La sagesse de l'incertitude

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Destinée le Mar 31 Oct 2017 - 12:58

Faunus a écrit:
Destinée a écrit:
(...) j'ai découvert une réflexion morale d'actualité dès le premier essai, intitulé l'Héritage décrié de Cervantès (d'ailleurs, ce forum m'avait aussi intéressé pour ce type d'idées) :
Milan Kundera a écrit:En 1935, trois ans avant sa mort, Edmund Husserl tint, à Vienne et à Pragues, de célèbres conférences sur la crise de l'humanité européenne. L'adjectif "européen" désignait pour lui l'identité spirituelle qui s'étend au-delà de l'Europe géographique (en Amérique, par exemple) et qui est née avec l'ancienne philosophie grecque. Celle-ci, selon lui, pour la première fois dans l'Histoire, saisit le monde (le monde dans son ensemble) comme une question à résoudre. Elle l'interrogeait non pas pour satisfaire tel ou tel besoin pratique mais parce que la "passion de connaître s'est emparée de l'homme".
La crise dont Husserl parlait lui paraissait si profonde qu'il se demandait si l'Europe était encore à même de lui survivre. Les racines de la crise, il croyait les voir au début des Temps modernes, chez Galilée et chez Descartes, dans le caractère unilatéral des sciences européennes qui avaient réduit le monde à un simple objet d'exploration technique et mathématique, et avaient exclu de leur horizon le monde concret de la vie, die Lebenswelt, comme il disait.
L'essor des sciences propulsa l'homme dans les tunnels des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l'ensemble du monde et soi-même, sombrant ainsi dans ce que Heidegger, disciple de Husserl, appelait, d'une formule belle et presque magique, "l'oubli de l'être".

Lumineux et d'une justesse imparable, car la fermeture d'esprit "unilatérale" du matérialisme hystérique moderne est effectivement une oeuvre de destruction de civilisation, dans la mesure où l'homme ne cherche plus à se connaitre, ne se connait plus, nie son âme, son esprit, et ne se respecte tellement plus, que, soit il tombe dans la déchéance sans s'en apercevoir, soit il est forcé de créer des lois infantilisantes sans cesse plus nombreuses et complexes pour tenter d'enrayer la chute. Qu'est-ce qu'un homme qui s'est oublié, sinon un malade, un aveugle qui erre de façon fortuite ? Son propre oubli entraine l'oubli de la civilisation, l'oubli de l'environnement, l'oubli d'autrui, etc, et on voit où l'on en est.
(les progrès scientifiques ne doivent pas être l'arbre qui masque la forêt).
Le comble de l'affaire est que cet aveuglement est appelé rationalisme, intellectualisme, etc, on en appelle à la Raison. Ou l'art de se moquer grassement du monde. (et s'il n'y a pas moquerie, il y a pathologie... "l'oubli de l'être" n'est-il pas la plus grande maladie qui se puisse imaginer ?).

(nota bene : je partage vos idées sur ce fil, mais puis-je suggérer un peu moins de points d'exclamations, et un peu plus d'explications, ce serait bien, peut être ? Je dis ça car j'ai remarqué que ces points saccadent votre discours et vous poussent à ne pas détailler des idées, à résumer. Merci pour ce topic passionnant.  *Lol* ).
Il faut revenir à cet "oubli d el'être", sans oublier ...hihihi ... que c'est un romancier qui parle !!!!!! Poour lui l'être s'être réfugié dans le roman !
Milan Kundera a écrit:5.

Le chemin du roman se desine comme une histoire parallèle des Temps modernes. Si je me retourne pour l'embrasser du regard, il m'apparaît extrêmement court et clos. N'est-ce pas DOn Quichotte lui-même qui, après trois siècles de voyage, revient au village déguisé en arpenteur ? Il était parti, jadis, pour choisir ses aventures, et maintenant, dans ce village au-dessous du château, il n'a plus le choix, l'aventure lui est imposée : un misérable contentieux avec l'administration à propos d'une erreur de dossier.
Milan Kundera a écrit:4.

