Schopenhauer et Nietzsche

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Schopenhauer et Nietzsche

Message  Philosophos le Lun 15 Juil 2013 - 16:37

Schopenhauer pensait que le monde n'existe que dans notre perception. Nietzsche a tiré de Schopenhauer l'idée du "vouloir artiste", à l'époque de son livre sur la tragédie grecque. Pour Schopenhauer, non seulement l'artiste peut supprimer en lui la Volonté, mais il peut aussi agir sur les esprits grâce à la musique, qui est une Idée platonicienne, donc une objectivation directe du Vouloir (la peinture n'est qu'une objectivation de ces Idées, ce qui limite son effet à la contemplation). Il avait un pouvoir supérieur aux autres hommes, ce qui a fort bien plu à Wagner, qui pouvait se voir comme un mage.

Nietzsche a par la suite rejeté l'idée de Volonté en soi, qu'il a remplacé par des valeurs. Les valeurs sont des forces, ou des volontés, que l'homme peut choisir d'orienter, changeant par là lui-même et le monde. A un moment, il se rapproche de la physique et tente une explication en disant que "tout est énergie". Bien qu'il soit allé un peu vite en besogne, l'idée est révélatrice : Nietzsche pense qu'il n'existe pas de matière, ni d'esprit bien sûr, pas non plus une force, mais des forces, ou des volontés, ou des valeurs. Par exemple, les valeurs "bien et mal" (leur correspondance dans le vocabulaire) signifient que des forces descendantes ont pris le pas chez l'homme sur des forces ascendantes, les valeurs "bon et mauvais". Le philosophe analyse cela comme une maladie, une baisse de vitalité.

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Re: Schopenhauer et Nietzsche

Message  Halv le Ven 8 Nov 2013 - 12:25

J'ai cette impression en lisant Nietzsche, que Schopenhauer a allumé la mèche en expliquant que les individus n'étaient pas libres dans leurs actes, prisonniers de la Volonté aveugle, mais que cette Volonté laissait en quelque sorte tranquille leurs pensées et raisonnements. Nietzsche aurait remarqué que Schopenhauer n'était pas allé assez loin en laissant croire que le "sujet de la connaissance" avait au moins une liberté de vue, qu'il était capable d'imaginer des hypothèses "pures", dégagées de l'influence des pulsions, de construire des raisonnements logiques "vrais", mais devant être ensuite soumis à la Volonté, qui décidait de la façon dont ils seraient traduits en actes. Nietzsche aurait remarqué ce fait que les pensées et les raisonnements n'étaient pareillement pas libres, mais totalement orientés par un fond souterrain que la conscience ne soupçonne jamais.
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Re: Schopenhauer et Nietzsche

Message  Philosophos le Ven 8 Nov 2013 - 15:30

Halv a écrit:Nietzsche aurait remarqué que Schopenhauer n'était pas allé assez loin en laissant croire que le "sujet de la connaissance" avait au moins une liberté de vue, qu'il était capable d'imaginer des hypothèses "pures", dégagées de l'influence des pulsions, de construire des raisonnements logiques "vrais", mais devant être ensuite soumis à la Volonté, qui décidait de la façon dont ils seraient traduits en actes.
Schopenhauer a construit une théorie des motifs, qui permet d'expliquer pourquoi nous avons l'impression que nous sommes libres de vouloir, alors que nous sommes seulement le jouet de nos représentations, de nos concepts, qui appartiennent au monde phénoménal. Seuls quelques génies peuvent devenir momentanément, à travers la réalisation d'une oeuvre d'art, de "purs sujets de la connaissance", en contemplant les Idées (platoniciennes), objectivations de la "chose en soi" et qui sont à distinguer des simples concepts.

Nietzsche aurait remarqué ce fait que les pensées et les raisonnements n'étaient pareillement pas libres, mais totalement orientés par un fond souterrain que la conscience ne soupçonne jamais.
Dans la mesure où Nietzsche rejette toute "Chose en soi", et donc toute "Idée" platonicienne, sa critique ne peut concerner que les représentations.

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Re: Schopenhauer et Nietzsche

Message  Malcolm le Mar 17 Mai 2016 - 0:48

OK sur la relation Schopenhauer-Nietzsche ...
Nietzsche a par la suite rejeté l'idée de Volonté en soi, qu'il a remplacé par des valeurs. Les valeurs sont des forces, ou des volontés, que l'homme peut choisir d'orienter, changeant par là lui-même et le monde. A un moment, il se rapproche de la physique et tente une explication en disant que "tout est énergie". Bien qu'il soit allé un peu vite en besogne, l'idée est révélatrice : Nietzsche pense qu'il n'existe pas de matière, ni d'esprit bien sûr, pas non plus une force, mais des forces, ou des volontés, ou des valeurs. Par exemple, les valeurs "bien et mal" (leur correspondance dans le vocabulaire) signifient que des forces descendantes ont pris le pas chez l'homme sur des forces ascendantes, les valeurs "bon et mauvais". Le philosophe analyse cela comme une maladie, une baisse de vitalité.
... mais l'identification simple des valeurs à la volonté de puissance n'est pas si évidente. Bon. Dans la mesure où le Tout est nietzschéennement une thelemachia, oui, les valeurs sont des volontés de puissance - volonté de puissance qui, d'ailleurs, selon P. Wotling & C. Denat, peut se dire interprétation au plan fonctionnel, tandis qu'au plan dynamique on utilisera volontiers la fameuse locution. A partir de quoi, les valeurs sont bien des volontés de puissance ... mais cela vaut dans la sphère humaine, trop humaine, d'abord. L'eau qui érode la roche, si la volonté de puissance de son flux exerce bien sa force sur la volonté de puissance concaténée du roc, n'exprime pas de valeur de cet ordre, sinon quantitativement. Les valeurs humaines sont qualitatives, et ne gagnent de force quantitative que selon le tempérament fort ou le nombre des tempéraments faibles, qui les portent (aussi vaut-il mieux avoir un groupe de fort, naturellement ... ).
De plus, si l'homme peut effectivement orienter les valeurs dans une espèce d'énergétisme, il n'en reste pas moins qu'il est lui-même l'un de ces générateurs, en tant que volonté de puissance relativement localisable. Plus il sera fort (âme forte, tempérament fort) et plus il saura en générer par soi, digérant le reste - ainsi que Nietzsche emploie l'image de l'estomac pour l'esprit.
Quant au bien & mal, je renvoie encore à Par-delà bien et mal, ainsi qu'à l'immoralisme.
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