Deleuze : territorialité et anti-système

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Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Shub (Axolotl) le Lun 26 Mar 2018 - 14:46

Provenance : sur la création d'idées, de la part du philosophe.



Je crois que le philosophe invente des concepts depuis la nuit des temps. Et il le sait aussi depuis la nuit des temps, il en a conscience et c'est mon appréciation.
Je ne suis pas sûr par contre que Deleuze ait dit cela, que le philosophe c'est celui qui invente des concepts mais il aurait très bien pu le dire et il en a inventé d'ailleurs lui-même quelques-uns: territorialité, plan d'immanence et ce fameux empirisme transcendantal.
De la territorrialité découlent la déterritorialisation et la reterritorialisation, élaborés avec Felix Guattari. Ils diront qu'il y a toujours ce double mouvement dans et par la territorialité: mais la  reterritorialisation au contraire de l'autre est forcément réactionnaire, synonyme de réaction, car repli sur la terre (voir Barrès) et repli sur un Moi égoïste qui va de pair.
Ce qu'il y a d'original là-dedans pour moi et d'autres, c'est que ce concept de territorialité est né de la rencontre d'un philosophe Deleuze avec un psychiatre, Guattari, qui en observant certains schizophrènes et autistes dans la clinique où il travaillait a constaté que ne pouvant parler ni communiquer, ils "marquaient" un certain territoire en faisant ou refaisant toujours le même parcours dans une sorte d'allée-et-venue permanente. Souvent sur un parcours absolument identique... Et que c'était leur façon de communiquer, ou de non-communiquer si on veut.
Bettelheim en étudiant les enfants autistes avait aussi remarqué cela, cette histoire de parcours et de chemins répétitifs.


Sur l'empirisme transcendantal, on dirait un oxymore philosophique tellement l'association des 2 termes est surprenante en soi !  On peut se le procurer ici sur cette revue. Moi c'est un peu fort pour moi mais très intéressant ceci dit surtout dans le rapport avec Kant et les empiristes anglais, comme Hume dont Kant s'est pas mal inspiré.
Le bricolage deleuzien, définition selon lui de l’activité permanente ou perm-attentatoire du philosophe : bricoler des bouts de systèmes, des morceaux de concepts… Cela signe avec Derrida de concert je crois la fin des systèmes, des totalités, de penser la philosophie comme totalité. Et ça va de pair bien sûr avec la fin du communisme pour moi, la chute du Mur où Marx et d'autres aussi (Hegel avant) ont essayé de penser le monde comme totalité, un système. Derrida a été longtemps communiste avant de le quitter donc la pensée par "système" il connaissait! Et pour moi, appréciation personnelle qui n'engage que moi, le déconstructionnisme vient de là. Pas que de lui d'ailleurs, d'autres philosophes ont emboité le pas  mais en tout cas la pensée par "système" c'est un peu fini tout ça je pense....
Même Nietzsche qui avait les "systèmes" en horreur, Kant sa cible principale avec le "venin kantien", a pensé d'une certaine façon le monde comme totalité, ou comme système.

Pardon de parler surtout de Deleuze mais c'est en fait un de ceux que je connais le mieux.

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Re: Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Mal' le Lun 26 Mar 2018 - 16:58

Sur la philosophie créatrice de concepts, suivre. Au-delà, je me demandais comment tu reliais tout cela, Axolotl : territorialité et anti-système.


Dernière édition par Mal' le Mer 4 Avr 2018 - 15:01, édité 1 fois
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Re: Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Shub (Axolotl) le Mar 27 Mar 2018 - 4:15

