Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

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Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Shub le Ven 9 Fév 2018 - 12:21

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, se demanda un jour Leibniz ? Les principes anthropiques faible et fort prétendent formaliser cette question qui se subdiviserait en deux grandes familles. La première est à considérer comme une famille tautologique et la seconde comme métaphysique. Sommes-nous là parce que nous pouvons être là ou parce que nous devons être là ? Tout est-il nécessaire ou simplement possible ? Compossible dirait Leibniz ? Un principe de raison suffisante allié à une vision panthéiste à la Spinoza, Dieu est le réel et rien que le réel ? Contenu tout entier dans le réel et le contenant idem ? Ou alors Dieu serait l’origine du monde qui s’est dilué ensuite dans la Nature pour la former et il avait besoin de nous comme d’un témoin… Dieu, une méta-théorie scientifique qui subsumerait toutes les théories scientifiques conçues à ce jour et concevables dans l’avenir car le monde s’analyse bien par et dans la science et les mathématiques semblent bien être effectivement le langage de la Nature, comme a dit un jour Galilée.
Un jour un ami me rapporta les propos de son psychanalyste à qui il reprochait de ne pas répondre assez souvent aux questions que ce dernier lui posait lors des séances : une question bien formulée, aurait-il répondu à ce moment-là, est une question qui contient déjà la réponse dans sa formulation.
Le réel, ce vers quoi doit tendre la connaissance ? Ce réel, n’est-ce pas dans l’acception commune ce que nous côtoyons quotidiennement et que nous sommes appelés à toujours côtoyer ? Ce maudit réel empirico-pragmatiste que nous nous efforçons de fuir ou éviter par tous les moyens, trop terre-à-terre car trop capitaliste, et qui nous ramène brutalement les pieds sur terre si d’aventure nous allions planer dans quelque monde platonicien à la recherche de pensées élevées par exemple … Et brutalement nous recevons une pomme sur la tête, celle de Newton ou celle d’un autre peu importe, ce qui nous ramènera à des préoccupations bien plus terre-à-terre grâce à la force de gravitation. Louée soit cette dernière !
De façon réflexive nous faisons aussi partie du réel et la connaissance doit nécessairement tendre vers nous-mêmes pour aboutir à une meilleure compréhension. Ce que nous avons nommé “réel“, comment le définir ? Par cette séparation parfois franche et nette entre réalisme et idéalisme et qui ne semble tolérer aucun empiètement sinon on risquerait de contrevenir au principe suprême et inviolable d’une séparabilité, laquelle est forcément binaire voire pré-établie distinctement entre sujet et objet ? À moins d’opter pour le réalisme naïf qui est très discutable, on court le risque d’une hérésie théorique si on mélangeait les deux trop intimement… Imaginons sur le mode solipsiste une vitre entre le sujet et le monde : lorsque le monde me regarde c’est d’idéalisme dont il sera question. Et dans le cas contraire ce sera le réalisme qui sera convoqué. [1]
Afin de mieux appréhender notre rôle au sein de l’univers, il nous faut comprendre comment situer la place de notre conscience au sein de notre intellect afin de déterminer ses conditions de fonctionnement pour qu’un rapport optimal entre sujet et objet puisse exister. Déterminer quels seraient les préalables nécessaires à cet exercice en essayant d’éviter que l’Art n’en soit exclu… Pourquoi le serait-il en effet ? Si pour Aristote l’art imite la nature, pour Boileau ce sera l’inverse : c’est la nature qui imite l’art. Pour paraphraser Hegel et tenir compte de Freud au passage, l’irrationnel fait lui aussi bien partie du réel : c’est une blessure narcissique pour notre Raison dont il nous faudra tenir compte à l’avenir. Voilà peut-être aussi une des raisons pour laquelle une philosophie de la mécanique quantique est si difficile à établir .
La mécanique quantique repose sur deux concepts fondamentaux : les états et les observables. Les états sont des vecteurs d’un espace de Hilbert ; les observables sont des opérateurs auto-adjoints agissant sur ces vecteurs. Les valeurs propres de ces opérateurs sont les valeurs que peuvent donner les observations. La grande singularité de la mécanique quantique est qu’elle ne possède qu’un seul niveau de description, celui des mathématiques et de ses modèles alors que la physique macroscopique et les autres sciences en possèdent plusieurs. Et les mathématiques marchent, elles ont marché depuis le début de son invention ce qui a stupéfié plus d’un physicien dont Einstein lui-même. Pour voir l’atome et plus en finesse les baryons et les électrons, il faudrait des niveaux d’énergie impensable à l’heure actuelle donc on en est réduit aux hypothèses, comme celle du physicien Susskind qui avec sa théorie ‘ER=EPR’ postule l’existence d’une cinquième dimension. Dans sa théorie la mécanique quantique s’expliquerait par la Relativité générale au moyen de trous de ver prédits par Einstein, ce qui unifierait la physique microscopique et macroscopique : le rêve de la physique se réaliserait enfin. Mais on n’en est pas encore là et il existe une pléthore de théories en concurrence (tellement qu’il est parfois difficile de les compter !) qui malheureusement sont invérifiables du point de vue empirique pour la plupart. Et les prédictions de la théorie-M, sorte de super-théorie des cordes ne donne pas pour le moment les résultats escomptés.

(peut-être à suivre...)

1) La montagne Sainte-Victoire me regarde, a dit Cézanne.
Qui mieux qu’un artiste a su exprimer ce trouble inhérent à la vision, ce dédoublement induit par la question pseudo-existentielle de savoir si c’est bien la pomme qui tombe ou si par hasard ce ne serait pas la Terre qui se précipiterait à sa rencontre dans un mouvement brutalement ascendant ? On touche à l‘absence de cause(s) figurant explicitement dans les équations de physique, lié aussi à la question de la réversibilité du temps dans les équations : uniquement d’après ces dernières, rien n’indique que le voyage dans le temps ne soit pas possible puisqu’il suffit d’ajouter le signe moins devant la grandeur temps pour dérouler le film des évènements à l’envers. Il faut signaler que c’est cette fameuse réversibilité du temps qui a pu nous permettre de remonter le temps jusqu’à une durée infinitésimale après le Big Bang grâce à une inversion de signe dans les équations des modèles. Pour en revenir au dualisme réalisme/idéalisme, ce n'est pas le mathématicien qui choisit ses axiomes : pour paraphraser cette formule désormais connue, ce sont les axiomes qui choisissent le mathématicien.


Dernière édition par shub22 le Ven 9 Fév 2018 - 18:53, édité 2 fois

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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Crosswind le Ven 9 Fév 2018 - 14:52

Voilà un sujet des plus intéressant, en ce qu'il échappe précisément aux plus grands canons philosophiques.

Le principe anthropique faible se heurte à ses limites lorsqu'il est mis en demeure d'expliquer en quoi les règles que nous élaborons, que nous pensons être les règles du Monde, sont compatibles avec notre existence. Il postule d'abord une intelligibilité suffisante du monde, et qui plus est une intelligibilité maximale, ce qui le cantonne à la pétition de principe. Mais surtout, ce principe anthropique faible ne spécifie jamais la compatibilité en question. Même si, au cours d'une expérience de pensée, nous pensons que nos règles nous permettent d'assigner toutes les relations causales possibles et imaginables de sorte que ces assignations décrivent au mieux l'ensemble des processus permettant l'évolution de quelques atomes H, O, C en une machinerie biologique complexe... En quoi nos règles physiques, mathématiques, expliqueraient l'émergence, ou plus neutralement, le fait conscient tout court ? Comment ces règles relieraient ce monde posé-devant, et le fait conscient de ce monde ? Elles en sont incapable sans tour de passe-passe (voir les grandes batailles en neuroscience).

Le principe anthropique fort est purement métaphysique, de telle sorte qu'il n'y a rien à en dire.

Enfin, la discussion sur le réel n'a, à mon humble avis, aucune raison d'être dans le débat qui nous occupe. La quête du réel est la croisade toujours renouvelée de l'extraction d'un invariant transcendant. De quelque chose, si minime soit-il, qui soit entièrement indépendant de "nous". L'atomisme, le matérialisme, le structuralisme et toute la déclinaison des variantes posent, toutes, l'existence quelque part de quelque chose qui est absolument indépendant de nous. Mais ces théories postulent au préalable qu'il y ait. Pour être plus juste, elles ne postulent rien, elles placent ce constat dans les fondements tus de leurs discours, en tant alors qu'insurpassable évidence.

Alors, quoi dire sur "pourquoi quelque chose plutôt que rien ?". Si j'ai bonne mémoire, Schopenhauer s'est fendu d'un chouette papier, lui aussi, sur le sujet. Mais, évitons de déranger le vieux sévère et posons-nous, tout d'abord, les deux questions suivantes : (1) cette question a-t-elle un sens ? Si oui, lequel ? (2) Qu'entend-on par "quelque chose" ?

Le point (2) signifie plus précisément ceci : se demande-t-on pourquoi il existeun monde réel, un quelque chose posé là, qui obéit à des règles ? Ou se demande-t-on pourquoi il y a accès à quelque chose, et dans ce cas peu importe la teneur de cette chose à laquelle on a accès ? Dans le premier cas l'on s'interroge sur un mode matérialiste, dans le second sur un mode plus idéaliste, même si cet idéalisme est facultatif. Facultatif car l'interrogation particulière qui porte sur le fait conscient n'a pas besoin de cause à lui-même. Le fait conscient est le préalable à toute chose, même à sa propre reconnaissance. Il ne peut donc pas se voir relié causalement à quoi que ce soit, à une quelconque substance, il est sursaturant.

Le point (1) est, d'une certaine manière, lié au point (2), mais pris sous un autre angle. Que signifie ce "rien" ? Comment penser ce "rien" ? Le rien abslu est par définition parfaitement inaccessible, il n'est pas même conscientisable. Pas de temps, pas d'espace, pas de réflexion, pas même de rien ! Le rien ne peut se concevoir qu'opposé à quelque chose. Une assiette néantise tout ce qui n'est pas elle. Le rien est, lui aussi, saturant, il est la version en négatif de la saturation consciente, il est partout sitôt qu'un objet se fait jour. Un type qui se réveille de plusieurs mois de coma ne se souviendra pas du rien. Il se souviendra d'un trou noir, qui n'est pas un rien, d'un épisode flou entre deux épisodes déterminé. Mais jamais de rien, sans quoi il serait passé d'un état conscient à un autre sans heurts particuliers. Il est même possible que tu sois empli de rien en permanence puisque ce rien n'est... rien !

La question n'a donc pas de sens parce que le rien n'est pas quelque chose, et que nous ne pouvons que penser les choses...

A suivre.

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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Shub le Ven 9 Fév 2018 - 16:42

Merci de votre réponse.
Hélas je suis ce qu'on appelle autodidacte en philo et même si ça m'intéresse énormément je me révèle incapable de débattre et disserter avec vous dans des termes renvoyant à des concepts, des épithètes dont j'ignore en fait la signification profonde et la relation avec des auteurs et leurs thèses.
Mais merci. J'ai lu votre post plusieurs fois et je le relirai sans doute
P.S. J'ignorais la définition du rien en négatif de la conscience, ce qui me semble privilégier l'approche phénoménologique comme avant-propos à votre thèse. Enfin pour ce que j'en connais mais je n'ose pas m'aventurer d'avantage. Encore merci.

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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Princeps le Ven 9 Fév 2018 - 17:09

Une remarque qui est hors-sujet : être autodidacte n'est en rien une tare insurmontable. Il faut oser la confrontation avec le lexique et les auteurs. C'est l'unique moyen de progresser ; et c'est un formidable exercice de penser (le meilleur à dire vrai).
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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Shub le Ven 9 Fév 2018 - 17:34

Un peu hors-sujet mais puisque vous en parlez... Quel est le meilleur ouvrage en tant que Dictionnaire de philosophie ? Il y en a beaucoup sur le marché mais depuis le temps que je veux en acheter un j'en profite pour demander ici ce que vous me conseillez.
Pas de meilleur endroit pour poser cette question non ? J'en veux vraiment un bon donc le budget ne compte pas : pas le Larousse en vingt-cinq volumes quand même, je saurais pas où les mettre !

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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Princeps le Ven 9 Fév 2018 - 17:49

En premier lieu, il faut se confronter aux auteurs. Le dictionnaire ne peut qu'offrir une synthèse, si brillant soit-il, comme celui en ligne sur Gallica, ou encore celui d'A. Lalande.
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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Shub le Sam 10 Fév 2018 - 14:04

(Suite du texte)
[...]
Le dilemme est le suivant : soit une parmi ces nombreuses théories est bonne mais on ne sait pas laquelle car on ne sait pas comment les vérifier toutes une par une, soit elles sont décidément toutes fausses - ou vraie mais dans un domaine de validité décidément trop restreint - et un jour espérons-le quelqu’un va produire une théorie qui sera la bonne car juste scientifiquement et empiriquement vérifiable. L’empirique joue un rôle déterminant dans les critères de vérifiabilité-réfutabilité de Popper pour déterminer si une théorie est scientifique jusqu’au bout, c’est-à-dire qui puisse être vérifiée par les faits, soit non contredite selon les critères de Popper car on ne peut décidément pas vérifier une théorie partout et tout le temps. L’empirique joue un rôle crucial au niveau de l’intuition, de l’induction et de l’abduction soit au niveau des prémisses qui sont censés avoir amené un scientifique à inventer sa théorie, mais aussi au niveau de la vérification : soit dans la conclusion, c’est-à-dire que la vérification de ladite théorie doit théoriquement être faite à tout instant et en tout lieu de l’Univers. Comme c’est évidemment impossible à mettre en place, il faut et suffit qu’elle ne soit pas et qu’elle n’ait jamais été contredite même par un seul fait. Validée signifie qu’elle a été simplement « non-invalidée ». C’est là un point essentiel des critères de Popper : il suffirait qu’une seule pomme tombe vers le haut et non vers le centre de la Terre pour que la théorie de la gravitation de Newton soit déclarée fausse stricto sensu. Ou alors cela ferait que l’on s’interrogerait sur son domaine de validité mais une théorie qui a été déclarée valide dans un certain domaine le reste tout le temps. Il est impératif qu’une théorie scientifique obéisse à des critères logiques comme ceux de Popper pour être admise et reconnue par la communauté scientifique. Sans quoi…
Aucun fait ne doit venir contredire la théorie sinon cela restreindrait d’autant son domaine de validité comme c’est le cas de la matière noire qui représente actuellement une véritable aporie pour les chercheurs : pour intégrer les anomalies gravitationnelles observées dans le cas des amas de galaxies à une théorie censée les expliquer, il faut soit modifier les équations de la Relativité ou de Newton (théorie MOND) soit admettre l’existence d’une matière que l’on ne sait pas détecter pour le moment.
Une théorie sera déclarée fausse car dépassée depuis longtemps comme le système Ptolémée qui reposait sur le géocentrisme et dont on est sûr et certain maintenant que c’était une théorie fausse. Néanmoins les tables des marées qu’elles ont fournies dans l’Antiquité et qui ont servi encore longtemps après ont permis tant bien que mal aux navigateurs phéniciens de naviguer sur la Méditerranée. Sur les océans cela aurait été beaucoup plus difficile. Restreindre le champ de validité d’une théorie - voire finir par contester sa validité tout court - pour expliquer ou intégrer un phénomène joue le rôle d’une véritable variable d’ajustement, un type de procédé rencontré fréquemment dans les statistiques. Alors que déclarer une théorie comme fausse est un acte éminemment conséquent et aussi bien les lois de Newton que celles de la Relativité ont pu démontrer des milliers voire des millions de fois qu’elles étaient valides. L’alunissage d’Amstrong en 1969 ne s’est fait quasiment uniquement qu’en se servant des lois de Newton.

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Re: Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Message  Mal' le Sam 10 Fév 2018 - 22:17

Dommage qu'il fut si houleux, ici et là-bas, car au vrai il y a du feyerabendisme-kunderisme dans son propos, de loin en loin, quoique fort "solipsiste panique" dans la démarche.
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