Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

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Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Destinée le Dim 29 Oct 2017 - 16:26

Milan Kundera est un romancier réflexif, qui pense les personnes et des situations comme dixit dans une interview "des problématiques existentielles", jusqu'à les réduire à quelques mots seulement !!! comme en complexes déterminants.. Ce que son interviewer (Christian Salomon) résume par "code existentiel", dans un entretien sur l'art du roman qui débute par le problème du moi, pouvant être quasi-ignoré dans l'aventure ou l'action, et totalement dissolu dans l'exploration intérieure et l'analyse psychologique ! Le moi ne tient donc pas à grand-chose, comme une variable dont on peut saisir (au moins chez un personnage de roman !!! encore que ça me fasse penser à d'autres) le code existentiel et la problématique liée. A partir de là (Notes inspirées par "les Somnambules" de Broch) :
Milan Kundera a écrit:POSSIBILITÉS

Quelles sont les possibilités de l'homme dans le piège qu'est devenu le monde ?
La réponse exige d'abord que l'on ait une certaine idée de ce qu'est le monde. Que l'on en ait une hypothèse ontologique.
Le monde selon Kafka : l'univers bureaucratisé. Le bureau non pas comme un phénomène social parmi d'autres mais comme l'essence du monde.
C'est là que se trouve la ressemblance (ressemblance curieuse, inattendue) entre l'hermétique Kafka et le populaire Hasek. Hasek dans Le brave soldat Chvéïk ne décrit pas l'armée (à la manière d'un réaliste, d'un critique social) comme un milieu de la société austro-hongroise mais la version du moderne du monde. De même que la justice de Kafka, l'armée de Hasek n'est qu'une immense institution bureaucratisée, une armée-administration où les anciennes vertus militaires (courage, ruse, adresse) ne servent plus à rien.
Les bureaucrates militaires de Hasek sont bêtes ; la logique aussi pédante qu'absurde des bureaucrates de Kafka est, elle aussi, sans aucune sagesse. Chez Kafka, voilée d'un manteau de mystère, la bêtise prend l'air d'une parabole métaphysique. Elle intimide? Dans ses agissements, dans ses paroles inintelligibles, Joseph K. s'évertuera à tout prix à déchiffrer un sens. Car s'il est terrible d'être condamné à mort, il est tout à fait insupportable d'être condamné pour rien, comme un martyr du non-sens. K. consentira donc à sa culpabilité et cherchera sa faute. Dans le dernier chapitre, il protégera ses deux bourreaux contre le regard des policiers municipaux (qui auraient pu le sauver) et, quelques secondes avant sa mort, il se reprochera de ne pas avoir assez de forces pour s'égorger lui-même et leur épargner la sale besogne.
Cjvéïk se trouve juste à l'opposé de K. Il imite le monde qui l'entoure (le monde de la bêtise) d'une façon si parfaitement systématique que personne ne peut savoir s'il est vraiment idiot ou pas. S'il s'adapte si facilement (et avec un tel plaisir !) à l'ordre régnant ce n'est pas qu'il voie en lui un sens, mais parce qu'il n'y voit aucun sens du tout. Il s'amuse, il amuse les autres et, par les surenchères de son conformisme, il transforme le monde en une seule et énorme blague.
(Nous qui avons connu la version totalitaire, communiste, du monde moderne, nous savons que ces deux attitudes, apparemment artificielles, littéraires, outrées, ne sont que trop réelles ; nous avons vécu dans l'espace limité d'un côté par la possibilité K., de l'autre par la possibilité Chvéïk ; ce qui veut dire : dans l'espace dont un pôle est l'identification au pouvoir jusqu'à la solidarité de la victime avec son bourreau, l'autre pôle la non-acceptation du pouvoir par le refus de prendre quoi que ce soit au sérieux : ce qui veut dire : nous avons vécu dans l'espace entre l'absolu du sérieux - K. - et l'absolu du non-sérieux - Chvéïk.)
Et quant à Broch ? Quelle est son hypothèse ontologique ?
Le monde est le processus de dégradation des valeurs (valeurs du Moyen-Âge), processus qui s'étend sur les quatre siècles des Temps modernes et qui est leur essence.
Quelles sont les possibilités de l'homme face à ce processus ?
Broch en découvre trois : possibilité Pasenow, possibilité Esh, possibilité Huguenau.
La personne est une problématique existentielle dont le code virtualise des possibilités. Kundera les saisit dans différents personnages, dont je vous laisse apprécier la description. Mais ça dit que le bureau peut être dixit "ontologique, essence du monde" ! Où si vous préférez le principe d'un monde. En tout cas, c'est dans le code kafkaïen que Kundera trouve cela !!! Et pourquoi le trouve-t-il ? Il le trouve parce que tout est relatif, et que ce qui l'intéresse c'est la relation au sens de conte, kafkaïenne. En somme, l'interprétation fait le monde, et tous les faits ou tous les événements qui en émergeraient ! On a un fond chaotique duquel émerge des éléments du fait qu'untel les interprètent, mais cette interprétation elle-même fonctionne programmatique (le code, la problématique existentiels). C'est parfaitement artificialiste quand on y pense!!! Mais Christian Salomon y trouve un côté phénoménologique que Kundera préfère laisser de côté, encore qu'il ne renie pas... seulement ça lui semble partiel !

