Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

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Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Mer 11 Oct 2017 - 21:43

René Descartes, /Discours de la méthode/, première partie, entame, a écrit:Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent.
Commentaire :
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont.
Le bon sens. Chez Descartes, il ne s'agit pas d'allants-de-soi, de ce-qui-semble-évident-pour-tous, car bientôt dans ce même paragraphe il écrira : le bon sens ou la raison en équivalence. C'est que René Descartes écrit au XVIIème siècle terminant la Renaissance qui elle-même termine le Moyen-Âge, à moins qu'il n'entame l’Époque Moderne selon quelque historiographie - peu importe : c'est en tout cas une période pendant laquelle le mot sens désigne encore assez bien l'esprit, la tournure d'esprit et l'intelligence, de telle sorte que le bon sens est une notion qui s'oppose aisément à la folie, comme on oppose la raison à la déraison. Rien de trop flou dans cette notion de bon sens, donc, puisqu'il s'agit d'un raisonnement en bonne santé.

L'étonnant, c'est que Descartes puisse dire qu'il s'agit de la chose du monde la mieux partagée, car il ne semble pas que l'on se partage tous un seul et même esprit, mais bien que nous disposions chacun d'un esprit personnel, toutefois capable d'entendre- et de s'entendre avec- autrui, de sorte à ce qu'il soit permis de dire qu'il s'agit de la chose du monde la mieux partagée, car nous avons tous la raison en partage, nous sommes tous - humains - dépositaires de "la raison" comme faculté de raisonnement, dépositaires de l'entendement, de la compréhension.

Reste pourtant comme une ironie dans le propos :
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont.
Nous aurions donc la raison en partage, de ce que chacun pense en être si bien pourvu - premier tacle - que ceux qui même sont les plus difficiles à contenter en toute chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont - deuxième tacle. C'est-à-dire que nul ne trouve qu'il nécessiterait un meilleur raisonnement qu'il n'en a, par vanité, et s'en croit suffisamment porteur.

Cependant
il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ;
Voilà donc que René Descartes pose l'égalité des entendements, sur la base de la vraisemblance : puisque donc tout le monde pense être doué de suffisamment de raison, tout le monde ne saurait être dans l'erreur, et ce consensus rationnel fait que nous disposons d'une égale faculté de raisonnement (bon sens ou raison). Eh bien, René Descartes est démocrate avant l'heure, à ce compte !

Cela semble contredire l'ironie précédente ! qui nuançait, afin de nous faire comprendre que le bon sens pouvait varier d'une personne l'autre. Mais, en fait, toute cette entame du Discours de la méthode oscille entre ces deux possibilités, de l'égalité explicite ou de la diversité implicite, comme sur la fin :
Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent.
Fin de notre extrait, qui manifeste en fait un espoir : l'espoir qu'effectivement les Hommes puissent se conjoindre dans cette raison qu'ils ont en partage malgré sa diversité, dont la plupart ne tient jamais qu'aux opinions :
la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses.
Tout l'espoir cartésien tient en cette maxime :
Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien.
Un espoir fort méthodique, certes, qui dit donc que malgré la diversité des raisons, la méthode peut les faire unes, pour le meilleur. C'est-à-dire que la méthode est meilleure même que l'esprit qui la pratique, dans cette mesure exacte que les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup d'avantage, s'ils suivent toujours le droit chemin que ne font ceux qui courent et qui s'en éloignent. Bref : Descartes est un espoir démocratique dans l'acception suprêmement moderne du mot démocratie, puisqu'il y est question d'une éducabilité de tous à la méthode conduisant au vrai. Voie sur laquelle nous sommes tous égaux malgré nos diversités ... voie sur laquelle les plus petits peuvent concurrencer les plus grands en vérité, car les plus grands manqueraient de patience mais, si les petits font preuve de patience, alors ils sauront les égaler dans l'ordre de la vérité qui seul importe là.

C'est un message universaliste et progressiste, quintessence de l'esprit français quand il parle de lui-même, même quand il ne sait pas mettre de mots sur lui-même, de ce qu'il lui sembla n'être plus lui-même d'être diffus au sein de tous les pays modernes, qui doivent cela à Descartes néanmoins, et encore que Descartes ne le fit pas pour la gloire de la France, mais celui de la connaissance.


