Comment conn'être ?

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Comment conn'être ?

Message  Shub le Ven 9 Fév 2018 - 12:21

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, se demanda un jour Leibniz ? Les principes anthropiques faible et fort prétendent formaliser cette question qui se subdiviserait en deux grandes familles. La première est à considérer comme une famille tautologique et la seconde comme métaphysique. Sommes-nous là parce que nous pouvons être là ou parce que nous devons être là ? Tout est-il nécessaire ou simplement possible ? Compossible dirait Leibniz ? Un principe de raison suffisante allié à une vision panthéiste à la Spinoza, Dieu est le réel et rien que le réel ? Contenu tout entier dans le réel et le contenant idem ? Ou alors Dieu serait l’origine du monde qui s’est dilué ensuite dans la Nature pour la former et il avait besoin de nous comme d’un témoin… Dieu, une méta-théorie scientifique qui subsumerait toutes les théories scientifiques conçues à ce jour et concevables dans l’avenir car le monde s’analyse bien par et dans la science et les mathématiques semblent bien être effectivement le langage de la Nature, comme a dit un jour Galilée.
Un jour un ami me rapporta les propos de son psychanalyste à qui il reprochait de ne pas répondre assez souvent aux questions que ce dernier lui posait lors des séances : une question bien formulée, aurait-il répondu à ce moment-là, est une question qui contient déjà la réponse dans sa formulation.
Le réel, ce vers quoi doit tendre la connaissance ? Ce réel, n’est-ce pas dans l’acception commune ce que nous côtoyons quotidiennement et que nous sommes appelés à toujours côtoyer ? Ce maudit réel empirico-pragmatiste que nous nous efforçons de fuir ou éviter par tous les moyens, trop terre-à-terre car trop capitaliste, et qui nous ramène brutalement les pieds sur terre si d’aventure nous allions planer dans quelque monde platonicien à la recherche de pensées élevées par exemple … Et brutalement nous recevons une pomme sur la tête, celle de Newton ou celle d’un autre peu importe, ce qui nous ramènera à des préoccupations bien plus terre-à-terre grâce à la force de gravitation. Louée soit cette dernière !
De façon réflexive nous faisons aussi partie du réel et la connaissance doit nécessairement tendre vers nous-mêmes pour aboutir à une meilleure compréhension. Ce que nous avons nommé “réel“, comment le définir ? Par cette séparation parfois franche et nette entre réalisme et idéalisme et qui ne semble tolérer aucun empiètement sinon on risquerait de contrevenir au principe suprême et inviolable d’une séparabilité, laquelle est forcément binaire voire pré-établie distinctement entre sujet et objet ? À moins d’opter pour le réalisme naïf qui est très discutable, on court le risque d’une hérésie théorique si on mélangeait les deux trop intimement… Imaginons sur le mode solipsiste une vitre entre le sujet et le monde : lorsque le monde me regarde c’est d’idéalisme dont il sera question. Et dans le cas contraire ce sera le réalisme qui sera convoqué. [1]
Afin de mieux appréhender notre rôle au sein de l’univers, il nous faut comprendre comment situer la place de notre conscience au sein de notre intellect afin de déterminer ses conditions de fonctionnement pour qu’un rapport optimal entre sujet et objet puisse exister. Déterminer quels seraient les préalables nécessaires à cet exercice en essayant d’éviter que l’Art n’en soit exclu… Pourquoi le serait-il en effet ? Si pour Aristote l’art imite la nature, pour Boileau ce sera l’inverse : c’est la nature qui imite l’art. Pour paraphraser Hegel et tenir compte de Freud au passage, l’irrationnel fait lui aussi bien partie du réel : c’est une blessure narcissique pour notre Raison dont il nous faudra tenir compte à l’avenir. Voilà peut-être aussi une des raisons pour laquelle une philosophie de la mécanique quantique est si difficile à établir .
La mécanique quantique repose sur deux concepts fondamentaux : les états et les observables. Les états sont des vecteurs d’un espace de Hilbert ; les observables sont des opérateurs auto-adjoints agissant sur ces vecteurs. Les valeurs propres de ces opérateurs sont les valeurs que peuvent donner les observations. La grande singularité de la mécanique quantique est qu’elle ne possède qu’un seul niveau de description, celui des mathématiques et de ses modèles alors que la physique macroscopique et les autres sciences en possèdent plusieurs. Et les mathématiques marchent, elles ont marché depuis le début de son invention ce qui a stupéfié plus d’un physicien dont Einstein lui-même. Pour voir l’atome et plus en finesse les baryons et les électrons, il faudrait des niveaux d’énergie impensable à l’heure actuelle donc on en est réduit aux hypothèses, comme celle du physicien Susskind qui avec sa théorie ‘ER=EPR’ postule l’existence d’une cinquième dimension. Dans sa théorie la mécanique quantique s’expliquerait par la Relativité générale au moyen de trous de ver prédits par Einstein, ce qui unifierait la physique microscopique et macroscopique : le rêve de la physique se réaliserait enfin. Mais on n’en est pas encore là et il existe une pléthore de théories en concurrence (tellement qu’il est parfois difficile de les compter !) qui malheureusement sont invérifiables du point de vue empirique pour la plupart. Et les prédictions de la théorie-M, sorte de super-théorie des cordes ne donne pas pour le moment les résultats escomptés.

(peut-être à suivre...)

1) La montagne Sainte-Victoire me regarde, a dit Cézanne.
Qui mieux qu’un artiste a su exprimer ce trouble inhérent à la vision, ce dédoublement induit par la question pseudo-existentielle de savoir si c’est bien la pomme qui tombe ou si par hasard ce ne serait pas la Terre qui se précipiterait à sa rencontre dans un mouvement brutalement ascendant ? On touche à l‘absence de cause(s) figurant explicitement dans les équations de physique, lié aussi à la question de la réversibilité du temps dans les équations : uniquement d’après ces dernières, rien n’indique que le voyage dans le temps ne soit pas possible puisqu’il suffit d’ajouter le signe moins devant la grandeur temps pour dérouler le film des évènements à l’envers. Il faut signaler que c’est cette fameuse réversibilité du temps qui a pu nous permettre de remonter le temps jusqu’à une durée infinitésimale après le Big Bang grâce à une inversion de signe dans les équations des modèles. Pour en revenir au dualisme réalisme/idéalisme, ce n'est pas le mathématicien qui choisit ses axiomes : pour paraphraser cette formule désormais connue, ce sont les axiomes qui choisissent le mathématicien.


Dernière édition par shub22 le Ven 9 Fév 2018 - 18:53, édité 2 fois

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Message  Crosswind le Ven 9 Fév 2018 - 14:52

Voilà un sujet des plus intéressant, en ce qu'il échappe précisément aux plus grands canons philosophiques.

Le principe anthropique faible se heurte à ses limites lorsqu'il est mis en demeure d'expliquer en quoi les règles que nous élaborons, que nous pensons être les règles du Monde, sont compatibles avec notre existence. Il postule d'abord une intelligibilité suffisante du monde, et qui plus est une intelligibilité maximale, ce qui le cantonne à la pétition de principe. Mais surtout, ce principe anthropique faible ne spécifie jamais la compatibilité en question. Même si, au cours d'une expérience de pensée, nous pensons que nos règles nous permettent d'assigner toutes les relations causales possibles et imaginables de sorte que ces assignations décrivent au mieux l'ensemble des processus permettant l'évolution de quelques atomes H, O, C en une machinerie biologique complexe... En quoi nos règles physiques, mathématiques, expliqueraient l'émergence, ou plus neutralement, le fait conscient tout court ? Comment ces règles relieraient ce monde posé-devant, et le fait conscient de ce monde ? Elles en sont incapable sans tour de passe-passe (voir les grandes batailles en neuroscience).

Le principe anthropique fort est purement métaphysique, de telle sorte qu'il n'y a rien à en dire.

Enfin, la discussion sur le réel n'a, à mon humble avis, aucune raison d'être dans le débat qui nous occupe. La quête du réel est la croisade toujours renouvelée de l'extraction d'un invariant transcendant. De quelque chose, si minime soit-il, qui soit entièrement indépendant de "nous". L'atomisme, le matérialisme, le structuralisme et toute la déclinaison des variantes posent, toutes, l'existence quelque part de quelque chose qui est absolument indépendant de nous. Mais ces théories postulent au préalable qu'il y ait. Pour être plus juste, elles ne postulent rien, elles placent ce constat dans les fondements tus de leurs discours, en tant alors qu'insurpassable évidence.

Alors, quoi dire sur "pourquoi quelque chose plutôt que rien ?". Si j'ai bonne mémoire, Schopenhauer s'est fendu d'un chouette papier, lui aussi, sur le sujet. Mais, évitons de déranger le vieux sévère et posons-nous, tout d'abord, les deux questions suivantes : (1) cette question a-t-elle un sens ? Si oui, lequel ? (2) Qu'entend-on par "quelque chose" ?

Le point (2) signifie plus précisément ceci : se demande-t-on pourquoi il existeun monde réel, un quelque chose posé là, qui obéit à des règles ? Ou se demande-t-on pourquoi il y a accès à quelque chose, et dans ce cas peu importe la teneur de cette chose à laquelle on a accès ? Dans le premier cas l'on s'interroge sur un mode matérialiste, dans le second sur un mode plus idéaliste, même si cet idéalisme est facultatif. Facultatif car l'interrogation particulière qui porte sur le fait conscient n'a pas besoin de cause à lui-même. Le fait conscient est le préalable à toute chose, même à sa propre reconnaissance. Il ne peut donc pas se voir relié causalement à quoi que ce soit, à une quelconque substance, il est sursaturant.

Le point (1) est, d'une certaine manière, lié au point (2), mais pris sous un autre angle. Que signifie ce "rien" ? Comment penser ce "rien" ? Le rien abslu est par définition parfaitement inaccessible, il n'est pas même conscientisable. Pas de temps, pas d'espace, pas de réflexion, pas même de rien ! Le rien ne peut se concevoir qu'opposé à quelque chose. Une assiette néantise tout ce qui n'est pas elle. Le rien est, lui aussi, saturant, il est la version en négatif de la saturation consciente, il est partout sitôt qu'un objet se fait jour. Un type qui se réveille de plusieurs mois de coma ne se souviendra pas du rien. Il se souviendra d'un trou noir, qui n'est pas un rien, d'un épisode flou entre deux épisodes déterminé. Mais jamais de rien, sans quoi il serait passé d'un état conscient à un autre sans heurts particuliers. Il est même possible que tu sois empli de rien en permanence puisque ce rien n'est... rien !

La question n'a donc pas de sens parce que le rien n'est pas quelque chose, et que nous ne pouvons que penser les choses...

A suivre.

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Re: Comment conn'être ?

Message  Shub le Ven 9 Fév 2018 - 16:42

Merci de votre réponse.
Hélas je suis ce qu'on appelle autodidacte en philo et même si ça m'intéresse énormément je me révèle incapable de débattre et disserter avec vous dans des termes renvoyant à des concepts, des épithètes dont j'ignore en fait la signification profonde et la relation avec des auteurs et leurs thèses.
Mais merci. J'ai lu votre post plusieurs fois et je le relirai sans doute
P.S. J'ignorais la définition du rien en négatif de la conscience, ce qui me semble privilégier l'approche phénoménologique comme avant-propos à votre thèse. Enfin pour ce que j'en connais mais je n'ose pas m'aventurer d'avantage. Encore merci.

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Message  Prince' le Ven 9 Fév 2018 - 17:09

Une remarque qui est hors-sujet : être autodidacte n'est en rien une tare insurmontable. Il faut oser la confrontation avec le lexique et les auteurs. C'est l'unique moyen de progresser ; et c'est un formidable exercice de penser (le meilleur à dire vrai).
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Message  Shub le Ven 9 Fév 2018 - 17:34

Un peu hors-sujet mais puisque vous en parlez... Quel est le meilleur ouvrage en tant que Dictionnaire de philosophie ? Il y en a beaucoup sur le marché mais depuis le temps que je veux en acheter un j'en profite pour demander ici ce que vous me conseillez.
Pas de meilleur endroit pour poser cette question non ? J'en veux vraiment un bon donc le budget ne compte pas : pas le Larousse en vingt-cinq volumes quand même, je saurais pas où les mettre !

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Re: Comment conn'être ?

Message  Prince' le Ven 9 Fév 2018 - 17:49

En premier lieu, il faut se confronter aux auteurs. Le dictionnaire ne peut qu'offrir une synthèse, si brillant soit-il, comme celui en ligne sur Gallica, ou encore celui d'A. Lalande.
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Re: Comment conn'être ?

Message  Shub le Sam 10 Fév 2018 - 14:04

(Suite du texte)
[...]
Le dilemme est le suivant : soit une parmi ces nombreuses théories est bonne mais on ne sait pas laquelle car on ne sait pas comment les vérifier toutes une par une, soit elles sont décidément toutes fausses - ou vraie mais dans un domaine de validité décidément trop restreint - et un jour espérons-le quelqu’un va produire une théorie qui sera la bonne car juste scientifiquement et empiriquement vérifiable. L’empirique joue un rôle déterminant dans les critères de vérifiabilité-réfutabilité de Popper pour déterminer si une théorie est scientifique jusqu’au bout, c’est-à-dire qui puisse être vérifiée par les faits, soit non contredite selon les critères de Popper car on ne peut décidément pas vérifier une théorie partout et tout le temps. L’empirique joue un rôle crucial au niveau de l’intuition, de l’induction et de l’abduction soit au niveau des prémisses qui sont censés avoir amené un scientifique à inventer sa théorie, mais aussi au niveau de la vérification : soit dans la conclusion, c’est-à-dire que la vérification de ladite théorie doit théoriquement être faite à tout instant et en tout lieu de l’Univers. Comme c’est évidemment impossible à mettre en place, il faut et suffit qu’elle ne soit pas et qu’elle n’ait jamais été contredite même par un seul fait. Validée signifie qu’elle a été simplement « non-invalidée ». C’est là un point essentiel des critères de Popper : il suffirait qu’une seule pomme tombe vers le haut et non vers le centre de la Terre pour que la théorie de la gravitation de Newton soit déclarée fausse stricto sensu. Ou alors cela ferait que l’on s’interrogerait sur son domaine de validité mais une théorie qui a été déclarée valide dans un certain domaine le reste tout le temps. Il est impératif qu’une théorie scientifique obéisse à des critères logiques comme ceux de Popper pour être admise et reconnue par la communauté scientifique. Sans quoi…
Aucun fait ne doit venir contredire la théorie sinon cela restreindrait d’autant son domaine de validité comme c’est le cas de la matière noire qui représente actuellement une véritable aporie pour les chercheurs : pour intégrer les anomalies gravitationnelles observées dans le cas des amas de galaxies à une théorie censée les expliquer, il faut soit modifier les équations de la Relativité ou de Newton (théorie MOND) soit admettre l’existence d’une matière que l’on ne sait pas détecter pour le moment.
Une théorie sera déclarée fausse car dépassée depuis longtemps comme le système Ptolémée qui reposait sur le géocentrisme et dont on est sûr et certain maintenant que c’était une théorie fausse. Néanmoins les tables des marées qu’elles ont fournies dans l’Antiquité et qui ont servi encore longtemps après ont permis tant bien que mal aux navigateurs phéniciens de naviguer sur la Méditerranée. Sur les océans cela aurait été beaucoup plus difficile. Restreindre le champ de validité d’une théorie - voire finir par contester sa validité tout court - pour expliquer ou intégrer un phénomène joue le rôle d’une véritable variable d’ajustement, un type de procédé rencontré fréquemment dans les statistiques. Alors que déclarer une théorie comme fausse est un acte éminemment conséquent et aussi bien les lois de Newton que celles de la Relativité ont pu démontrer des milliers voire des millions de fois qu’elles étaient valides. L’alunissage d’Amstrong en 1969 ne s’est fait quasiment uniquement qu’en se servant des lois de Newton.