Don QUichotte partit pour un monde qui s'ouvrait largement devant lui. Il pouvait y entrer librement et revenir à la maison quand il voulait. Les premiers romans européens sont des voyages à travers le monde, qui paraît illimité. Le début de Jacques le Fataliste surprend les deux héros au milieu du chemin ; on ne sait ni d'où ils viennent ni où ils vont. Ils se trouvent dans un teps qui n'a ni commencement ni fin, dans un espace qui ne connaît pas de frontières, au milieu de l'Europe pour laquelle l'avenur ne peut jamais finir.
Un demi-siècle après Diderot, chez Balzac, l'horizon lointain a disparu tel un paysage derrière les bâtiments modernes que sont les institutions sociales. La police, la justice, le monde des finances et du crime, l'armée, l'Etat. Le temps de Balzac ne connaît plus l'oisiveté heureuse de Cervantès ou de Diderot. Il est embarqué dans le train qu'on appelle l'Histoire. Il est facile d'y monter, difficile d'en descendre. Mais pourtant ce train n'a encore rien d'effryant, il a même du charme ; à tous ses passagers il promet des aventures, et avec elles le bâton de maréchal.
Encore plus tard, pour Emma Bovary, l'horizon se rétrécit à tel point qu'il ressemble à une clôture. Les aventures se trouvent de l'autre côté et la nostalgie est insupportable. Dans l'ennui de la quotidienneté, les rêves et rêveries gagnent de l'importance. L'infini perdu du monde extérieur est remplacé par l'infini de l'âme. La grande illusion de l'unicité irremplaçable de l'individu, une des plus belles illusions européennes, s'épanouit.
Mais le rêve sur l'infini de perd sa magie au moment où l'Histoire ou ce qui en est resté, force supra-humaine d'une société omnipuissante, s'empare de l'homme. Elle ne lui promet plus le bâton de maréchal, elle lui promet à peine un poste d'arpenteur. K. face au tribunal, K. face au château, que peut-il faire ? Pas grand-chose. Peut-il au moins rêver comme jadis Emma Bovary ? Non, le piège de la situation est trop terrible et absorbe comme un aspirateur toutes ses pensées et tous ses sentiments : il ne peut penser qu'à son procès, qu'à son poste d'arpenteur. L'infini de l'âme, s'il y en a un, est devenu un appendice quasi inutile de l'homme.
C'est une Histoire psychologique d'une finesse sans nom !!! Comme disait Marc Bloch : les faits historiques sont des faits psychologiques ...

Destinée
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Avis' le Mar 31 Oct 2017 - 13:15

Destinée a écrit:Crétin ! Je parle de mœurs !!!! Je l'ai dit depusi le début !!!!!!!!

Crétine ! Alors dis-le clairement.

Revenir en haut Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Destinée le Mar 31 Oct 2017 - 13:17

Avistodénas a écrit:
Destinée a écrit:Crétin ! Je parle de mœurs !!!! Je l'ai dit depusi le début !!!!!!!!

Crétine ! Alors dis-le clairement.
Hahahahahahahaha !!! C'est dit noir sur blanc.
avatar
Destinée
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Avis' le Mar 31 Oct 2017 - 13:36

Si tu le dis.....

Revenir en haut Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Destinée le Mar 31 Oct 2017 - 22:17

Avistodénas a écrit:Si tu le dis.....
Et je le redis !!
avatar
Destinée
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Malcolm le Mer 15 Nov 2017 - 23:26

Merci pour ces morceaux de bravoure, mal recopiés toutefois.
I.