Dernière édition par Mal' le Mer 11 Oct 2017 - 21:55, édité 1 fois (Raison : orth-gramm)
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Mer 11 Oct 2017 - 21:46

Mal' a écrit:L'étonnant, c'est que Descartes puisse dire qu'il s'agit de la chose du monde la mieux partagée, car il ne semble pas que l'on se partage tous une seule et même esprit, mais bien que nous disposions chacun d'un esprit personnel, toutefois capable d'entendre- et de s'entendre avec- autrui, de sorte à ce qu'il soit permis de dire qu'il s'agit de la chose du monde la mieux partagée, car nous avons tous la raison en partage, nous sommes tous - humains - dépositaires de "la raison" comme faculté de raisonnement, dépositaires de l'entendement, de la compréhension.

Reste pourtant comme une ironie dans le propos

C'est ironique.
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Mer 11 Oct 2017 - 21:53

J'amenais la chose progressivement, qui n'ôte rien à la conclusion qu'on en tira, serait-elle la pire erreur jamais commise. On dirait que tu me réponds sans avoir lu la suite.
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Mer 11 Oct 2017 - 22:01

La suite est bonne.
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Mer 11 Oct 2017 - 22:04

Kalos a écrit:La suite est bonne.
Qui tient donc compte de l'ironie d'entrée de jeu. Seulement, il fallait la fonder - l'expliquer.
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Mer 11 Oct 2017 - 22:51

Tu laisses entendre que c'est un élément secondaire. Descartes se moque, en disant que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. L'ironie, là, est centrale :

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont.

Autrement dit, personne ne sent sa bêtise, alors que les mêmes, qui ne sentent pas leur bêtise, se plaignent à l'inverse de leur manque de beauté, de force, de richesse, etc. Le bon sens, précisément, c'est penser avoir raison, et donc avoir raison, soit avoir la raison ; et si tout le monde pense avoir raison, c'est qu'ils ont donc au moins la raison. Et la raison, cette raison, effectivement, est la chose la mieux partagée du monde. Il joue sur les deux tableaux.
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Jeu 12 Oct 2017 - 0:24

Kalos a écrit:Tu laisses entendre que c'est un élément secondaire.
C'est un élément oscillatoire dans tout le texte, dont on peut douter toutefois une seconde ; où c'est d'ailleurs le propre de l'ironie, que d'entretenir un flottement. Bref : nous disons la même chose, bien que cela te semble patent, tandis que je ne faisais qu'amener la chose dans l'ordre d'une découverte. Que chacun pense en être si bien pourvu [de bon sens], que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont, cela ne dit pas encore qu'on en est dépourvu, ni qu'on a tort de n'en point désirer plus, encore que pour les besoins de la connaissance vraie à laquelle doit conduire la méthode, il est évident qu'il vaudrait mieux s'en souhaiter une bonne dotation : bref.

Sur quoi, tout cela me pose quelques questions. Notamment cette question de savoir pourquoi l'on éprouve ce besoin de vérité, qui aujourd'hui désigne aisément une concordance avec la réalité, mais qui étymologiquement signifie la fiabilité elle-même. Est vrai ce qui est fiable. Si donc on demande de la fiabilité dans l'ordre de la vérité, c'est que cet ordre a cessé d'être fiable, alors pourtant que c'était par définition l'ordre de la fiabilité. Naturellement, il y a le doute cartésien, qui depuis un esprit mûr s'attache à faire table rase et à s'assurer d'évoluer en terrain vérifié : voilà progressivement l'expérimentalité scientifique qui vient. Soit donc que ce qui était fiable/vrai ne suffit plus : on veut, avec Descartes, performer le vrai en le rendant méthodiquement plus fiable encore. Et, puisque donc René Descartes fut mécaniste en physique, on peut assez bien dire qu'il prend les choses en mécanicien : le mécanicien ne saurait user que "de solide" pour faire tourner quelque mécanique.

Solidité, et rigidité très vite : ce sont là des éléments par lesquels on se sentira mieux confiant, des éléments par lesquels on sentira plus fiable la vérité, qui par définition était pourtant déjà quelque chose de fiable. Bref : on doutait, et c'est paradoxalement de ce doute devant la vérité, doute pourtant désireux et producteur de vérité-fiabilité au carré, que l'on introduit le relativisme dans l'ordre de la vérité : il est des choses plus ou moins vraies/fiables, et l'on est encore incité à s'en défier. Où alors, démocratiquement, cela fait que tout un chacun finit guedinement par se sentir autorisé à tout remettre en cause, et/ou à voir des relations partout, alors qu'il n'en peut mais. Non ?

Autrement, il faut bien enregistrer - sur la base de l'ironie pré-classique dont fait preuve Descartes, - l'oscillation entre égalité et diversité, similitude et différentiation des esprits. Il y a là aussi quelque chose avec quoi René Descartes n'est pas clair, ou bien clair d'une clarté toute ... pré-classique, justement. C'est-à-dire qu'on est plus dans l'essai stylistique, qui ne permet pas de trancher. Une certaine simplicité indiquerait alors de prendre les choses au pied de la lettre, mais ... voyons plutôt la suite directe de l'extrait commenté :
René Descartes, /Discours de la méthode/, première partie, entame, a écrit:Pour moi, je n'ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que ceux du commun ; même j'ai souvent souhaité d'avoir la pensée aussi prompte, ou l'imagination aussi nette et distincte, ou la mémoire aussi ample, ou aussi présente, que quelques autres. [Etc.]
Descartes se nivelle dans la démarche, et comment ne pas y voir une façon de ne pas s'attirer l'ire des envieux et autres prompts à critiquer la prétention, en faisant bien en sorte de s'aligner sur le commun, pour dire qu'on en est et qu'on ne veut humilier personne de son esprit, au moment même où on l'humilie précisément d'une ingéniosité superbe, qui accouche justement de la méthode pour les siècles à venir ? ... Du moins Descartes fut-il l'esprit original par lequel advint cette méthode formellement dans le monde, bien que Francis Bacon, Michel de Montaigne, et les contemporains Locke, Hobbes et Spinoza ne soient pas mal placés non plus ! ...

Autant de prudences, de courtoisies, de politesses en captatio benevolentiae, qui effectivement n'en signalent pas moins toutes les bêtises et un fond minimal commun de la raison : les possibilités d'ententes autant que les limites, encore que patiemment il soit possible, éducativement, d'aider les âmes les plus petites, et d'améliorer les âmes les plus grandes sujettes aux plus grands vices alors - comme au plus grandes vertus certes. Mais tout cela, alors, dans son nivellement dynamique - démocratique en cela, - ne vise-t-il pas, dans l'ordre des fiabilités, à générer de la sécurité, des sécurités ? Ne faut-il pas s'y méfier des grands, notoirement ? Et René Descartes, pour grand qu'il se laisse sentir dans la démarche, et tandis qu'elle pourrait n'être pas opératoire sur les plus petits (éducabilité) - voire trouver de sérieuses limites dans la moyenne/la médiocrité, - René Descartes n'est-il pas en train de formater son monde dans la démarche ?

Naturellement, c'est bien à cela, que sert une méthode ! ... Mais enfin, ce monde, n'est-il pas dépourvu de grandeur soudain, et jusque dans cette grandeur cartésienne qui se nivelle elle-même ? ... Faut-il reconnaître à la médiocrité la vertu d'avoir des vices médiocres, sans s'appesantir sur ce vice d'avoir des vertus médiocres ? ... En somme, sur quel monde, aboutit la méthode ? Un monde auto-annulé ?
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Avistodénas le Ven 13 Oct 2017 - 0:14

Le bon sens étant la chose la mieux partagée du monde, il existe aussi des fous : la preuve par les psychiatres. Mais un fou ne se sait pas fou. Ne se sent pas fou sauf à avoir des moments de lucidité.
N'est-il pas fou de croire en un Dieu créateur de toute chose ? N'est-il pas fou de tomber amoureux ? Et surtout amoureux-fou ? Et n'est-il pas fou de sentir plein de bon sens ?
Et si la chose la mieux partagée du monde était justement une folie qui aurait pour manifestation la pensée ?
Et si le fait de vouloir déchiffrer le monde, de savoir pourquoi et comment il se construit, était pure folie ? Et si les algorithmes que nous mettons au point et destinés à nous gérer un jour et gérer la planète n'étaient que le rêve fou d'une espèce en train de planifier sa propre destruction insoupçonnée, sans même attendre l'oeuvre d'anéantissement d'une comète elle-même devenue folle à la suite d'une collision cosmique ?
Et si notre bon sens dément nous portait à croire que nous pouvons tout résoudre, tout comprendre, tout obtenir d'une démocratie pourtant impossible dans les faits ?
Et si le simple fait de dire que le bon sens est la chose la mieux partagée du monde était déjà la signature même de cette folie à l'oeuvre ?
Si la pensée était une forme démente de l'évolution ?

