout. Éventuellement, si les actes impurs avaient été commis en compagnie d'autres jeunes.

Quelle déformation, quel dévoiement névrotique, malsain, absurde, quelle salissure de l'aspiration du jeune à connaître le Divin, à trouver une réponse à toutes les questions existentielles et métaphysiques : Tout se réduisait au domaine sexuel — et que de sentiments de culpabilité ont pu naître de ces pratiques ecclésiales ! Y a-t-il eu un grand changement ? je n'en sais rien. Mais évidemment les histoires retentissantes de pédophilie dans l'Église, avec leur cortège de non-dénonciation, de protections des prêtres fautifs (du moment qu'ils gardaient la foi !) ont quand même brouillé la donne, obscurci la théologie, ramené clergé et fidèles à plus de lucidité et de circonspection, voire de prévention du côté des parents. Dans un petit livre ("Pourquoi j'ai quitté l'Ordre.."), François Boespflug, après 50 ans passés chez les dominicains, explique qu'une partie importante de frères ont des penchants homosexuels latents et une partie non négligeable ouverts, déclarés et assumés. Drewermann l'explique très bien : Les structures et mentalités ecclésiales sont idéales pour des homosexuels ayant soif de spiritualité — et ayant encore plus peur à la fois de la solitude et de la communauté de vie avec une femme, ce qui se comprend facilement. Ces propos n'ont pas pour but de dénoncer des "perversions", des "attitudes contraires à la nature" (mis à part la pédophilie, qui me semble relever clairement de soins psy), toutes expressions qui ont fait tant de mal aux gens qu'elles visaient et les dégradaient, mais de réfléchir à la réalité crue d'une Église figée dans une morale et une psychologie absurdes.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Kal' le Mar 19 Sep 2017 - 16:22

Ta mécompréhension totale du concept de l'imitatio Christi - jungien donc et d'autres - est la seule absurdité. Le Christ a souffert ; les chrétiens doivent souffrir. Comment ne pas saisir le calcul ?

À vrai dire, tu es dans le ressentiment.


Dernière édition par Kalos le Mar 19 Sep 2017 - 21:25, édité 1 fois
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Avis' le Mar 19 Sep 2017 - 16:43

Franchement, je ne lis aucun ressentiment chez Janot, seulement un constat qui lui est propre. Et tout ce petit monde se conçoit sans effort particulier.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Malcolm le Mar 19 Sep 2017 - 18:01

Avistodénas a écrit:Franchement, je ne lis aucun ressentiment chez Janot, seulement un constat qui lui est propre. Et tout ce petit monde se conçoit sans effort particulier.
La franchise, c'est bonhomme, parfois lourdhomme, et si l'on va par là tu dois admettre des constats qui lui sont propres à tout un chacun sans récriement. Or souvent Avis' se récrie. Donc bon : si donc tout ce petit monde se conçoit sans effort particulier, c'est donc que ça te conforte dans ton sentiment. Pourquoi pas ? néanmoins, la personnalité de cette franchise doit être soulignée ; et, si ce dont elle traitait n'était pas personnel, il ne vaudrait rien de parler franc, mais seulement de dire "ce qui est". Je vois mal quelqu'un dire : Franchement, la Terre tourne autour du Soleil. Ça sonne faux.

Alors, pourquoi Kalos parle-t-il ainsi à Janot ?
Kalos a écrit:Ta mécompréhension totale du concept de l'imitatio Christi - jungien et d'autres - est la seule absurdité. Le Christ a souffert ; les chrétiens doivent souffrir. Comment ne pas saisir le calcul ?

À vrai dire, tu es dans le ressentiment.
Franchement, parce que le propos de Janot reste une dirimation du catholicisme, dans la démarche, en sus à le comparer au protestantisme (lequel ?), tandis que les poncifs contre le catholicisme sont redits. Sur quoi, on peut bien y trouver du ressentiment. Du moins le propos procède-t-il d'un déjugement évident !

