Deleuze, métaphysique du mouvement

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Deleuze, métaphysique du mouvement

Message  aldolo le Jeu 19 Fév 2015 - 0:35

La philosophie de Deleuze (ou ce que j'en comprends).

Deleuze tente une philosophie hors représentation, une métaphysique de mouvement autour de concepts non transcendants. Une chose n'a pour lui pas de sens en soi, elle en prend quand autre chose s'en empare. Les choses ne sont jamais données et le sens s'inscrit toujours entre les choses, c'est pourquoi la philosophie se doit de créer les objets de sa pensée. Ce qu'on pourrait dire "donné", c'est la diversité : c'est depuis le divers qu'il s'agit de différencier les choses. La vie est rencontre, interaction, soit autant d'événements qui servent de matière à penser : la philosophie n'a pas à partir de sujets ou d'objets supposés donnés alors que ce sont justement les inconnues de l'équation.

Tout événement est le produit d'une rencontre, toute rencontre est potentiellement porteuse de sens. L'événement est ce qui fait sens dans la rencontre, la relation, à travers ses manifestations ponctuelles (l'événement absolu est l'événement d'une vie). La pensée est rêve, blessure, épreuve, elle naît d'une intuition qui est toujours liée à une expérience d'être, à une épreuve d'être. Cette intuition la contraint à se donner une image de l'unité du pensable (plan d'immanence). Dès qu'on s'accorde sur l'idée que les concepts sont créés et non plus ou moins donnés, la philosophie se dédouble en une image de la pensée et une matière de l'être tissées l'une sur l'autre.

La pensée n'est pas tant animée par une bonne volonté recherchant la connaissance que par une nécessité de comprendre les modes de pensée différents pour évaluer le sens des choses, à partir de ce qui nous apparaît comme important, intéressant : il ne s'agit pas tant de connaître ou d'expliquer que de penser ce qui doit l'être. Deleuze ne s'intéresse pas tant à la vérité qu'au sens : ce n'est qu'en faisant sens au sein d'un plan subjectif d'immanence qu'un concept peut prendre une valeur au sein d'un champ de vérité.

Sujet et objets ne sont donc plus au centre du savoir. L'être comme les choses sont pris dans les devenirs de leurs rencontres. L'un ne se dit que du multiple au lieu que le multiple se subordonne à l'un comme au genre supérieur capable de l'englober. Le sujet ne se partage pas suivant les exigences des catégories de la représentation, ce sont les choses qui se répartissent directement en lui. Le sujet compose avec sa propre individuation, au carrefour des singularités qui le traversent et des intensités qui le peuplent. Chaque modification d'un point de vue déplace sa position, modifie son devenir. L'individuation est la seule échelle acceptable de sens ; l'immanence d'une vie le seul témoin de l'univocité de l'être. Le concept de sujet n'est plus une forme a priori, mais le produit d'une synthèse passive opérée à même l'expérience.

Le mouvement crée de la nouveauté, du sens, engendre des formes à partir de l'interaction entre les choses. Les choses s'agencent entre elles selon leur proximité, leurs qualités, leur rapport de forces virtuel, selon les spécificités des contextes etc, avant que de possiblement s'incarner en tant que nouveauté dans ce qu'on appelle le réel : Deleuze parlera d'actualisation puisque le réel est mouvement. Le virtuel est l'ensemble des mouvements souterrains d'une sorte d'usine à produire du réel ; l'actuel est l'ensemble des réalisations formelles que les mouvements du virtuel engendrent. Penser une problématique consiste à envisager les multiplicités spécifiques qui s'y rapportent et en extraire des singularités, dont on cherchera la façon dont elles interagissent entre elles. Une multiplicité n'est jamais unité, elle est dimension, intensité, déterminations : autant de singularités qui ne peuvent évoluer sans qu'elle ne change de nature. Comprendre consiste à remonter depuis l'actualité des états de choses ou des événements vers les virtualités qui les ont produits.

Hors représentation, le réel nous pousse naturellement à penser les choses empiriquement, à partir de signes qui nous interpellent. Un signe nous affecte d'abord à travers une intensité avant qu'on n'envisage le mouvement qui le sous-tend ; puis est perçu sous forme d'altérité, et comme tel virtuellement porteur d'un autre regard que le nôtre, un point de vue susceptible d'exprimer au autre monde possible. C'est ainsi que les signes nous affectent, nous impliquent, nous poussent à penser : c'est à partir d'eux qu'on pense.

Si l'expérience empirique est sans doute plus propice à cerner les faux problèmes que l'interprétation intellectuelle, il n'en reste pas moins qu'il s'agit de trouver les vrais problèmes autant que d'élaborer des concepts supposés y répondre. Chaque problème est perçu par l'homme en interaction avec l'ensemble des problèmes. Chaque concept interagit de même avec l'ensemble des concepts, et développe ainsi à chaque fois un plan conceptuel spécifique. Une cohérence de l'ensemble de ces plans doit se retrouver au sein du plan d'immanence, plan philosophique de pensée où les concepts opèrent sans cesse de nouveaux découpages, font résonner sans cesse de nouvelles connexions de par la perspective qu'ils déploient. Le concept devenu indépendant de l'idéal de la représentation, le but fondamental de la philosophie deleuzienne n'est plus la vérité mais le sens :
Deleuze a écrit:Une théorie philosophique est une question développée, et rien d'autre : par elle-même, en elle-même, elle consiste non pas à résoudre un problème, mais à développer jusqu'au bout les implications nécessaires d'une question formulée. Elle nous montre ce que les choses sont, ce qu'il faut bien que les choses soient, à condition que la question soit bonne et rigoureuse (...) On voit combien sont nulles les questions posées aux grands philosophes. On leur dit : les choses ne sont pas ainsi. Mais en fait il ne s'agit pas de voir si les choses sont ainsi ou non, il s'agit de savoir si est bonne ou non, rigoureuse ou non, la question qui les rend ainsi". (Empirisme et Subjectivité)

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