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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Invité le Ven 13 Oct 2017 - 11:33

Avistodénas a écrit:Le bon sens étant la chose la mieux partagée du monde, il existe aussi des fous
Ça tombe bien, puisque René Descartes avait donc déjà fait sentir les limites de ce bon sens/cette raison, en soulignant la bêtise et, à bien lire, il y a autant de possibilités de folie qu'il y a de personnes s'imaginant le bon sens/la raison à leur heure propre seule. Pour quoi René Descartes nous invite là comme à faire une moyenne sociologique, ce qui présente les défauts que tu questionnes, mais que j'avais toujours-déjà évoqués, et que tu ne fais que répéter diversement.

Diversement, c'est-à-dire avec une déviance HS et une perte de qualité par rapport au topic qui, précisément, traite de Descartes, dans l'entame du Discours de la méthode. Cette méthode à laquelle, très précisément, dans ton appréciation des sciences, tu te rends généralement par ailleurs. Mais enfin, c'est bien l'esprit de méthode qui enjoint à retourner la méthode contre elle-même comme j'ai fait en premier là, et toi en réitérant mal (en réitérant Mal' ... ) seulement cette entreprise, disons-le, a été entamée par Nietzsche.
N., §191 de PDM, dernière phrase, a écrit:... et Descartes était superficiel.
Hélas, pour énoncer cela, il faut bien que Descartes soit passé par là, qui justement proposa l'esprit de méthode, que Nietzsche glorifie par ailleurs. (Notamment, dans le §36 du même ouvrage, c'est bien au nom de l'esprit de méthode, qu'il pousse à bout son hypothèse de la volonté de puissance - il n'est que de s'y référer.)
Tout ceci, sans parler de tes patauderies, à poser fou de croire en Dieu, serait-il improuvable. Mais ce débat a lieu là. Et j'en passe.

Mais, "le pire" dans ces histoires, c'est que deux pages plus loin dans le Discours, René Descartes énonce la chose suivante :
R.D., DM, deux pages plus loin, a écrit:Ainsi mon dessein n'est pas d'enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai tâché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes, se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent ; et s'ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables. Mais, ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l'aimez mieux, que comme une fable, en laquelle, parmi quelques exemples qu'on peut imiter, on en trouvera peut-être aussi plusieurs autres qu'on aura raison de ne pas suivre, j'espère qu'il sera utile à quelques-uns, sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise.
A ce compte, René Descartes prévenait déjà de cette possible folie que tu veux trop vite lui imputer Avistodénas, au compte de ta méconnaissance (car Descartes d'ailleurs parle relativement avec ta gaillardise là). Mieux : quand bien même ce paragraphe est toujours, pour René Descartes, une manière de captatio benevolentiae à l'adresse des bons entendeurs, par laquelle il peut éventuellement laisser sentir - après l'ironie de départ, sur la base de son esprit supérieur pourtant - qu'il nous adresse un clin d’œil l'air de dire : "Je balaie les importuns devant chez moi, pour que les malins comme moi puissent se retrouver entre-soi, et que nous puissions l'air de rien, développer notre méthode et la science à venir." ...
... Cette lecture est évidemment celle d'un abruti car, plus tard, c'est précisément l'hypothèse d'un malin génie que Descartes déploiera, dans son espèce de scepticisme relatif (il ne s'y tiendra pas, pour redéployer depuis le cogito sum le rationalisme). Sur le fond, Descartes a un projet universaliste annonçant les Lumières, et notoirement Kant.

C'est-à-dire que René Descartes fait plus certainement preuve de probité, encore qu'il ne soit pas exclu qu'il se mente à lui-même, mais nous n'en saurons jamais rien. Soit donc que Descartes nous met d'emblée en garde - ce qui est de bonne méthode, assurément, - en disant : ce discours m'appartient essentiellement, vaut essentiellement pour moi, et tracez méthodiquement votre voie :
1° ce que fit Nietzsche et à quoi il enjoignit zarathoustriennement ;
2° ce que nous tentons tous de faire ici, à supposer que l'on soit tous probes ;
3° ce que, d'une manière ou d'une autre, n'a jamais cessé de faire la tradition philosophique, encore qu'en s'enferrant dans l'académisme la philosophie perde de cette vigilance et intelligence (je n'ai pas dit : en se déployant dans quelque académie, ce qui est exempter a priori l'académicien, non sans craindre qu'il tourne - comme le petit lait - à l'académisme ... ). (Remarquez que c'est valable dans toutes les disciplines, des plus classiques au plus révolutionnaires.)

Mais enfin, tout cela est dire que la tradition post-cartésienne jusqu'à nous, a radicalisé Descartes en l'exagérant. Nous ne sommes pas généralement cartésiens dans nos mondes : nous sommes hypercartésiens, ce qui peut bien être fou. Nous ne sommes pas rationalistes comme Descartes pouvait l'être, à traiter des passions, etc.
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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Avistodénas le Sam 2 Déc 2017 - 9:49

Le bon sens a maille à partir avec le rationnel.
Aucune société humaine n'est ni totalement rationnelle, ni totalement pulsionnelle (instinctuelle). Les sociétés trop instinctuelles (telles que le sont certains peuples primitifs d'Afrique, d'Océanie ou d'ailleurs en regard de la rationalité occidentale) n'ont brillé ni par leur prospérité ni par leur postérité. Est-ce à dire que nos sociétés occidentales ont le monopole de la rationalité donc du bon sens ?
Pas tout à fait.
Nous serons édifiés sur ce qu'est le bon sens lorsque l'Intelligence Artificielle aura recouvert et géré le monde. A moins que l'IA ne sache aussi gérer la part de folie des hommes.
Descartes n'ayant jamais eu vent d' IA, pouvait-il imaginer que le bon sens pût être un jour contenu dans des algorithmes, et ces algorithmes dessiner les contours d'un avenir meilleur pour l'humanité.
Et du point de vue du bon sens, l'homme est-il le reflet de l'humanité, ou l'humanité le reflet de l'homme ?
La question reste posée.....

(Quoi ! j'universalise, ou pas ?)

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Re: Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée

Message  Faunus le Sam 2 Déc 2017 - 14:20

Avistodénas a écrit:Le bon sens a maille à partir avec le rationnel.
Aucune société humaine n'est ni totalement rationnelle, ni totalement pulsionnelle (instinctuelle). Les sociétés trop instinctuelles (telles que le sont certains peuples primitifs d'Afrique, d'Océanie ou d'ailleurs en regard de la rationalité occidentale) n'ont brillé ni par leur prospérité ni par leur postérité. Est-ce à dire que nos sociétés occidentales ont le monopole de la rationalité donc du bon sens ?
Pas tout à fait.

En effet, "pas tout à fait".

L'Histoire n'est pas terminée, si demain, on finit de saccager l'environnement naturel et qu'un désastre écologique majeur survient, ou si une guerre nucléaire anéantit l'humanité, et bien, on pourra en conclure que nous n'avons pas eu plus de bon sens que les peuplades naturelles, et qu'au contraire, notre matérialisme philosophique hystérique aura été la plus grande aberration de l'Histoire de l'humanité. (et le plus gros crime de masse, en plus).

Pourquoi donc laisser des choses à la postérité, à notre façon, serait il un comportement supérieur et de bon sens ?
Les peuplades naturelles lèguent ce qu'elles ont à léguer, suivant leur mode de vie et leur philosophie, elles n'ont rien à faire de plus, il n'y a pas là manque particulier de bon sens, et la comparaison n'est pas possible. On ne compare pas les choux et les carottes, ces gens ne voient pas la vie comme nous.

Et puis prospérer, et accumuler ad libitum des biens matériels, pour beaucoup inutiles, en polluant la planète par la frénésie industrielle que cela suppose, ce n'est pas du bon sens, mais une bêtise conséquente. Car un hypothétique bon sens aurait dû faire comprendre que la plupart des pays allaient nous copier, et que la surpopulation galopante décuplerait tous les problèmes inhérents à la pollution et au pillage des ressources naturelles que cette manie de l'abondance implique.
Ensuite, ce confort très excessif affaiblit le mental de l'homme, le rend égoiste, voire stupide ou immature, ce qui cause une décadence et une disparition de civilisation progressive. Enfin, avoir besoin de l'IA pour gérer la planète est un aveu d'échec, cela marque les limites du bon sens de l'homme.

Si on prend en compte la surpopulation galopante, et son impact sur la planète, le bon sens de prospérité de départ devient bêtise. (ce dont nous sommes responsables pour avoir propagé notre façon de vivre par un colonialisme qui a été omniprésent sur tout le globe).
Quand il y a grand nombre d'humains, il est nécessaire que le mode de vie soit le plus simple possible, l'hystérie consumériste étant destructrice à grande échelle.


Avistodénas a écrit:
Et du point de vue du bon sens, l'homme est-il le reflet de l'humanité, ou l'humanité le reflet de l'homme ?
La question reste posée.....
(Quoi ! j'universalise, ou pas ?)

Les 2, non ?
Nous sommes le reflet de notre éducation et de l'environnement humain et culturel dont nous bénéficions à la naissance, et ensuite, devenus hommes, nous impactons le monde par ce que nous y apportons, que cela soit positif ou négatif.

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