Bon, passons aux choses sérieuses.
Janot a écrit:Une courte vidéo montre ailleurs les fondamentaux de l'Église catholique, du moins ce qu'elle en dit d'elle même.
Je suppose que tu réfères à celle-là. Seulement, d'une rapide présentation des raisons pour lesquelles l’Église se dit Une, Sainte, Catholique et Apostolique, j'ai cherché sans trouver, comment on arrive à un tel topic que Catholicisme, jeunesse et sexualité. Dans la mesure où tu dis :
Janot a écrit:Il est possible qu'il y ait eu une évolution depuis 68, dans ce domaine comme dans d'autres, mais j'en doute, même s i le discours extérieur semble s'être tempéré, car les moyens non-naturels de contraception sont toujours interdits, et je ne sache pas que l'Église trouve aujourd'hui relativement naturel qu'un jeune de 15 ans pratique la masturbation (contrairement aux Protestants, moins névrotiques sur le sujet). Jusqu'en 68, LA question principale, inévitable, incontournable, et finalement la seule (très) intéressante pour le confesseur, était celle de la "pureté" du jeune. À la limite, on demandait si on avait raté la messe du dimanche, c'était tout. Éventuellement, si les actes impurs avaient été commis en compagnie d'autres jeunes.
- on comprend assez bien que la juxtaposition de ces trois items est un rejeu de la transmoralisation sociale de l'époque, de la canalisation religieuse dans le mariage (que les protestants jugeaient aussi meilleure que les cathos, bien qu'ils admirent le divorce, essentiellement pour les besoins de causes royales, à commencer par l'anglicanisme qui certes est bâtard entre catholicisme et protestantisme, mais reste un protestantisme) vers l'étalement corporel dans le modelage (mode, plastique, dégaine, genre, militance, toutes pratiques confondues, à travers le conditionnement publicitaire économique désiriste - disons que le stylisme règne, à commencer chronologiquement par le style hippy).