En 1935, trois ans avant sa mort, Edmund Husserl tint, à Vienne et à Pragues, de célèbres conférences sur la crise de l'humanité européenne. L'adjectif "européen" désignait pour lui l'identité spirituelle qui s'étend au-delà de l'Europe géographique (en Amérique, par exemple) et qui est née avec l'ancienne philosophie grecque. Celle-ci, selon lui, pour la première fois dans l'Histoire, saisit le monde (le monde dans son ensemble) comme une question à résoudre. Elle l'interrogeait non pas pour satisfaire tel ou tel besoin pratique mais parce que la "passion de connaître s'est emparée de l'homme".
Singulier. Non seulement Husserl - tel que rapporté - surestime-t-il trop l'Europe (au fond, les Européens bénéficièrent surtout des réussites techniques entre les connaissances - chose que remarquera Heidegger, dans son genre), mais en plus Milan Kundera accepte d'emblée cela comme un acquis fondant sa réflexion. Enfin, ce monde-comme-question-à-résoudre-dans-son-ensemble laisse lui-même à désirer - peu importe qu'il soit ou non bien chez Husserl. Les présocratiques ont-ils pensé tout résoudre, quand ils eurent un principe ? C'est beaucoup dire.
MK a écrit:La crise dont Husserl parlait lui paraissait si profonde qu'il se demandait si l'Europe était encore à même de lui survivre.
Cette Europe comme entité spirituelle, qu'elle soit ou non chez Husserl comme Milan Kundera la laisse entendre, laisse à désirer. L'Europe, au-delà de sa géographie déplorable (péninsule asiatique), est elle-même un mariage forcé, une alliance de circonstances. Y voir une crise, c'est y croire et en désespérer, comme Michel Onfray. Seul l'atlantisme est réel, politiquement d'une part, et mythiquement de l'autre : mentalité d'Atlantide réalisée.
MK a écrit:Les racines de la crise, il croyait les voir au début des Temps modernes, chez Galilée et chez Descartes, dans le caractère unilatéral des sciences européennes qui avaient réduit le monde à un simple objet d'exploration technique et mathématique, et avaient exclu de leur horizon le monde concret de la vie, die Lebenswelt, comme il disait.
L'essor des sciences propulsa l'homme dans les tunnels des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l'ensemble du monde et soi-même, sombrand ainsi dans ce que Heidegger, disciple de Husserl, appelait, d'une formule belle et presque magique, "l'oubli de l'être".
Ces façons de redouter les spécialités disciplinaires font long feu, à mon sens. Je dis cela peut-être à l'heure des grandes synthèses et des méta-analyses, permises par le big data. Cela dit, alors qu'on craignit l'impossibilité d'être humaniste au sens de la Renaissance, désormais, je ne vois pas l'utilité de comparer les époques. Une néo-Renaissance est toujours possible, qui sera aussi originale que la Renaissance fut originale à l'Antiquité, Antiquité qui est un bien faible mot pour une si vaste période. Mais Husserl parlait pendant la montée du nazisme, et Husserl était juif. Kundera parla sur la fin du soviétisme, qu'il subit lui-même. Cela peut rendre nerveux.
MK a écrit:Je crois pourtant qu'il serait naïf de considérer la sévérité de ce regard posé sur les Temps modernes comme une simple condamnation. Je dirais plutôt que les deux grands philosophes ont dévoilé l'ambiguïté de cette époque qui est dégradation et progrès à la fois et, comme tout ce qui est humain, contient le germe de sa fin dans sa naissance.
Je serai surpris que Husserl et Heidegger se rendent à de si piètres propos. Husserl, je ne sais pas, mais Heidegger, je pense savoir. Kundera se cherche là des raisons de ne pas désespérer, pour des raisons qui lui appartiennent, historiques et autres. Il écrivit quand même la Nostalgie. Cela est d'un nerveux.
MK a écrit:Cette ambiguïté n'abaisse pas, à mes yeux, les quatre derniers siècles européens auxquels je me sens d'autant plus attaché que je suis non pas philosophe, mais romancier. En effet, pour moi, le fondateur des Temps modernes n'est pas seulement Descartes mais aussi Cervantès.
Voilà qui réjouit : une thèse nouvelle. Le reste était palabre.
MK a écrit:Peut-être est-ce lui que les deux phénoménologues ont négligé de prendre en considération dans leur jugement des Temps modernes. Je veux dire par là : S'il est vrai que la philosophie et les sciences ont oublié l'être de l'homme, il apparaît d'autant plus nettement qu'avec Cervantès un grand art européen s'est formé qui n'est rien d'autre que l'exploration de cet être oublié.
Il fallait oser mettre côte à côte l'être heideggerien, qui se temporalise (contrairement à l'étant qui n'est que temporel - qui subit le temps, où l'être l'est-même), et cet être kunderal référé au Lebenswelt autant qu'à l'aventure romanesque. C'est identifier l'être à l'expérience, pensons-y. Mais il y a une expérience de l'être par l'existence (Dasein) autant qu'il y a un être de l'expérience qui est l'existence (Dasein). Il n'est pas dit qu'il soit possible de les identifier, encore que leur clair-obscur soit préontologique, or Heidegger entame ainsi son ouvrage majeur : par l'expérience préontologique de l'existence (Dasein). Où Kundera écrivit l'Insoutenable légèreté de l'être.

Les autres citations alors sont, en effet, utiles à l'Histoire des sensibilités, dans l'ordre de "la mort de Dieu" et cette "sagesse relativiste".
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La sagesse de l'incertitude

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum