Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

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Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  AntiSubjectiviste le Ven 20 Fév 2015 - 12:29

Qu'est-ce que la philosophie ?

J'aimerais aborder avec vous les réponses possibles à cette question, que l'on pourrait désigner dorénavant par la "Question". Étrangement, cette question est déjà philosophique de sorte que la méthode adoptée pour en rechercher la réponse porte déjà en elle-même une réponse implicite. Il y a donc une forte réflexivité dans cette question.

Pour commencer, je vais proposer quelques réponses générales à la Question et en soulever ce qui me semble être quelques difficultés.

1/ La philosophie est l'amour ou la quête de la sagesse
Cette réponse, qui sent l'Antiquité, introduit la notion de sagesse, qu'il faudrait caractériser avec précision, mais qui admet d'emblée au moins deux interprétations.
Première interprétation : la sagesse désigne la possession d'un savoir universel, organisé et harmonieux des choses et des hommes. C'est la sophia grecque, la sagesse théorétique. La philosophie serait alors la quête du savoir maximal, donc notamment du savoir concernant les choses fondamentales.
Seconde interprétation : la sagesse désigne la capacité à agir de façon optimale en toute situation, en particulier la capacité à atteindre le bonheur ou la sérénité (pour soi et pour les autres). C'est phronesis grecque, la sagesse pratique.
Une difficulté, me semble-t-il, se trouve dans la relation entre ces deux formes de sagesse. On pourrait dire que la sagesse ultime est la possession des deux précitées. Mais dans ce cas, tout philosophe devrait-il être aussi un scientifique ? Si l'on privilégiait plutôt le savoir, alors le philosophe se réduirait-il à un savant ? Et si l'on privilégiait la sagesse pratique, alors la philosophie serait-elle encore une activité intellectuelle ?
De plus, le savoir a acquis au fil des siècles une complexité folle. Que désignerait aujourd'hui le savoir théorétique : un savoir pointu, ou une simple culture générale (les deux étant souvent mutuellement exclusifs) ? Répondre à ces questions indiquerait également les lieux actuels où le philosophe pourrait évoluer : dans la société, ou dans une université...

2/ La philosophie est la quête de la Vérité
Ici, c'est la notion de vérité qu'il faudrait préciser. Mais cette notion est tellement complexe en philosophie que définir cette dernière comme une quête de la vérité ne nous éclaire en rien. Ou alors, on opte pour la signification la plus commune de la vérité, selon laquelle elle désigne la correspondance entre une représentation théorique et la réalité extérieure censée être décrite. Or, les disciplines dont le moteur est précisément cette vérité comme correspondance sont les sciences. Encore une fois : la philosophie se réduirait-elle aux sciences ?
Si, par contre, on définissait la vérité autrement, par exemple en adoptant le concept de vérité d'un penseur X, cela signifie-t-il qu'il n'y avait pas de philosophie avant X ? Ou n'était-elle qu'une philosophie en devenir, inconsciente ? Un philosophe qui rejetterait X serait-il un non-philosophe, ou un mauvais philosophe ?

3/ La philosophie est la collection des pensées des grands philosophes
Cette réponse peut faire sourire, mais elle n'est pas si anodine. C'est la philosophie conçue comme histoire de la philosophie. Notons que faire de l'histoire n'est pas une activité passive, mais exige une importante activité intellectuelle. Il ne s'agit pas de collectionner des bouquins comme des timbres : encore faut-il les comprendre en méditant dessus.
De nombreuses personnes s'initient à la philosophie à lisant les grands philosophes. La plupart de ces personnes n'écriront jamais d'ouvrage philosophique et ne seront jamais reconnues comme de "grands penseurs". Une difficulté ici est de savoir comment la philosophie peut progresser, évoluer, s'étendre, si elle n'est qu'une référence au passé. Le phénomène qui fait passer un philosophe-historien au stade de "grand philosophe" avec une pensée originale apparaît comme mystérieux.

4/ La philosophie est la collection des branches classiques de la philosophie : métaphysique, éthique, épistémologie, etc.
Cette définition est du genre classificatoire. Son idée est que l'on sait ce qu'est un métaphysicien, un éthicien, un épistémologue, etc., et l'on décide de tous les appeler des "philosophes". L'intérêt de cette définition est qu'en général, les branches de la philosophie sont mieux codifiées que la philosophie elle-même. La difficulté est qu'ici, l'unité de la philosophie n'est que superficielle... mais peut-être que la philosophie n'a, en fait, pas d'unité.

5/ La philosophie est le développement de l'esprit critique et de la lucidité conceptuelle
La philosophie apparaît ici par excellence comme une compétence intellectuelle plus qu'un savoir. Même si le savoir peut développer l'esprit critique, ce n'est plus nécessairement admis d'emblée. Pour qu'un savoir donne ses fruits, notamment le savoir sur les penseurs du passé, il faut précisément l'aborder avec esprit critique, autrement on l'adopterait dogmatiquement. Cette vision implique souvent une critique de la philosophie conçue comme histoire de la philosophie. Une difficulté ici est que si le philosophe était avant tout un esprit critique, aurait-il encore des raisons de construire sa propre pensée, son propre système ? Ne devrait-il pas rester critique vis-à-vis de ses propres idées et, finalement, devenir un sceptique permanent, un contradicteur par principe ?

Je vous invite maintenant à commenter, critique, développer ce qui précède et à proposer d'autres définitions possibles de la philosophie, en particulier celle qui vous paraît être la bonne définition...

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Ragnar I le Ven 20 Fév 2015 - 14:33

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Je participerais bien à ce débat, il sera sans doute intéressant, mais je me prends en ce moment la tête avec ce que tu places en 5 et qui est le développement de l'esprit critique et de la lucidité conceptuelle. Face au système de Hegel, pour être plus précis. Et ne n'est pas une mince affaire.

Bon courage à tous, en attendant ...

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Aldolo le Sam 21 Fév 2015 - 15:30

Pour moi, philosopher c'est chercher à comprendre les rapports (problématiques) des hommes au monde (à la vie).
En outre, je pense qu'il est de la nature de la pensée de chercher à comprendre.

Et si une conscience peut peut-être suffire à répondre à un problème spécifique, dès qu'on envisage les problèmes en interaction, on est bien obligé d'ordonner les choses pour y voir un peu clair. Et alors, pour ne pas se perdre, seuls les mots peuvent servir de repères fiables à la pensée, parce qu'eux seuls sont capables de préserver l'intégrité d'un sens au sein de la mémoire (et ce par des chemins de logique que la mémoire semble intégrer pour les retrouver). Et un mot qui fait sens, c'est un concept. Alors, on pense en terme de concepts : les concepts sont les outils de la pensée.

C'est pourquoi je souscris à la définition de Deleuze comme quoi : la philosophie, c'est l'art de créer des concepts. Mais ça ne veut pas dire que n'est philosophe que celui qui en créerait, puisque les concepts ne sont que des outils (pour penser, pour philosopher). Un philosophe est donc un penseur qui établit un plan de pensée global, c'est-à-dire qui tient compte de l'interaction entre les problèmes ; un plan qui fait sens par rapport au problème posé, soit celui de la nature des rapports des hommes au monde.
Ce plan doit à mon sens en outre être immanent, parce que justement il est question de chercher à comprendre et rien d'autre, et que la raison ne peut se satisfaire d'une quelconque transcendance pour expliquer les choses. La transcendance n'explique rien, elle doit être expliquée.

D'où la définition complète :

6/ La philosophie, c'est l'art de créer des concepts et de les intégrer à un plan d'immanence.



Quelques observations sur les autres définitions.

1/ La sagesse : la philosophie n'a pas/plus à se préoccuper de la sagesse : la sagesse est une quête en soi qui réfère plus à un mode de vie qu'à une compréhension des choses (même si elle peut l'inclure). La compréhension des choses (de la nature des relations des hommes au monde, donc) est aussi une chose en soi qui se suffit à elle-même.

2/ La Vérité : la vérité est un concept qui n'a pas de sens si on ne lui oppose le faux (l'illusion, la bêtise etc). C'est le savoir qui, quand il se prétend philosophique, veut l'élever au rang d'absolu. Une vérité ne peut être éventuellement absolue qu'au sein d'un contexte spécifique : toute recherche de La Vérité est une demande de transcendance qui n'a rien à voir avec l'objet de la philosophie (qui a assez à faire avec l'erreur, les illusions; la bêtise etc).

3/ L'histoire de la philo : ce serait faire de la philosophie un savoir, ce que je refuse. Certes il y a des savoirs philosophiques, mais pour moi toujours en négatif (c'est-à-dire par rapport à l'illusion, la bêtise etc).

4/ Un ensemble de spécificités : pourquoi pas, mais c'est piégeur : pas si sûr qu'il soit plus facile de définir telle ou telle branche de la philo ; pas plus que de dire qu'une totalité des branches la recouvrirait. La définition deleuzienne en tous cas évite ce piège. Il dit en outre quelque part que la philosophie doit se confronter au non-sens du chaos pour être digne de ce nom : ça suffit bien à résumer sa spécificité.

5/ L'esprit critique : toute pensée sérieuse est supposée faire preuve d'esprit critique. On ne voit pas en quoi ça suffirait à en faire une philosophie. On est là encore dans les idées de philosophie-savoir (et autre philosophie-sagesse).

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  AntiSubjectiviste le Dim 22 Fév 2015 - 13:44

aldolo a écrit:C'est pourquoi je souscris à la définition de Deleuze comme quoi : la philosophie, c'est l'art de créer des concepts. Mais ça ne veut pas dire que n'est philosophe que celui qui en créerait, puisque les concepts ne sont que des outils (pour penser, pour philosopher).
C'est problématique. Tu dis que la philosophie est, par définition, l'art de créer des concepts, pour ensuite dire que celui qui en crée n'est pas nécessairement un philosophe. Ce n'est donc pas une bonne définition!

Parce qu'en effet, de nombreuse disciplines créent des concepts au sens large du terme, y compris des concepts à prétention universelle. Il faudrait soit distinguer les concepts philosophiques des autres (ce qu'essaie de faire Deleuze...), ou alors ajouter des critères pour rendre la définition plus précise.

aldolo a écrit:D'où la définition complète :

6/ La philosophie, c'est l'art de créer des concepts et de les intégrer à un plan d'immanence.
Ne s'agit-il pas là d'un parti pris, celui d'une ontologie moniste ? Dans ce cas, les philosophies dualistes ou pluralistes (comme celle de Descartes) sont-elles des non-philosophies, ou de "mauvaises" philosophies ?

aldolo a écrit:3/ L'histoire de la philo : ce serait faire de la philosophie un savoir, ce que je refuse. Certes il y a des savoirs philosophiques, mais pour moi toujours en négatif (c'est-à-dire par rapport à l'illusion, la bêtise etc).
Le faux comme illusion reste associé à une conception de la vérité comme correspondance avec la réalité : est faux (ou illusoire) ce qui ne correspond pas à la réalité. Et les disciplines qui sont basées sur cette vision sont les sciences, qui portent un savoir (en fait négatif, si l'on est un peu poppérien). Donc de ce point de vue, la philosophie est un savoir, de type scientifique en plus!



Sinon, une voie supplémentaire pour répondre à la Question consiste à dire que la philosophie n'est pas définissable... Mais est-ce possible ?

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Aldolo le Lun 23 Fév 2015 - 0:57

AntiSubjectiviste a écrit:
aldolo a écrit:C'est pourquoi je souscris à la définition de Deleuze comme quoi : la philosophie, c'est l'art de créer des concepts. Mais ça ne veut pas dire que n'est philosophe que celui qui en créerait, puisque les concepts ne sont que des outils (pour penser, pour philosopher).
C'est problématique. Tu dis que la philosophie est, par définition, l'art de créer des concepts, pour ensuite dire que celui qui en crée n'est pas nécessairement un philosophe. Ce n'est donc pas une bonne définition!
Non, ce que je dis est qu'on peut être philosophe sans créer de concept.
Ceci ne préjuge pas que la création d'un concept soit l'acte d'un philosophe ou pas. Chaque concept correspond chez Deleuze à un problème spécifique, est pensé indépendamment d'une totalité philosophique ; il se trouve simplement que les concepts comme les problèmes sont en interaction et qu'on ne peut en faire abstraction. Un penseur pourra donc créer des concepts mais seul un philosophe les placera dans un champ qui n'a pas forcément à faire système mais à valoir système de par sa cohérence. La création de concept vaut donc philosophie dans la mesure elle participe d'une démarche philosophique.

Parce qu'en effet, de nombreuse disciplines créent des concepts au sens large du terme, y compris des concepts à prétention universelle. Il faudrait soit distinguer les concepts philosophiques des autres (ce qu'essaie de faire Deleuze...), ou alors ajouter des critères pour rendre la définition plus précise.
Deleuze envisage à dessein deux termes différenciés pour dire les créations de la philosophie et de la science (concepts et fonctions sauf erreur). La science s'occupe des conditions des états de choses, la philosophie du sens des événements. Les événements étant ce qui produit des états de choses, on n'est donc pas très loin. Mais la science isole l'état de choses qu'elle veut étudier du contexte général pour en rechercher les conditions et en trouver des vérités (elle ne peut procéder autrement, tenir compte de tout), quand la philosophie se doit de traiter l'événement au sein d'un contexte général qui fasse sens pour l'homme. Du coup les deux ne produisent pas du tout les mêmes propositions, ce n'est pas la même démarche (la science par exemple est dans une démarche strictement logique, indépendante de toute émotion ou sensation). De plus un état de chose reste toujours à définir en philo...

AntiSubjectiviste a écrit:
aldolo a écrit:D'où la définition complète :
6/ La philosophie, c'est l'art de créer des concepts et de les intégrer à un plan d'immanence.
Ne s'agit-il pas là d'un parti pris, celui d'une ontologie moniste ? Dans ce cas, les philosophies dualistes ou pluralistes (comme celle de Descartes) sont-elles des non-philosophies, ou de "mauvaises" philosophies ?
Une ontologie moniste ? (je marche sur des œufs avec ces termes qui me sont peu familiers). Je pense que pas du tout, le plan d'immanence n'est pas un sens, mais est une perspective qui fait sens (voir le fil sur Deleuze). Chaque concept est virtuellement producteur de sens, où en dévoile (à la limite, la cohérence suffit au plan d'immanence, même si avoir une perspective sur les choses n'est pas anodin). Par exemple, il n'y a pas de principe premier (ou transcendant) chez Deleuze d'où d'autres découleraient : chaque concept est pensé indépendamment et est supposé recouvrir un problème spécifique. Et c'est l'interaction des concepts qui dévoile une philosophie porteuse de son propre sens, un sens sur le même niveau d'immanence que celui propre aux concepts.
Les philosophies dualistes sont sévèrement rejetées par Deleuze, pour qui la différence va bien plus loin que les oppositions ou contradictions, qui pour lui restent en général scotchées à la représentation. Je ne suis pas très pointu sur ces termes : "pluraliste", mais je crois pas non plus (sauf erreur) : ce que je conçois en tous cas, c'est que l'être est envisagé comme à la fois multiple et univoque quand j'ai cru comprendre que la philo traditionnelle nous parle plutôt d'un être unique et équivoque.

AntiSubjectiviste a écrit:
aldolo a écrit:3/ L'histoire de la philo : ce serait faire de la philosophie un savoir, ce que je refuse. Certes il y a des savoirs philosophiques, mais pour moi toujours en négatif (c'est-à-dire par rapport à l'illusion, la bêtise etc).
Le faux comme illusion reste associé à une conception de la vérité comme correspondance avec la réalité : est faux (ou illusoire) ce qui ne correspond pas à la réalité. Et les disciplines qui sont basées sur cette vision sont les sciences, qui portent un savoir (en fait négatif, si l'on est un peu poppérien). Donc de ce point de vue, la philosophie est un savoir, de type scientifique en plus!
On doit sans doute envisager un champ de vérité pour définir le faux ou l'illusion, mais on peut pareillement dire le contraire. C'est comme de parler d'un être infini et parfait pour définir la finitude des hommes, le concept est intéressant et productif, mais reste abstrait.
La réalité échappe à toute image de vérité, dans le sens qu'on ne peut la définir de façon absolue, et ce surtout dès qu'il s'agit des relations des hommes au monde : ni l'homme ni les choses ne peuvent être considérés pour Deleuze comme un point fixe solide à partir duquel l'un définirait l'autre.
Pour reprendre ce qui est dit plus haut, la science peut donc affirmer un savoir dans la mesure où elle isole arbitrairement son objet d'étude du contexte général des choses. La philo elle, se doit donc de se confronter sans cesse au chaos du non-sens dès que son objet est de faire sens. Et ce type de chaos n'est pas sélectif !

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Kercoz le Lun 23 Fév 2015 - 7:58

Pour définir la Philosophie, on peut se référer à son histoire. Ce qui implique de l' opposer au Sophisme. La philosophie cherche à savoir; Le Sophisme "Sait". Du moins il veut la certitude en s'appuyant sur la rationalité "les phénomènes naturels s'expliquent par des causes naturelles"
Il semble que la définition de la philosophie ait changé après le Sophisme. Malgré l' opposition des 2 parties ( les jugements qui nous restent sur les sophistes sont exclusivement ceux de leurs opposants), la philosophie semble avoir absorbé le caractère "rationnel" des sophistes.

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Invité le Mer 25 Fév 2015 - 20:57

Il n'y a pas de définition de la philosophie ou plutôt il y en a autant que de personnes sur Terre.

En effet, une définition est propre à chaque personne, sinon, pour ce qui est de la définition qu'on est censé admettre tous, faut pas chercher bien loin, vers 3/4 dans le Larousse.
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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Aldolo le Mar 7 Juil 2015 - 3:59

AntiSubjectiviste a écrit:
aldolo a écrit:D'où la définition complète :
6/ La philosophie, c'est l'art de créer des concepts et de les intégrer à un plan d'immanence.
Ne s'agit-il pas là d'un parti pris, celui d'une ontologie moniste ? Dans ce cas, les philosophies dualistes ou pluralistes (comme celle de Descartes) sont-elles des non-philosophies, ou de "mauvaises" philosophies ?
Après avoir j'espère mieux compris la signification du terme "monisme", je livre une réponse qui me semble plus appropriée, en forme de résumé tiré à partir de ce lien :
https://books.google.fr/books?id=45ttE46hsaUC&pg=PA61&hl=fr&source=gbs_toc_r#v=onepage&q&f=false
Montebello a écrit:Le Plan d'Immanence se présente d'abord comme un tissage, le passage réciproque de la pensée et de l'être, une étoffe nouant endroit et envers, dehors et dedans, une seule voie philosophique. Il est question du commencement de la philosophie. Qu'est-ce qui commence avec elle, et seulement avec elle, jamais ailleurs, jamais dans aucune représentation, aucune positivité, aucun savoir, aucune opinion. Ce ne sont plus les présupposés subjectifs et dogmatiques qui sont examinés, c'est l'absolu du commencement lui-même, ce que commencer en philosophie veut dire, indépendamment des préjugés, des erreurs, des illusions. Il est de la nature de la pensée philosophique de ne pouvoir commencer qu'en produisant une image de la pensée qui s'articule à une intuition primordiale.
Quel est le sens de cette intuition ?
(...)
On ne commence à penser que contraint par la violence du monde, affecté dans sa manière de voir, de sentir, immergé dans l'épreuve pathétique d'un "voir". C'est pourquoi on ne trouve pas de philosophie sans intuition. La pensée est rêve, blessure, épreuve, elle naît dans une intuition qui sécrète le mouvement infini de la pensée. D'une intuition qui peut être délirante, il faut que la philosophie en fasse une image qui tienne debout.
(...)
Ce que la pensée peut revendiquer en droit, c'est de penser ce qui s'impose à elle. Il ne s'agit pas de connaître ou d'expliquer, mais de se demander ce qui ne peut qu'être pensé (...) L'impensable est ce qui est à penser, ce qui ne peut être que pensé, l'horizon supérieur comme tâche primordiale de la philosophie, en réponse à la compréhension intuitive qui la traverse comme pure fulgurance. Qui peut imaginer qu'une philosophie se mette en mouvement par l'intellect, sans intuition ni vision ?
(...)
Mais l'intuition est toujours une intuition liée à une expérience d'être, à une épreuve d'être. Une expérience d'être fait jaillir l'intuition, laquelle contraint à son tour la pensée à se donner une image de l'unité du pensable. La philosophie crée ses concepts sur le sol d'une intuition pré-conceptuelle, mais dès qu'elle les crée elle se dédouble simultanément en image de la pensée et en matière de l'être. Le plan d'immanence a ainsi deux faces indissociables, pliée l'une sur l'autre.
(...)
Le plan d'immanence que chaque philosophe s'efforce de créer n'est pas du relatif, une variation philosophique, une interprétation subjective, un point de vue. C'est un perspectivisme toujours pris sur un plan d'absolu. Il ne témoigne pas d'une vérité d'après le sujet, parce qu'il ne manifeste pas une relativité du vrai mais "la vérité de la relativité" dès lors qu'un plan absolu est érigé, sans centre, sans point fixe.
(...)
Ce qui nous est dit en fait, c'est que l'immanence est la philosophie elle-même pour autant qu'elle sait opérer la réversibilité de l'être et de la pensée, produisant d'un même geste une matière à l'être et une image à la pensée. On aura compris que ce qui est absolu en philosophie, c'est la réversibilité même. La réversibilité est l'opération même qui maintient les deux sens.
(...)
Par cette réversibilité, dehors et dedans communiquent. L'intérieur est déjà tissé avec l'extérieur, l'âme avec le monde, et inversement. C'est en ce sens que l'immanence présente "à la fois le plus intime de la pensée et pourtant le dehors absolu". Penser est toujours l'invagination du dehors (et pas une activité intérieure).


AntiSubjectiviste a écrit:de nombreuse disciplines créent des concepts au sens large du terme, y compris des concepts à prétention universelle. Il faudrait soit distinguer les concepts philosophiques des autres (ce qu'essaie de faire Deleuze...), ou alors ajouter des critères pour rendre la définition plus précise.
Disons que les concepts (philosophiques) se réfèrent aux événements quand les fonctions (scientifiques) se réfèrent aux états de choses.
Les événements sont problématiques de par leur caractère de nouveauté (c'est ainsi qu'ils nous apparaissent), et la philosophie cherche à en tirer du sens. La science elle, n'a pas à se soucier de problèmes de sens, elle s'occupe exclusivement des causes et des effets : tel état de chose entraîne tel autre selon telles conditions. La philosophie ne peut que s'occuper de l'événement dans toutes ses dimensions (et en premier lieu la dimension humaine), tout concept étant potentiellement relié à l'ensemble des concepts. La science elle, est au contraire obligée d'isoler tel ou tel état de choses pour observer les conditions qui l'amènent à en produire un autre : elle met en quelque sorte un état de choses en condition d'être observable.
La philosophie (deleuzienne) va ainsi d'événements en événements quand la science va d'états de choses en états de choses. Les deux ne doivent pas être confondus : l'événement est ce qui produit les états de choses à partir d'un mouvement, mais comme l'intérêt est de trouver ce qui fait sens à partir de ce mouvement, la philo est sans cesse confrontée à la monstruosité du non-sens, ce qui n'est pas le cas de la science. Le sens (faire sens) n'est pas un état de choses, c'est un facteur irrémédiablement lié à l'humain, l'humain qui est seul à pouvoir référer un sens par la consistance que celui-ci lui procure ; un sens qui s'inscrit à son tour dans les virtualités propres aux événements futurs, et ainsi de suite. L'événement en ce sens est immatériel, c'est-à-dire qu'il est perpétuelle virtualité qui s'actualise ou pas.

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  AntiSubjectiviste le Jeu 6 Aoû 2015 - 2:25

La philosophie ne serait pas la seule discipline à créer des concepts pour donner du sens à des événements. La religion et les sciences humaines le font également. Qu'est-ce qui distingue alors la philosophie des autres disciplines s'intéressant à l'humain ?

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Aldolo le Jeu 6 Aoû 2015 - 2:51

AntiSubjectiviste a écrit:La philosophie ne serait pas la seule discipline à créer des concepts pour donner du sens à des événements. La religion et les sciences humaines le font également. Qu'est-ce qui distingue alors la philosophie des autres disciplines s'intéressant à l'humain ?
Par rapport à la religion, la réponse est simple : la philosophie n'a pas à s'occuper de transcendance, elle doit au contraire expliquer les choses et non les rendre encore plus confuses avec des concepts qui soit disant "chapeauteraient" tel ou tel problème humain sans jamais être eux-même ni expliqués ni remis en question.

Pour les sciences humaines, il semble que oui, elles créent des concepts. Mais les sciences humaines n'ont pas à se colleter une quelconque globalité propre à la condition humaine. La sociologie par exemple peut bien caricaturer a gros traits tel ou tel comportement de tel ou tel groupe d'individu, elle laisse de côté chaque spécificité individuelle.

Sinon, on a déjà parlé de cette histoire de créer des concepts. J'ai déjà dit que tout penseur (a priori non philosophe) pouvait très bien créer des concepts, mais que insérer ceux-ci dans une globalité, une totalité, était propre à la philo. Le job spécifique de la philo est de penser sans limites, en allant au bout de ce que chaque problème est susceptible de dévoiler. Or il se trouve que pour l'homme, toute la pensée est liée : tout système de pensée ne peut prendre consistance qu'au sein d'une cohérence, sinon on n'y croit pas.
Il y a donc une histoire de cohérence qui ne regarde que la philosophie, il me semble... même si chaque concept, supposé répondre selon Deleuze à un problème spécifique et concret, peut et surtout doit être pensé indépendamment de tout système etc. La cohérence inter conceptuelle est la seule garante d'un certain sens, et seule la philo se doit d'en tenir compte, me semble-t-il.

Ensuite on pourrait continuer sur les événements, et voir de près si le sens que donne Deleuze a un evenement est le même que celui des sociologues ou des psychologues.

Pour finir, j'ajoute qu'il me semble que les sciences humaines n'ont de "science" que le nom...

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  AntiSubjectiviste le Jeu 6 Aoû 2015 - 11:20

aldolo a écrit:Par rapport à la religion, la réponse est simple : la philosophie n'a pas à s'occuper de transcendance, elle doit au contraire expliquer les choses et non les rendre encore plus confuses avec des concepts qui soit disant "chapeauteraient" tel ou tel problème humain sans jamais être eux-même ni expliqués ni remis en question.
Là, tu imposes à la philosophie d'être ontologiquement moniste (c.-à-d. d'affirmer l'existence d'une seule couche de réalité), or il y a des philosophies qui ne le sont pas. C'est un parti pris déjà philosophique, et non une définition neutre de la philosophie. Je l'ai déjà dit plus haut.

aldolo a écrit:Pour les sciences humaines, il semble que oui, elles créent des concepts. Mais les sciences humaines n'ont pas à se colleter une quelconque globalité propre à la condition humaine. La sociologie par exemple peut bien caricaturer a gros traits tel ou tel comportement de tel ou tel groupe d'individu, elle laisse de côté chaque spécificité individuelle.
1/ Ça veut dire quoi, une "globalité propre à la condition humaine" ? Toute philosophie se formule dans un cadre qui met l'accent sur certains aspects et en ignore d'autres considérés comme "non pertinents".

2/ Chaque discipline, en fait, peut définir sa propre notion de "globalité" et ensuite prétendre l'atteindre.
  • L'histoire atteint mieux que tout autre discipline la globalité historique, c.-à-d. la prise en compte de toute l'histoire humaine, de ses traits les plus généraux à ses plus infimes détails. Même les philosophies empruntent à la discipline historique de quoi s'alimenter.
  • L'anthropologie atteint mieux que tout autre discipline le fait universel que l'humanité s'organise en sociétés, et aborde par exemple la question du fondement des sociétés.
  • La linguistique et les sciences littéraires se concentrent sur l'universalité du langage.
  • Et, bien sûr, la religion a un discours extrêmement globalisant également.
La philosophie ne fonctionne pas différemment. Elle définit elle-même la "globalité humaine" qu'elle brandit, et chaque système philosophique ne réduit le monde que d'une certaine façon seulement. Toute discipline crée des concepts et les insère dans une globalité qui lui est propre; ce n'est pas ce qui caractérise la philosophie.

3/ Pire encore pour la "globalité humaine", il y a des philosophies qui ne s'intéressent pas à l'humain ! Comme la philosophie de la nature, qui s'interroge sur la matière, le temps, la causalité, les lois de la physique, l'émergence, l'origine de l'univers, etc. Il y a toujours une globalité, mais dans laquelle l'aspect "humain" est ignoré.

aldolo a écrit:Il y a donc une histoire de cohérence qui ne regarde que la philosophie, il me semble... même si chaque concept, supposé répondre selon Deleuze à un problème spécifique et concret, peut et surtout doit être pensé indépendamment de tout système etc. La cohérence inter conceptuelle est la seule garante d'un certain sens, et seule la philo se doit d'en tenir compte, me semble-t-il.
C'est évidemment faux que la cohérence des concepts ne regarde que la philosophie. Tous les disciplines recherchent la cohérence, et à ce niveau les théories philosophiques, même si elles le prétendent, ne sont pas factuellement plus cohérentes que celles d'autres disciplines. On trouve régulièrement des contradictions chez des philosophes.

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Aldolo le Jeu 6 Aoû 2015 - 20:54

Pour la religion donc.
Ici on est a donner une définition de la philo. Pour moi, la philo consiste à comprendre (ensuite tu as le droit de nier ça).
Suivant ce principe pose, toute transcendance n'explique rien... et doit au contraire être expliquée. Et donc la religion sort de ma définition. Ce qui n'empêche pas de penser qu'une religion offre une part de philosophie, qu'elle est une explication du monde, si tu veux... mais je ne peux pas admettre qu'une vision du monde qui impose tel ou tel concept sans l'expliquer fasse partie de ma définition de la philo, rien de plus.
Il me semble que cela ne veux pas dire une vision moniste. : il est juste question de compréhension des choses... et donc d'explication.
Je ne pense pas me prononcer pour une philosophie monisme et ne dénigre pas une philo dualiste, j'en sais rien. Mais ce que j'ai déjà dit et répété, c'est que l'homme a besoin d'une vision du monde qui fasse cohérence pour lui, qu'on ne peut pas vivre dans un environnement mental auquel on ne croirait pas. Et c'est la qu'il est question d'un seul plan d'explication et non de monisme, et non de choisir entre monisme ou tout ce que tu veux. C'est ça que je veux faire comprendre.
La philosophie est en outre la seule discipline censée aller jusqu'au non-sens, jusqu'à l'absence de sens, puisqu'elle doit elle-même poser les problèmes qu'elle pense, poser de bonnes questions. Rien de tel pour la sociologie ou la linguistique qui pensent leurs sujets dans un cadre spécifique déjà défini (quand bien même encore une fois elles seraient amenées à déborder ce cadre). Il n'y a pas de cadre "donné" pour aborder, pour choisir les thèmes philosophiques : il y a l'homme, il y a la vie... et on se débrouille avec ça.

Pour la globalité-totalité. Ça me paraît aller de soi que la philosophie doit prendre en compte la totalité du réel (du réel de l'homme bien sur). Je dis bien prendre en compte et non expliquer : ça veux dire qu'une philosophie (supposée cohérente donc) ne peut pas se permettre qu'un truc qu'elle n'a pas réfléchit déboule d'ailleurs et la rende absurde.
Par exemple, si la mécanique quantique interdit le monisme (ou le dualisme), les philosophies correspondantes deviendront non pas forcément stupides, mais seront quand même entachées d'un présupposé (mis à jour par la MQ) qui relativisera nettement leur portée... et donc il est question d'un présupposé qui reste "à penser". On les lira donc en prenant ce facteur en compte. Ce qui n'empêche qu'elles pourront aussi dire par ailleurs des trucs passionnants (il y a forcément des trucs passionnants a comprendre avec tout grand philosophe, quand bien même la globalité/cohérence de leur système peut aujourd'hui prêter à sourire).

Et dans les exemples que tu a pris, je ne vois nulle part cette totalité.
Bien sur que parler de socio ne peut qu'amener a s'interroger sur mille problèmes en relation avec ; tout comme on ne peut penser le langage en dehors de son rapport à une idée de la pensée etc. Il n'empêche que ce n'est ni la socio ni l'histoire qui est supposé faire le travail de tout relier... relier la psychologie des masses avec l'histoire, avec le langage, avec la psychologie de l'homme, avec le politique etc etc : c'est la philo. Je ne vois pas quelle autre discipline puisse se définir elle-même comme devant penser la relation globale de l'homme à la vie (là où j'avais trop vite parlé de "condition humaine" qui n'est effectivement pas un très bon terme).

A part ça, tu ne peux pas répondre : "il y a des philosophies qui...". Si des philosophies ne prennent pas l'homme en compte, c'est pas des philosophies en ce qui me concerne. Je te rappelle qu'on est dans la recherche d'une définition, donc "il y a des philosophies" est un argument illogique ;)

Enfin pour la cohérence, bien sûr qu'une cohérence est supposée être respectée par toute forme de pensée. Je te rappelle juste qu'il est encore (et toujours) question de cette fameuse totalité dont j'ai parlé... et aussi des problèmes de sens que l'homme se pose, par exemple. C'est à tout cela que la philosophie doit se rapporter. Une forme de totalité donc.

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  AntiSubjectiviste le Ven 7 Aoû 2015 - 10:58

aldolo a écrit:Et dans les exemples que tu a pris, je ne vois nulle part cette totalité.
Bien sur que parler de socio ne peut qu'amener a s'interroger sur mille problèmes en relation avec ; tout comme on ne peut penser le langage en dehors de son rapport à une idée de la pensée etc. Il n'empêche que ce n'est ni la socio ni l'histoire qui est supposé faire le travail de tout relier... relier la psychologie des masses avec l'histoire, avec le langage, avec la psychologie de l'homme, avec le politique etc etc : c'est la philo.
La philosophie ne relie pas nécessairement tout. De nombreux philosophes ne s'intéressent pas au phénomène du langage, d'autres ignorent complètement la question anthropologique du fondement des sociétés, d'autres encore ignorent la dimension historique de l'humanité. Aucun philosophe ne parle de tout, même s'il peut prétendre que son système englobe tout (mais ce n'est là qu'une prétention : concrètement, s'il ne parle pas d'une chose, on ne voit pas en quoi elle serait intégrée à son système).

aldolo a écrit:Je ne vois pas quelle autre discipline puisse se définir elle-même comme devant penser la relation globale de l'homme à la vie (là où j'avais trop vite parlé de "condition humaine" qui n'est effectivement pas un très bon terme).

A part ça, tu ne peux pas répondre : "il y a des philosophies qui...". Si des philosophies ne prennent pas l'homme en compte, c'est pas des philosophies en ce qui me concerne.
Donc ce qu'on appelle communément la "philosophie des sciences" n'est, pour toi, pas vraiment de la philosophie. Actuellement, de nombreuses personnes, diplômées en philosophie, font de la recherche qualifiée de "philosophique" sur la causalité, les lois de la nature, l'espace-temps, la sélection naturelle, la génétique, etc. Aucune n'est donc philosophe, pour toi ? Et si l'on prend les penseurs classiques, ils ont pour la plupart un chapitre qui porte sur ce genre de thème où l'humain est absent : aucun de ces chapitres n'est donc philosophique ?





C'est quoi, positivement parlant, la totalité philosophique dont tu parles ? L'appeler "totalité" ne suffit pas, il faut encore dire en quoi elle consiste, donner son sens.

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Aldolo le Ven 7 Aoû 2015 - 19:32

Tu ne comprends pas. Je ne dis pas que la philosophie doit tout inclure, mais qu'elle doit tenir compte d'une totalité... et je dis que cette totalité nous est donné par la relation de chacun vis-à-vis de son univers mental : tout le monde ne peut que concevoir une forme de cohérence de son univers mental ou la totalité du monde est envisagée comme prise en compte (on ne pourrait vivre dans un monde, un univers mental auquel on ne croirait pas). Aussi c'est cette forme de totalité-la qui doit être prise en compte par la philo (quand bien même, bien sûr, il serait présomptueux de prétendre y répondre).
Il n'est donc pas question de répondre à tout, mais que les réponses soient en cohérence, et prennent en compte, "n'oublient pas" des choses aussi compliquées que par exemple le sens... puisque ce genre de question se pose sans cesse aux hommes.

La philosophie doit partir à chaque fois de zéro, doit créer elle-même les questions qu'elle va penser, à partir des problèmes qu'elle aura aussi à détecter, à définir, suivant ses critères à elle, critères de sérieux, d'important, de réel... contrairement à la science par exemple, qui elle suit un processus de connaissance, et dont les problèmes se dévoilent plus ou moins d'eux-mêmes au fur et à mesure qu'elle avance.

C'est ça qu'il faut comprendre...

Ensuite tout (et justement tout, à propos) peut poser philosophiquement question... sauf que c'est bien une forme spécifique de pensée proprement philosophique qui aura à prendre en compte tel ou tel élément de savoir, de nouveauté etc.
La philosophie des sciences, pourquoi pas ? J'imagine qu'il s'agit de chercher à tirer ce que les avancées de la science peuvent amener à penser en terme de philosophie. Très bien. Sauf donc que cette démarche qui consiste à penser philosophiquement tel ou tel savoir scientifique (ou autre) peut participer d'un processus de pensée, mais philosophique et non scientifique. La science n'a pas à prétendre philosopher, pas plus que la philosophie n'a à prétendre savoir.
Maintenant j'ai déjà dit que les savoirs scientifiques pouvaient réfuter des thèses philosophiques, pas de problème. Ils dévoilent alors ce que la philo aura sans doute pris pour une réalité, ou encore du fruit d'un juste raisonnement... et qui sera du coup réduit à sa juste valeur de présupposé et donc devra être repensé (philosophiquement).

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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Kal' le Sam 8 Aoû 2015 - 16:25

AntiSubjectiviste a écrit:Aucun philosophe ne parle de tout, même s'il peut prétendre que son système englobe tout (mais ce n'est là qu'une prétention : concrètement, s'il ne parle pas d'une chose, on ne voit pas en quoi elle serait intégrée à son système).

Allons, allons, A.S. ! En plus de la part d'un matheux !
A l'instant où il est possible de faire des catégories, et analogons, on peut parler d'une chose sans l'évoquer directement.
Le philosophe, notamment quant il fait de l'ontologie et de l'épistémologie parle de TOUTE chose dés le moment où il parle de ce qu'elles ont TOUTES en commun, notamment quand au fait qu'elles sont d'abord Fruits du Sujet, etc.    ;)    .
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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 14:08

Qu'est-ce que la philosophie ? ... Je trouve que les dicos classiques n'en donnent pas une si mauvaise approche initiale, au contraire. Sinon, la philosophie est souvent définie sous plusieurs angles :
1. En tant que doctrine ;
2. En tant qu'histoire ;
3. En tant que discipline ;
4. En tant qu'expérience.

1. Comme doctrine, philosophie désigne la cohérence intellectuelle des écrits ou des propos totaux, d'une personne ou d'une école. La philosophie kantienne, la philosophie cynique - nécessitant fatalement, pour saisir tout cela, une forme d'expérience de la philosophie.
2. Comme histoire, philosophie désigne l'ensemble des différentes doctrines philosophiques - nécessitant fatalement, pour saisir tout cela, une forme d'expérience de la philosophie.
3. Comme discipline, philosophie désigne l'enseignement des doctrines et de leur histoire - nécessitant fatalement, pour saisir tout cela, une forme d'expérience de la philosophie.
4. Comme expérience, philosophie désigne l'exercice de notre réflexion, de notre pensée, de notre logique, de notre raison, de notre entendement, de notre esprit, de notre âme, de notre être, de notre vie (avec des préférences terminologiques selon les doctrines, voire des rejets) sur à peu près tout. Ce qui, censément, conduit l' "expérienceur" à interroger même son expérience philosophique ou son expérience de la philosophie, de sorte à faire vaciller même le contenu assignable au mot philosophie "dans l'absolu". Dans l'ensemble, cette expérience doit permettre l'élaboration de ce qu'il est convenu d'appeler la sagesse ou une sagesse parmi d'autres, un style de vie parfois, une façon de voir dans tous les cas - cette sagesse désignant l'espèce d'idéal peut-être inaccessible d'un achèvement, d'une perfection ou d'un accomplissement du philosophe. La philosophie même, naît en réaction à ceux qui se prétendent sages, puisqu'elle signifie étymologiquement amour de-/aspiration à- la sagesse, à supposer que les réputés sages soient des prétentieux, en regard de la modestie théoriquement supposée par la démarche du philosophe, qui ne se prétendrait pas achevé, parfait ou accompli, mais toujours en voie d'achèvement, de perfectionnement ou d'accomplissement. Ceci étant, chaque doctrine philosophique propose son espèce de finition.

En somme, ce qui dérange avec la philosophie, c'est qu'elle n'a pas de contenu assignable a priori, de sorte que je me prêterais à la définir - en plus de ma réponse dans le sujet peut-on vraiment définir la philosophie - à la définir, disais-je, comme prise de risque ou mise en danger, de celui qui se lance dans l'aventure conceptuelle, passionnément, avec une grande ingéniosité. Car philosopher, c'est mettre en suspens la certitude, pour éventuellement en retrouver soi-même, insolite et solitaire, insolitaire à mon avis ! Nombreux sont les philosophes à décrire la "paratopie" (l'à-côté, l'à-travers, l'en-dehors, le par-devers, l'en-face, le face-à-face, etc.) de la condition philosophique à l'égard de tout.

Il faut rester simple parce que, paradoxalement, aussi compliquées soient certaines élaborations philosophiques, tout part d'une motion simple. On pourrait même supposer que le philosophe réalise la définition d'Homo sapiens sapiens, à savoir la condition de l'Homme qui connaît qu'il connaît, et qui peut commencer par en tirer le milésien (repris par Socrate) connais-toi toi-même, en réalisant initialement et modestement qu'on ne sait rien afin de mieux savoir ensuite. Or, puisque savoir, c'est pouvoir, on philosopherait logiquement pour se pourvoir (intellectuellement, éthiquement, politiquement, scientifiquement, etc.) dans l'existence.

Aussi bien, tout le monde philosophe sans le savoir, mais qui philosophe en le sachant réalise la philosophie - question d'intensité, de compétence et de performance. Enfin, dans une culture de l'écrit comme la nôtre, ainsi qu'en guise d'aide-mémoire, écrire sa philosophie ou la voir écrite par un autre, facilite la reconnaissance d'un statut de philosophe via une certaine traversée/épuration/sélection historique, qui pourtant comporte ses pertes hasardeuses, ses oublis, ses disparitions, ses aliénations, ses rétorsions, ses distorsions et ses malversations de la mémoire universelle.


La "philosophie" telle que nous la percevons et la concevons grosso modo actuellement, surtout parmi les connaisseurs, tient malheureusement encore trop de la légende triadique Socrate-Platon-Aristote, versus les sophistes. En fait, au prétexte qu'on a hérité en masse de Platons et d'Aristotes (d'ouvrages de ... ), on a rapidement adopté la posture platonico-aristotélicienne qu'on ne saurait philosopher si l'on est sophiste (professeur, engagé publiquement, monnayé). Or, les sophistes ont du bon, à dire qu'il n'y a pas de vérité vraie ni de réel réel, que tout est question de perspectives, etc.

A ce titre, tous nos réputés philosophes actuels sont des sophistes, médiatiques comme universitaires : les connaisseurs me semblent avoir les yeux pourris à ce niveau, pour ne pas voir cette vérité en face. Mais Platon et Aristote reconnaissaient les "pré-socratiques" dont on n'a pas ou peu hérité, comme sources d'inspiration, qui n'ont rien ou presque rien d'aussi méthodologique que la maïentique et l'elenchos socratiques. Or, la métaphysique patonicienne n'est rien sans Parménide, le naturalisme d'Aristote n'est rien sans Thalès, Empédocle, Anaximandre, etc.
A peine plus tard, et tiré de Socrate, le cynisme n'est rien sans Héraclite sur l'antisocialité (l'anarchisme recoupe l'aristocratisme en bout de course), ni l'épicurisme sans Démocrite sur la matière (Démocrite qui survécut pourtant à Socrate, bien que dit "pré-socratique"). En somme, nous avons tendance à vivre philosophiquement sur la base d'un double mensonge, à la fois financier et historique. Le martyre socratique évoque le christique, la métaphysique essentialiste concorde avec le christianisme et sa sublime expression philosophique moderne en Leibniz (monadologie).

Or, je réalise que, disant cela, je refais à part moi une brève "contre-histoire de la philosophie" inspirée de Nietzsche à Michel Onfray, sans me positionner en onfrayien toutefois. Reste qu'il faut admettre que ces mystifications ont la vie dure et, si l'on voulait m'en croire, on penserait que la philosophie constitue le patrimoine intellectuel et vivant de l'humanité. Forcément, ça impressionne. Mais ça n'est rien que d' "humain", pourtant bel et bien "humain", farouchement et fièrement "humain". De sorte que, au final, on a une trop mauvaise opinion de ... l'opinion ... mais là, c'est le nietzschéisme qui s'exprime : Zarathoustra trouve "au peuple" une meilleure sagesse (sagesse populaire) qu'aux "érudits de l'immaculée connaissance, sages illustres" (dont ladite triade fait partie). On ne saurait tolérer le relativisme sans contradictio in adjecto, et la doxologie actuelle est tout simplement d'une foncière perfidie, qui ne se montre probe que quand ça l'arrange (on appelle communément cela de la puterie).

Il faut donc espérer/aspirer à- une meilleure qualité de l'opinion, un peu comme Jean-François Revel dans la Connaissance inutile, encore qu'il se puisse bien qu'il rêve.

*

"Définition de la philosophie", ça dit potentialité définitoire d'une discipline intellectuelle. Ça présuppose cette potentialité dont on se satisferait, de même qu'on se satisfait évidenciellement de la définition de la chaise, avec les items asseoir, pieds, siège, dossier, matériau, ustensile mobilier, dans un réseau tel que table, bureau, étude, convives, etc.

Dors & déjà pourtant, on voit bien qu'il y a à la fois subdivision catégoriale intrinsèque, et collection générique extrinsèque, ainsi que pour tout mot sans conteste. Cela signale donc d'emblée qu'il n'y a pas philosophie sans (dé)compositions, et cela me renvoie à Emil Cioran et son Traité de décomposition, par lequel on accède à cette intuition de la déliquescence de tout (étym. liquéfaction), et c'est drôle alors comme ce mot entre en résonance avec délinquance (étym. délaissement). Mais de plus, si donc le logos est artificieux dans sa (dé)composition du réel, je pense à l'Anti-Nature de Clément Rosset, où nous découvrons alors qu'il n'est pas de nature de la philosophie possible, ainsi que de tout conséquemment, où la nature indique une naissance/émergence étymologique.

Mais nous disons philosophie afin de consteller un champ d'expériencement-exercitation des personnes s'adonnant à des espèces de raisonnances poussives, phénoménalement concordantes dans tel ordre cognitif. Par exemple, Michel de Montaigne & Albert Camus ont longtemps été exclu du champ philosophique, tandis que je suis surpris de découvrir sur ce forum Charles Darwin inclus, et je suppose qu'on devrait pouvoir découvrir des auteurs en ayant été exclus.

Finalement, je dis pourtant que la philosophie est un champ d'expériencement-exercitation humain, qui raisonnablement se situe alentour les termes du premier post. Et puis, il faut dire que l'humanité ayant très peu évolué depuis l'Antiquité (et même l'époque archaïque/préhistorique ... ), les possibilités de cerner le champ philosophique ne sont pas infinies, quand bien même quelque peu indéfinies : nous restons humains.
Pour autant:
Le post initial me semble exclure la définition nietzschéenne du philosophe, comme créateur de valeurs législatives par cette création-même, auctorialité/autorité surhumanisante du philosophe de l'avenir, bien plus qu'un esprit libre - mais certainement pas un libre-penseur.

Ces problématiques entrent clairement dans le champ de la littérature, littérature qui désigna/e l'ensemble des connaissances & communications distancielles dans 98% de l'Histoire universelle. Or, allez me la définir !

Sinon qu'effectivement, la philosophie semble dans une axiologie raisonnante, quand l'ars scriptura est dans une axiologie narrante.

*

Est philosophe quiconque aspire à une sagesse ? Et si on n'aspire à aucune tout en disant philosopher, philosophe-t-on vraiment ? Et si l'on philosophe sans prétendre à aucune sagesse, dans quelle espèce de sagesse dénégatrice est-on ?
Le Wiktionnaire, pour sagesse, a écrit:1. Prudence, circonspection, sentiment juste des choses.
2. Modération, retenue, maîtrise de soi.
3. (Désuet) Modestie, pudeur, chasteté, surtout en parlant des jeunes filles et des femmes.
4. Caractère prudent, circonspect, d'actions, de paroles, etc.
5. En parlant des ouvrages de l’esprit ou des œuvres d’art, soin que l’on met à éviter ce qui est outré, extravagant, à se renfermer, non sans quelque timidité, dans les bornes prescrites par la raison et par le goût.
6. Connaissance naturelle ou acquise des choses, les lumières de l’esprit.
7. Connaissance inspirée des choses divines et humaines.
Mais si la justice devait varier selon les circonstances, pour préserver sa justesse (1) ? Et si la maîtrise de soi impliquait de se lâcher aussi (2) ? Et si cette sagesse féminine n'était qu'aveugle soumission (3) ? Et si la circonspection s'avérait parfois non-sage, par manque d'implication (4) ? Et si cette sagesse n'était que kitsch (5) ? Et si les lumières de l'esprit avaient leurs parts maudites (6) ? Et si l'inspiration n'était qu'un leurre, sans parler du divin (7) ? ... Est-il sage de parler de la sagesse ? Les sagesses ne vaudraient-elles donc rien ?
Étymologiquement, le Wiktionnaire a écrit:Du latin populaire *sabius, de latin sapiens (« qui a du goût »), participe présent de sapĕre « avoir du goût ; être dans son bon sens ; avoir du jugement ; s’y connaître » ; à rapprocher du vieux portugais sabio.
Une affaire de palais, la sagesse ? De sagacité, à prendre la mesure de ceci-cela ? Protagoras aurait-il donc raison contre Socrate ? Et être dans son bon sens, est-ce la même chose qu'avoir du bon sens, faire preuve de sens commun ? Mais s'il est question d'avoir du jugement et s'y connaître, voilà qu'on rentre dans les règles de l'art, les règles du métier !

Or on a déjà des éléments nous rapprochant de l'idée d'une pluralité de sagesses, quoiqu'apparemment invariables chacune dans son ordre. Affaire de compétences, comme on va voir chez les Grecs !
Étymologiquement, le Wiktionnaire a écrit:Sapiens, verbe sapio. De l’indo-européen commun *sap (« sentir ») qui donne aussi Saft (« jus ») en allemand, sap en anglais (« jus, suc, sève »), sapa en latin (« vin cuit », jusqu'à réduction de moitié ou des deux-tiers.)
Vous la voyez venir, la sagacité ? Éminemment variable, selon. Le goût évaluateur ! Le distillat de l'évaluation ! Le sagace. C'est à s'en faire des concours de bites, à qui aura la plus fine. Il faut le sentir ... du moins, étymologiquement, voilà à quoi nous renvoie le latin pour sagesse.

Le grec σοφία, sophia, pour sagesse, renvoie à σοφός, sophos.
σοφός, pour quoi le Wiktionnaire a écrit:1. Habile.
2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) Prudent, sage. (En particulier) Initié à la sagesse. (En particulier) Ingénieux, fin, rusé.
Ulysse, un sage ? Icare, un fou ?

Mais, comme adjectif, on a :
Le Wiktionnaire, pour σοφός, a écrit:Raisonnable, sage, sensé.
Le serpent se mord la queue, et nous renvoie à la définition française en boucle jusque là, en passant par le latin et ses compétences ! ses savoir-faire : savoir-y-faire montaigniens, certes, mais aussi règles de l'art, règles du métier. Nous retrouvons donc Thalès de Milet, les présocratiques et, aujourd'hui, nos sciences. De quoi donner raison à l'Histoire de la philosophie, de Jean-François Revel ? dont la thèse est : les sciences sont la philosophie désormais, la philosophie est le passif des sciences ...

... hélas, cela ne dit pas encore comment vivre, et du moins sert diversement à prescrire fallacieusement des comment-vivre. Ce n'est pas parce que le café est bon stimulant que je dois me stimuler au café, ni me stimuler tout court, etc. - sans parler des phénomènes singuliers, tels que les cas de maladies inconnues, rares voire uniques, dont s'occupe emblématiquement le Dr House.

On en revient à l'exemple du médecin, si précieux à Socrate et Aristote : à la fois art, métier et sagacité. Au philosophe-médecin de Nietzsche. Il leur faut être sage.
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Re: Qu'est-ce que la Philosophie ? - hypothèses

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