Moi j'aime beaucoup les possibilités K. ou Chvéïk présentées, et les suivantes sont toutes aussi intéressantes !
LA POSSIBILITÉ PASENOW
[...]
L'uniforme, c'est ce que nous ne choisissons pas, ce qui nous est assigné ; c'est la certitude de l'universel face à la précarité de l'individuel. Quand les valeurs, jadis si sûres, sont mises en question et s'éloignent, tête baissée, celui qui ne sait pas vivre sans elles (sans fidélité, sans famille, sans patrie, sans discipline, sans amour) se sangle dans l'universalité de son uniforme jusqu'au dernier bouton comme si cet uniforme était encore le dernier vestige de la transcendance pouvant le protéger contre le froid de l'avenir où il n'y aura plus rien à respecter.
LA POSSIBILITÉ ESCH
[...]
Esch : fanatisme de l'époque sans Dieu. Puisque toutes les valeurs ont leur visage voilé, tout peut être considéré comme valeur. La justice, l'ordre, Esch les cherche une fois dans la lutte syndicale, une autre fois dans la religion, aujourd'hui dans le pouvoir policier, demain dans le mirage de l'Amérique où il rêve d'émigrer. Il pourrait être un terroriste mais aussi un terroriste repenti qui dénonce ses camarades, le militant d'un parti, le membre d'une secte mais aussi un kamikaze prêt à sacrifier sa vie. Toutes les passions qui sévissent dans l'Histoire sanglante de notre siècle se trouvent démasquées, diagnostiquées et terriblement éclairées dans sa modeste aventure. [...]
Le monde se divise en devant Esch en royaume du Bien et en royaume du Mal mais, hélas, et le Bien et le Mal sont pareillement inidentifiables [...]
LA POSSIBILITÉ HUGUENAU
[...]
Dans le monde sans valeurs communes, Hugenau, arriviste innocent, se sent merveilleusement à l'aise. L'absence d'impératifs moraux, c'est sa liberté, sa délivrance.
[...] Car "l'homme appartenant à une plus petite association de valeurs anéantit l'homme appartenant à une association de valeurs plus vaste mais en voie de dissolution, le plus grand misérable assume toujours le rôle du bourreau dans le processus de dégradation des valeurs et, le jour où les trompettes du Jugement retentissent, c'est l'homme affranchi de valeurs qui devient le bourreau d'un monde qui s'est condamné lui-même".
Les Temps modernes, dans l'esprit de Broch, c'est le pont qui mène du règne de la foi irrationnelle au règne de l'irrationnel dans le monde sans foi.
Ni déductif ni inductif, Milan Kundera est abductif !?!
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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Avis' le Lun 30 Oct 2017 - 1:05

Le roman consiste précisément à transformer le monde, sinon c'est un polar. C'est un univers mental créé par l'auteur, dans lequel on entre, ou pas et ce qui permet de saisir le lecteur et de l'amener où l'on veut, c'est le style. Que l'on me prenne dans les rets d'un style et j'entre dans ledit univers avec délectation. Sinon je me tire.

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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Destinée le Mar 31 Oct 2017 - 12:05

Avistodénas a écrit:Le roman consiste précisément à transformer le monde, sinon c'est un polar. C'est un univers mental créé par l'auteur, dans lequel on entre, ou pas et ce qui permet de saisir le lecteur et de l'amener où l'on veut, c'est le style. Que l'on me prenne dans les rets d'un style et j'entre dans ledit univers avec délectation. Sinon je me tire.
Le polar ne transforme pas le monde ??? ... Parler du monde, penser le monde, c'est "le transformer" !! Le monde, ça n'existe pas ! Ou bien ça désigne déjà une lénification, une unification "des choses" !!! Entre dire voiture, char, bagnole, même si j'ai désigné à peu près la même chose, j'ai déjà informé sur le rapport que j'entretenais avec lui ! Les Inuits ont des dizaines de mots pour désigner "la neige", et nous ne parvenons pas à les concurrencer même avec nos adjectifs !!! (neige poudreuse, neige glacée, etc. !) C'est dire que sur la banquise ils voient "un monde" de nuances innombrables, quand nous ne voyons que "du blanc" !!!!!!! Les Grecs anciens utilisaient le même mot-couleur pour les feuilles d'arbre et la peau humaine, ce qui nous fait soudain rentrer sous la même catégorie de physis !!! Désolé Monsieur, mais vous n'irez pas loni avec votre bon sens !

En fait, tout n'est qu'un univers mental !!!!!!! une interprétation ... donc je regrette, mais le romancier nous enseigne philosophiquement en générale.
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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Avis' le Mar 31 Oct 2017 - 23:41

En fait, tout n'est qu'un univers mental !!!!!!!

Oui mais celui qui m'intéresse est celui du romancier de talent, avec qui je passerai un bon moment, et non le compte rendu d'audience relatif à une affaire aussi croustillante soit-elle. Des histoires (des univers mentaux) il en existe des millions, les styles sont très rares. Rares aussi sont les polars qui transforment la vie (on les consomme comme des sandwiches, pour se désennuyer).
D'ailleurs, je ne comprends pas que Kundera commente auprès d'un journaliste la manière dont il conçoit le roman : il a juste à les écrire. Et nous à les lire. Pourquoi aussi ne pas donner ses trucs tant qu'il y est ? : car tout romancier a ses trucs. Que l'on devine, ou pas.
Je n'achète pas un roman pour lire de la philosophie mais un style. Et s'il en suinte une philosophie, je prends, mais je ne veux pas qu'elle se voie.Toi tu fais ce que tu veux.

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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Avis' le Mer 1 Nov 2017 - 8:17

Quelles sont les possibilités de l'homme dans le piège qu'est devenu le monde ?

Entre la possibilité militaire, la possibilité militante et la possibilité irrationnelle, il y a la possibilité éducative, c'est à dire dès le plus jeune âge. Comme c'est la seule qui puisse remettre un peu d'ordre, on ne l'essaiera donc pas au nom de la trinité Droits de l'homme, tolérance, vivre ensemble, qui sont des ensembles vides, creux, vicieux.
Pas besoin d'un roman pour apercevoir en direct cette réalité. Le roman cherche à dire l'indicible par les chemins du style. Même sans aucun style, comme ici-même, on peut dire le foutoir que sont devenues les sociétés, et la décomposition du couple fut la cerise sur l'enclume. Ca fait Tchaccc !
Or on ne fait plus de romans (ni de cinéma) pour mettre la chose en évidence mais pour la célébrer. Quand même le romancier devient fou.....

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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Destinée le Jeu 2 Nov 2017 - 16:25

Vous parlez pour ne rien dire ! ou bien pour dire tout sauf ce qui est en jeu !!! Attend-on de vous que vous vous exprimiez sur tous les sujets que vous abordez ?!? Doit-on vous interdire de vous exprimer au prétexte que vous n'êtes pas philosophe pro ici ? Pourquoi alors vouloir shunter Kundera ? ... Savez-vous que Jean-Pierre Zarader a été capable de tirer une philosophie des essais sur l'art du romancier Malraux ?? Et pourquoi Kundera ne philosopherait-il pas à partir de son expérience du roman ???? Il y en a bien pour philosopher à partir des sciences !!! Ne soyez pas nul !
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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Princeps le Jeu 2 Nov 2017 - 16:46

On en revient à la définition de la Philosophie et du philosophe. Comme pour la formalisation des Sciences (et Techniques) entre les XVI-XVIIe, la méthode est peut-être l'unique étalon qui soit réellement opérant. 
La roman est une porte d'entrée tout à fait valable pour s'interroger, mais est-ce pour autant de la Philosophie ? Il ne s'agit pas de hiérarchiser, d'établir une noblesse, mais de se dépatouiller d'une question de définition.
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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Avis' le Jeu 2 Nov 2017 - 17:22

Je trouve déplorable le mélange des genres. Le roman parle à l'émotion, la philosophie à l'esprit. Un philosophe ne fait en général pas un romancier de talent (sauf sans doute Sartre, ou Proust...) et sur la couverture il est écrit "Roman", et non "Philosophie". Dès que la philosophie s'invite dans le roman, le roman est nul, car la chose est "téléphonée". C'est ainsi. Je puis lire de la philosophie le coeur sec, pas un roman. Voilà pourquoi l'attitude de Kundera m'indispose, son talent de romancier n'étant pas en cause. Je n'aime pas que le civet de lapin ait un goût de carpe et la philosophie romancée trouve très vite ses limites, n'approfondit rien.
Lire un roman à la lumière d'un thème philosophique, c'est le lire avec l'esprit, la rationalité, pas avec les sens, l'émotion. Mais c'est causer encore pour ne rien dire, j'imagine, madame jesétou.
Si tu n'as jamais pleuré à la lecture d'un roman, tu ne connais rien à la littérature, et la philo ne m'a jamais fait pleurer mais seulement réfléchir.
Pas étonnant que tu confondes guitare et clavecin !

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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Destinée le Jeu 2 Nov 2017 - 21:43

ALORS, il ne s'agissait pas du'n roman mais d'un essai de Milan Kundera sur le roman à partir duquel il raisonne en bien des façons, et justement je suis d'accord pour dire que la méthode est essentielle, mais je n'en vois pas d'unique en philosophie. Méthode, c'est le chemin, et entre les dialogues de Platon (du théâtre !) et les axiomes de Spinoza (ça se veut géométrique) ou encore le conte voltairien ou la poésie nietzschéenne ... tout ce que vous dîtes vole en éclat ! ... Balzac est quasi-sociologique aussi ! surtout en une époque où l'écrit a une valeur immensément testimoniale (il n'a perdu cette valeur, comme la peinture réaliste devant la photographie, que récemment) : on a du mal à nous en rendre comtpe aujourd'hui, avec l'illustré et l'audiovisuel dominants !! A l'époque, on dit avoir de la littérature pour avoir des connaissances, et avoir de la philosophie c'est faire preuve de réflexion. Nos catégories sont inopérantes, et la philosophie grand P est une invention universitaire !

ALORS, puisqu'on sembel tant manquer à Kundera, voyez sa dynamique ontologique !! il prend le mot ontologie en esthète, parce qu'il y aurait des façons d'envisager l'être - chez Kafka, via "le bureau" en tant que principe !! C'est bizarre mais c'est comme ça. D'ailleurs, ces questions de définition sont aussi des affaires administratives kafkaïennes ! Comment administrer la connaissance ? On croit devoir rationaliser, on met en forme, on administre, et quand on a rendu ça "correct" on croit avoir fait le job, mais c'est d'une médiicrité !! ... Seulement, Kundera n'est pas le seul à le prendre en esthète ! Tenez, Michel Onfrau aujourd'hui : quand il dit onotologie, il pense au sens fondamental qu'on donne au chose, comme s'il s'agissait d'un "code existentiel", tout comme les personnage de roman chez Kundera !! Seulement, il n'y a pas que cet intellectuel médiatique léger, pour parler ainsi, mais bien des personnes plus prfondes, et je pèse mes mots ! (je ne prenais qu'un exemple apparemment connu sur ce forum). C'est exactement comme ça qu'on se fait technicien/technocrate, aussi, poru comprendre les choses, comme fait Philo et Avistodénas sur Macron !! Et ce n'est pas mauvais ! mais c'est kafkaïen !!!! Le kafkaïen, nous apprend Kundera, est une catégorie de la pensée ! Bizarrement.

Ne soyez pas snobs, ne vous aveuglez pas, ne vous mettez pas d’œillères académistes ! Tout est relatif ...
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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

Message  Malcolm le Mer 15 Nov 2017 - 23:58

Il y a un génie kunderal, à tenter d'extraire de lectures (d'intuitions romanesques) une typologie. Sur le kafkaïen, on voit mal comment être en désaccord : l'administration est le fruit d'une rationalisation gestionnaire, dans laquelle pourtant des hommes ont placé des intentions. Sa rationalité n'est pas froide, ce n'est pas vrai, ou alors si froide qu'elle est propice aux engelures. Il faut aussi lire l’État, de Georges Burdeau, sorte de fascicule assez pénible, dont je vous extrairai des éléments du tout dernier paragraphe :
Georges Burdeau, /l'Etat/, p.182, Seuil, Essais, 1970, a écrit:Nous voici ramenés à notre point de départ : l'Etat est idée. Nous ne pouvons donc nous étonner de ce qu'il vaille ce que valent les esprits qui le pensent. [...] Son assise et ses fins résident dans des intelligences et des volontés humaines.
Seulement, après l'avoir mis au point et en forme, les hommes s'y reposent structurellement - c'est "la mentalité de fonctionnaires", qui peuvent aussi bien ressortirent de bureaucraties d'entreprise, soyons clairs. Cette mentalité ne se soucie plus ni de pourquoi, ni d'où, ni d'à quels fins, mais uniquement de comment, pourvus que ces comment soient prévus par la structure. Voilà tout. Nous sommes d'accord qu'il ne fallait pas attendre Kundera, pour trouver l'administratif kafkaïen. Seulement, en plus de l'avoir subi totalitairement, Milan Kundera nous enseigne ce qu'il en est désormais : le bureau règne ontologiquement. Cela signifie qu'il est le fond de l'expérience. C'est génial, de synthétiser les choses ainsi, bien que cela procède d'une sensibilité plus que d'une intellectualité, dans le propos. Voilà qui situe déjà les possibilités du monde actuel, comme le veut le titre de ce topic.

Les trois profils qui viennent ensuite, signifient en fait : conformisme pour Pasenow (les masses, les foules, les peuples), erratisme pour Esch (les extrêmes), arrivisme évidemment pour Hugenau (les macroniens). Tout cela est génial ; Kundera est génial. C'est l'ochlocratie à l’œuvre, et n'oublions pas de la référer au kafkaïen. Du moins cela fait-il système : des intentions administratives réifiées dans les procédures, perdues dans l'anonymat et le non-sens de significations plaquées (l'oubli de l'être heideggerien, selon Kundera), malaxent les possibilités conformistes, erratiques et parvenues : trois effets du kafkaïen. Les standards, les révoltes contre les standards, et la mise à profit des standards. C'est génial, en même temps que très triste, sur le fond bureautique.

Si les personnages de Kundera sont des complexes verbaux (un code existentiel), Kundera cherche à travers le roman le complexe sociétal que nous vivons.
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Re: Possibilités humaines dans un monde actuel à caractère totalitaire

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