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Re: Comment conn'être ?

Message  Mal' le Sam 10 Fév 2018 - 22:17

Dommage qu'il fut si houleux, ici et là-bas, car au vrai il y a du feyerabendisme-kunderisme dans son propos, de loin en loin, quoique fort "solipsiste panique" dans la démarche.
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Message  Shub le Mar 24 Avr 2018 - 13:19

En attendant une future découverte, une qui viendra unifier la physique micro et macroscopique – théorie-M ou une autre -, la chose-en-soi chère à Kant n’a pas acquis de vraie légitimité dans ce domaine particulier de la physique : une difficulté de plus pour énoncer une philosophie de la connaissance qui prenne en compte ses résultats.
Pour les quanticiens il n’y a que des observés et des observables et tout est susceptible d’interagir avec tout. Berkeley aurait-il eu en partie raison avec sa doctrine de l’immatérialisme affirmant qu’être c’est percevoir et être perçu ? Il ne niait pas pour autant l’existence de la matière mais privilégiait l’idéalisme subjectif dans sa croyance. Si l’immatérialisme de Berkeley n’est à proprement parler ni un idéalisme ni un matérialisme il sera qualifié d’idéalisme subjectif par certains qui préfèreront ce terme à celui d’immatérialisme (7) : pour Berkeley il s’agit bien une immatérialité relative du percevoir mais garantie par Dieu. Sa vision se révèle quelque peu inadaptée aujourd’hui avec le recul pour rendre compte de la factualité observée en mécanique quantique : le “réel quantique“ demeure toujours un mystère et une description complète du microscopique est toujours aussi difficile à établir.
Les intuitions de Démocrite, Épicure et Lucrèce se sont transmises au cours des siècles via la tradition philosophique, contrairement à ceux d’autres philosophes qui ont vu leurs écrits détruits par l’Église : elles pourraient faire partie de celles qui ont amené la physique actuelle à inventer ses concepts et concevoir des théories comme émanant de l’Antiquité. On pourra souligner que ni l’atomisme de Démocrite ni le clinamen de Lucrèce ne s’appliquent plus aujourd’hui aux récentes découvertes et théories en Physique, bien qu’ils aient pu en constituer de fortes intuitions (8)  : et donc le besoin d’une philosophie qui prendrait en compte les résultats de la science moderne se fait doublement sentir.
Bien que les conditions initiales de l’Univers ne supposent pas de disproportion entre matière et antimatière, le déficit de cette dernière a pu être dument constaté dans la nature ainsi qu’une très nette prépondérance d’acides aminés gauche sur les droits. Deux asymétries dont on ne comprend toujours pas bien l’origine, même si le physicien russe (et dissident) Sakharov a proposé une explication pour la première en relation avec les premiers instants après le Big Bang, ces fameuses trois conditions…
Dans la mécanique quantique considéré sous l’angle du phénomène et de son explication, on préfère parfois évoquer un "tout se passe comme si" : nous ne possédons pas de système de représentations cohérent pour la matière sub-atomique comme particules et photons, à part pour ce qui concerne leur comportement caractérisé par cette granularité venant former la théorie des quantas. Pourquoi le réel quantique est-il si différent ? Comment se fait-il que les lois qui décrivent la matière à l’échelle atomique soient si différentes de celles de Newton et d’Einstein et qui décrivent le monde macroscopique ?
La première constatation est que la gravitation ne joue quasiment aucun rôle : elle influe très peu au niveau sub-atomique alors que dans notre monde macroscopique celle-ci est prépondérante, et même appelée à  jouer un rôle peut-être encore plus déterminant dans l’avenir depuis la découverte de la matière noire. Si c’est bien d’une matière dont il s’agit… Deuxièmement, la théorie de la décohérence expliquerait pourquoi il y aurait une brutale réduction de la fonction d’onde de Schrödinger au passage dans le monde macroscopique, un mystère qui a longtemps travaillé les physiciens. Le nombre d’interaction réelles ou potentielles entre observés et observables se mettrait à croitre lui considérablement au fur et à mesure du grandissement dans l’échelle ce qui aurait comme conséquence une réduction drastique voire finalement un effondrement complet de la fonction d’onde une fois dans notre monde macroscopique. Le réel au sens de la mécanique quantique ne serait finalement rien d’autre que le fait mathématico-physique suivant : « la probabilité d’état définie par Schrödinger, celle associée à cet objet que je tiens dans ma main ou que j’aperçois est égale à 1. »
Prenons l’exemple de l’effet Tunnel : un électron même lancé à une très grande vitesse ne traversera jamais un mur épais comme celui formé par un champ électrostatique par exemple. Par contre il le traversera s’il n’est pas trop épais même s’il n’a pas assez d’énergie cinétique pour le faire et cela constitue un paradoxe ! Dans le premier cas l’électron se comportera comme un corpuscule et dans le deuxième comme une onde. Pourquoi cela ? Tout se passe comme si le mur disait à distance à l’électron “je suis épais tu n’arriveras pas à me traverser comporte-toi comme un corpuscule et grâce à ton énergie cinétique tu rebondiras contre la paroi“. Dans l’autre cas il lui dirait “je suis mince mais même si tu n’as pas assez d’énergie cinétique pour me traverser comporte-toi comme une onde et tu me traverseras“. Là l’électron fait ce qu’on lui dit et il traversera le mur même avec une faible énergie  cinétique. Pourquoi ? Le mur et l’électron se comporteraient-ils comme un couple communiquant à distance ? Et permettant au mur de dire à l’électron quelle forme ou apparence il doit prendre pour le traverser même s’il n’a pas assez d’énergie cinétique pour le faire, celle d’une onde ?
Tout cela est très bizarre et intrigue toujours autant les physiciens, même en tenant compte de la théorie de l’observé-observable : c’est comme s’il y avait une influence instantanée à distance, hypothèse que les physiciens se sont toujours refusés à admettre et qui a amené Einstein suite à diverses expériences - notamment celle du vent d’éther de Michelson - à formuler que la vitesse de la lumière est une constante dans l’univers et qu’elle est de plus indépassable. Le principe de causalité est intimement lié à cette limite, une vitesse absolue qu’il est impossible de dépasser : si les vitesses pouvaient être infinies, il y aurait superposition des principes de cause et d’effet, donc annulation de cette dichotomie laquelle n’aurait du coup plus aucun sens.
Bien qu’il y ait plusieurs cas où une vitesse puisse dépasser celle de la lumière soit dans un milieu comme l’eau comme l’effet Cherenkov (prix Nobel 1958) soit pour un objet immatériel comme une vitesse de phase, tout ceci reste pleinement compatible avec la Relativité restreinte. La vitesse d’une particule peut en effet dépasser celle de la lumière mais relativement à un milieu de propagation autre que le vide, comme dans de l’eau traversé par des particules et qui émettraient des photons : un effet bien connu par ceux travaillant dans les centrales nucléaires et qui donne aux piscines à combustible leur belle couleur bleutée. Elle a pour effet de provoquer un phénomène de « flash » par concentration locale de l’onde lumineuse et analogue au « mur du son » dans le domaine acoustique.

 [7Le système de Fichte est appelé par les Allemands l’idéalisme subjectif ; il est idéalisme en ce sens qu’il fait de l’idéal le principe même de toute existence ; il est subjectif en ce qu’il place cet idéal dans le sujet moral considéré comme absolu… Schelling professe lui un idéalisme objectif… Quant à Hegel, il professera un idéalisme absolu… » (Fouillée, Histoire de la philosophie). Pour Hegel, le système de Fichte sera la thèse, celui de Schelling l’antithèse et le sien la synthèse. (Lalande)

 [8] Le clinamen attribué à Épicure semble une anticipation de l’aléatoire vu par la mécanique quantique. Purement aléatoire ? Il y a l’idée ou le pressentiment de ce qui sera défini et énoncé plus tard en tant que déterminisme : le clinamen fait partie de ces termes préfigurant l’idée plus vaste d’une téléologie. L’évocation d’une Nécessité paraît quant à elle plus conforme à l’atomisme de Démocrite et Lucrèce la présentera comme une autre cause de mouvement que les chocs ou la pesanteur : Les atomes descendent bien en droite ligne dans le vide, entraînés par leur pesanteur ; mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s’écarter un peu de la verticale, [2,220] si peu qu’à peine peut-on parler de déclinaison. Sans cet écart, tous, comme des gouttes de pluie, ne cesseraient de tomber à travers le vide immense ; il n’y aurait point lieu à rencontres, à chocs, et jamais la nature n’eût pu rien créer. (Lucrèce, De natura Rerum). Y a-t-il un principe qui serait au-dessus de la détermination et qui le commanderait, se demandera Hegel ? Chez lui la déterminité en tant qu’auto et inter-détermination s’adjoindra à la compossibilité de Leibniz. Une sorte d’autopoïsèse de la détermination mais ce concept sera vite abandonné ensuite par les philosophes, sans doute à cause de son articulation trop métaphysique avec l’idéalisme et sa dépendance vis-à-vis de la philosophie de l’Esprit : Quand la déterminité est déployée selon son articulation intégrale, tout remonte à la surface. Bref, il y a de la lumière sans aucune discontinuité et sans dette à l’égard des ténèbres d’un en-soi enfoui. (La Science de la Logique, Hegel)

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Re: Comment conn'être ?

Message  Mal' le Ven 4 Mai 2018 - 23:32

L'ensemble de Shub mit bout à bout - cliquez pour dérouler:
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, se demanda un jour Leibniz ? Les principes anthropiques faible et fort prétendent formaliser cette question qui se subdiviserait en deux grandes familles. La première est à considérer comme une famille tautologique et la seconde comme métaphysique. Sommes-nous là parce que nous pouvons être là ou parce que nous devons être là ? Tout est-il nécessaire ou simplement possible ? Compossible dirait Leibniz ? Un principe de raison suffisante allié à une vision panthéiste à la Spinoza, Dieu est le réel et rien que le réel ? Contenu tout entier dans le réel et le contenant idem ? Ou alors Dieu serait l’origine du monde qui s’est dilué ensuite dans la Nature pour la former et il avait besoin de nous comme d’un témoin… Dieu, une méta-théorie scientifique qui subsumerait toutes les théories scientifiques conçues à ce jour et concevables dans l’avenir car le monde s’analyse bien par et dans la science et les mathématiques semblent bien être effectivement le langage de la Nature, comme a dit un jour Galilée.
Un jour un ami me rapporta les propos de son psychanalyste à qui il reprochait de ne pas répondre assez souvent aux questions que ce dernier lui posait lors des séances : une question bien formulée, aurait-il répondu à ce moment-là, est une question qui contient déjà la réponse dans sa formulation.
Le réel, ce vers quoi doit tendre la connaissance ? Ce réel, n’est-ce pas dans l’acception commune ce que nous côtoyons quotidiennement et que nous sommes appelés à toujours côtoyer ? Ce maudit réel empirico-pragmatiste que nous nous efforçons de fuir ou éviter par tous les moyens, trop terre-à-terre car trop capitaliste, et qui nous ramène brutalement les pieds sur terre si d’aventure nous allions planer dans quelque monde platonicien à la recherche de pensées élevées par exemple … Et brutalement nous recevons une pomme sur la tête, celle de Newton ou celle d’un autre peu importe, ce qui nous ramènera à des préoccupations bien plus terre-à-terre grâce à la force de gravitation. Louée soit cette dernière !
De façon réflexive nous faisons aussi partie du réel et la connaissance doit nécessairement tendre vers nous-mêmes pour aboutir à une meilleure compréhension. Ce que nous avons nommé “réel“, comment le définir ? Par cette séparation parfois franche et nette entre réalisme et idéalisme et qui ne semble tolérer aucun empiètement sinon on risquerait de contrevenir au principe suprême et inviolable d’une séparabilité, laquelle est forcément binaire voire pré-établie distinctement entre sujet et objet ? À moins d’opter pour le réalisme naïf qui est très discutable, on court le risque d’une hérésie théorique si on mélangeait les deux trop intimement… Imaginons sur le mode solipsiste une vitre entre le sujet et le monde : lorsque le monde me regarde c’est d’idéalisme dont il sera question. Et dans le cas contraire ce sera le réalisme qui sera convoqué. [1]
Afin de mieux appréhender notre rôle au sein de l’univers, il nous faut comprendre comment situer la place de notre conscience au sein de notre intellect afin de déterminer ses conditions de fonctionnement pour qu’un rapport optimal entre sujet et objet puisse exister. Déterminer quels seraient les préalables nécessaires à cet exercice en essayant d’éviter que l’Art n’en soit exclu… Pourquoi le serait-il en effet ? Si pour Aristote l’art imite la nature, pour Boileau ce sera l’inverse : c’est la nature qui imite l’art. Pour paraphraser Hegel et tenir compte de Freud au passage, l’irrationnel fait lui aussi bien partie du réel : c’est une blessure narcissique pour notre Raison dont il nous faudra tenir compte à l’avenir. Voilà peut-être aussi une des raisons pour laquelle une philosophie de la mécanique quantique est si difficile à établir .
La mécanique quantique repose sur deux concepts fondamentaux : les états et les observables. Les états sont des vecteurs d’un espace de Hilbert ; les observables sont des opérateurs auto-adjoints agissant sur ces vecteurs. Les valeurs propres de ces opérateurs sont les valeurs que peuvent donner les observations. La grande singularité de la mécanique quantique est qu’elle ne possède qu’un seul niveau de description, celui des mathématiques et de ses modèles alors que la physique macroscopique et les autres sciences en possèdent plusieurs. Et les mathématiques marchent, elles ont marché depuis le début de son invention ce qui a stupéfié plus d’un physicien dont Einstein lui-même. Pour voir l’atome et plus en finesse les baryons et les électrons, il faudrait des niveaux d’énergie impensable à l’heure actuelle donc on en est réduit aux hypothèses, comme celle du physicien Susskind qui avec sa théorie ‘ER=EPR’ postule l’existence d’une cinquième dimension. Dans sa théorie la mécanique quantique s’expliquerait par la Relativité générale au moyen de trous de ver prédits par Einstein, ce qui unifierait la physique microscopique et macroscopique : le rêve de la physique se réaliserait enfin. Mais on n’en est pas encore là et il existe une pléthore de théories en concurrence (tellement qu’il est parfois difficile de les compter !) qui malheureusement sont invérifiables du point de vue empirique pour la plupart. Et les prédictions de la théorie-M, sorte de super-théorie des cordes ne donne pas pour le moment les résultats escomptés.

(peut-être à suivre...)

1) La montagne Sainte-Victoire me regarde, a dit Cézanne.
Qui mieux qu’un artiste a su exprimer ce trouble inhérent à la vision, ce dédoublement induit par la question pseudo-existentielle de savoir si c’est bien la pomme qui tombe ou si par hasard ce ne serait pas la Terre qui se précipiterait à sa rencontre dans un mouvement brutalement ascendant ? On touche à l‘absence de cause(s) figurant explicitement dans les équations de physique, lié aussi à la question de la réversibilité du temps dans les équations : uniquement d’après ces dernières, rien n’indique que le voyage dans le temps ne soit pas possible puisqu’il suffit d’ajouter le signe moins devant la grandeur temps pour dérouler le film des évènements à l’envers. Il faut signaler que c’est cette fameuse réversibilité du temps qui a pu nous permettre de remonter le temps jusqu’à une durée infinitésimale après le Big Bang grâce à une inversion de signe dans les équations des modèles. Pour en revenir au dualisme réalisme/idéalisme, ce n'est pas le mathématicien qui choisit ses axiomes : pour paraphraser cette formule désormais connue, ce sont les axiomes qui choisissent le mathématicien.

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(Suite du texte)
[...]
Le dilemme est le suivant : soit une parmi ces nombreuses théories est bonne mais on ne sait pas laquelle car on ne sait pas comment les vérifier toutes une par une, soit elles sont décidément toutes fausses - ou vraie mais dans un domaine de validité décidément trop restreint - et un jour espérons-le quelqu’un va produire une théorie qui sera la bonne car juste scientifiquement et empiriquement vérifiable. L’empirique joue un rôle déterminant dans les critères de vérifiabilité-réfutabilité de Popper pour déterminer si une théorie est scientifique jusqu’au bout, c’est-à-dire qui puisse être vérifiée par les faits, soit non contredite selon les critères de Popper car on ne peut décidément pas vérifier une théorie partout et tout le temps. L’empirique joue un rôle crucial au niveau de l’intuition, de l’induction et de l’abduction soit au niveau des prémisses qui sont censés avoir amené un scientifique à inventer sa théorie, mais aussi au niveau de la vérification : soit dans la conclusion, c’est-à-dire que la vérification de ladite théorie doit théoriquement être faite à tout instant et en tout lieu de l’Univers. Comme c’est évidemment impossible à mettre en place, il faut et suffit qu’elle ne soit pas et qu’elle n’ait jamais été contredite même par un seul fait. Validée signifie qu’elle a été simplement « non-invalidée ». C’est là un point essentiel des critères de Popper : il suffirait qu’une seule pomme tombe vers le haut et non vers le centre de la Terre pour que la théorie de la gravitation de Newton soit déclarée fausse stricto sensu. Ou alors cela ferait que l’on s’interrogerait sur son domaine de validité mais une théorie qui a été déclarée valide dans un certain domaine le reste tout le temps. Il est impératif qu’une théorie scientifique obéisse à des critères logiques comme ceux de Popper pour être admise et reconnue par la communauté scientifique. Sans quoi…
Aucun fait ne doit venir contredire la théorie sinon cela restreindrait d’autant son domaine de validité comme c’est le cas de la matière noire qui représente actuellement une véritable aporie pour les chercheurs : pour intégrer les anomalies gravitationnelles observées dans le cas des amas de galaxies à une théorie censée les expliquer, il faut soit modifier les équations de la Relativité ou de Newton (théorie MOND) soit admettre l’existence d’une matière que l’on ne sait pas détecter pour le moment.
Une théorie sera déclarée fausse car dépassée depuis longtemps comme le système Ptolémée qui reposait sur le géocentrisme et dont on est sûr et certain maintenant que c’était une théorie fausse. Néanmoins les tables des marées qu’elles ont fournies dans l’Antiquité et qui ont servi encore longtemps après ont permis tant bien que mal aux navigateurs phéniciens de naviguer sur la Méditerranée. Sur les océans cela aurait été beaucoup plus difficile. Restreindre le champ de validité d’une théorie - voire finir par contester sa validité tout court - pour expliquer ou intégrer un phénomène joue le rôle d’une véritable variable d’ajustement, un type de procédé rencontré fréquemment dans les statistiques. Alors que déclarer une théorie comme fausse est un acte éminemment conséquent et aussi bien les lois de Newton que celles de la Relativité ont pu démontrer des milliers voire des millions de fois qu’elles étaient valides. L’alunissage d’Amstrong en 1969 ne s’est fait quasiment uniquement qu’en se servant des lois de Newton.

***

En attendant une future découverte, une qui viendra unifier la physique micro et macroscopique – théorie-M ou une autre -, la chose-en-soi chère à Kant n’a pas acquis de vraie légitimité dans ce domaine particulier de la physique : une difficulté de plus pour énoncer une philosophie de la connaissance qui prenne en compte ses résultats.
Pour les quanticiens il n’y a que des observés et des observables et tout est susceptible d’interagir avec tout. Berkeley aurait-il eu en partie raison avec sa doctrine de l’immatérialisme affirmant qu’être c’est percevoir et être perçu ? Il ne niait pas pour autant l’existence de la matière mais privilégiait l’idéalisme subjectif dans sa croyance. Si l’immatérialisme de Berkeley n’est à proprement parler ni un idéalisme ni un matérialisme il sera qualifié d’idéalisme subjectif par certains qui préfèreront ce terme à celui d’immatérialisme (7) : pour Berkeley il s’agit bien une immatérialité relative du percevoir mais garantie par Dieu. Sa vision se révèle quelque peu inadaptée aujourd’hui avec le recul pour rendre compte de la factualité observée en mécanique quantique : le “réel quantique“ demeure toujours un mystère et une description complète du microscopique est toujours aussi difficile à établir.
Les intuitions de Démocrite, Épicure et Lucrèce se sont transmises au cours des siècles via la tradition philosophique, contrairement à ceux d’autres philosophes qui ont vu leurs écrits détruits par l’Église : elles pourraient faire partie de celles qui ont amené la physique actuelle à inventer ses concepts et concevoir des théories comme émanant de l’Antiquité. On pourra souligner que ni l’atomisme de Démocrite ni le clinamen de Lucrèce ne s’appliquent plus aujourd’hui aux récentes découvertes et théories en Physique, bien qu’ils aient pu en constituer de fortes intuitions (8)  : et donc le besoin d’une philosophie qui prendrait en compte les résultats de la science moderne se fait doublement sentir.
Bien que les conditions initiales de l’Univers ne supposent pas de disproportion entre matière et antimatière, le déficit de cette dernière a pu être dument constaté dans la nature ainsi qu’une très nette prépondérance d’acides aminés gauche sur les droits. Deux asymétries dont on ne comprend toujours pas bien l’origine, même si le physicien russe (et dissident) Sakharov a proposé une explication pour la première en relation avec les premiers instants après le Big Bang, ces fameuses trois conditions…
Dans la mécanique quantique considéré sous l’angle du phénomène et de son explication, on préfère parfois évoquer un "tout se passe comme si" : nous ne possédons pas de système de représentations cohérent pour la matière sub-atomique comme particules et photons, à part pour ce qui concerne leur comportement caractérisé par cette granularité venant former la théorie des quantas. Pourquoi le réel quantique est-il si différent ? Comment se fait-il que les lois qui décrivent la matière à l’échelle atomique soient si différentes de celles de Newton et d’Einstein et qui décrivent le monde macroscopique ?
La première constatation est que la gravitation ne joue quasiment aucun rôle : elle influe très peu au niveau sub-atomique alors que dans notre monde macroscopique celle-ci est prépondérante, et même appelée à  jouer un rôle peut-être encore plus déterminant dans l’avenir depuis la découverte de la matière noire. Si c’est bien d’une matière dont il s’agit… Deuxièmement, la théorie de la décohérence expliquerait pourquoi il y aurait une brutale réduction de la fonction d’onde de Schrödinger au passage dans le monde macroscopique, un mystère qui a longtemps travaillé les physiciens. Le nombre d’interaction réelles ou potentielles entre observés et observables se mettrait à croitre lui considérablement au fur et à mesure du grandissement dans l’échelle ce qui aurait comme conséquence une réduction drastique voire finalement un effondrement complet de la fonction d’onde une fois dans notre monde macroscopique. Le réel au sens de la mécanique quantique ne serait finalement rien d’autre que le fait mathématico-physique suivant : « la probabilité d’état définie par Schrödinger, celle associée à cet objet que je tiens dans ma main ou que j’aperçois est égale à 1. »
Prenons l’exemple de l’effet Tunnel : un électron même lancé à une très grande vitesse ne traversera jamais un mur épais comme celui formé par un champ électrostatique par exemple. Par contre il le traversera s’il n’est pas trop épais même s’il n’a pas assez d’énergie cinétique pour le faire et cela constitue un paradoxe ! Dans le premier cas l’électron se comportera comme un corpuscule et dans le deuxième comme une onde. Pourquoi cela ? Tout se passe comme si le mur disait à distance à l’électron “je suis épais tu n’arriveras pas à me traverser comporte-toi comme un corpuscule et grâce à ton énergie cinétique tu rebondiras contre la paroi“. Dans l’autre cas il lui dirait “je suis mince mais même si tu n’as pas assez d’énergie cinétique pour me traverser comporte-toi comme une onde et tu me traverseras“. Là l’électron fait ce qu’on lui dit et il traversera le mur même avec une faible énergie  cinétique. Pourquoi ? Le mur et l’électron se comporteraient-ils comme un couple communiquant à distance ? Et permettant au mur de dire à l’électron quelle forme ou apparence il doit prendre pour le traverser même s’il n’a pas assez d’énergie cinétique pour le faire, celle d’une onde ?
Tout cela est très bizarre et intrigue toujours autant les physiciens, même en tenant compte de la théorie de l’observé-observable : c’est comme s’il y avait une influence instantanée à distance, hypothèse que les physiciens se sont toujours refusés à admettre et qui a amené Einstein suite à diverses expériences - notamment celle du vent d’éther de Michelson - à formuler que la vitesse de la lumière est une constante dans l’univers et qu’elle est de plus indépassable. Le principe de causalité est intimement lié à cette limite, une vitesse absolue qu’il est impossible de dépasser : si les vitesses pouvaient être infinies, il y aurait superposition des principes de cause et d’effet, donc annulation de cette dichotomie laquelle n’aurait du coup plus aucun sens.
Bien qu’il y ait plusieurs cas où une vitesse puisse dépasser celle de la lumière soit dans un milieu comme l’eau comme l’effet Cherenkov (prix Nobel 1958) soit pour un objet immatériel comme une vitesse de phase, tout ceci reste pleinement compatible avec la Relativité restreinte. La vitesse d’une particule peut en effet dépasser celle de la lumière mais relativement à un milieu de propagation autre que le vide, comme dans de l’eau traversé par des particules et qui émettraient des photons : un effet bien connu par ceux travaillant dans les centrales nucléaires et qui donne aux piscines à combustible leur belle couleur bleutée. Elle a pour effet de provoquer un phénomène de « flash » par concentration locale de l’onde lumineuse et analogue au « mur du son » dans le domaine acoustique.

 [7Le système de Fichte est appelé par les Allemands l’idéalisme subjectif ; il est idéalisme en ce sens qu’il fait de l’idéal le principe même de toute existence ; il est subjectif en ce qu’il place cet idéal dans le sujet moral considéré comme absolu… Schelling professe lui un idéalisme objectif… Quant à Hegel, il professera un idéalisme absolu… » (Fouillée, Histoire de la philosophie). Pour Hegel, le système de Fichte sera la thèse, celui de Schelling l’antithèse et le sien la synthèse. (Lalande)

 [8] Le clinamen attribué à Épicure semble une anticipation de l’aléatoire vu par la mécanique quantique. Purement aléatoire ? Il y a l’idée ou le pressentiment de ce qui sera défini et énoncé plus tard en tant que déterminisme : le clinamen fait partie de ces termes préfigurant l’idée plus vaste d’une téléologie. L’évocation d’une Nécessité paraît quant à elle plus conforme à l’atomisme de Démocrite et Lucrèce la présentera comme une autre cause de mouvement que les chocs ou la pesanteur : Les atomes descendent bien en droite ligne dans le vide, entraînés par leur pesanteur ; mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s’écarter un peu de la verticale, [2,220] si peu qu’à peine peut-on parler de déclinaison. Sans cet écart, tous, comme des gouttes de pluie, ne cesseraient de tomber à travers le vide immense ; il n’y aurait point lieu à rencontres, à chocs, et jamais la nature n’eût pu rien créer. (Lucrèce, De natura Rerum). Y a-t-il un principe qui serait au-dessus de la détermination et qui le commanderait, se demandera Hegel ? Chez lui la déterminité en tant qu’auto et inter-détermination s’adjoindra à la compossibilité de Leibniz. Une sorte d’autopoïsèse de la détermination mais ce concept sera vite abandonné ensuite par les philosophes, sans doute à cause de son articulation trop métaphysique avec l’idéalisme et sa dépendance vis-à-vis de la philosophie de l’Esprit : Quand la déterminité est déployée selon son articulation intégrale, tout remonte à la surface. Bref, il y a de la lumière sans aucune discontinuité et sans dette à l’égard des ténèbres d’un en-soi enfoui. (La Science de la Logique, Hegel)

Dans l'ensemble, tu témoignes d'une forme d'érudition, qui se laissa étourdir à force de sillonner entre les diverses théories superficiellement - sans préjuger d'éventuels approfondissements çà et là. C'est un jeu conversationnel à vitesse supraluminique : tu prends "toutes les propositions du monde", pour aboutir à cela qu'elles sont des facettes d'un même problème, sans le résoudre.

