Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

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Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  LibertéPhilo le Mer 31 Juil 2013 - 14:41

Grichka Bogdanov a écrit:Les chercheurs de l’Agence spatiale européenne (ESA) expliquent ainsi sur leur site qu’il «est parfaitement possible que l’Univers ait connu une phase avant le Big Bang». Ils ajoutent aussi que « l’Univers à grande échelle n’est pas vraiment celui qu’on attendait ».  Nous arrivons donc aux frontières de nos connaissances actuelles.

Grâce au satellite Planck, on a découvert qu'il y avait un "avant Big-Bang", mais de quoi est-il constitué ?

Igor Bogdanov a écrit:A quoi ressemblerait cet Univers ?

Igor Bogdanov : 380 000 ans seulement après le Big Bang, l’Univers est parfaitement réglé, il obéit à des lois physiques très précises. Or ces lois sont elles-mêmes soumises à des règles chiffrées, immuables et immatérielles, comme le chiffre Pi, sans lequel notre monde ne pourrait exister.

Selon nous, ces propriétés mathématiques existaient avant que le Big Bang ne donne naissance à la matière. La matière et l’énergie (lumière, gravitation) n’existe pas avant ce Big Bang. Comme il existe un code génétique qui préexiste à la naissance d’un être vivant cette «ère de l’information» serait constituée d’un code cosmologique,  Il est si précis que cela conduit à penser que l’Univers n’est pas né par hasard.  

Autrement dit, si ce n'est pas Dieu qui a créé l'univers, c'est tout du moins indubitablement un esprit qui en est à l'origine. Einstein était persuadé de l'existence dans l'univers d'un entendement, similaire au Dieu de Spinoza. Voilà qui pourrait porter un coup fatal au matérialisme.



Sources :
http://www.directmatin.fr/technologie/2013-06-19/video-les-bogdanov-presentent-les-mysteres-de-planck-490402
http://www.directmatin.fr/culture/2013-06-19/les-freres-bogdanov-revelations-avant-le-big-bang-490518

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  Ragnar (Victor) le Mer 31 Juil 2013 - 21:35

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Nous avons là un cas très représentatif d'explication d'un inconnu par un autre inconnu.

Nous ne savons pas ce qu'est X (inconnu). alors c'est Dieu, ou un « esprit » (inconnu explicatif).

Ce n'est pas ça qui va gâter le matérialisme radical...

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  LibertéPhilo le Jeu 1 Aoû 2013 - 10:48

victor.digiorgi a écrit:Nous ne savons pas ce qu'est X (inconnu). alors c'est Dieu, ou un « esprit » (inconnu explicatif).
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Pas inconnu non plus, nous connaissons les lois scientifiques, nous connaissons les constantes mathématiques, qui ne sont pas des atomes ou tout autre chose matérielle. Un esprit, ou un Dieu, ou un entendement, peu importe, c'est le nom que certains savants, Einstein, puis maintenant certains chercheurs de l'ESA et du CNRS, et les frères Bogdanov (qui en sont les vulgaristeurs) donnent aux lois scientifiques ou aux constantes mathématiques, à ne pas confondre avec le Dieu personnel de la religion judéo-chrétienne, bien sûr. Voici un extrait de cette soit-disant lettre d'Einstein :
Einstein a écrit:Tous ceux qui sont sérieusement impliqués dans la science finiront par comprendre qu’un Esprit se manifeste dans les lois de l’univers, un Esprit immensément supérieur a celui de l’homme
Sans doute apocryphe, mais conforme à ses autres écrits authentiques au sujet de Dieu et de la religion :
Einstein, Comment je vois le monde a écrit:Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n'ai jamais dit le contraire de cela, je l'ai plutôt exprimé clairement. S'il y a quelque chose en moi que l'on puisse appeler "religieux" ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l'univers pour autant que notre science puisse le révéler.
Lettre d’Einstein à Eric Gutkind a écrit:Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l'expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible une collection de légendes certes honorables, mais primitives et qui sont néanmoins assez puéril. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle peut (pour moi) changer cela. Les interprétations subtiles sont très torturées et n’ont presque rien à voir avec le texte original. [...]
Comme un homme, selon vous, pour ainsi dire, vous demandez une dispense de la causalité sinon acceptée, en tant que Juif le privilège du monothéisme. Mais une causalité limitée n'est plus une causalité du tout, comme l’a bien reconnu notre merveilleux Spinoza avec toutes ses incisions, pour la première fois.
Source : http://www.willeime.com/Einstein-Gutkind.htm

