Philosophie et Opinion

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Crosswind le Mar 10 Mar 2015 - 8:18

Je n'ai pas lu l'entièreté du fil, du moins pas dans ses détails, mais je pense être en accord avec Aldolo sur un point : on philosophe d'abord avec ses propres impressions, sa propre conscience.

Lire les autres ne doit se faire que dans deux buts précis : améliorer sa pensée si on l'estime nécessaire ; communiquer avec autrui sur un sujet philosophique.

Il est envisageable de ne jamais communiquer quoi que ce soit et/ou d'arriver à une conclusion subjective sans équivoque sur le problème philosophique posé...

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Kercoz le Mar 10 Mar 2015 - 8:27

Crosswind a écrit:

Lire les autres ne doit se faire que dans deux buts précis : améliorer sa pensée si on l'estime nécessaire ; communiquer avec autrui sur un sujet philosophique.
.
Entre ce qui se doit faire et ce qui se fait, il y a le même espace que les promesses électorales et la réalité.
Lire et écouter les autres ne se fait que pour y retrouver sa pensée subjective, du moins dans cet espoir. Y trouver de quoi la conforter, ou meme de l' améliorer. Nous sommes toujours dans une confrontation.
Il est remarquable que, satisfait de trouver une pensée ( opinion) similaire à la notre, on est " amitié" ...et l' on poussera la comparaison de la similitude de pensée jusqu' à trouver une divergence qui permettra un combat d' idée.

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Princeps le Mar 10 Mar 2015 - 10:17

Crosswind a écrit:Lire les autres ne doit se faire que dans deux buts précis : améliorer sa pensée si on l'estime nécessaire ; communiquer avec autrui sur un sujet philosophique.
Le plaisir de la lecture (même philosophique) ? Tu proposes une vision utilitariste - sans que ce soit un reproche.
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Re: Philosophie et Opinion

Message  Crosswind le Mar 10 Mar 2015 - 10:32

Impero a écrit:
Crosswind a écrit:Lire les autres ne doit se faire que dans deux buts précis : améliorer sa pensée si on l'estime nécessaire ; communiquer avec autrui sur un sujet philosophique.
Le plaisir de la lecture (même philosophique) ? Tu proposes une vision utilitariste - sans que ce soit un reproche.

Ah, sûr, on trouvera certainement des personnes pour lesquelles la lecture d'un auteur philosophique peut s'apparenter à un mot croisé très compliqué, un jeu de l'esprit. Mais mes propos tiennent dans un contexte de recherche philosophique. Lire un auteur pour le plaisir n'implique pas que l'on fasse de la philosophie. Je peux lire un livre d'histoire en ne m'intéressant qu'à la syntaxe. Je peux lire Platon par le vertige que procure le témoignage du passé.

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Re: Philosophie et Opinion

Message  AntiSubjectiviste le Mar 10 Mar 2015 - 14:36

Avec une pointe de provocation, je dirais qu'il y a une forme d'"intelligence" propre à la réflexion philosophique, qui est une sorte de sens du concept essentiel. Ceux chez qui cette intelligence est fort développée ont moins besoin du savoir philosophique pour produire une pensée subtile et pertinente. Comme pour les autres disciplines, la moyenne des étudiants en philosophie ne possèdent cette "intelligence philosophique" qu'à un degré relativement mineur. Et malheureusement, beaucoup de ces étudiants deviennent professeurs (il faut bien un job...).

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Alan Anna Ludwig le Mar 10 Mar 2015 - 17:05

à Aldolo,
Il me semble que s'insurger contre quelque chose, quelque chose dont tu penses que « les adeptes du pouvoir » se jouent, n'a de sens que dans la mesure où le pouvoir de cette chose, sa façon de s'imposer, est effective, et qu'elle le soit donc, sur des dominés. Ainsi la citation de Deleuze (auteur que je ne sous estime pas à certains égards) à laquelle tu fais référence ne me fait ni chaud ni froid, dans la mesure où elle parle d'un pouvoir intra-communautaire que certains philosophes ou historiens de la philosophie cherchent à s'octroyer vis à vis d'autres philosophes pour les décrédibiliser, bref, ce sont des querelles de philosophes. Quand Deleuze dit « comment voulez-vous penser sans avoir lu Platon, Descartes, Kant et Heidegger, et le livre de tel ou tel sur eux ? », il parle bien d'arguments d'autorité faisant appel donc, à des auteurs pour légitimer des propos et délégitimer ceux des autres. Ça l'exaspère, il a le droit et on peut le comprendre, parfaitement, MAIS, en disant que « Une image de la pensée, nommée philosophie, s'est constituée historiquement, qui empêche parfaitement de penser » est-ce qu'il n'extrapole pas ses frustrations à une entreprise de la philosophie toute entière pour empêcher les gens en général, de penser ? Je ne sais pas, je pose la question, étant donné que cette phrase est décontextualisée. Mais en tous les cas, je disais donc que ça ne me parle pas, en tout cas pas aujourd'hui, dans la mesure où la plupart des gens ne lisent pas de philosophie ou précisément d'histoire de la philosophie, et que même les élites en lisent peu. Et qu'aux sein de ces dernières, bien d'autres disciplines font de l'ombre à la philosophie. Je ne vois donc pas particulièrement de caractère dominant effectif de la philosophie (ou, je devrais dire, mais je reviendrai sur cette différence si j'ai le temps, des médiateurs de l'histoire ou du savoir philosophique) et je ne vois donc pas de raisons suffisantes de s'insurger contre le savoir philosophique, contre les concepts philosophiques en tant que prétendument instrumentalisés dans un jeu de pouvoir.

Pour ce qui est d'autre chose que d'un savoir instrumentalisé, et qui te gêne. Tu me dis « je tape aussi sur une manière de philosopher qui à mon avis n'a plus guère de sens", et ce qui va avec : " et n'est en rien une somme fixe, un acquis sur laquelle on puisse s'appuyer pour comprendre les choses. Voilà ma position....et donc ce que j'entends par Philosophie de la Connaissance. »... Je respecte ta position et je te rejoins sur le fait qu'on ne puisse pas prétendre comprendre les choses, au sens large, et philosopher, en ne s'appuyant que sur des savoirs cumulés et acquis, (sans les allier au vouloir dont je parlais dans ma position initiale) MAIS, ce n'est pas le savoir philosophique qui est en cause. Encore une fois, tu parles comme je le disais d'une façon de l'appréhender, soit « une manière de philosopher » qui ne se résume pas au savoir philosophique ou à l'histoire philosophique en soi. Tu pourrais me dire, et j'en conviendrais, que le savoir ou que l'histoire philosophique seuls, ne veulent rien dire, en ce qu'ils dépendent de leur médiation et donc de leur médiateurs, et donc, entre autres, des professeurs de philosophie. Mais je répondrais que ces derniers, de mon point de vue et aux vues du nombre de gens qui font philo, et compte tenu du fait qu'il n'y ait rien qui puisse confirmer le postulat qu'ils aient la mauvaise « façon d'appréhender le savoir philosophique » ni dans quelle proportion, ce ne sont pas eux qui empêchent de penser. Je crois que la boucle est bouclée. Dans le fond, je ne suis pas en désaccord avec tout ce que tu dis, mais je crois que tu te trompes de cible.
Plus tard je répondrai à ce que tu dis ensuite sur ce qui est « d'aller au bout de ses intuitions ».

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Aldolo le Mar 10 Mar 2015 - 21:07

à Alan Anna Ludwig,

Ben c'est vraiment dommage que Deleuze et Foucault soient morts avant de t'avoir lu  8) , sinon nul doute que Foucault aurait tout changé de son exposé au Cercle d'Épistémologie (et donc de son regard sur les méthodes des historiens) qu'il a du lui aussi écrire par exaspération. J'ai évoqué les points de concordance avec Deleuze et les philosophes, et donné le lien de ce texte sur ce fil. Je le remets ici pour plus de confort de lecture :
http://1libertaire.free.fr/MFoucault238.html

Quant à Deleuze, tu veux le contexte, soit : ce n'est pas moi qui sous-estimerai l'importance des contextes.
Le contexte, c'est un livre, intitulé Dialogues :
http://www.amazon.fr/Dialogues-Gilles-Deleuze/dp/2081218038.
Un livre, c'est un truc que généralement les auteurs relisent avant que de le publier, donc il est permis de penser que son texte soit réfléchi (pour un philosophe, c'est la moindre des choses).

Quant à l'image de la pensée, c'est un point important chez Deleuze et il n'emploie pas non plus ce mot à la légère. C'est un point développé un peu partout dans son œuvre que tu dis ne pas sous-estimer (et donc j'imagine connaître un peu).
Je te fais confiance, tu retrouveras aisément les nombreux passages où il en est question...

Alan Anna Ludwig a écrit:Je respecte ta position et je te rejoins sur le fait qu'on ne puisse pas prétendre comprendre les choses, au sens large, et philosopher, en ne s'appuyant que sur des savoirs cumulés et acquis, (sans les allier au vouloir dont je parlais dans ma position initiale) MAIS, ce n'est pas le savoir philosophique qui est en cause. Encore une fois, tu parles comme je le disais d'une façon de l'appréhender, soit « une manière de philosopher » qui ne se résume pas au savoir philosophique ou à l'histoire philosophique en soi.
Non Alan Anna, je te le dis pour la troisième fois, ce n'est pas que de ça dont je parle !
(mais tu ne veux pas l'entendre)

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Princeps le Mar 10 Mar 2015 - 22:47

Modération : les esprits s'échauffent, et ça commence à sentir le roussi. Restos sereins. j'offre ma tournée au bar.
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Re: Philosophie et Opinion

Message  Aldolo le Mer 11 Mar 2015 - 3:24

Impero a écrit:Modération : les esprits s'échauffent, et ça commence à sentir le roussi. Restos sereins. j'offre ma tournée au bar.
Je sais pas. Je fais des efforts de clarté pour avoir une chance d'être compris. Je suis tout à fait conscient qu'il y a quelque chose chez Deleuze qui est très loin de la façon habituelle de penser des gens, et donc de la difficulté (malgré ce souci de clarté) à comprendre comment ce type de pensée peut s'articuler.

Maintenant je me demande bien comment certains peuvent lire de la philosophie quand ils lisent avec si peu d'attention un texte de vingt lignes écrit avec simplicité (même si ça réfère à des choses compliquées). Et la réponse est toujours la même, à cause de la manie de tout interpréter. Je suis aussi conscient que c'est un penchant naturel et que c'est pas si facile de sortir de sa façon de penser, je demande juste un petit effort pour essayer de trouver la cohérence de ce que j'écris plutôt que de sauter trop rapidement les passages qu'on croit comprendre à peu près et se focaliser sur les points de désaccord. Je ne viens pas ici pour polémiquer ou pour avoir raison, ça m'intéresse de voir ce qu'on peut me répondre, mais pas à ce que je ne dis pas.

Donc mes textes ont du sens, qu'on soit ou pas d'accord avec ce qui est dit. Si on y répond avant que de comprendre le sens général que je leur imprime, ça n'a plus aucun sens. Je te rappelle, Impero, que j'ai répondu (et même plusieurs fois) à tout ce que m'a demandé Alan Anna.
Je peux pas faire mieux et être plus patient, même s'il est visible dans la forme que je m'irrite un peu : l'ironie est chez moi la soupape qui me permet de ne pas trop m'énerver, c'est ainsi.
(je ne crois pas que les mots en eux-même de mon dernier texte soient plus agressifs que ça, et je crois même qu'ils le sont beaucoup moins que les siens : ce n'est pas moi qui ai parlé de mépris ni de préjugés).

Enfin, je me dois de reconnaître que les intrusions du forum Digression m'ont passablement gonflé ce soir.

Sinon, je ne reste pas loin, chère Alan Anna, si tu désires poursuivre...

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Alan Anna Ludwig le Mer 11 Mar 2015 - 3:48

Je trouve cela assez rebattu et"osé" l'argument qui consiste à dire que parce que on est en désaccord, on ne sait pas lire (avec attention, soit) ou qu'on est davantage en proie à l'interprétation dans le but de polémiquer... C'est pas trop mon style  🇳🇴 . J'ai posé des questions (certaines ont été objets de procès d'attention plutôt que de réponses, mais je ne vais pas les pointer, terminons-en) , j'ai sûrement interprété des choses en effet, et j'ai aussi cherché à comprendre pour obtenir quelques points de connivence ou en tout cas pas de totale contradiction. Maintenant, même si ce qu'on écrit nous parait évident à nous, dois-je préciser que les autres ne voient pas nos écrits comme des sommets de cohérence, de sens et de limpidité? Je m suis même abstenue de relever des postulats qui ne me paraissaient pas clairement justifiés car finalement, je ne souhaite pas de tensions, et y'a vraiment pas lieu de s'énerver... Tout va bien de mon coté.


Dernière édition par Alan Anna Ludwig le Mer 11 Mar 2015 - 3:57, édité 2 fois

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Alan Anna Ludwig le Mer 11 Mar 2015 - 3:51

Il me semble que tu viens d'ajouter les dernières phrases. Alors je suis ravie que ça reste cordial et essayons de pas prendre les choses personnellement (je ne dis pas que tu le fais, mais au cas où, de façon générale...) ;)

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Alan Anna Ludwig le Mer 11 Mar 2015 - 4:48

Aldolo a écrit:Alors "penser ce qu'on a à penser", qu'est-ce que ça veut dire ?
1/ Ça veut dire qu'à mon sens, on est sans cesse traversé par des visions, des intuitions dont on ne va pas au bout, par nombre d'événements nous laissent perplexes, avec un sentiment d'inachevé : il s'est passé quelque chose dont on a l'intuition que ça contenait du sens... et on n'en a pas tiré le sens qu'on avait cru y entrevoir
Voilà ce que je pense... je pense qu'on est d'abord forcé à penser.

2/ Et donc ce sont ces mille choses qui, si on n'en tire rien, font qu'on ne grandit pas, qu'on ne comprend rien, qu'on n'évolue pas, qu'on est dans la pure bêtise.

3/ En clair, ça veut dire que la démarche philosophique, ça passe d'abord par chercher à comprendre ce qui nous échappe ; et donc ce qui ne peut être autre chose que : ce dont on est, on a été (plus ou moins) conscient que ça nous échappait (si on n'en est pas conscient, on n'a rien à penser).
C'est-à-dire que c'est pas du tout de savoir si tel savoir-machin vaut ceci ou cela dans l'idéal (démarche intellectuelle qu'on est en droit de faire, mais ultérieurement, en second), mais de penser d'abord à partir du matériau très concret de nos propres expériences, soit celui où l'on est impliqué directement.
Sinon pour moi, on ne philosophe pas : c'est à partir de là qu'on philosophe.

… Comme j'ai dit que je te répondrai concernant "la démarche consistant à tenter d'aller au bout de ses intuitions" en tant que démarche philosophique et comme préalable à toute démarche philosophique, et bien... Je suis d'accord *Héhéhey*.  Cela rejoint ce que je disais en première page, à savoir « vouloir repenser une chose, vouloir comprendre une chose de diverses façons, tendance que n'ont pas forcément tous les érudits », est-ce que toi tu y vois un lien avec ce que tu dis?

C'est-à-dire que j'y vois une tendance (préalable à tous savoirs donc) à la curiosité et à l'étonnement, un élan et une volonté à repenser une chose selon différents angles et concepts possibles. Cependant, deux choses :
- je ne crois pas que l'on doive être nécessairement et directement impliqué, ce peut être une chose tout à fait extérieure à notre expérience propre, en tant qu'observateur (bien que l'on puisse faire l'expérience de ce que nous faisons qu'observer, mais c'est encore autre chose...)
- j'allie à cette démarche, nécessairement, le savoir (philosophique mais pas que) afin d'alimenter cette « machine à penser,  à s'étonner, ou à philosopher préalablement », afin de l'enrichir, de lui donner de plus amples moyens de conceptualiser les choses, notamment à l'aide de concepts auxquels on n'aurait pas pensé seul, ou à travers des domaines de réflexions qui ne vont pas forcément dans le sens de notre façon d'appréhender idéologiquement les choses. Sans quoi, nos réflexes de pensée, quand bien même celle-ci aurait cet élan et cette volonté à repenser les choses, feraient, à mon avis, du surplace.

Ainsi, je ne pense pas qu'on puisse se contenter de l'un, ou de l'autre, pour faire évoluer sa pensée, mais qu'on doive les relier, plutôt que les confronter. Alors, j'avoue que j'ai peut-être sur-réagit lorsque j'ai vu la façon dont tu présentais (confrontais) les choses.

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Re: Philosophie et Opinion

Message  Aldolo le Jeu 12 Mar 2015 - 1:28

Vouloir comprendre, je suis d'accord, mais je préfère chercher à comprendre, parce que tout le monde veut comprendre, croit comprendre, croit même souvent tout comprendre... Chercher, c'est autre chose (et chercher à comprendre n'est pas chercher à savoir).
Il y a réellement deux conceptions. La conception traditionnelle consiste à dire qu'il existerait une bonne volonté de penser, une curiosité vers le savoir etc. Ça, j'y crois pas beaucoup. Je crois qu'on est bien plus forcé à comprendre qu'autre chose : forcé à penser. C'est très différent. Forcé à penser, ça veut justement dire qu'il y a un préalable de l'ordre de la vision, de l'intuition etc : on ne pense pas sérieusement à partir de rien (d'une curiosité etc).

Je ne dis pas que le savoir n'aide pas à penser, et je le répète : le problème n'est pas là. Le problème est dans le rapport d'une certaine philosophie au savoir.
(chaque mot déjà est imprégné de savoir, et dans ce sens on peut dire qu'il n'y a que du savoir, philosophique ou autre, dès qu'il est question de langage. Toute pensée travaillée par le langage se fait au moyen de concepts qui ont été eux-même créés pour signifier quelque chose. On n'en sort pas : toute forme de langage est un savoir. Donc dire que le savoir, philosophique ou autre, aide à penser, n'est pas dire grand chose).
Le problème est dans le rapport à un savoir très particulier donc : le savoir philo.

Et le problème n'est pas de dire que Platon ou un autre n'aiderait pas à comprendre, sans doute qu'il peut aider, pourquoi pas ? Mais qu'il est dans les préjugés inhérents à toute philosophie qui vise le savoir, au lieu de se concentrer sur la seule perspective du sens. Quand Platon nous dit son adhésion à l'esclavage, soit on pense que c'est un cochon et on l'oublie, soit on prend en compte le contexte de l'époque et on relativise. Mais alors il faut bien constater que son élitisme ne peut qu'influencer sa philosophie. Pareil pour Descartes quand il vise l'objectivité. Plus personne de sérieux ne pense en ces termes aujourd'hui. Et on peut continuer la liste... Donc soit Platon explicite son point de vue et arrive à en faire émerger du sens, et alors la valeur de son laïus se fera à partir du sens qu'il en tire ; soit on s'aperçoit en lisant son œuvre qu'il n'a pas pensé (ou mal pensé) l'homme en tant qu'esclave, et que donc il n'émet qu'un préjugé... et la philosophie du savoir de se casser la gueule  *Héhéhey* .

Et donc je reviens sur l'implication : j'ai dit qu'elle permettait d'expérimenter la pensée en confrontation directe avec le réel (avec le réel du penseur), rien de plus ni de moins. La bonne volonté c'est bien gentil, mais rien ne dit qu'elle se confronte au problème des préjugés, de l'opinion. L'implication, c'est une garantie minimum (pas une assurance absolue non plus) qu'on n'est pas que dans l'abstraction de l'intellect.
En tous cas, la philo ça peut pas être détaché du réel, ou alors ça veut rien dire. Et c'est l'implication qui fait un nœud avec le réel, qui lui donne une consistance.

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Problématique de l'intertextualité

Message  Malcolm le Jeu 3 Mar 2016 - 20:34

Rapport au post initial de ce fil, où l'on se demande si la lecture de Platon et d'Aristote est nécessaire au philosopher, donc à l'aspirant philosophe, i.e. l'aspirant à l'affinité avec la sagesse théorique (selon étymologie), i.e. la sagesse, ou prudence, d'une vision sur la pratique (étymologie de théorie).

Je crois que le tréfonds du problème ne saurait être saisi qu'à travers des problématiques issues de la critique de la critique littéraire, critique de la critique qui se distingue mal de la théorie littéraire selon les théoriciens et les critiques littéraires eux-mêmes. Car nous ne sommes pas sans savoir que, face à la philosophie, nous nous retrouvons d'abord et massivement devant une littérature [philosophique], un type de littérarité, i.e. d'une formation scripturale [du raisonnement], d'une mise en forme [de la pensée], d'une stylistique enfin [de la validité]. Problématique qui, en passant, relève aussi des divulgations scientifiques les plus récentes (littérature scientifique), et ainsi de suite, car nul n'échappe aux conditions de transmission et de diffusion. Mais notez bien, dans l'immédiat, que j'exclue de notre champ le terme de communication car, bien que son étymologie nous parle de mise en commun (transmission, diffusion), il a été arraisonné par l'idéologie mercatique et réseautique active aujourd'hui.
Bon. De quoi s'agit-il ?

Il s'agit du problème de l'intertexualité.

Qu'est-ce que l'intertextualité ?

L'intertextualité est une notion en critique de la critique ou en théorie littéraires, issue de l'ouvrage Palimpseste de Gérard Genette, qui préférait alors dire transtextualité dans une typologie contenant d'autres de ces -textualités, dont l'intertextualité faisait partie dans son sens genettien. Néanmoins, tous les universitaires aujourd'hui retiennent cette notion d'intertextualité dans un sens générique, qui a d'ailleurs accouché de la notion d'intermédialité aussi.

Précisons.

L'intertexualité, c'est tout bonnement la notion générique, rassemblant sous sa technicité littéraire, les notions d'héritages, de recoupements, de citations, d'influences, de transformations, de récupérations, d'adaptations, de mises en parallèle, etc. d'un texte l'autre. Aussi bien, l'intermédialité élargit encore le champ, d'un texte à une vidéo, d'une vidéo à une BD, d'une BD à un tableau, d'un tableau à une musique, d'une musique à un logiciel, d'un logiciel à un texte, etc. ad lib. avec tous les problèmes que cela pose en terme d'inter-compréhension, puisque chacun de ces supports n'a pas ou peu eu de terminologie critique ni théorique commune, en tout cas depuis la deuxième moitié du vingtième siècle.

Aussi bien, accéder à une production textuelle ou autre, cela convoque, qu'on le veuille ou non, toute une intertextualité, mais cela ne l'évoque qu'à la condition que son récepteur dispose des références nécessaires ou suffisantes pour l'apercevoir, faisant ainsi le lien-entre (l'intelligence), bref : faisant l'intertextualité (ou l'intermédialité).

Exemple simple : le film Shrek parodie les contes de fées. Il y a intertextualité avec la structure narrative des contes de fées, donc, par la transformation parodique ; et il y a intermédialité du conte [scriptographie] au film d'animation de synthèse [cinématographie]. Bref, pour jouir de Shrek au mieux, il faut avoir une culture minimale des contes de fées, et l'associer cognitivement à leur transposition audiovisuelle - autant de processus qui ont lieu spontanément.
Néanmoins, présentez Shrek à un enfant auquel on n'a jamais raconté les contes de fées traditionnels avant de s'endormir ni ailleurs, et il ne verra plus qu'une succession rocambolesque et pittoresque d'événements plus ou moins sans queue ni tête - ce qui, au passage, dans la systématisation de ces détournements modernes de tout, sur tout, pour tout, est une cause de la déculturation de nos sociétés qui, consuméristes culturelles, consomment-consument leur historialité même, cause des théories sur l'actuelle Fin de l'Histoire ; théories qui, si pourtant elles tombent sous le coup de l'évolution factuelle des problématiques et des enjeux (en quoi le temps historisable continue bien), détiennent cette vérité que la temporalisation personnelle et inter-personnelle tend bien à se dissiper dans la quotidienneté, au profit du présentisme et du court-termisme aveugles, stupides, béats, subjugués, fascinés, infantiles, exaltés, blasés, éreintés et/ou ignares. Enfin passons, là n'est pas le sujet ...

Là n'est pas le sujet, encore qu'il illustre bien le problème du manque de culture et, en ce qui nous concerne, du manque de culture philosophique. Puisque, si l'on prétend réinventer la poudre - et qu'on y "parvient" régulièrement médiatiquement, dans l'activisme et l'idiotisme actuels, - on oublie que d'autres posthumes pourraient nous aider, en plus de nous retemporaliser dans une historialité qui fait du bien : on a tous besoin de territorialités, d'ancrages et d'enracinements, pour autant que l'on tienne à- et que l'on ait d'ailleurs seulement eu vent de- cette possibilité existentielle fructueuse, car nous extrayant des éphémérides de l'actualité (ce no man's land de l'éternité), et nous permettant d'avoir du recul.
Voilà pourquoi, à titre d'illustration exemplaire immédiate, un Ragnar II sur ce forum, sa démarche révisionniste de la pensée, constitue un énième danger public post-moderne (cf. Jean-François Lyotard) à sa malheureuse échelle, représentatif à lui tout seul de la mentalité hyper-moderne (cf. Gilles Lipovetsy) ; toutes choses nous aliénant en sur-modernité (cf. Marc Augé).

De sorte que je répondrai de la façon suivante : on peut philosopher sans philosophie(s), et l'on philosophe d'ailleurs couramment sans philosophie(s) : j'en défends la valeur sur ce topic-, dans son genre. Cela est merveilleux, à mon sens.
Pour autant, philosopher exception faite de l'héritage, c'est vraiment ne pas faire preuve de ... philosophie. Car, comme je disais à 17 ans : "Chacun a sa philosophie de la vie, mais peu la prend avec - philosophie." et la prendre avec philosophie implique de s'attarder aux héritages, de ralentir et de s'amplifier en temps long, en éternisation, afin de prendre - autant que faire se peut - la mesure de notre relativité et, géographiquement, de notre particularité, i.e. bénéficier de l'expérience universelle, afin de performer son philosopher, soit sa façon d'envisager la pratique au sens large.
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