Antidreyfusisme de gauche (contre le multiculturalisme revêche)

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Antidreyfusisme de gauche (contre le multiculturalisme revêche)

Message  Malcolm le Jeu 7 Déc 2017 - 17:34

Discours indirect libre de la défense de Klaus Barbie à son procès de 1987, par Alain Finkielkraut :
Alain Finkielkraut, /la Mémoire vaine/, 1989, NRF Gallimard, p.60-61, a écrit:Vous nous demandez de souffrir avec vous, mais votre mémoire n'est pas la nôtre et vos lamentations narcissiques ne nous font pas pleurer, ont signifié Me Vergès et ses comparses [Me M'Bemba, congolais, et Me Bouaïta, algérien] aux Occidentaux [lors du procès d'un ancien SS extradé en France en 1987, Klaus Barbie, condamné a posteriori pour crimes contre l'humanité par le parquet de Lyon seul - pas de tribunal international extraordinaire comme à Nuremberg - et défendu donc par Me Vergès, Me M'Bemba et Me Bouaïta].
C'est tout l'enjeu contemporain : un salopard par définition (le SS Klaus Barbie, acteur de "la solution finale" pas si finale en fin de comptes heureusement) au sein de l’État de droit, obtient d'être défendu par le Français Vergès, le Congolais M'Bemba, et l'Algérien Bouaïta. Habile, dirait OSS117.
Fatalement habile, puisque ce salopard par définition adopte les pigments d'avocats congolais et algérien, par lesquels il prouverait de fait son non-racisme contrairement à "la solution finale" devant le juif, où soudain l'antisémitisme ne serait plus un racisme dans la démarche, mais une catégorie spéciale de multiculturalisme revêche. Terriblement efficace.
Pire encore : le tribunal jugeant Klaus Barbie n'est plus, comme à Nuremberg fin 40's, un tribunal de qualité internationale, mais "rien qu'"un tribunal français, désinternationalisant le problème du crime contre l'humanité, par nature international de ce qu'il permet de condamner les forfaits organisationnels, avec quelque ingérence dans la démarche.
Nécessaire ingérence, quand les institutions s'y mettent, à commettre "l'inhumain à visage humain".
En effet, pour radicales que furent certaines "solutions politiques" avant et alentour le nazisme, aucune n'avait démontré la terreur du progrès rationnel militaro-industriel bureaucratique comme le nazisme : l'abattage managérial d'humains.

Or, c'est donc l'invention de leur discours et ses effets sur le monde contemporain, que relate Alain Finkielkraut (à la défense de Klaus Barbie).
Alain Finkielkraut, /la Mémoire vaine/, 1989, NRF Gallimard, p.60-61, a écrit:Vous nous demandez de souffrir avec vous, mais votre mémoire n'est pas la nôtre et vos lamentations narcissiques ne nous font pas pleurer, ont signifié Me Vergès et ses comparses aux Occidentaux. Car c'est vous, Occidentaux, qui refusez de partager la terre avec d'autres peuples [la décolonisation prenait fin] ;
Puissante défense, indéniablement, qui noie pourtant le poisson (les faits) dans l'océan (d'autres faits) afin de distorsion : il s'agit de détourner la culpabilité contre l'accusation, afin que soudain elle se croit et soit crue illégitime, devant le jugement rétrospectif de Klaus Barbie.
Il faut faire dire à l'accusation : c'est vrai, Klaus Barbie, c'est moi. Ce qui sous l'angle comparatif historique, est carrément pousser mémé dans les orties. Non que la Shoah serait quelque nouveau sacré, mais du seul point de vue des réalités scientifiques (du seul point de vue de l'Histoire méthodologique qui s'écrit judicieusement de nos jours).

Le discours de la défense de Klaus Barbie, évidemment, est anti-impérialiste au nom d'un internationalisme non-communiste, retirant de l'anti-impérialisme et de l'internationalisme communistes toute leur charge ressentimentale pourtant. Bref, encore et toujours, il s'agit de faire culpabiliser l'accusation pourtant dans sa raison, soit donc d’inoculer la folie au monde, et tout cela pour quoi ? ... Défendre un salopard par définition, le SS Klaus Barbie acteur de "la solution finale", poursuivi 40 ans après les faits à cause de l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité.
Crimes contre l'humanité, dont on peut éventuellement retrouver des traces voire des dimensions dans certaines manières de colonisation diversement autour de la planète, sans que cela ne change rien au cas nazi, dans l'Europe des années 30-40, diable.
Alain Finkielkraut, /la Mémoire vaine/, 1989, NRF Gallimard, p.60-61, a écrit:... c'est vous qui, vous prenant pour le centre de l'univers, cherchez à remplir de votre seule existence, de votre seule race le concept d'humanité et les archives de l'histoire.
Le procès de l'Occidental en raciste nombriliste fini, donc ; de l'Occidental en salopard par définition, au déni de toute raison. C'est la défense multiculturaliste revêche de Klaus Barbie, qui non contente de retordre les faits, devient accusatrice à te culpabiliser un juif d'être juif - et pas que les juifs, d'être ce qu'ils sont à leur tour quant à eux - au sein d'un camp de la mort, tout en parvenant à leur faire croire qu'ils sont les bourreaux, et que leur châtiment est mérité.
Juridiquement, il y a de quoi s'inspirer d'une telle défense, quand on veut devenir ou que l'on est avocat. Pour se faciliter la vie d'ailleurs, on lira avec profit la Mémoire vaine, de Finkielkraut, qui synthétise assez bien la chose en méta-analyse post-journalistique, à mettre en perspective sur le temps long. C'est très bien.
En tout cas, ce que l'on observe très bien, c'est que le multiculturalisme revêche a fait de sacrées émules dans nos mondes médiatisés, de sorte désormais qu'un souverainisme revêche a point, tel que celui des allégués néo-réacs et autres alt-right. Voir aussi Philitt : Homo reactus : où en est l’homo festivus retourné ?
Alain Finkielkraut, /la Mémoire vaine/, 1989, NRF Gallimard, p.60-61, a écrit:Par notre truchement [à nous, avocats de la défense de Klaus Barbie], en effet, c'est l'humanité elle-même qui s'esclaffe et qui dit que votre désastre n'est pas son affaire.
Bref, le multiculturalisme revêche dans toute sa superbe, donc, que l'on retrouve assez bien dans les discours culturels d'Alain Soral et Dieudonné M'Bala M'Bala. Eux, toujours prêts à donner de la voix à pire qu'un souverainiste revêche, assurément, tels que - respectivement - Tarik Ramadan et Robert Faurrisson, les bougres ! ...

... Mais le pire souligné par Alain Finkielkraut alors, c'est que l'on perd totalement la notion juridique de crime contre l'humanité, et que l'on tourne - comme le petit lait - au sentimentalisme mièvre et crétin (même si Finkielkraut reste poli et respectueux). Le sous-titre de son ouvrage, la Mémoire vaine, dit bien du crime contre l'humanité. C'est qu'il faut lui conserver son caractère, à ce crime, afin de ne pas le rendre possible au nom même de la lutte contre lui, ce qui ressort d'un monde de fous, et en tout cas d'un monde affolé par de tels discours que la défense de Klaus Barbie par les avocats Vergès, M'Bemba et Bouaïta.
Pire encore, si "la [noble] négritude" d'un Léopold Sedar Senghor, ainsi que "la [sublime] matité" d'un moudjahidin ou d'un hashishin, venaient à se reconnaître respectivement pour M'Bemba ou Bouaïta : elles se perdraient dans un communautarisme décadent et dégénérescent leurs valeurs à elles dans le néant qu'ils sont eux, du moins au plan culturel - non pas au plan du coup advocatif, techniquement, certes.
Alain Finkielkraut, /la Mémoire vaine/, 1989, NRF Gallimard, p.60-61, a écrit:Ce qui saisit dans un tel raisonnement [que le leur, aux avocats], ce n'est pas que des hommes se soient faits les avocats du diable en employant toutes les ressources de leur talent à innocenter Barbie des forfaits horribles qui lui étaient reprochés (cette mission leur était impérativement confiée par l’État de droit qui se désavouerait lui-même s'il retirait ses garanties à certaines catégories de criminels), c'est de voir resurgir, à l'occasion du procès d'un officier SS, une tradition dont on pouvait raisonnablement penser qu'elle ne survivrait pas à la tentative d'extermination des Juifs par les nazis : l'antidreyfusisme de gauche.
Or là, le péguyste Finkielkraut touche la tête d'épingle de son sujet à mon avis, qui le poursuit toujours actuellement peu importe les raisons, Finkielkraut ressortirait-il desdits souverainistes revêches - et revêches sous le coup d'un tel multiculturalisme revêche que celui épinglé par ses soins, à travers la défense de Klaus Barbie en 1987.

C'est qu'il faut revenir à l'affaire Dreyfus, qui occupa bien l'esprit français pendant 20 ans à la charnière du XIXème et du XXème siècles. A cette époque en effet, l'officier français de l'armée française Alfred Dreyfus (de religion juive) est accusé et condamné au bagne pour haute trahison (intelligence avec l'Allemagne). Il se trouve évidemment que le salopard dans l'affaire était un autre officier français de l'armée française (de religion catholique), mais justice ne pourra être faite qu'après maints et maints esclandres journalistiques publics, dans lesquels s'illustrèrent les antisémites d'époque (notoirement : Maurras, Bernanos) qui satisfaisaient assez bien leur monde hélas.

Mais ce n'est pas cela, précisément, que l'affaire Dreyfus. L'affaire Dreyfus, c'est bêtement l'histoire d'un État-major qui refuse de revenir sur l'un de ses jugements, alors qu'il a tort, au cœur même de l’État de droit pourtant. Je crois qu'on aurait pu le prendre en défaut moins vertement et moins publiquement (il aurait pu être possible de ne pas en venir à J'accuse, où Zola finalement se paie d'arrogance, ce qui n'allait pas pour ménager les susceptibilités adverses, pourtant à même de pouvoir réviser le jugement) ; je pense donc qu'on aurait potentiellement pu concilier raison d’État et droit des personnes. Néanmoins, on ne refait pas l'Histoire, et alors éclata manifestement l'antidreyfusisme majoritaire, y compris de gauche, car on avait d'autres chats à fouetter que de se prendre la tête avec "ça", y compris parce que "ça" ressortait des croyants juifs hélas.

Cette mentalité et ses démarches étaient peu judicieuses, et finalement assez lâches, puisque les gens ne réalisaient pas qu'à la place d'un Dreyfus, ils auraient certainement préféré le droit des personnes à la raison d’État - bande de lapins de la fable de La Fontaine, ressortant de leurs terriers insouciamment après que le danger ait emporté l'un des leurs ... pauvres diables, pauvres bougres, pauvres hères ... Pour autant, on ne peut pas exactement leur en vouloir : n'avaient-ils pas non plus de bonnes raisons de croire en la bonne foi de leur État-major et, plus généralement, en la bonne marche de leur justice, en cette IIIème République ? ... Ce n'est pas moi qui viendrait le leur reprocher.

Mais enfin, Dreyfus était innocent, et c'est aussi par antisémitisme qu'une partie de la gauche se soucia peu de le voir au bagne sous le coup d'un jugement trompé par le vrai traître à la patrie. Eh bien, Alain Finkielkraut voit cet antidreyfusisme de gauche non sans bonne raison, ressurgir dans ce multiculturalisme revêche. Lui, et tous les souverainistes revêches réagissant alors à pareille horreur effectivement, eux et lui, allégués néo-réacs et autres alt-right, à l'exception des extrémistes entre eux (Soral, Dieudonné, etc.). Voir aussi Philitt : Homo reactus : où en est l’homo festivus retourné ?

A propos de l'article, still loving Philippe Muray.
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