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  Ragnar (Victor) le Jeu 1 Aoû 2013 - 15:39

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Par « inconnu », j'entends la question de savoir pourquoi les lois de l'univers et les constantes mathématiques sont telles qu'elles sont et pas autrement, ce qui n'est qu'une version comme une autre de celle de savoir pourquoi il y a quelque chose et pas rien.

Les Bogdanov se posent la question de savoir ce qu'il y a avant le big bang, par exemple. Ils ne le savent pas et d'ailleurs personne ne le sait. Sur cet inconnu, ils tentent de placer un autre inconnu en suggérant, qu'il y a là «une manifestation physique d’une source non-physique».

Ce qu'ils suggèrent, en fin de compte, c'est de considérer que les lois de l'univers et les constantes mathématiques sont issues de quelque chose de non-physique.

Ce « non physique », c'est l'inconnu de substitution. C'est l'inconnu explicatif. C'est la cause qui n'en est pas une. C'est Dieu. C'est l'Esprit. C'est « rien », donc c'est « tout ». Le délire habituel, quoi ...

..................

La question de Spinoza vue par Einstein devrait être mise en perspective avec le fait que ce dernier n'est pas le détenteur d'une omniscience sans défaut. Einstein est certes génial, mais dans les seuls domaines de sa compétence. Dans les domaines du déterminisme probabiliste, par exemple, il est nul. Par ailleurs, sa relativité ne tient pas debout dans certaines conditions, ce que le commun des mortels a tendance à ignorer sous l'effet d'un possible vedettariat littéralement dogmatique du bonhomme.

Le panthéisme spinozien peut être vu sans problème comme sa propre absence au monde, du point de vue matérialiste radical. S'il y a un panthéisme, c'est bien parce que nous ne comprenons rien à la raison d'être du monde. Nous voilà encore devant de l'inconnu auquel se substitue un autre inconnu...

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier la psychologie des personnages historiques, dans cette affaire. Einstein, ce n'est pas n'importe qui en ce sens qu'il a derrière lui un long passé culturel. Spinoza aussi ...

On s'imagine mal un physicien japonais, coréen ou chinois nous parler de panthéisme spinozien ...

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  LibertéPhilo le Ven 2 Aoû 2013 - 9:59

victor.digiorgi a écrit:.Les Bogdanov se posent la question de savoir ce qu'il y a avant le big bang, par exemple. Ils ne le savent pas et d'ailleurs personne ne le sait.
Ils disent que ce n'est ni de l'énergie ni de la matière, puisque elles sont apparues après le big bang. D'un autre côté, les constantes mathématiques existaient nécessairement avant sa création, puisque l'univers est construit sur elles. En gros, ce sont ses fondations. Donc, on peut toujours supposer qu'il y avait autre chose de plus, mais en tout cas, ce ne serait ni de l'énergie, ni de la matière, ni des lois.

la question de savoir pourquoi les lois de l'univers et les constantes mathématiques sont telles qu'elles sont et pas autrement, ce qui n'est qu'une version comme une autre de celle de savoir pourquoi il y a quelque chose et pas rien.
Je te rejoins sur le fait que la démonstration des Bogdanov qui s'appuient sur le Big-Bang (théorie scientifique) n'est qu'une question de métaphysique. Je ne vois même pas pourquoi ils s'occupent du Big-Bang pour se demander si les constantes mathématiques (sous-entendu l'esprit) préexistent au monde. C'est une question aussi vieille que la métaphysique (cf. Aristote, Anaxagore, Pythagore...).

Par ailleurs, sa relativité ne tient pas debout dans certaines conditions, ce que le commun des mortels a tendance à ignorer sous l'effet d'un possible vedettariat littéralement dogmatique du bonhomme.
Je ne suis pas assez compétent sur ce sujet, cela dit, après les révélations des scientifiques du Cern ayant mis en doute la théorie d'Einstein, révélations qui se sont avérées être un bide monumental, on en avait conclu que la relativité n'avait toujours pas été mise en défaut.

S'il y a un panthéisme, c'est bien parce que nous ne comprenons rien à la raison d'être du monde.
Pour moi, le problème du panthéisme est qu'il veut que tout soit parfait. C'est pire qu'une Théodicée.

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier la psychologie des personnages historiques, dans cette affaire. Einstein, ce n'est pas n'importe qui en ce sens qu'il a derrière lui un long passé culturel. Spinoza aussi ...
Tu fais sans doute allusion à leur judéité, seul point commun que je vois entre eux. Mais c'est à mon avis une erreur d'interprétation. Einstein pas plus que Spinoza n'était influencés par la religion juive dans leur conception de l'univers. La "religion cosmique" ne suppose pas de dieu personnel. Einstein trouvait donc que Spinoza, les bouddhistes et Schopenhauer (comme déchiffreur des bouddhistes) s'accordaient à ses propres théories dans leur explication de l'univers.

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  Ragnar (Victor) le Ven 2 Aoû 2013 - 16:29

Philosophos a écrit:
victor.digiorgi a écrit:.Les Bogdanov se posent la question de savoir ce qu'il y a avant le big bang, par exemple. Ils ne le savent pas et d'ailleurs personne ne le sait.
Ils disent que ce n'est ni de l'énergie ni de la matière, puisque elles sont apparues après le big bang. D'un autre côté, les constantes mathématiques existaient nécessairement avant sa création, puisque l'univers est construit sur elles. En gros, ce sont ses fondations. Donc, on peut toujours supposer qu'il y avait autre chose de plus, mais en tout cas, ce ne serait ni de l'énergie, ni de la matière, ni des lois.
Les Bogdanov peuvent dire ce qu'ils veulent, ça ne garantit en rien qu'ils savent ce qu'il y avait avant le big bang, car ni eux ni personne ne le sait. En conséquence, ni eux ni personne ne peut dire qu'il n'y avait ni énergie, ni matière avant le big bang.

Qaunt aux « Lois » et aux constantes mathématiques, on oublie un peu trop vite qu'elles ne sont que les expressions d'une langue destinée à décrire le monde. Elles ne sont pas le monde. Si je dis qu'un mulet a quatre pattes pour marcher, je décris le mulet, je ne fonde pas l'existence du mulet sur le chiffre quatre.

Philosophos a écrit:
Par ailleurs, sa relativité ne tient pas debout dans certaines conditions, ce que le commun des mortels a tendance à ignorer sous l'effet d'un possible vedettariat littéralement dogmatique du bonhomme.
Je ne suis pas assez compétent sur ce sujet, cela dit, après les révélations des scientifiques du Cern ayant mis en doute la théorie d'Einstein, révélations qui se sont avérées être un bide monumental, on en avait conclu que la relativité n'avait toujours pas été mise en défaut.
La science d'Einstein est prise en défaut dans deux domaines.

Celui de la singularité d'origine où toutes les variables d'espace-temps tendent vers l'infini (les Lois connues ne permettent plus de décrire quoi que ce soit à ce moment et il faudrait en inventer d'autres, ce que personne ne sait faire pour l'instant, et c'est sur cette ignorance que les Bogdanov s'appuient)

Celui de la limite au-delà de laquelle tout disparaît derrière un horizon cosmologique parce que l'expansion de l'espace fait tout aller à une vitesse supérieure à celle de la lumière, ce qui est en contradiction totale avec la relativité d'Einstein.

Tout ce qui se tient entre ces deux extrêmes respecte cependant la relativité d'Einstein, y compris dans les accélérateurs de particules.

Philosophos a écrit:
Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier la psychologie des personnages historiques, dans cette affaire. Einstein, ce n'est pas n'importe qui en ce sens qu'il a derrière lui un long passé culturel. Spinoza aussi ...
Tu fais sans doute allusion à leur judéité, seul point commun que je vois entre eux. Mais c'est à mon avis une erreur d'interprétation. Einstein pas plus que Spinoza n'était influencés par la religion juive dans leur conception de l'univers. La "religion cosmique" ne suppose pas de dieu personnel. Einstein trouvait donc que Spinoza, les bouddhistes et Schopenhauer (comme déchiffreur des bouddhistes) s'accordaient à ses propres théories dans leur explication de l'univers.

Ce que dit Einstein dans ses formules, ce n'est pas ce qu'il dit dans sa vie personnelle. Sa science ne comprend nulle par la moindre allusion à Spinoza. Mais pour parler du panthéisme spinozien, il fait comme tout le monde, il se reporte à ses lectures de Spinoza.

Ce qui me plaît quand même, chez le bonhomme, c'est qu'en lui peuvent cohabiter l'Art (violon), la Science (relativité) et la philosophie (panthéisme).

De telles cohabitations existent chez d'autres bonhommes aussi.

Jean-Pierre Luminet est un astrophysicien bien plus compétent que les Bogdanov, par exemple, et en lui cohabitent l'Art (littérature), la Science (cosmologie) et la Philosophie (matérialisme démocritéen).

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  LibertéPhilo le Sam 3 Aoû 2013 - 10:45

victor.digiorgi a écrit:ni eux ni personne ne peut dire qu'il n'y avait ni énergie, ni matière avant le big bang.
Mais la question est de savoir si la matière et l'énergie sont nées avec le big-bang, par conséquent, si c'est le cas, elles ne peuvent pas voir existé avant. J'avoue que je ne connais absolument rien à ces questions. Ça m'intéresserait toutefois de lire la préface écrite par un chercheur du CNRS, qui n'est pas sujet à caution comme le sont les Bogdanov, qui ont soit-disant commis de grosses erreurs sur la théorie du big bang dans leurs livres précédents.

Quant aux « Lois » et aux constantes mathématiques, on oublie un peu trop vite qu'elles ne sont que les expressions d'une langue destinée à décrire le monde. Elles ne sont pas le monde. Si je dis qu'un mulet a quatre pattes pour marcher, je décris le mulet, je ne fonde pas l'existence du mulet sur le chiffre quatre.
Tu me fais penser à Nietzsche et à sa "grammaire". Cela dit, les Bodganov comparent ces constantes à l'ADN, une "information" (encore un autre terme pouvant être compris comme synonyme d'esprit) qui préexiste d'après eux à un organisme vivant. Et en effet, un mulet est tout entier contenu dans son ADN. Mais de là à dire que cette "information" existe avant la naissance des cellules qui constitueront le mulet (dans une "âme" ?), il y a un monde.

La science d'Einstein est prise en défaut dans deux domaines.

Celui de la singularité d'origine où toutes les variables d'espace-temps tendent vers l'infini (les Lois connues ne permettent plus de décrire quoi que ce soit à ce moment et il faudrait en inventer d'autres, ce que personne ne sait faire pour l'instant, et c'est sur cette ignorance que les Bogdanov s'appuient)

Celui de la limite au-delà de laquelle tout disparaît derrière un horizon cosmologique parce que l'expansion de l'espace fait tout aller à une vitesse supérieure à celle de la lumière, ce qui est en contradiction totale avec la relativité d'Einstein.

Tout ce qui se tient entre ces deux extrêmes respecte cependant la relativité d'Einstein, y compris dans les accélérateurs de particules.
Ces deux domaines sont-ils des inconnus, c'est-à-dire est-ce que le monde connu obéit entièrement à la relativité d'Einstein ? Parce que d'après ce que j'ai lu, absolument rien dans l'univers ne va plus vite que la lumière, c'est si je ne m'abuse l'histoire de la voiture qui roule les phares allumés, leur lumière ne va pas plus vite que celle qui est à l'arrêt.

Philosophos a écrit:Ce que dit Einstein dans ses formules, ce n'est pas ce qu'il dit dans sa vie personnelle. Sa science ne comprend nulle par la moindre allusion à Spinoza. Mais pour parler du panthéisme spinozien, il fait comme tout le monde, il se reporte à ses lectures de Spinoza.
Sa vie personnelle comprend-elle la philosophie ? Parce que quand il parle de Spinoza, naturellement il est philosophe et non savant.

Ce qui me plaît quand même, chez le bonhomme, c'est qu'en lui peuvent cohabiter l'Art (violon), la Science (relativité) et la philosophie (panthéisme).
Pour le coup, autant je comprends qu'il puisse trouver des relations entre Spinoza et son propre déterminisme scientifique, autant la musique ne me semble avoir aucun lien avec son activité scientifique (je sais que tu cherches des liaisons entre les 2).

Jean-Pierre Luminet est un astrophysicien bien plus compétent que les Bogdanov, par exemple, et en lui cohabitent l'Art (littérature), la Science (cosmologie) et la Philosophie (matérialisme démocritéen).
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Ce qui au passage montre qu'on peut faire dire tout ce qu'on veut à la science, puisqu'on a un Einstein spinoziste, un Luminet démocritéen, et, sans parler des Bogdanov, du moins leur préfacier du CNRS, Luis Gonzalez-Mestres, qui semble pencher vers la métaphysique grecque, voire le christianisme.

Voici un de ses articles : http://scientia.blog.lemonde.fr/

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  Ragnar (Victor) le Lun 5 Aoû 2013 - 3:45

Philosophos a écrit:Mais la question est de savoir si la matière et l'énergie sont nées avec le big-bang, par conséquent, si c'est le cas, elles ne peuvent pas voir existé avant.
Le big bang est le moment d'un singularité où la matière n'est pas absente, mais où ses composantes, la masse et l'énergie, sont données comme infinies par la physique actuelle, ce qui rend cette dernière inapte à toute description sensée. La matière n'est donc pas « née » avec le big bang. Elle n'a fait que prendre la forme actuelle à partir d'une forme que nous ne connaissons pas pour l'instant et qui était celle de la singularité d'origine.


Philosophos a écrit:les Bodganov comparent ces constantes à l'ADN, une "information" (encore un autre terme pouvant être compris comme synonyme d'esprit) qui préexiste d'après eux à un organisme vivant.
L'émergentisme est un concept scientifique permettant de penser le passage d'une forme (une in-formation) à une autre forme (une autre in-formation). L'exemple le plus fréquemment utilisé en philosophie des sciences pour illustrer ce principe est celui de l'oxygène et de l'hydrogène permettant de faire émerger l'eau en se combinant. Mais contrairement à l'eau (H2O), dont nous connaissons la forme (l'in-formation) d'origine (H et O), nous ne connaissons pas la forme d'origine (l'in-formation de la singularité d'origine) de la forme actuelle de la matière. Il ne nous est pas permis de placer de l'« esprit » sur ce phénomène autrement que par une intrusion spiritualiste basée sur une imposture intellectuelle.

Philosophos a écrit:
La science d'Einstein est prise en défaut dans deux domaines.

Celui de la singularité d'origine où toutes les variables d'espace-temps tendent vers l'infini (les Lois connues ne permettent plus de décrire quoi que ce soit à ce moment et il faudrait en inventer d'autres, ce que personne ne sait faire pour l'instant, et c'est sur cette ignorance que les Bogdanov s'appuient)

Celui de la limite au-delà de laquelle tout disparaît derrière un horizon cosmologique parce que l'expansion de l'espace fait tout aller à une vitesse supérieure à celle de la lumière, ce qui est en contradiction totale avec la relativité d'Einstein.

Tout ce qui se tient entre ces deux extrêmes respecte cependant la relativité d'Einstein, y compris dans les accélérateurs de particules.
Ces deux domaines sont-ils des inconnus, c'est-à-dire est-ce que le monde connu obéit entièrement à la relativité d'Einstein ? Parce que d'après ce que j'ai lu, absolument rien dans l'univers ne va plus vite que la lumière, c'est si je ne m'abuse l'histoire de la voiture qui roule les phares allumés, leur lumière ne va pas plus vite que celle qui est à l'arrêt.
Les termes « connus » et « inconnus » ne sont pas tout à fait appropriés pour qualifier le monde par rapport à la relativité. C'est plutôt les termes « observables » et « inobservables » qui conviendraient.

Dans le cas de la cosmologie, nous savons que les grands amas de galaxies s'éloignent toutes les unes des autres en accélérant, ce qui leur fait dépasser la vitesse de la lumière pour les plus éloignées de nous. Ce dépassement de la vitesse de la lumière contredit la relativité. À son époque, Einstein ne savait rien de ce phénomène, qui a un rapport avec une déformation particulière de l'espace dont il n'avait jamais entendu parler.

Philosophos a écrit:on peut faire dire tout ce qu'on veut à la science, puisqu'on a un Einstein spinoziste, un Luminet démocritéen, et, sans parler des Bogdanov, du moins leur préfacier du CNRS, Luis Gonzalez-Mestres, qui semble pencher vers la métaphysique grecque, voire le christianisme.
Je vois la chose sous un angle légèrement plus compliqué.

On peut très bien faire cohabiter en soi des domaines d'intérêt n'ayant aucun rapport entre eux. Quiconque peut par exemple s'intéresser fortement à la philatélie et à l'aviation, qui n'ont a priori aucun points communs. Le concept de « dividu » permet de penser un tel cloisonnement des intérêts. Ce concept veut que l'individu n'est pas monolithique. Il est constitué de plusieurs individus, de plusieurs personnalités vivant au sein d'une seule et même personne. Einstein s'intéresse à la musique en tant que musicien. Il s'intéresse à la physique en tant que physicien. Et il s'intéresse à la philosophie en tant que philosophe. Ça nous fait sans problème trois individus au sein d'une seule et même personne, ou d'un « dividu ».

Cela n'empêche cependant pas certains domaines d'apparence totalement indépendants de pouvoir être parfois reliés par de solides passerelles. Une personne qui s'intéresse par exemple à la philatélie et à l'aviation peut trouver une telle passerelle dans la collection de timbres représentant des avions, par exemple. Dans le cas d'Einstein, une passerelle solide peut se trouver dans le caractère apaisant de la pratique du violon entre deux cours d'université, cela prenant alors la forme d'un traitement physiologique propice à la vivacité d'esprit nécessaires à l'intellect du savant. Chez le même Einstein, on peut trouver une passerelle solide entre le panthéisme spinozien et la physique moderne, à titre de plaisir personnel et à condition d'être athée, et cela même si aucune formule du savant ne comprend la moindre allusion à Spinoza.

Mais qui dit passerelle de tel type entre deux domaines d'intérêt ne dit pas que telle autre passerelle, de tel autre type, ne peut pas exister.

Si Einstein trouve en tant que « dividu » des passerelles entre ses domaines d'intérêt à lui, cela n'empêche en rien Luminet d'en trouver d'autres entre ses domaines d'intérêt à lui-même.

Cela dit, non, on ne peut pas faire dire à la science ce qu'on veut, et si je n'ai aucun problème à trouver des passerelles entre les domaines d'intérêt d'Einstein ou Luminet, ce n'est pas la même chose avec les Bogdanov et leur suggestion de Dieu, d'esprit, de christianisme et de tout ce bataclan qui polluent littéralement la pensée vulgarisatrice de ceux qui veulent s'adresser à des enfants en demandant presque qu'on les laisse venir à eux avec toute leur innocence.

Le père du big bang, George Lemaître, un chanoine catholique, s'est vu obligé d'intervenir auprès de Pie XII pour que ce dernier abandonne l'idée d'origine divine que constituait le big bang pour ce pape. Les Bogdanov, c'est une réédition de Pie XII. Ils feraient mieux de se renseigner auprès de Georges Lemaître ...

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  LibertéPhilo le Lun 5 Aoû 2013 - 10:00

victor.digiorgi a écrit:La matière n'est donc pas « née » avec le big bang. Elle n'a fait que prendre la forme actuelle à partir d'une forme que nous ne connaissons pas pour l'instant et qui était celle de la singularité d'origine.
Alors la thèse des Bogdanov devient difficile à soutenir, puisque elle se basait sur une absence totale de matière (et d'énergie) avant le big bang. Si la matière existait déjà, pas besoin de "création". Au mieux, Dieu n'est plus qu'un modéliste, un pétrisseur de matière.
Les Bogdanov a écrit:ces propriétés mathématiques existaient avant que le Big Bang ne donne naissance à la matière. La matière et l’énergie (lumière, gravitation) n’existe pas avant ce Big Bang.

l'exemple le plus fréquemment utilisé en philosophie des sciences pour illustrer ce principe est celui de l'oxygène et de l'hydrogène permettant de faire émerger l'eau en se combinant.
Ce n'est pas simplement une combinaison d'atomes ? L'exemple de l'ADN est tout de même à placer sur un autre plan, car il s'agit de la vie. On ne peut pas comparer un être vivant avec de l'eau. Il me semble qu'un des buts des recherches actuelles sur Mars est de comprendre comment et où on peut trouver le passage entre l'eau (et diverses autres éléments indispensables à la vie) et l'ADN, sur lequel la vie se construit. Je ne dis pas pour autant que l'information contenue dans l'ADN est de nature spirituelle.

Dans le cas de la cosmologie, nous savons que les grands amas de galaxies s'éloignent toutes les unes des autres en accélérant, ce qui leur fait dépasser la vitesse de la lumière pour les plus éloignées de nous. Ce dépassement de la vitesse de la lumière contredit la relativité. À son époque, Einstein ne savait rien de ce phénomène, qui a un rapport avec une déformation particulière de l'espace dont il n'avait jamais entendu parler.
A t-on "observé" ce phénomène ? Parce que je ne comprends pas pourquoi on s'obstine à dire que la lumière est ce qu'il y a de plus rapide dans l'univers, pourquoi les savants ont risqué leur réputation en annonçant avoir trouvé une particule plus rapide qu'elle si on sait déjà que des galaxies vont plus vite.

Einstein s'intéresse à la musique en tant que musicien. Il s'intéresse à la physique en tant que physicien. Et il s'intéresse à la philosophie en tant que philosophe. Ça nous fait sans problème trois individus au sein d'une seule et même personne, ou d'un « dividu ».
[...]
Dans le cas d'Einstein, une passerelle solide peut se trouver dans le caractère apaisant de la pratique du violon entre deux cours d'université, cela prenant alors la forme d'un traitement physiologique propice à la vivacité d'esprit nécessaires à l'intellect du savant. Chez le même Einstein, on peut trouver une passerelle solide entre le panthéisme spinozien et la physique moderne, à titre de plaisir personnel et à condition d'être athée, et cela même si aucune formule du savant ne comprend la moindre allusion à Spinoza.
Einstein n'avait aucun problème avec les contradictions. Il me semble avoir lu de lui une citation semblable à celle de Kant sur la somme des contradictions qu'un esprit peut supporter. Autant j'ai dit que pour Einstein musicien, je ne voyais pas forcément de passerelle avec son activité de savant, autant comme savant, je le vois mal pencher pour un dualisme platonicien. Mais par contre, il lui est arrivé de trouver chez Leibniz des points de concordance avec ses propres théories de savant. Comme on sait que Leibniz est proche du platonisme, je me demande si on n'a pas affaire avec Einstein à un dilettante de la philosophie, ou à un "esprit libre", qui prend ce qu'il veut chez les philosophes, sans se soucier d'une cohérence de système. Dans ce cas là, mon interprétation rejoint la tienne, Einstein fait de la philosophie comme il fait de la musique, pour son plaisir. Il est vrai aussi que sa bonhomie naturelle peut nous tromper sur sa gravité réelle, et peut-être aussi sa culture juive, mélange d'humour et de gravité.

Cela dit, non, on ne peut pas faire dire à la science ce qu'on veut, et si je n'ai aucun problème à trouver des passerelles entre les domaines d'intérêt d'Einstein ou Luminet
Je mettais l'accent sur l'opposition non entre les domaines d'activité de chacun de ces savants, mais entre eux. Einstein n'était pas du tout matérialiste. Il croyait fermement à une intelligence ordonnant le monde, tous ses textes l'attestent sans aucun doute, en lien profond avec ses recherches scientifiques. Il admirait les grandes lois de l'univers, et s'il ne pensait pas qu'elles soient l'oeuvre de Dieu (pas de "dessein intelligent"), puisque la causalité est pour lui infinie, néanmoins, elles révélaient une intelligence qui surpasse de loin la nôtre. Visiblement, Luminet ne voit pas cette intelligence dans les lois de la nature.

ce n'est pas la même chose avec les Bogdanov et leur suggestion de Dieu, d'esprit, de christianisme et de tout ce bataclan qui polluent littéralement la pensée vulgarisatrice de ceux qui veulent s'adresser à des enfants en demandant presque qu'on les laisse venir à eux avec toute leur innocence..
Effectivement, ils sortent un peu trop souvent Dieu de leur chapeau pour que leur démarche soit 100% honnête (scientifique). Je pense qu'ils tombent dans le domaine de la métaphysique sans le voir. Toutes leurs affirmations ne peuvent recevoir aucun secours de la science, leurs vrais alliés sont les métaphysiciens ou les théologiens.

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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

Message  Malcolm le Mer 8 Juin 2016 - 12:26

La thèse "victorienne" du dividu a ses espèces de valeur, et me fait d'ailleurs penser en son temps, à un propos "anormalien" à ce sujet - qui l'aura repris de Victor ? - sinon qu'elle me semble affreusement restrictive, comme si l'Homme était une triangulaire ou une trinité conceptuelle. Que des passerelles soient possibles ne change rien à l'affaire. Quand on dit qu'Einstein était musicien, cela fait incontestablement écho à la musique des sphères panthéiques (platonisme mathématique), avant que de rejoindre consubstantiellement E=mc². - En fait, ce "tridividualisme" est totalement superficiel, puisqu'il ne s'attarde jamais machiavéliquement qu'à la verità effetualè émergente sous un certain angle visuel-productif des diverses activités d'un Homme : quand Einstein joue du violon, il n'est pas en train de méditer l'univers en lisant Spinoza ou Schopy, ni de calculer quelque loi devant un tableau noir craie en main. Trois résultantes observables, tirées d'une même entité, qui certes n'est pas une, mais dont les complexes (personnalités autonomes C.G.Jung-like) appartiennent codynamiquement au même Soi (C.G.Jung-like, lui-même d'ailleurs inspiré de Nietzsche).

Dès lors, quand ces Kens-Barbie de Bogdanov's spéculent antébigbangment en spiritualistes divins, ils témoignent bien de ce que leurs appréhensions scientifiques quêtent motionnellement quelque Générateur, de même qu'ils sentent leurs mentals générateurs de leurs réalités, hypertrophiquement. Etc.

Nietzschéennement, un instinct/une pulsion/un affect/une modalisation de la volonté de puissance, a pris le pouvoir sur d'autres, et surdétermine momentanément (parfois toute une vie) la conscience intellectuelle, hiérarchiquement.


En somme, la possibilité créationniste, personnelle ou impersonnelle théologiquement, reste un apollinisme.
Et c'est sans compter sur le sentiment océanique de cette "religion cosmique", ainsi que sur son new age.
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Re: Le retour de la "religion cosmique" d'Einstein ?

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