Analyse du "Discours de la Methode"

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Re: Analyse du "Discours de la Methode"

Message  Kenshin le Mar 10 Avr 2018 - 17:55

Analyse du « Discours de la méthode » de René Descartes

Par

Kenshin
L’étude porte sur l’ouvrage : René Descartes, Discours de la Méthode + dossier de Florian Nicodème, folioplus philosophiie
( j'ai trouvé que celui là à la bibliothèque)

Mon analyse se voudra être chronologique.
Quand dans une citation je mets un terme entre [ ] c'est un ajout personnel pour rappeler le sujet.
Dans les citations les termes ne sont pas en gras ou sous ligné, à la base. J'ai mis en gras ou sous ligné ce qui me pensent devoir être mis en évidence.


Besoin de certitude, d’être dans le réel. Combattre la spéculation, manipulation, les fables. Paradoxalement, il faudrait une base que l’on peut remettre en cause et donc, toujours pouvoir être libre d’aller à la vérité.
Être Dieu en soi-même c’est être la vérité. La seule vérité que l’on peut être. Si l’on ne juge plus les autres, le vrai ne peut être qu’en nous
Page 25 ce qui me semble contradictoire : éviter soigneusement la précipitation et les préjugés sans douter. (La seule vérité sur laquelle je ne puis douter c’est d’être ce que je suis)
Prendre le temps de…Artisanat de l’esprit. Car trop de sollicitations, de croyances.
Il semble (Descartes) avoir peur. D’où la nécessité d’un ascétisme. « Il n’y a rien en notre pouvoir que nos pensées ». Influer sur soi plus que sur le monde. On ne peut changer le monde.

Descartes, p.32 a écrit:« Rien n’est plus en leur pouvoir que leur pensée"

Ce qui induit le non besoin du désir.  Ils sont plus riches, puissants parce qu’ils comprennent qu’ils n’ont aucun pouvoir sur ce qu’ils n’ont pas.  Apparemment, il y a une base au bonheur. Il faut ceci pour cela. Pour Descartes, quelque chose doit nous conduire au bonheur. (Cause conséquence)

Descartes, p.33...34 a écrit: «  Car dieu nous ayant donné à chacun quelque lumière pour discerner le vrai du faux, je n’eusse pas cru me devoir contenter des opinions d’autrui un seul moment, si je ne me fusse proposé d’employer mon propre jugement à les examiner lorsqu’il serait temps ; et je n’eusse su m’exempter de scrupule, en les suivant, si je n’eusse espérer de ne perdre pour cela une occasion d’en trouver des meilleures, en cas qu’il y en eût…manquer d’être content»

Il y a besoin de douter mais pas complètement ( à la différence des sceptiques).
Il lui faut toujours une base rassurante. Il mentionne de « se perdre ». Il exprime dès lors sa conscience de la fragilité de l’être.
Pour vivre avec les autres ( Mœurs) il faut être capable d’opinions incertaines. C’est pourquoi en soi, on doit avoir une base indubitable.
Tout doit être analysé parce que tout excepté soi, est objet au doute. Donc n’est pas encore vrai. Si l’on interprète cela de la sorte, les conséquences peuvent être graves : ne plus devenir soi-même objet de doute…

Descartes, p.38 a écrit: « Une pensée peut être fausse quand on dort ».

Comme une pensée éveillée ou non est une pensée, une pensée pendant le sommeil fausse induit qu’une pensée, éveillé, peut l’être. Je dois donc douter de tout. Mais si je doute de tout, je doute de moi-même, je ne suis pas vrai. Pour pouvoir penser, je dois être vrai pour être quelque chose qui me permettra de douter et raisonner : Je pense donc je suis.

Descartes, p.38 a écrit: "Et remarquant que cette vérité, je pense,donc je suis, était ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capable de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais"
( l'italique est celle du texte)

Or je note que, une pensée en songe vient de l’extérieur (inconscient/passé). Donc tout est faux et vrai parce que mon unicité va rendre mon interprétation du stimuli extérieur en pensée unique, vraie. Mais pour les autres, elle sera fausse parce que perçue d’une manière différente. Il semblerait que pour Descartes le vrai, la vérité émane d’une forme de pureté.
On remarquera aussi que dès lors, on ne peut partager sa vérité avec les autres sans l’intermédiaire de Dieu. Si la pureté n’est pas partageable, c’est assez…narcissique.

Pour Descartes, dans le néant, l’homme pourrait faire sa propre introspection. Il pourrait sentir qui il était. Mais pourrait-il en faire découler du sens ?
Aussi pour lui, une évidence se manifeste :  c’est le cerveau qui dirige tout ( la pensée) et l’on pourrait vivre sans ses sens mais pas sans sa pensée. C’est vrai mais ça ne serait pas marrant…une vie pas marrante a-t-elle du sens ? C’est la question que je lui aurai posée.

Descartes, p.39 a écrit: «  Je jugeais que je pouvais prendre pour règle générale, que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies… » .

Il ne pose pas la question mais admet à ce moment-là que ce qui est réel est vrai.
Ensuite, il semble poser la question de savoir si dès lors, ce qui m’est extérieur est-il mieux ?

A ce stade, je me pose la question : est-ce un tiraillement interne de Descartes qui lutte contre une incompréhension (en effet, on sent qu’il cherche absolument à se prouver à lui-même que Dieu est le plus important) ou est-ce un double discours pour lutter contre la censure ?

Ce qui fait le propre de l’homme ce sont ces imperfections. Elles ne peuvent être en Dieu. Le réel est-il vrai ? oui. Car le réel vient de Dieu. Dieu enlève le doute.  C’est pourquoi dans la vie non spirituelle, il faut douter (à l’extrême).

Descartes, p.43...44 a écrit:«  Et il n’y a pas moins de répugnance que la fausseté ou l’imperfection procède de Dieu en tant que telle, qu’il y en a que la vérité ou la perfection procède du néant…vraies

Donc, pour que les chose soient vraies, elles doivent venir de Dieu parce qu’on ne peut en douter. Mais juste après, il nous dit que le réel peut nous tromper même, éveillé. Les songes font dorénavant partie du réel mais ne sont pas rationnels.
A ce stade, Descartes voudrait-il alors rendre le réel rationnel pour que le vrai ai(e)t un sens ?

Il fait ensuite le constat que nos sens peuvent nous tromper.

Descartes, p.45 a écrit:«  Et parce que nos raisonnements ne sont jamais si évidents et si entiers pendant le sommeil que pendant la veille, bien que quelque fois nos imaginations soient alors autant ou plus vives et expresses, elle nous dicte aussi que nos pensées ne pouvant être toutes vraies, à cause que nous ne sommes pas tous parfait, ce qu’elles ont de vérité doit infailliblement se rencontrer en celles que nous avons étant éveillés, plutôt qu’en nos songes »

S’il y a de la vérité dans nos songes alors il y en a dans l’éveil, donc du vrai. Or ce qui n’est pas rationnel n’est pas vrai. Descartes alors, reconnait-il sans le savoir l’existence de l’inconscient ?
Aussi, peut être que la notion de Dieu dit que tout a une explication et donc, ne pouvoir dégager une explication satisfaisante revient à nier l’existence du problème. Parce que si non explication (réponse), non question (problème).
La religion s’oppose-t-elle à la science ?

D’un côté on a le rationnel qui définit ce qui est vrai et ce qui est vrai c’est la perfection que l’on trouve que chez Dieu.  Dieu est-il rationnel ?
Ou Dieu doit il est séparé du vivant comme l’âme doit être séparée du corps ?

Descartes, p.46 a écrit: « Mais aussi que j’ai remarqué certaines lois, que Dieu a tellement établies en la nature, et dont il a imprimé de telles notions en nos âmes, qu’après y avoir fait assez de réflexion, nous ne saurions douter qu’elles ne soient exactement observées, en tant ce qui est ou qui se fait dans le monde »

Descartes a écrit:«  Quelques considérations m’empêchent de publier »
(Procès de Galilée)

Descartes, p.47 a écrit: «  …et enfin de l’homme, à cause qu’il en est le spectateur … »


Ensuite, on peut penser que pour Descartes, l’intelligence ce n’est pas ce qu’on nous apprend. On l’a en nous. Comme si l’intelligence c’est d’être nous. (Peut être que j’extrapole mais pour lui, elle est en nous, l’intelligence)

P48 : on peut noter l’intuition de l’existence du Big Bang.

Notez le parallèle avec la temporalité que fait Descartes en sous entendant ces trois faits(et à fortiori sur la conscience)
- On est la puissance créatrice ( présent). On a de la puissance créatrice en nous (futur/ on peut créer une action de conséquence). On émane de la puissance créatrice. (Passé)

Descartes, p48 a écrit:  « J’y ajouterai aussi plusieurs choses, touchant à la substance, la situation, le mouvements et toutes les diverses qualités de ces cieux et de ces astres »


Serait-ce une autre allusion à Galilée ?