Mais reprenons ce qui précède l'évocation de cet événement, semble-t-il axiologique pour Janot :
Janot a écrit:Allons plus avant, plus profond, quitte à  regarder en arrière, puisqu'on ne parle vraiment bien de ce qu'on a vécu. En fait, si vous avez lu Drewermann (Kleriker : "Les fonctionnaires de Dieu"), vous saurez ce qui se cache derrière l'éducation catholique de la jeunesse, spécialement des garçons : L'obsession de la pureté, entendez la négation de toute sexualité, qui doit préfigurer l'habitus du saint : tout entier tourné vers les hauteurs divines, et donc, comme il fut toujours enseigné, la maîtrise totale du sexuel en lui. Car c'est cela que désire Dieu, dit l'Église, et c'est cela qui est propre à conduire au Ciel (et j'ajoute pour jouer avec les mots : parce que tout le reste et sale).
Ma connaissance des milieux du renouveau charismatique - car il en est un catholique, aussi, plein de succès aux JMJ et à Taizé, par exemples, - me permet de dire deux choses : 1. que les catholiques sombrent aussi bien que les protestants, quoi qu'avec plus de modération, dans le délire glossolalique et 2. que les catholiques ont un réel souci du corps, qu'ils exaltent et/ou réapprennent à exalter, ainsi que le Moyen-Âge savait en traiter (et non le traiter) moralement. C'est-à-dire que la Résurrection, c'est la résurrection des corps, au point que la théologie doit statuer quant à savoir quel âge aura ce corps, et s'il sera glorieux ou non ... De plus, les Médiévaux disent corps comme nous disons âme, dans nos expressions "une ville de 10 000 âmes", ou bien "il/elle s'échine corps & âme". Soit donc que corps désigne la personne complète, concrètement comme spirituellement. Le catholicisme est à ma connaissance le plus charnel, le plus incarné, des christianismes, par-devers ses contritions qui - comme dit Kalos - sont assez bien expliquées par l'imitatio Christi. Mieux : le catholicisme ne serait pas aussi contrit dans la démarche, s'il n'était pas aussi attentif au corps. Naturellement, cela cultive une forme de cercle vertueux ou vicieux selon les interprétations ...
Janot a écrit:Quelle déformation, quel dévoiement névrotique, malsain, absurde, quelle salissure de l'aspiration du jeune à connaître le Divin, à trouver une réponse à toutes les questions existentielles et métaphysiques : Tout se réduisait au domaine sexuel — et que de sentiments de culpabilité ont pu naître de ces pratiques ecclésiales !
... puisqu'à partir du moment où l'on se contrit, le corps peut certes n'avoir plus de cesse que de nous solliciter. Mais enfin, Mel Gibson, avec la Passion, et bien que non-catholique, a assez bien saisi "l'idée".
Janot a écrit:Mais évidemment les histoires retentissantes de pédophilie dans l'Église, avec leur cortège de non-dénonciation, de protections des prêtres fautifs (du moment qu'ils gardaient la foi !) ont quand même brouillé la donne, obscurci la théologie, ramené clergé et fidèles à plus de lucidité et de circonspection, voire de prévention du côté des parents. Dans un petit livre ("Pourquoi j'ai quitté l'Ordre.."), François Boespflug, après 50 ans passés chez les dominicains, explique qu'une partie importante de frères ont des penchants homosexuels latents et une partie non négligeable ouverts, déclarés et assumés. Drewermann l'explique très bien : Les structures et mentalités ecclésiales sont idéales pour des homosexuels ayant soif de spiritualité — et ayant encore plus peur à la fois de la solitude et de la communauté de vie avec une femme, ce qui se comprend facilement. Ces propos n'ont pas pour but de dénoncer des "perversions", des "attitudes contraires à la nature" (mis à part la pédophilie, qui me semble relever clairement de soins psy), toutes expressions qui ont fait tant de mal aux gens qu'elles visaient et les dégradaient, mais de réfléchir à la réalité crue d'une Église figée dans une morale et une psychologie absurdes.
Tu cites Boespflug, Drewermann. On pourrait aussi bien citer J.-Cl. Guillebaud, Philippe Muray, l'abbé Pierre, mère Thérésa, etc. pour voir à quel point ces cathos font honneur au catholicisme. Bien sûr, "c'est comme partout", encore qu'il y ait plus de QI chez les juifs ashkénazes *Pouce*

Bref : le titre de ce topic est racoleur, et son fond provocateur, en énième rétorsion anticatholique. Au fond, le catholique est innocent ...
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Avis' le Mar 19 Sep 2017 - 18:25

Si j'avais eu quelque chose à "reprocher" au texte de Janot, ce ne serait sûrement pas un "ressentiment" que je n'ai pas trouvé. Je lui "reprocherais" peut-être d'établir un constat d'évidence : l'obsession de la pureté, dont tout le reste découle et qui donc, aboutit à des lieux communs. Voilà tout.

Revenir en haut Aller en bas

Catholicisme, jeunesse, sexualité

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 18:56

Kalos a écrit:Ta mécompréhension totale du concept de l'imitatio Christi - jungien et d'autres - est la seule absurdité. Le Christ a souffert ; les chrétiens doivent souffrir. Comment ne pas saisir le calcul ? À vrai dire, tu es dans le ressentiment.
Qu'est-ce donc que ce jugement tranchant, qui dit de moi ce qu'on ignore et conclut sur une ânerie ? car un âne rit, lequel prétend dire la vérité sur mon sentiment et relever ce que j'ai compris ou pas ! Le ressentiment ? Mais on ne tire pas sur une ambulance ! Je dis ce que j'ai vécu, comment je l'ai vécu et pourquoi cette obsession qu'a l'Église de la pureté l'a conduite dans une impasse grave et une erreur théologique de poids : mépriser le corps et écraser la sexualité pour s'ouvrir à la transcendance. Ce sont peut-être des lieux communs pour X ou Y, pas pour moi, ayant passé 9 années dans un collège de dominicains. La vision rabbinique est manifestement bien plus saine. Et il semble qu'aucun intervenant ne comprenne l'approche psychologique - psychanalytique de l'adolescence et de l'épanouissement de l'adulte, puisqu'on fait l'impasse là-dessus. Car c'est cela qui est en jeu : L'accès à la transcendance, au Divin ne se fait pas par le reniement de ce qui nous constitue au plus profond de nous, si l'on veut bien excepter quelques anachorètes, mais par l'acceptation de tout ce que le Créateur nous a donné pour nous constituer.
L'imitatio Christi comme lit de souffrances ? Et tu crois en plus m'apprendre quelque chose ? non mais, je rêve, là ! C'est là le lieu commun d'une théologie totalement dévoyée au fil du temps, qui n'a pas saisi l'essence du message christique tel qu'il est présent dans les synoptiques : Jésus appelle à une conversion, à vivre pleinement, à être guéri, à remercier le Père, car Il est miséricorde et le Royaume est imminent — pas à se flageller ni à s'interdire un bon vin. Aucun exégète actuel n'acceptera de dire, à l'examen des synoptiques, que Jésus recherche la souffrance, ni qu'il se considère comme une victime expiatoire :  c'est là un raisonnement théologique des années 80, pas 30. Qui parle en premier du sang versé pour racheter l'humanité ? Paul, et encore sur le tard, quand les juifs lui ont tourné le dos — cette théologie fera ajouter des paroles à Jésus le soir de la Cène, on voit bien les rajouts quand on passe de Marc (écrit vers 70) à Matthieu (vers 80, où le rédacteur ajoute : pour le pardon des péchés). Luc est plus prudent en disant seulement : "en mon sang versé pour vous" (ce qui peut signifier bien des choses ! En plus, il n'est pas écrit en grec :"pour la multitude", mais : pour beaucoup (polloi ; c'est Jérôme qui a traduit "pro multitudine", une approximation de plus) Non, un Père aimant et miséricordieux (prêché par jésus) ne demande pas la mort de son Fils, ça n'a pas de sens.

Revenir en haut Aller en bas

Catholicisme, jeunesse, sexualité

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 19:40

tandis que les poncifs contre le catholicisme sont redits.
Quels poncifs ? tu juges, tu tranches, tu exécutes ? mais il faudrait d'abord avoir vécu ma vie, pas la tienne, pour me juger ! Et ne pas distinguer spiritualité, religion, christianisme et catholicisme, voilà qui n'est pas bien fort pour des philosophes. Vous croyez que j'étudie les évangiles, l'exégèse, l'histoire de l'Église, les dogmes catholiques depuis 40 ans par ressentiment ? par haine du catholicisme ? Non mais, là, pardon de vous trouver très légers !!

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Kal' le Mar 19 Sep 2017 - 19:42

Schopenhauer, De la quadruple racine du principe de raison suffisante, a écrit:Mais ces messieurs savent-ils bien quelle est l’heure qui sonne en ce moment? — Une époque dès longtemps prédite est arrivée : l’Église chancelle; elle chancelle si fort, que l’on se demande si elle pourra retrouver son centre de gravité car la foi a disparu. Pour la lumière de la révélation, comme pour toute autre lumière, quelque obscurité est une condition indispensable. Le nombre a grossi considérablement de ceux qu’un certain niveau et un certain horizon de connaissances rendent incapables de croire. Ceci montre l’extension générale, prise par le vulgaire rationalisme, étalant de plus en plus sa large face de bouledogue. Ces profonds mystères du christianisme, sur lesquels on a médité et disputé pendant des siècles, il se dispose tout tranquillement à les mesurer à son aune de boutiquier et croit par là faire des merveilles de sagesse. C’est surtout l’enseignement essentiel du christianisme, le dogme du péché originel, qui est devenu pour les têtes carrées du rationalisme un sujet de risée; n’est-il pas évident, disent-ils, que l’existence de chaque homme commençant à sa naissance, il est impossible qu’il vienne au monde, déjà entaché de péché? Comme c’est intelligent! — Et de même que, lorsque la misère et l’abandon prennent le dessus, les loups commencent à se montrer dans le village, de même en ces circonstances, le matérialisme, toujours aux aguets, relève la tête et s’avance assisté de son compagnon le « bestialisme » (que certaines gens appellent humanisme).

Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, a écrit:Dans leurs physionomies [des peintures chrétiennes] et surtout dans leur regard, nous voyons l’expression et le reflet de la connaissance la plus parfaite, je veux dire de celle qui ne s’applique point aux choses particulières, mais qui conçoit d’une manière parfaite les Idées, c’est-à-dire toute l’essence du monde et de la vie ; cette connaissance réagit aussi sur leur volonté ; mais, à la différence de la connaissance vulgaire, bien loin de présenter des motifs à cette même volonté, elle répand sur le vouloir tout entier sa vertu apaisante, le quiétif ; de là vient cette résignation parfaite, qui est à la fois l’esprit intime du christianisme et de la sagesse hindoue ; de là procèdent le renoncement à tout désir, la conversion, la suppression de la volonté qui entraîne dans le même anéantissement le monde tout entier ; de là résulte, en un mot, le salut.

Schopenhauer, op. cit., a écrit:Par suite, le christianisme voit en tout individu d’abord son identité avec Adam, avec le représentant de l’affirmation de la vie, d’où sa participation au péché (au péché originel), et par là à la douleur et à la mort ; puis aussi, et grâce à l’Idée dont il s’éclaire ici, l’identité de cet individu avec le Sauveur, le représentant de la négation de l’attachement à la vie, d’où sa participation au sacrifice et aux mérites du Sauveur, et sa délivrance des chaînes du péché et de la mort, c’est-à-dire du monde (Aux Romains, V, 12- 21).

Schopenhauer, op. cit., a écrit:Pour approfondir et compléter ce que, dans un exposé tout abstrait et tout général, nous avons appelé la négation du vouloir-vivre, il faut étudier les préceptes moraux donnés, absolument dans le même esprit, par des hommes pénétrés du même sentiment ; nous verrons ainsi combien ces vues sont anciennes, quelque nouvelle que puisse être leur expression purement philosophique. La plus voisine de nous, parmi toutes ces doctrines, c’est le christianisme, dont la morale est animée du même esprit, non seulement de l’esprit de charité, poussé à ses limites extrêmes, mais de l’esprit de renoncement.

Schopenhauer, op. cit., a écrit:Nous voyons que les apôtres prescrivent d’aimer son prochain comme soi-même, de faire le bien, de chérir ceux qui nous haïssent, d’être charitable, patient, doux, de se résigner facilement aux offenses, d’être tempérant, pour dompter la concupiscence, de résister aux appétits charnels, et, s’il est possible, d’être absolument chaste. Nous trouvons déjà ici les premiers degrés de l’ascétisme, ou proprement la négation de la volonté, et nous désignons par ce mot ce que les Évangiles entendent par « renoncer à soi-même » et « porter sa croix » (Matth., XVI, 24, 25 ; Marc, VIII, 34, 35 ; Luc, IX, 23, 24 ; XIV, 26, 27, 33). Ces tendances se développèrent petit à petit, et donnèrent naissance aux ascètes, aux anachorètes, aux moines ; c’étaient là de pures et saintes institutions, mais qui ne pouvaient s’étendre qu’à un très petit nombre d’hommes ; un développement plus considérable ne devait amener qu’hypocrisie et abomination, car « abusus optimi pessimus ». Plus tard, quand le christianisme est organisé, nous voyons ce germe ascétique s’épanouir complètement, dans les écrits des saints et des mystiques. Tous prêchent non seulement la pureté de la vie, mais la résignation complète, la pauvreté volontaire, le vrai calme, l’indifférence absolue aux choses de la terre, l’abnégation de la volonté, l’enfantement en Dieu, l’oubli entier de soi-même et l’anéantissement dans la contemplation de Dieu.