Mal' a écrit:Sur la philosophie créatrice de concepts, suivre. Au-delà, je me demandais comment tu reliais tout cela, Axolotl : territorialité et anti-système.
A mon sens ce qui est visé et critiqué dans ce texte, c'est l'inévitable récupération des idées par le système, pour le coup je parle du système libéral et ultra-libéral. Le système récupère tout, y compris et surtout les idéaux de la Révolution française: universalisme, libertés individuelles, primat de la Raison... Donc pourquoi pas le terme de concept pendant qu'on y est: concept de spaghetti, de nourriture pour chiens, de ce qu'on veut. La démocratie n'empêche personne de parler comme ils veulent, c'est même bien là le but de la démocratie d'après ce que j'ai compris. Et appris à l'école.
Par contre les fabricants de spaghetti ou de nourriture pour chiens n'ont pas une philosophie très abstraite: leur philosophie c'est vendre avant tout pour faire du profit.
Et voilà une récupération de plus, navrante car issue de quelque chose de l'ordre du rapport entre le social/culturel avec l'individuel: ce qui distingue la philosophie en général et les philosophies individuelles, mais intimement reliées -et dans une connivence étroite à on sens- et où l'une viendrait s'alimenter forcément de l'autre et vice versa. Dans le cas de vouloir réaliser un maximum de ventes de nourriture pour chien, les termes de "philosophie" et de "concept" en sortent dévalorisés, comme vidés de leur sens indubitablement. Dé-substantifiés... Bon on peut toujours se dire qu'on est toujours en démocratie, la preuve. La démocratie n'est au pire qu'un paravent.
Remettre les choses à leur place, proclame Deleuze dans ce texte que je connais. Et avec raison. Et aussi avec fierté. Un concept c'est un concept: si les mots n'appartiennent à personne (pas de propriété privée de l'idée),  les premiers à l'utiliser et le mettre en avant furent bien les philosophes, c'est incontestable. Après ce fut le tour des publicitaires, des cadres plus ou moins dynamiques, celui des concepteurs d'émission de télé-réalité à 3 balles. Le droit au retour du terme de "concept"... Pas question d'appartenance ni de propriété privée des termes, ou alors si ce terme appartenait à quelqu'un, ce ne serait certainement pas aux vendeurs de spaghetti ni à ceux de nourriture pour chiens. Ni à ceux qui conçoivent des émissions de télé-opium-du-peuple:"concept d'émission" comme ils disent, ouïe aille!, ce terme de "concept" qu'ils utilisent fréquemment -et dans ce sens clairement dévoyé- n'est clairement ni plus ni moins qu'un gadget qui sert à faire vendre, comme caution de pseudo-sérieux. Ni plus ni moins.
Deleuze avait bien raison de s'emporter contre cette récupération-détournement à fins strictement marchandes.


Dernière édition par Axolotl le Mar 27 Mar 2018 - 10:42, édité 1 fois

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Re: Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Mal' le Mar 27 Mar 2018 - 9:56

Axolotl a écrit:Deleuze avait bien raison de s'emporter contre cette récupération-détournement à fins strictement marchandes.
Sans réaliser que c'était l'avènement d'un platonisme pour tous (cf. mes interventions à ce sujet, sur l'être-un-génie et l'invention d'idées par le philosophe). Auquel titre donc, comme dit Deleuze, le philosophe peut bien rire de toutes ces petites conceptions, puisqu'elles s'ébaubissent en parc clos, comme des bébés dans une nursery.

Néanmoins Axolotl, as-tu vu à quoi servait ce texte surtout ? ... Initialement, tu écris :
Je ne suis pas sûr par contre que Deleuze ait dit cela, que le philosophe c'est celui qui invente des concepts mais il aurait très bien pu le dire et il en a inventé d'ailleurs lui-même quelques-uns: territorialité, plan d'immanence et ce fameux empirisme transcendantal.
Donc non seulement il aurait très bien pu le dire, mais il l'a effectivement dit.

Au-delà, ma question portait sur ton développement propre, avec d'un côté le concept de territorialité développé avec Guattari, et de l'autre l'affirmation d'un Deleuze non-systématique (tu dis "bricoler des bouts de système" en comparant à Derrida, etc.).

Donc je la reprends : comment raccordes-tu, de ce que tu as compris chez Deleuze, territorialité et système - car tu les accolas dans le même propos, je suppose qu'il y a un lien ? Merci d'avance - et, si tu ne sais pas, annonce-le aussi bien.
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Re: Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Shub (Axolotl) le Dim 1 Avr 2018 - 9:51

Mal' a écrit:Donc je la reprends : comment raccordes-tu, de ce que tu as compris chez Deleuze, territorialité et système - car tu les accolas dans le même propos, je suppose qu'il y a un lien ? Merci d'avance - et, si tu ne sais pas, annonce-le aussi bien.

Je mets un mien lien pour la réponse car le texte étant un peu long (pas trop quand même) , pour ne pas squatter toute une page et laisser la place à des commentaires, critiques, discussions etc.