Cela procure à celui qui énonce un tel diagnostic, le sentiment de sa propre supériorité, mais c'est peu cher payé, en dehors de ladite intelligence conversationnelle qui - de nos jours - ce nomme communication. C'est-à-dire que tu mets en œuvre une raison conversationnelle dans les stricts termes qui t'exhaussent - exhaussent ton projet d'en arriver à ce stade qu'on devrait pouvoir dépasser "toutes les propositions du monde", et que tu es le point d'accès vers ce dépassement.

Encore fallait-il présupposer que toutes les propositions valent sur le même plan, et que la somme des propositions - pour dysharmonieuse qu'elle soit - eût pu produire un dépassement par imbrication, comme s'il s'agissait globalement d'un puzzle. Oui, c'est ainsi : tu fais de "toutes les propositions du monde", une sorte de puzzle à reconstituer, serait-ce pour dire qu'il manque des pièces.

Bref : c'est renseigné, mais ce n'est pas insigne, on ne voit pas comment répondre, par quel bout le prendre ni comment. L'exercice est de style, brillant dans son genre.

A la fin, je me disais en te lisant qu'Aurélien Barrau, que tu conspues apparemment sans raison argumentée par ailleurs, aurait pu t'en apprendre, avec son livre De la Vérité dans les sciences. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

Pour le moins, tu es dans une métaphysique scientiste : https://sniadecki.wordpress.com/le-scientisme/
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Re: Comment conn'être ?

Message  Shub le Sam 5 Mai 2018 - 11:28

Merci Mal’ de m’avoir préparé une sélection de mes (modestes!) textes réunis en un seul bloc, pour faciliter la lecture ce qui était sans doute ton intention au départ (!). Et la critique du susdit texte qui va avec, le mien évidemment: ce que tu fais ou sembles faire dans mon cas en tout cas avec beaucoup de pertinence et de talent ! Sans doute en vue d’une édition complète de ses œuvres cela me sera très utile: je plaisante  évidemment!
Le titre c’est ou ça pourrait être «vous saurez tout sur Shub et son double axolotl, de ses pérégrinations dans le monde enchanté et enchanteur du Savoir et de la connaissance

Tu dis métaphysique scientiste ? Probablement oui…
Au sens de Spinoza : la comparaison est osée avec un aussi grand philosophe mais ce qui m’a frappé en lisant ou essayant de lire son Éthique (je m’y suis repris à plusieurs fois pour le lire et de nouvelles interprétations paraissent chaque année dans de nouveaux livres), c’est que s’il est question de beaucoup de choses il n’est pas ou très peu question de morale (!). Ce qui déterminerait à mon sens une coupure épistémologique (profonde ?) de l’ordre du sens et de la signification: celle qui se pratique habituellement dans le sens commun où l’on assimile généralement “éthique” avec science de la Morale. Ou science des morales…  
L’Éthique, ce devrait être à mon sens une théorie de ce qui subsume la morale. En tout cas l’aspect « moral » paraît absent à la lecture de ce livre de Spinoza en particulier (il me semble qu’il ne le cite jamais) mais me semble néanmoins sous-jacent comme problématique… Mais important à souligner, ce serait au lecteur de reconstituer autour de l’étymon ethos ce qui est apparemment omis ou absent, cette ou ces fameuses morales: chez Spinoza cela se passe à mon sens au travers de l’analyse du rapport entre corps et monde, via les 3 genres de connaissance. Attributs, modes et affects aussi, bien entendu sans compter la substance. Et de ce que serait une dichotomie (ou schize) entre corps et non-corps, si on voulait faire là plus « psychanalytique »…
D’où découlerait une question posée par la philosophie à cette époque, dans sa terminologie une question qui lui fut propre: toujours valide aujourd’hui et fréquemment évoquée, du genre de celle qui revient sur le devant de la scène tous les quelques temps mais tu confirmeras ou infirmeras. La question c’est “qu’est-ce qu’un corps” ?
Et aussi qu’est-ce qu’une étendue, parmi les nombreuses questions que se posaient les philosophes de cette époque avec leur terminologie conceptuelle propre. Laquelle revient aussi parfois sur le devant de la scène philosophique…
Ethos qui signifie "comportement" si ma mémoire est bonne: mais les termes de grec ancien sont plutôt difficiles à traduire,  même si ethos c’est la racine grecque d’étho-logie soit la science du (ou des) comportement animal… Ces termes de grec ancien (je me souviens de l’explication de Philosophos ici sur le sym-bolon, très éclairante pour moi sur ce rapport que nous établissons “artificiellement” entre des concepts et leur signification: à l’ origine très concrète et matérielle me semble-t-il puisqu’il s’agit d’un objet splitté en deux et dont une pièce est remise par l’hôte à son invité “l’étranger”, objet qui sera reconstitué s’ils se retrouvent. Signifiant et signifié même combat pourrait-on dire, encore une trahison à l’envers de l’Histoire ?). Tous ces termes -qui ont fourni et alimenté l’appareil conceptuel de la philosophie- paraissent très concrets à l’origine et au départ. Appareil conceptuel qui est toujours en travail: ce serait comme sa vocation paraît-il…
Et aussi, ces termes de grec ancien sont à destination de la science: cette dernière ne provient-elle pas  de la philosophie qui provient elle-même de la métaphysique ? Et certaines interrogations « métaphysiques » qui reviennent sur le devant de la scène au travers d’une science on ne peut plus noble, la science physique… Preuve?
Entre le Néant et la matière il y a le vide a dit Blaise Pascal, une phrase qui a fait quasiment hurlé les physiciens quand je l’ai citée sur un forum de science. Car la science physique ne parle que de ce qui existe: soyons bien clair là-dessus m’a-t-on répondu plutôt sèchement… et le Néant c’est ce qui n’existe pas bien entendu (!) : donc pourquoi dans une science exacte comme la physique, parlerait-on de quelque chose qui par définition n’existe pas ?
Laissons ce terme une bonne fois pour toute de côté, m’ont-ils laissé entendre, ou à des philosophes-métaphysiciens comme Heidegger ou Sartre. Car décidément la science physique n’a rien de commun avec la métaphysique.
Note d’humour: Le Néant c'est un trou avec rien autour (Raymond Devos)

Mais pour revenir au sujet au risque de choquer certains, la théorie quantique des champs n’affirme-t-elle pas que le vide n’est pas vide… Car il a dument été prouvé -et confirmé par la suite- qu’il peut en jaillir une paire de particules ? Le vide, ce fameux vide qui est habité par un champ scalaire, le champ de Higgs et dont l’hypothèse remonterait à 64, documents à l’appui ? Son existence a été vérifiée puis confirmée seulement en 2012 avec le boson de Higgs: une particule dite “particule de Dieu” et qui est à l’origine de ce que les physiciens appellent « masse »… Un chainon manquant pour la physique des hautes particules et l’astrophysique. Une pièce du puzzle lequel est loin, très loin d’être complet…
Comme tu dis il faut se poser certaines questions en physique -comme en philosophie ou ailleurs- pour finir par se rendre compte qu’elles sont ou étaient finalement absurdes. Et ne méritaient pas tant d’attentions… Mais cela, impossible de le déterminer ou le savoir avant: comme ce fameux cinquième postulat d’Euclide dont les mathématiciens ont découvert seulement au XIXème siècle qu’il n’était pas démontrable depuis les quatre premiers. Et que si on le remplaçait par un autre, on inventait d’autres géométries. Comme celle de Riemann et dont Einstein s’est abondamment servi pour la Relativité et qui lui a permis entre autre d’affirmer que l’espace était courbe à cause de la ou des masses voisines…
Aussi lui permettre d’inventer ou reprendre sinon augmenter/améliorer une métrique d’espace courbe comme celle de Minkowski etc.
Mais pour revenir au boson de Higgs, après avoir découvert un chainon lequel est demeuré manquant pendant (très) longtemps, il faut ensuite se préoccuper de l’intégrer - ou le réintégrer - dans la “chaine”, ce qui pose d’autres questions sur la théorie… Et entraine fatalement d’autres expériences, mesures, théories, discussions, polémiques, bouleversements etc.
Et chose difficile -ou aporie propre aux sciences physiques- le paysage de cette dernière se bouleverse quasiment totalement à chaque découverte… Presque parfois chaque mois, m’ont dit des physiciens.

La science, ce serait un peu comme le Talmud en quelque sorte: le Talmud est par définition un livre qui est lui-même destiné même voué à n’être jamais fini.
De par la religion c’est par définition une discussion sur les préceptes de la Torah, loi orale devenue écrite pour régler les problèmes de transmission trans-générationnelle. Celle du savoir plus des lois.
Et  le Talmud fut au cours de l’histoire sans arrêt revu, corrigé et augmenté ce qui a lui peut-être permis -à lui et à d’autres ouvrages analogues- d’arriver jusqu’à notre siècle… Il a été détruit de nombreuses fois au cours de l'Histoire sur ordre des Papes (le brûlement du Talmud au XIIème siècle en France) et il fut interdit aux Juifs lors de leur expulsion d'Espagne d'emporter ce livre avec eux, idem au Portugal...
Dans sa version d’origine ? Hautement improbable d’autant plus qu’il en existe 2 versions, celui de Babylone et celui de Jérusalem.
Voilà j’ai fini mon exposé.

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Re: Comment conn'être ?

Message  Mal' le Sam 5 Mai 2018 - 15:22

Shub, je te trouve si judicieux sur Spinoza ...

Spoiler:
ce qui m’a frappé en lisant ou essayant de lire son Éthique (je m’y suis repris à plusieurs fois pour le lire et de nouvelles interprétations paraissent chaque année dans de nouveaux livres), c’est que s’il est question de beaucoup de choses il n’est pas ou très peu question de morale (!). Ce qui déterminerait à mon sens une coupure épistémologique (profonde ?) de l’ordre du sens et de la signification: celle qui se pratique habituellement dans le sens commun où l’on assimile généralement “éthique” avec science de la Morale. Ou science des morales…  
L’Éthique, ce devrait être à mon sens une théorie de ce qui subsume la morale. En tout cas l’aspect « moral » paraît absent à la lecture de ce livre de Spinoza en particulier (il me semble qu’il ne le cite jamais) mais me semble néanmoins sous-jacent comme problématique… Mais important à souligner, ce serait au lecteur de reconstituer autour de l’étymon ethos ce qui est apparemment omis ou absent, cette ou ces fameuses morales: chez Spinoza cela se passe à mon sens au travers de l’analyse du rapport entre corps et monde, via les 3 genres de connaissance. Attributs, modes et affects aussi, bien entendu sans compter la substance. Et de ce que serait une dichotomie (ou schize) entre corps et non-corps, si on voulait faire là plus « psychanalytique »…
D’où découlerait une question posée par la philosophie à cette époque, dans sa terminologie une question qui lui fut propre: toujours valide aujourd’hui et fréquemment évoquée, du genre de celle qui revient sur le devant de la scène tous les quelques temps mais tu confirmeras ou infirmeras. La question c’est “qu’est-ce qu’un corps” ?

... que je te propose d'initier un topic sous Spinoza, justement (par copier-coller) afin de pouvoir en discuter plus longuement. En l'intitulant, je ne sais pas, Singularité de la notion d' "éthique", par exemple ? Rédacteur : à toi l'honneur.
Shub a écrit:La science, ce serait un peu comme le Talmud en quelque sorte: le Talmud est par définition un livre qui est lui-même destiné même voué à n’être jamais fini.
De par la religion c’est par définition une discussion sur les préceptes de la Torah, loi orale devenue écrite pour régler les problèmes de transmission trans-générationnelle. Celle du savoir plus des lois.
Et  le Talmud fut au cours de l’histoire sans arrêt revu, corrigé et augmenté ce qui a lui peut-être permis -à lui et à d’autres ouvrages analogues- d’arriver jusqu’à notre siècle… Il a été détruit de nombreuses fois au cours de l'Histoire sur ordre des Papes (le brûlement du Talmud au XIIème siècle en France) et il fut interdit aux Juifs lors de leur expulsion d'Espagne d'emporter ce livre avec eux, idem au Portugal...
Dans sa version d’origine ? Hautement improbable d’autant plus qu’il en existe 2 versions, celui de Babylone et celui de Jérusalem.
Je trouve judicieuse la métaphore (car cela reste une métaphore) recherche scientifique-exégèse talmudique. C'est Friedrich Nietzsche d'ailleurs qui, avec son coup d’œil ès anthropologies historiques & culturelles, associa judaïsme, logique, socratisme et science : moralement, ils procèdent tous d'un souci intellectuel exagéré, par lequel ils ne veulent pas (se) tromper, avec au principe une Vérité grand V qui ne dit pas son nom, quoiqu'on la postule essentiellement. Sous un angle, c'est déiste.

Pour le reste, je dirai encore que tu brasses tellement large qu'il est peut-être bonnement impossible d'imbriquer ce que tu escompterais pouvoir imbriquer - dans la veine de mon post précédent. Ça postule une vérité essentielle, qui courrait à travers "toutes les propositions du monde", mais je ne crois pas que ce soit un puzzle.
D'ailleurs, comme on dit, ce sont des hypothèses et théories scientifiques tirées chacune de leur branche spécialisée, et qui comme telles pourraient aussi bien ne pas se marier, et s'être enrichies de si précises particularités, qu'un seul esprit ne saurait les embrasser vraiment. D'ailleurs, le faut-il, au juste ? (les embrasser) car ce sont un peu comme des bricoles intellectuelles et autres vétilles expérimentales, épistémiquement orientées comme autant de disciplines, de même que le modélisme est sans commune mesure avec le nautisme - quoiqu'on trouve des bateaux dans les deux.

Tu nous rejouerais feu Stephen Hawking, à prétendre que la philosophie est morte sous les coups de la science, alors que la science n'est qu'une fractale de la philosophie naturelle - grand bien lui fasse - ou philosophie expérimentale (tu as cité, symptomatiquement, Karl Popper). Mais ne jamais ignorer non plus Paul Feyerabend, notoirement dans Philosophie de la nature, et j'enjoins vraiment à suivre le lien qui achève mon précédent post, sur un blog consacré à en revenir aux fondamentaux scientifiques : à savoir les tâtonnements dubitables de la recherche, rendant impossible toute idéologie scientifique (Canghilem) ni évidemment ledit scientisme.


PS: je transforme le titre de ce topic en Comment conn'être ? - c'est plus juste que Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ?
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