Schopenhauer, op. cit., a écrit:Le protestantisme, par l’exclusion de l’ascétisme et de ce qui en est le centre, le côté méritoire du célibat, a renoncé proprement à la substance intime du christianisme et ne peut être regardé ainsi que comme un rameau détaché de ce tronc. Ce caractère s’est manifesté de nos jours par la transformation insensible du protestantisme en un plat rationalisme : ce pélagianisme moderne aboutit en dernier lieu à la doctrine d’un père aimant qui a créé le monde, pour que tout s’y passe à la satisfaction et à l’agrément de chacun (en quoi, à la vérité, il n’aurait guère réussi) et qui, pour peu que nous nous accommodions à sa volonté sur certains points, nous ouvrira dans la suite un monde plus joli encore (dont le seul défaut est d’avoir une entrée si pernicieuse). Ce peut être là une bonne religion pour des pasteurs protestants, aisés, mariés et éclairés : mais ce n’est pas un christianisme. Le christianisme enseigne que la race humaine s’est rendue gravement coupable du fait même de son existence, que le cœur aspire à en être affranchi, mais ne peut gagner son salut qu’au prix des plus lourds sacrifices, du renoncement à soimême, par suite au prix d’une conversion totale de la nature humaine.


Dernière édition par Kalos le Mar 19 Sep 2017 - 19:54, édité 3 fois
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Malcolm le Mar 19 Sep 2017 - 19:42

Je suis outré.
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Schopenhauer : que de frivolités sulpiciennes !

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 19:54

Par suite, le christianisme voit en tout individu d’abord son identité avec Adam, avec le représentant de l’affirmation de la vie, d’où sa participation au péché (au péché originel), et par là à la douleur et à la mort ; puis aussi, et grâce à l’Idée dont il s’éclaire ici, l’identité de cet individu avec le Sauveur, le représentant de la négation de l’attachement à la vie, d’où sa participation au sacrifice et aux mérites du Sauveur, et sa délivrance des chaînes du péché et de la mort, c’est-à-dire du monde (Aux Romains, V, 12- 21)
Je n'ai pas lu Schopenhauer, et d'après ce que je lis, je ne regrette rien. On est bien dans la théologie paulinienne de la mort salvatrice et de la justification, de la participation au sacrifice, amplifiée au temps qui passe, ce qui est devenu peut-être catholique mais n'est pas du tout dans le message évangélique, car la bonne nouvelle du Royaume annoncée par Jésus, ce n'est pas de se castrer, comme Origène au sens propre, comme la théologie que j'ai connue dans ma jeunesse, au sens figuré — laquelle m'a fort perturbé : je ne sais pas ce que sera encore ma vie, mais je crois que je n'en sortirai pas vivant. Parole emprunté à un humoriste. Au passage, il faut quand même savoir que le terme "péché originel" n'est pas dans les évangiles, ce n'est même pas juif.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Avis' le Mar 19 Sep 2017 - 20:24

Janot, je ne vois rien à ajouter ou retrancher à ce que tu dis, et je comprends ton indignation au jugement à l'emporte pièce qui te fait victime d'un "ressentiment", (que je n'ai pas ressenti), autrement dit d'une pulsion qu'à mon avis, tu as largement domestiquée par ta réflexion.
Calme-toi donc, et n'accorde pas plus d'importance qu'ils n'en ont aux jugements des philosophes.

Revenir en haut Aller en bas

Catholicisme, jeunesse, sexualité

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 20:42

Tu es bon avec moi, Avisto' ! Bonne soirée !