Deleuze: territorialité et système

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Re: Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Shub le Lun 23 Avr 2018 - 12:52

Bon le lien que j'ai donné + haut était une première version de mon texte, un peu brouillon et pas clair, mélangeant un peu tout.
Je le laisse ou je le laisse pas ? J'en sais rien: on va passer aux votes peut-être.

Voici un lien sur le même texte mais centré sur le sujet cette fois! Enfin j'espère.

Deleuze: territorialité et anti-système

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Re: Deleuze : territorialité et anti-système

Message  Mal' le Lun 23 Avr 2018 - 15:30

Merci Shub, voilà qui est éclairant. Le premier propos se présente plus comme une circonvolution. Néanmoins, le second circonvolue progressivement lui aussi, notamment à partir d'Amor fati et l'Histoire, ensuite. C'est lui que je commenterai. Bon. Pour avoir lu l'Anti-Œdipe et Logique du sens, je ne te donne pas tort, mais c'est comme lors de mes lectures :

Voici qu'on nous donne à voir, sentir et deviner des flux, là où l'on n'avait pas forcément l'intuition d'en trouver. L'allégorie de la territorialité, dans son double-mouvement d'exteriorisation (dé-) ou d'intériorisation (re-), a une fonction poétique indéniable et nécessaire là : comment saisir conceptuellement ce qui ressort, au fond, de l'intercept (Medhi Belhaj Kacem) ? ... Bon.

Tu mélangeas encore un peu tout, et je sens une allégresse dans l'ivresse des idées. Tu pompes transversalement, biaisément et diversement, ce que t'inspire ce forum et d'autres lectures, puis tu t'empresses de produire ce que te dicte ton cœur. Ce n'est pas une mauvaise façon de procéder, dans la mesure où il faut bien de l'entrain, pour apprendre, et il existe une passion de la connaissance, en vérité assez rare (conjuguer ardeur herméneutique et sang-froid intellectif est un don rare). Tout ceci est bel et bon, mais quid donc, de ces conceptions ?

Ces conceptions, ces concepts deleuziens, ils fonctionnent comme interceptions, intercepts belhaj-kacemiens. Il n'est pas dit que Gilles Deleuze en prit la mesure qui, comme tu le rappelles pour commencer - sur la base du lien que je t'ai fourni, amor fati ! - jugea nos concept-designs et autres concept-projects très-contemporains, ne pas ressortir de la conceptualité comme telle. Hélas, cela ne veut pas dire que ça n'est pas une forme d'aboutissement platonicien ("Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre.") ! Aussi Deleuze reste-t-il Deleuze, à manquer les dynamiques interceptuelles de sa philosophie. Même l'anti-systématisme - qui découle assez naturellement de ces flux dé/re/"territoriaux", - est une forme de l'interceptualité.

Au final, on est rendu stérile, quoiqu'on se soit ouvert à une contemplation mobile. En effet, au contraire de la contemplation statique de quelque éternité ou essentialité, nous sommes avec Deleuze dans la contemplation d'éphémérités et inchoativités. Or, de cela, nous ne pouvons rien faire : paradoxalement cela nous fige dans une éternisation-essentialisation contemplatrice. Tout se passe comme si le contemplateur était subjugué par le chaosmos à intercepter grâce aux "concepts" antisystématiques dé/re/"territorialisants". Bon.

Cela nous rappelle à la vigilance au devenir, hélas ce devenir n'avait pas attendu Deleuze pour être intuité. Mais cela n'ôte rien à l'empirisme transcendantal, véritable trouvaille néo-husserlienne. Reste que cela aussi, est une autre histoire (un autre topic à lancer).

Bref, tu es intéressant, mais je pense que tu gagnerais à ne pas te précipiter intellectuellement, à nous proposer tes "grappes d'entendement" ... rhizomatiques ... car au final, à lire l'Anti-Œdipe et d'autres ouvrages pareils, que faut-il ? ... Retrouver le fil conceptuel a posteriori, comme si l'on nous avait donné un puzzle. Je ne dis pas que c'est mal, puisque ça nous donne à sentir les dynamiques en question ; je dis juste que ça n'est pas fatalement bien non plus. En tout cas, cela nous enseigne qu'en philosophie aussi - non seulement en littérature, - la forme parle ...

(Puissent les humanités se concilier entre elles.)
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