Illuminé dans la démarche, Rosset ?

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Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Malcolm le Jeu 14 Déc 2017 - 21:34

« Rassurez-vous, tout va mal. » C'est sur cette phrase que terminait Kalos, sa présentation de Clément Rosset sur le forum, précisément au sujet du réel - présentation pertinente, introduction concise. Néanmoins, je me pose alors la question de savoir (et cette question serait parfaitement rossetienne, de ce que Rosset, justement au sujet du réel, s'interroge sur les doubles) par quelle "duplicité" Rosset énonce-t-il : « Rassurez-vous, tout va mal. » - et, surtout, par quel, disons, plaisir de la duplicité, joie de la duplicité, se permet-il de terroriser ainsi avec ce double bind schizophrénant (Gregory Bateson).

Or, précisément, comme nous le précisait Kalos, Clément Rosset y trouve sa joie terrible, puisqu'il ne sombre pas dans le pessimisme, pour autant que sa vision est tragique. Ce qui m'amène à sa Logique du pire, dont je parlais moi-même. Rapidement, je dirais que ça manque au nietzschéisme dont il se réclame quelque peu, dans la mesure où il n'y a pas de logique - serait-il du pire - qui vaille chez Nietzsche, encore que Nietzsche encense l'esprit de méthode. Non, ce qu'il y a ici avec Rosset, c'est la monstration d'un pire implacable, de même que l'on dit donc une logique implacable, selon l'expression consacrée. C'est, sous un angle, dionysiaque de destruction dans la démarche, et il faut le lire pour l'apprendre : la vision tragique et la sagesse idoine, est une destruction des doubles, pouvant conduire à l'aphasie. Mais, encore un coup, ça n'est pas nietzschéen, dans la mesure où Nietzsche valorise les illusions vitales (tout comme son inspirateur, Ralph Waldo Emerson, dans la Conduite de la vie, d'ailleurs).

A partir de quoi, la philosophie rossetienne ne peut que s'en prendre à la connaissance de soi dont nous fit part Kalos encore. C'est-à-dire, pour le reprendre :
Kalos, au sujet de Rosset sur la connaissance de soi, a écrit:Lorsque nous pensons connaître l'intimité d'un ami, d'un être aimé, et que nous en sommes convaincus, nous n'avons en réalité à faire qu'à une prolongation de l'identité sociale, c'est-à-dire, en quelque sorte, à une comédie qui se veut « authentique » – mais qui, ce faisant, reste bien artificielle.
Artificielle ? ... Cela rejoint l'intérêt de Clément Rosset pour l'artificialisme, encore qu'il ne prétende pas se rendre à l'artificialisme dans ses termes, par une espèce de préjugé naturaliste qu'il lui semble trouver en tous et tout, mais c'était peut-être une manière de surmonter les résistances de son lecteur, qu'il parla ainsi, allez savoir ...
Bref, je disais que la philosophie rossetienne se faisait soudain intrusive dans nos "jardins secrets", en décrétant d'une joie terrible, que nos intimités ne sont que comédies. Comédies. Théâtres, jeux, simagrées, artifices, rapport à la socialité générale. Hélas, dans nos vies, nous faisons tous l'expérience inverse de la fusion maternelle, puis du foyer parental, de leur cercle familial et amical, enfin la socialisation scolaire et professionnelle, où nous apprenons tous que nos manières propres ne passent pas dans ce monde si impropre que tous les moralistes s'en prennent allègrement à ses hypocrisie et, précisément, sa comédie humaine généralisée, que seule l'amicalité vient adoucir (manifestement chez Montaigne, avec La Boétie, mais songeons aux Anciens, sur l'amitié : Tacite, Cicéron, etc. valeur suprême rapport à la société prise globalement).

En somme, à ce point, Clément Rosset est contre-intuitif/paradoxal au possible, à l'insoutenable même, pour ainsi dire, et il s'avérerait aussi insoutenable qu'un réel sans double, une parfaite logique du pire, un mécanisme artificiel.

Sur quoi, il est permis de juger qu'il craint grave, et que ce qu'il cherche précisément avec sa philosophie, au juste, c'est à nous retourner contre nous-mêmes, afin que sa joie terrible connaisse l'illumination, à commencer par le réel de notre identité (il nous met de force tout nus, même si ce n'est qu'à son idée) ! mais c'est qu'il prétendait, au fond, avoir toujours déjà connu le réel, pour nous en parler, et parler de ce qui ne le serait pas. Sujet éminemment discutable : si les doubles existent, ne sont-ils pas réels, eux aussi ?

C'est un peu le monde des idées et le monde sensible platoniciens, rejoués concrètement.
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Re: Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Cube le Ven 15 Déc 2017 - 16:13

Malcolm a écrit:« Rassurez-vous, tout va mal. » C'est sur cette phrase que terminait Kalos, sa présentation de Clément Rosset sur le forum, précisément au sujet du réel - présentation pertinente, introduction concise. Néanmoins, je me pose alors la question de savoir (et cette question serait parfaitement rossetienne, de ce que Rosset, justement au sujet du réel, s'interroge sur les doubles) par quelle "duplicité" Rosset énonce-t-il : « Rassurez-vous, tout va mal. » - et, surtout, par quel, disons, plaisir de la duplicité, joie de la duplicité, se permet-il de terroriser ainsi avec ce double bind schizophrénant (Gregory Bateson).

Voici ce que j'ai trouvé en débutant des recherches :
Dans la philosophie contemporaine, Nietzsche associe la joie à la capacité d'approbation de l'existence (amor fati), malgré son caractère tragique, comme expression de la volonté de puissance qui assume d'être joyeuse malgré les souffrances de la vie, sans se réfugier dans un bonheur illusoire (religion, idéalisme).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joie

On retrouve la contradiction apparente de la formule, entre le sens du tragique et la joie malgré tout. La formule de Rosset retranscrit cette idée, semble-t-il.

Je repasserai plus tard pour comprendre le reste du sujet.
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Re: Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Malcolm le Ven 15 Déc 2017 - 16:31

Cubecrevette a écrit:On retrouve la contradiction apparente de la formule, entre le sens du tragique et la joie malgré tout. La formule de Rosset retranscrit cette idée, semble-t-il.
Elle la retranscrit à n'en point douter, mais sous les auspices d'un double bind oxymorique : charitable-malotrus. Le sens de la formule est là, et des effets tors avec. On ne retrouve pas cette perversion chez Nietzsche. (Au reste, attention à Wikipédia, c'est très gengen, surtout avec Nietzsche.)
Cubecrevette a écrit:Je repasserai plus tard pour comprendre le reste du sujet.
Au plaisir.
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Re: Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Cube le Mar 30 Jan 2018 - 19:28

Je pense qu'il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.

« Rassurez-vous, tout va mal. »

Rosset n'est pas réellement un pessimiste. Il ne s'arrête pas au constat que l'Homme nait pour souffrir puis mourir, et qu'à la louche l'absurdité de la souffrance est désespérante, que les humains peuvent être désespérants également, etc.

Si tout va mal, qu'on s'en tient à ce constat flou (il s'agit d'un aphorisme, la formule étant lancée, on peut bien comprendre ce que l'on veut...), il n'y a pas énormément de tournures envisageables pour s'accommoder de ce malheur :

- Tout va mal, je me suicide, ou je demeure malheureux ;
- Tout va mal, la réalité est ainsi faite que l'univers me paraît injuste et cruel du fait des évaluations morales que je projète, et pourtant je m'en arrange.

Le  « rassurez-vous, tout va mal » de Rosset ramène à la deuxième interprétation, et elle revient à dire qu'il se sait bigleux.
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Re: Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Mal' le Mar 30 Jan 2018 - 22:34

Je pense qu'il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.

« Rassurez-vous, tout va mal. »
Oh ! il ne faut pourtant pas ignorer Logique du pire, où il est question du terrorisme de la sagesse tragique.
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Re: Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Cube le Mer 31 Jan 2018 - 1:22

Mal' a écrit:
Je pense qu'il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.

« Rassurez-vous, tout va mal. »
Oh ! il ne faut pourtant pas ignorer Logique du pire, où il est question du terrorisme de la sagesse tragique.

Certes il est terrorisé et seul le pire est certain, d'où son "tout va mal". La boutade ne va pas plus loin selon moi.
Faire d'un sentiment personnel un trait d'esprit aussi généraliste, comme si quiconque voulait être rassuré à propos des inquiétudes propres à Rosset et en réponse à son interprétation du monde... c'est d'un nombrilisme...
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Re: Illuminé dans la démarche, Rosset ?

Message  Mal' le Mer 31 Jan 2018 - 8:12

Mais, en somme, tu l'as : je prétends qu'il y a nombrilisme rossetien.
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