5eme partie.

Dans la fiction de Descartes, la religion n’empêcherait pas la science.

Descartes, p.50 a écrit: «  J’y trouverais exactement toutes celles qui peuvent être en nous sans que nous y pensions…[Fonction]… ni par conséquent que notre âme.»


La raison est divine, elle appartient à Dieu : l’âme
Par conséquent, l’intelligence importe peu ... La raison est divine et l’intelligence, humaine. Aussi, pour Descartes, les animaux sont comme nous. Il le dit dans cet ordre. Ça nous laisse alors la possibilité de nous le dire dans un autre ordre : nous sommes comme eux.)…
Ils sont des êtres sans raison. Elle ne leur appartient pas. Elle appartient à Dieu.

Descartes, p.51 a écrit: « …Dieu créât une âme raisonnable, et qu’il joignit à ce corps. »


S’en suivent des pages sur l’anatomie qui montrent la méthode rationaliste et l’ingéniosité divine.
P54 Intuition sur la robotique. (c’était peut-être commun à l’époque ?)
On note qu’ensuite il noie le poisson avec d’incessantes contradictions.
Désormais les bêtes ont moins de raison que les hommes. Comme certains hommes en ont moins que d’autres. «  …et que les uns sont plus aisés à dresser… » mais juste avant :


Descartes, p.60 a écrit:« Ce qui n’arrive pas de ce qu’ils ont faute d’organes, car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toute fois ne peuvent parler ainsi que nous, c’est-à-dire en témoignant qu’ils pensent ce qu’ils disent ; au lieu que des hommes qui, étant nés sourds et muets, sont priver des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d’inventer eux-mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui étant extraordinairement avec eux ont loisir d’apprendre leur langue »

Soit Descartes veut prouver quelque chose auquel inconsciemment il ne croit pas, soit il tente de dire quelque chose de manière détournée.  Car par l’observation il est aisé de constater que les animaux communiquent avec des signes. Donc soit :
ceux nés sourds et muets peuvent grâce à la raison (Dieu) parler avec des signes (celui que l’on fait en entrant dans une église ?) et être acceptés des autres sans contrainte .
Soit ce qui ne reconnait pas être de Dieu est inférieur. Mais notez que d’après Descartes, tout est de Dieu. Lui n’en doute pas. Ce fait devrait être incontestable. Mais le fait que les autres deviennent inférieurs, montre dès lors que l’on reconnût l’existence du doute de Dieu. Car si Dieu est indubitable pour moi, il l’est pour tous ceux qui appartiennent à ma réalité.
« Lesquels ils se font entendre »  Il choisit de ne pas dire « comprendre »…S’agit-il d’entendre Dieu ?
Continuons : l’âme est donc raisonnable.

Descartes a écrit:« Elle ne peut aucunement être tirée de la puissance de la matière [ l’âme]… »

mais nous le dire, ce n’est pas nous apprendre à nous les néophytes que la matière revêt de la puissance… ?
C’est vrai qu’il tente de nous démontrer que la matière ne peut créer l’âme, le vivant.
Ensuite page 62, si nous sommes comme une fourmi, nous mourons comme une fourmi. Et si nous mourons comme une fourmi c’est que nous ne valons pas plus qu’une fourmi. Donc si nous voulons être plus qu’une fourmi, il nous faut mourir autrement que comme une fourmi.  Nous devons être différents de la fourmi, lui être supérieur. En étant immortel. Et pour cela, il nous faut une âme.

Descartes a écrit:«  On comprend que la nôtre est une matière indépendante du corps…qu’elle est immortelle. »

Descartes nous démontre que le désir de domination, de supériorité émane de la peur de la mort.

6eme partie

Descartes, p.64 a écrit: «  S’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusqu’ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher ».

Descartes, p.65 a écrit: «  Même je remarquais touchant les expériences, qu’elles sont d’autant plus nécessaires qu’on est plus avancé en connaissance ; Car pour le commencement, il vaut mieux ne se servir que de celles qui se présentent d’elles-mêmes à nos sens, et que nous ne saurions ignorer pourvu que nous y fassions tant soit peu de réflexion, que d’en chercher des plus rares et étudiées : dont la raison est que ces plus rares trompent souvent, lorsqu’on ne sait pas encore les causes les plus communes, et que les circonstances dont elles dépendent sont aussi quasi particulières et si petites qu’il est très malaisé de les remarquer »

( Qu’est-il arrivé à Descartes durant les trois années qui ont séparées la 5eme et 6eme partie pour une telle prise de conscience ?)

Le réel n’est pas toujours vrai et il faut l’accepter. On n’a pas toujours de réponse immédiate. L’immédiateté est une illusion.  (Attention aux IA et aux Réseaux sociaux ? )

Il parle ensuite page66-67 de la nécessité de la connaissance de la nature.

Descartes a écrit:« Si ce n’est qu’on vienne au devant des causes par les effets »*


* ( note de l’éditeur) « Ni, par conséquent de nous rendre capables de les utiliser à moins de servir des effets pour mieux comprendre les causes. »

Il est donc plus pratique, aisé, simple d’étudier ce qui nous entoure sans se focaliser sur nous-même du moins , de croire que nous sommes la vérité parce que dès lors, nous nous devons de tirer, extirper de nous-mêmes toute la vérité, toutes les solutions.
Prise de conscience que l’on n’est pas le centre de tout. Car si c’est le cas, on est plus « obligé de tout ». Tout connaitre, rationaliser, analyser, définir dans le vrai, le pur, le réel, le bien…afin de ne pas douter de Dieu.
Descartes semble déculpabiliser.


Descartes, p.68 a écrit: « Les choses qui m’ont semblé vraies lorsque j’ai commencé à les concevoir, m’ont paru fausses lorsque j’ai voulu les mettre sur papier »


Descartes ici, je crois, exprime l’utilité de se confronter au monde, que la vérité n’a rien d’universelle et de centré et qu’elle peut évoluer donc dans le temps comme dans la forme.

Si la vérité n’émane pas d’un tout, d’une seule entité uniquement, l’accession a un tout n’est qu’une illusion.


Descartes, p.69 a écrit:«  Pour moi si j’ai ci-devant trouvé des vérités dans les sciences….je puis dire que ce ne sont que des suites et des dépendances de 5 ou 6 principales difficultés que j’ai surmontées et que je compte pour autant de bataille ou j’ai en l’heur de mon côté »


Et juste avant il dit :


Descartes a écrit:«  Il faut après beaucoup plus d’adresse pour se remettre au  même état qu’on était auparavant, qu’il ne fat à faire des progrès, lorsqu’on a des principes qui sont assurés ».


Désapprendre est donc plus difficile et plus important qu’apprendre. Car il est préférable de savoir corriger une erreur que de croire que l’on sait et surtout de s’en défaire ( de cette croyance). C’est donc bien les qualités humaines qu’il met en avant. Qualités qui s’acquièrent avec le vivant, l’expérience, la modestie…


Descartes, p.70 a écrit: «  on peut dire que ces oppositions utiles, tant afin de me faire connaitre mes fautes, qu’afin que si j’avais quelque chose de bon, les autres en eussent par ce moyen plus d’intelligence. »


Descartes a écrit:« Que je me reconnaisse extrêmement sujet à faillir, et que je ne me fie quasiment jamais aux premières pensées… »


Descartes a écrit:« En sorte que je n’ai jamais rencontré aucun censeur de mes opinions qui ne me semblât ou moins rigoureux, ou moins équitable que moi-même »


Aussi pour Descartes, bon avocat ne veut pas dire bon juge.

Ce qui veut dire que l’on ne peut se juger que si l’on s’accepte. Si l’on s’accepte soi-même on peut donc passer outre jugement extérieur.

Page 71 : la grande leçon pour tout aspirant philosophe :


Descartes, p.71 a écrit:«… et qui pendant que je leur parlais semblaient les entendre fort distinctement, toutefois, lorsqu’ils les ont redites, j’ai remarqué qu’ils les ont changées presque toujours en telle sorte que je ne les pouvais plus avouer pour miennes. »

Il continue ( et faut le lire quand on est débutant, c’est exquis) et va même, pour moi, jusqu’à faire allusion à la religion et la transcription des textes.
Aussi il exprimera clairement qu’un penseur n’a rien d’extraordinaire à promettre.

Cette conclusion nous laisse penser que Descartes s’est désormais détourné de la religion pour aller vers une vérité surement scientifique. Cette quête de la vérité ne serait plus une mission, une obligation, un poids , un devoir mais un juste plaisir de se sentir humain dans la vie. Je dis « la vie » parce que ce « Discours de la méthode » me pousse à me demander pourquoi l’homme cherche à opposer un monde intérieur à un monde extérieur en rendant l’un supérieur à l’autre ?

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