P.S.: J'ai vécu ailleurs d'autres réactions de choc, de sidération, voire de rejet, de la part de bons catholiques à qui on n'avait jamais dit que Jonas n'avait pas pu rester dans la baleine, ni Noé embarquer tous les animaux, ni Moïse raconter sa propre mort — et que certaines paroles de Jésus sont à l'évidence les convictions des chrétiens des années 80, pas les siennes. Et sans parler des erreurs, déviations, approximations des traductions du grec en langues vernaculaires... la plus évidente et visible étant manifestement le titre de "nazôraios", traduit faussement par "de Nazareth". Et ça continue !!

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Kal' le Mar 19 Sep 2017 - 20:56

Pour un chrétien qui ne croit pas aux dogmes, pas plus aux prophètes, ni en la véracité de la Bible, ni en la résurrection de Jésus, ni en la Trinité et ni en Dieu - tu peux déjà adhérer :

http://www.atheismeinternational.com/
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Avis' le Mar 19 Sep 2017 - 21:12

Janot, je ne suis pas bon avec toi, je suis juste cohérent et sans détours. Et j'apprécie ce que tu fais.
Pour Kalos : on peut être chrétien, et lucide, c'est à dire être intégré à une culture (le christianisme) sans fermer les yeux, c'est à dire sans être intégriste.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Kal' le Mar 19 Sep 2017 - 21:23

Sans être chrétien quoi.
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Catholicisme, jeunesse, sexualité

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 21:29

On peut même savoir que le christianisme s'est constitué de bric et de broc, que Jésus n'a pas voulu fonder d'Église ni n'a énoncé les 7  sacrements dont se revendique l'Église, et adhérer au catholicisme pur et dur. Pour ma part, je me contente  d'écouter du grégorien, de lire Teilhard et Marcel Légaut, de chanter le Veni creator et le trisagion (à vous de chercher..)... Bien sûr qu'on a une âme, bien sûr que Dieu est miséricorde, bien sûr que l'homme est borné et se prend pour un génie... On a les contradictions qu'on peut !
Kalos, on peut être chrétien sans être catholique pur et dur, on peut ne pas croire à la transubstantation et savoir que le Divin est partout, y compris dans une messe. Pour l'Église catholique, il est moins grave d'être pédophile et adhérer à tous les dogmes, que de ne pas croire à l'infaillibilité pontificale et dire la vérité, à savoir que le Christ n'a fondé AUCUN dogme. Comprenne qui pourra. Baruch atah Adonai !


Dernière édition par Janot le Mar 19 Sep 2017 - 21:35, édité 2 fois

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Kal' le Mar 19 Sep 2017 - 21:32

Ce qui t'arrange quoi.
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Catholicisme, jeunesse, sexualité

Message  Janot le Mar 19 Sep 2017 - 21:43

Kalos a écrit:Ce qui t'arrange quoi.
Ce qui m'arrange, comme tu dis, c'est de me regarder dans la glace et me rappeler que ma quasi-voisine de 93 ans a été heureuse que je répare hier le volet de sa chambre, la vétusté et la pourriture du bois avait ronngé les vis qui tenaient les gonds. Voilà, ça, c'était important.
Pour le reste, chacun a le droit de croire à ce qu'il veut, l'inquisition, c'est fini. Je m'accommode bien, moi, de toutes les incohérences et contradictions de l'Église catholique ? Dimanche dernier, on lisait dans l'évangile de Jean : "je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous..." ; vous croyez vraiment que Jésus a pu dire ça à ses disciples, alors que l'amour du prochain est dans la torah depuis une éternité ? non. Alors ? c'est un propos des années 90, destiné aux païens qui veulent adhérer au christianisme, et n'ont aucune idée des bases. Voilà, c'est simple, c'est scientifique, c'est évident.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Malcolm le Mar 19 Sep 2017 - 21:44

Outrance.
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Kal' le Mar 19 Sep 2017 - 21:59

Mal' a écrit:Outrance.
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Digression sur les monothéismes chrétiens

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum