L'Immortelle Bien-Aimée de Beethoven

Aller en bas

L'Immortelle Bien-Aimée de Beethoven

Message  ΩΣΔ le Lun 5 Fév 2018 - 1:00

Lien sur L.V. Beethoven, sa lettre à l'Immortelle Bien-Aimée dont je fournirai ci-dessous l'extrait. Second lien ici.

L'exercice est simple : analyser sa pensée et sa philosophie, comparées à sa biographie (et ce qu'on sait sur lui par déduction en fonction de la lettre).

La lettre retrouvée après la mort de Beethoven en même temps que le "Testament d'Heiligenstadt" est composée de deux feuilles doubles écrites recto-verso, soit 8 pages, d'un format d'environ 200 x 238 mm et d'une feuille simple de 201 x 119 mm recto-verso, soit en tout 10 pages.

Le texte est écrit au crayon. Une analyse attentive démontre que certains mots ont été "repassés", également au crayon, dans un souci de meilleure lisibilité, sans doute par Anton Schindler, lequel a utilisé une partie de cette lettre en fac-similé dans la 3ème édition de sa biographie de Beethoven.

La numérotation des pages est de Schindler, ainsi que la tentative de rature des mots "Oh geh mit, geh mit" (Oh, viens avec, littéralement, mais qui prennent le sens de "accompagne-moi" littérairement).

On distingue deux cachets en haut des pages 1 et 5 qui ont été apposés par la Bibliothèque de Berlin.

Et voilà le coeur du génie misanthrope mis à la lumière :

Beethoven a écrit:Ludwig van Beethoven
Juillet 1812

Le 6 juillet au matin

Mon ange, mon tout, mon moi

Quelques mots seulement aujourd'hui, et ce au crayon (le tien).

Ce n'est pas avant demain que mon logement sera définitivement arrêté.

Quelle misérable perte de temps pour de telles choses. Pourquoi ce profond chagrin alors que la nécessité parle ? Notre amour peut-il exister autrement que par des sacrifices, par l'obligation de ne pas tout demander ? Peux-tu faire autrement que tu ne sois pas toute à moi et moi à toi ?

Ah ! Dieu, contemple la belle nature et tranquillise les esprits sur ce qui doit être.

L'amour exige tout, et de plein droit, ainsi en est-il de moi avec toi, de toi avec moi. Mais tu oublies si facilement que je dois vivre pour moi et pour toi ; si nous étions complètement réunis, tu éprouverais aussi peu que moi cette souffrance.

Mon voyage a été terrible ! Je ne suis arrivé ici qu'hier à quatre heures du matin ! Comme on manquait de chevaux, la poste a pris une autre route, mais quel chemin épouvantable ! A l'avant-dernier relais, on me conseilla de ne pas voyager de nuit - on me parla, pour m'effrayer, d'une forêt à traverser, mais cela n'a fait que m'exciter, et j'ai eu tort, la voiture aurait dû se briser dans ce terrible chemin, simple chemin de terre défoncé.

Sans des postillons comme ceux que j'avais, je serais resté en route. Estherazy, par l'autre chemin, le chemin habituel, a subi le même sort, avec huit chevaux, que moi avec quatre - pourtant j'ai éprouvé un certain plaisir, comme toujours quand j'ai heureusement surmonté un obstacle.

A présent passons vite de choses extérieures à des choses intérieures ! Nous nous reverrons sans doute bientôt, aussi aujourd'hui je ne peux te faire part des considérations que j'ai faites sur ma vie pendant ces quelques jours.

Si nos cœurs étaient toujours serrés l'un contre l'autre, je n'en ferais pas de pareilles. Le cœur est plein de tant de choses à te dire

Ah ! Il y a des moments où je trouve que la parole n'est absolument rien encore - courage - reste mon fidèle, mon unique trésor, mon tout, comme moi pour toi ; quant au reste, les dieux décideront de ce qui doit être et de ce qui adviendra pour nous.

Ton fidèle Ludwig.

Lundi soir, 6 juillet

Tu souffres, toi, mon être le plus cher à l'instant j'apprends que les lettres doivent être remises de très grand matin. Lundi/jeudi, les seuls jours où la poste part d'ici pour Karlsbad.

Tu souffres.

Ah, là où je suis, tu es aussi avec moi, je parle avec moi et toi, je ferai en sorte que je puisse vivre avec toi, quelle vie !!! ainsi !!! sans toi, poursuivi ici et là par la bonté des hommes que je désire aussi peu mériter que je la mérite - humilité de l'homme devant l'homme, elle me peine, et quand je me considère dans l'ensemble de l'univers, que suis-je, et qu'est celui qu'on appelle le plus Grand ?

Et pourtant, là encore est la divinité de l'homme. Je pleure, quand je pense que tu ne recevras vraisemblablement que samedi la première nouvelle de moi.

Quel que soit ton amour pour moi, je t'aime encore plus fort

Mais ne te cache jamais de moi.

Bonne nuit.

En bon curiste il faut que j'aille dormir. Ah ! Dieu, si près, si loin ! Notre amour n'est-il pas un véritable édifice céleste et aussi solide que la voûte du ciel ?

Bon matin, le 7 juillet

Au lit mes pensées se pressent déjà vers toi, mon immortelle Bien-aimée, parfois joyeuse, puis de nouveau triste, demandant au Destin s'il nous exaucera.

Vivre, je ne le peux qu'entièrement avec toi ou pas du tout, j'ai même résolu d'errer au loin jusqu'au jour où je pourrai voler dans tes bras et pourrai me dire tout à fait dans ma patrie auprès de toi, puisque, tout entouré par toi, je pourrai plonger mon âme dans le royaume des esprits.

Oui, hélas ! il le faut.

Tu te résigneras d'autant mieux que tu connais ma fidélité envers toi, jamais aucune autre ne peut posséder mon cœur, jamais, jamais. O Dieu, pourquoi faut-il s'éloigner de ce qu'on aime ainsi, et pourtant ma vie à Vienne maintenant est une vie misérable.

Ton amour a fait de moi à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes.

A mon âge, maintenant j'aurais besoin d'une certaine uniformité de vie. Peut-elle exister, étant donné notre liaison ? Mon ange, je viens d'apprendre que la poste part tous les jours et il faut donc que je m'arrête afin que tu reçoives cette lettre tout de suite.

Sois calme, ce n'est que par une contemplation détendue de notre existence que nous pouvons atteindre notre but, qui est de vivre ensemble.

Sois calme, aime-moi. Aujourd'hui, hier, quelle aspiration baignée de larmes vers toi, toi, toi, ma vie, mon tout !

Adieu, oh ! continue à m'aimer... ne méconnais jamais le cœur très fidèle de ton aimé.
L.

Éternellement à toi,
Éternellement à moi,
Éternellement à nous

Si ça ce n'est pas de la passion, j'ignore ce que c'est. Le Maestro sourd réputé misanthrope avait donc un coeur.

J'imagine qu'un misanthrope n'aurait pas pu composer l'hymne à la joie... Ni cette maudite Sonate du Clair de Lune qui me hante depuis ma plus tendre enfance :



Très petit, j'ai tenté de comprendre le sens de cette musique. Avec les années, j'ai enfin compris comment et pourquoi il l'a écrite. Mais le mystère demeure.

Omega Sigma Delta

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum