L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

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L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  LibertéPhilo le Lun 5 Aoû 2013 - 11:13

Le fondateur en est Aristippe. Sa vie racontée par Diogène Laerce : http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/SocrateDisciples/Aristippe.htm

Sa doctrine est résumée ainsi par le doxographe :

Ceux qui s’en tinrent aux enseignements d’Aristippe et qui prirent le nom de Cyrénaïques professaient les opinions suivantes : « Il y a deux états de l’âme : la douleur et le plaisir ; le plaisir est un mouvement doux et agréable, la douleur un mouvement violent et pénible. Un plaisir ne diffère pas d’un autre plaisir, un plaisir n’est pas plus agréable qu’un autre. Tous les êtres vivants recherchent le plaisir et fuient la douleur. Par plaisir, ils entendent celui du corps, qu’ils prennent pour fin (cf. Panétios, Des Sectes), et non pas le plaisir en repos, consistant dans la privation de la douleur et dans l’absence de trouble, dont Epicure a pris la défense, et qu’il donne comme fin.
L'hédonisme est donc différent de l'épicurisme.

Ils croient d’autre part que la fin est différente du bonheur : car elle est un plaisir particulier, tandis que le bonheur est un ensemble de plaisirs particuliers, parmi lesquels il faut compter les plaisirs passés et les plaisirs à venir. Ils pensent encore que le plaisir particulier est en soi une vertu et que le bonheur ne l’est pas par soi, mais par les plaisirs particuliers qui le composent. La preuve que la fin est le plaisir est que dès l’enfance et sans aucun raisonnement, nous sommes familiarisés avec lui, que quand nous l’avons obtenu, nous ne désirons plus rien ; au contraire, nous ne fuyons rien comme la douleur, qui est l’opposé du plaisir.

Ils pensent encore que le plaisir est un bien, même s’il vient des choses les plus honteuses (cf. Hippobotos, Des Sectes) : l’action peut être honteuse, mais le plaisir que l’on en tire est en soi une vertu et un bien. Quant à l’absence de la douleur, que prône Epicure, ils déclarent qu’elle n’est pas un plaisir, pas plus que l’absence de plaisir ne leur paraît une douleur. Tous les deux, en effet, consistent dans le mouvement ; or ni l’absence de douleur, ni l’absence de plaisir ne sont des mouvements : être sans douleur, c’est être comme dans l’état d’un homme qui dort. Ils avouent qu’il se peut faire que des gens, par perversion, ne recherchent pas le plaisir.
Nietzsche a aussi critiqué Epicure pour sa narcose, proche de celle du bouddhisme (à son avis).

Ils ajoutent que tous les plaisirs et toutes les douleurs de l’âme ne naissent pas d’affections semblables du corps. Voir sa patrie prospère crée en l’homme un plaisir semblable à celui qu’il prend à se savoir heureux. Ils soutiennent encore, au contraire d’Epicure, que le souvenir ou l’attente d’événements heureux ne constitue pas un plaisir, car le temps affaiblit et détruit le mouvement de l’âme. Ils ajoutent même que le plaisir ne vient pas simplement de la vue ou de l’ouïe, puisque nous prenons plaisir à écouter ceux qui imitent des lamentations, et que nous souffrons quand nous en entendons de véritables. Aussi donnent-ils à l’absence de plaisir et de peine le nom d’états intermédiaires. Les plaisirs du corps leur paraissent supérieurs à ceux de l’âme, et les souffrances du corps plus pénibles que les peines de l’âme (ne châtie-t-on pas les coupables corporellement ?). Considérant que la douleur est pénible et que le plaisir nous est plus familier, ils recherchaient de préférence le plaisir.

De la même façon, bien que le plaisir fût de soi une vertu, ils se refusaient des plaisirs présentant un côté pénible. Ainsi réaliser un ensemble de plaisirs créant le bonheur leur paraissait une tâche délicate. Le sage n’a donc pas une vie tout entière agréable, pas plus que l’ignorant n’a une vie entièrement pénible ; c’est une affaire de proportion ; au reste, il suffit, pour être heureux, d’avoir rencontré un plaisir. La sagesse est un bien, mais elle n’est pas par elle-même une vertu, elle l’est par ses effets. Il faut, disent-ils, avoir un ami pour son utilité, puisque les parties du corps elles-mêmes ne sont agréables que dans la mesure où elles sont utiles. On trouve quelquefois des vertus même chez les fous. Le sport n’est pas inutile à l’acquisition de la vertu. Le sage ne cède ni à l’envie, ni au désir, ni à la superstition, qui proviennent tous d’une illusion.
Les hédonistes, contrairement à la morale antique, ne lient pas bonheur et vertu, mais bonheur et plaisir, encore qu'ils prennent le plaisir pour une vertu.

Ces philosophes sont pourtant sensibles au chagrin et à la crainte : ces maux viennent de la nature. La richesse, qui n’est pas de soi une vertu, crée pourtant du plaisir. Selon ces philosophes, on peut saisir la nature des passions, mais non leur origine. Ils ne se souciaient pas de métaphysique, parce que, de toute évidence, on ne peut rien savoir ; par contre, ils étudiaient la logique, science utile. Toutefois, Méléagre (Opinions, liv. II) et Clitomaque (Sectes, liv. I) affirment qu’ils jugeaient ces deux sciences également inutiles. Point n’est besoin en effet de la dialectique pour bien parler, pour éviter la superstition, pour échapper à la crainte de la mort : il suffit de connaître la raison du bien et du mal. D’ailleurs rien n’est par nature, juste, beau, ou laid ; c’est l’usage et la coutume qui en décident. Le philosophe, toutefois, se gardera de commettre un crime, par principe, et non pas par souci des châtiments ou des récompenses établis, mais parce qu’il est sage. Il n’y a pas de progrès. Ces philosophes disent encore que tout le monde n’est pas également sensible à la douleur et que les sens ne donnent pas toujours des sensations justes.
Autre différence avec Epicure : l'inutilité de la science pour éviter la crainte de la mort ou la superstition, ce qui est du reste conforme à une idée que j'ai développée dans le fil "Science et barbarie". Pourquoi aurait-on besoin d'une explication du monde pour bien vivre, fût-elle matérialiste ? Du moment qu'on sait distinguer (et tout être humain sait le faire instinctivement) un bien d'un mal, une souffrance d'un plaisir.

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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  Ragnar (Victor) le Mar 6 Aoû 2013 - 17:17

Philosophos a écrit:L'hédonisme est donc différent de l'épicurisme.
Une telle différence n'empêche pas ces deux visions d'être complémentaires.

Philosophos a écrit:Autre différence avec Epicure : l'inutilité de la science pour éviter la crainte de la mort ou la superstition, ce qui est du reste conforme à une idée que j'ai développée dans le fil "Science et barbarie". Pourquoi aurait-on besoin d'une explication du monde pour bien vivre, fût-elle matérialiste ? Du moment qu'on sait distinguer (et tout être humain sait le faire instinctivement) un bien d'un mal, une souffrance d'un plaisir.
Rien n'est indispensable, en réalité, dans le monde des idées, et l'homme peut vivre dans l'ignorance totale de la science, de l'art ou de la philosophie, comme le végétal, qui sait lui aussi d'instinct ce qui est bon ou mauvais pour lui.

Sauf qu'il n'est pas dans la nature humaine de vivre comme un végétal.

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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  LibertéPhilo le Mer 7 Aoû 2013 - 10:07

victor.digiorgi a écrit:
Philosophos a écrit:L'hédonisme est donc différent de l'épicurisme.
Une telle différence n'empêche pas ces deux visions d'être complémentaires.
Non, à mon avis elles ne sont pas complémentaires, mais antagonistes dans leur vision du plaisir. L'épicurien voit le plaisir comme une absence de douleur, ce qui explique pourquoi il nie l'existence de la mort, qui est perçue comme la plus grande des douleurs (et donc le plus grand obstacle au bonheur), alors que l'hédoniste le voit comme une chose positive, vers laquelle il faut tendre. L'épicurisme est un ascétisme très rigoureux, le plaisir suprême, pour l'épicurien, étant de ne rien désirer. Le désir comme manque, de même que chez Platon (cf. le Philèbe) :

Epicure, Lettre à Ménécée a écrit:Car c'est pour cela que nous faisons tout: afin de ne pas souffrir et de n'être pas troublés. Une fois cet état réalisé en nous, toute la tempête de l'âme s'apaise, le vivant n'ayant plus à aller comme vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose par quoi rendre complet le bien de l'âme et du corps. Alors, en effet, nous avons du plaisir quand, par suite de sa non-présence, nous souffrons, <mais quand nous ne souffrons pas>, nous n'avons plus besoin du plaisir.Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse.

victor.digiorgi a écrit:
Philosophos a écrit:Autre différence avec Epicure : l'inutilité de la science pour éviter la crainte de la mort ou la superstition, ce qui est du reste conforme à une idée que j'ai développée dans le fil "Science et barbarie". Pourquoi aurait-on besoin d'une explication du monde pour bien vivre, fût-elle matérialiste ? Du moment qu'on sait distinguer (et tout être humain sait le faire instinctivement) un bien d'un mal, une souffrance d'un plaisir.
Rien n'est indispensable, en réalité, dans le monde des idées, et l'homme peut vivre dans l'ignorance totale de la science, de l'art ou de la philosophie, comme le végétal, qui sait lui aussi d'instinct ce qui est bon ou mauvais pour lui.

Sauf qu'il n'est pas dans la nature humaine de vivre comme un végétal.

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C'est peut-être la limite des utilitaristes. Cela dit, savoir distinguer un bien d'un mal ne peut être qu'inné, car sinon, étant donné l'âge relativement peu élevé de la philosophie comparé à l'existence de l'humanité, il y a longtemps que nous aurions péri. La philosophie ne peut rien changer à cet "instinct", d'où l'échec de tous les ascétismes religieux ou philosophiques.

Je vois donc plutôt l'hédonisme comme un raffinement des plaisirs, chacun étant déjà hédoniste par nature, mais ne possédant pas la même aptitude à les goûter, d'où l'intérêt d'enseigner le plaisir (le savoir jouir), comme le fait Onfray. Il n'en est pas de même des philosophies ascétiques, y compris l'épicurisme, qui ne s'occupent pas de suivre la pente naturelle de l'homme vers le plaisir, mais la contrarient. Se limiter toute sa vie à un bout de fromage et un verre d'eau, c'est s'imposer une souffrance inutile.

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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  Malcolm le Ven 16 Aoû 2013 - 11:58

Philosophos a écrit:  Il n'en est pas de même des philosophies ascétiques, y compris l'épicurisme, qui ne s'occupent pas de suivre la pente naturelle de l'homme vers le plaisir, mais la contrarient. Se limiter toute sa vie à un bout de fromage et un verre d'eau, c'est s'imposer une souffrance inutile.

Vous forcez un peu le trait. L’ascétisme seul n’a pas de sens, il est joint à une morale qui lui donne de l’épaisseur, qui le rationalise. Puis stoïcisme et épicurisme sont dans la modération, pas dans la privation absolue.
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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  LibertéPhilo le Ven 16 Aoû 2013 - 21:43

Princeps a écrit:
Philosophos a écrit:  Il n'en est pas de même des philosophies ascétiques, y compris l'épicurisme, qui ne s'occupent pas de suivre la pente naturelle de l'homme vers le plaisir, mais la contrarient. Se limiter toute sa vie à un bout de fromage et un verre d'eau, c'est s'imposer une souffrance inutile.
Vous forcez un peu le trait. L’ascétisme seul n’a pas de sens, il est joint à une morale qui lui donne de l’épaisseur, qui le rationalise.
La seule morale épicurienne est d'éviter la douleur, y compris le manque, qui naît du désir. En supprimant le désir, on supprime le manque, et donc une source de douleur. Apporter du plaisir à quelqu'un est-il épicurien ? C'est hédoniste à coup sûr, mais c'est un problème pour l'épicurien, car on rend dépendante de nous cette personne. Ainsi un ami ou un amant privés de leur être cher souffriront-ils de ce manque. L'épicurien satisfera donc ses désirs sexuels sans s'attacher à son partenaire, pour éviter d'en être un jour privé, sachant par ailleurs qu'il ne manquera jamais d'homme ou de femme pour faire l'amour. Quant à faire du mal, en tant qu'épicurien, on n'y pense même pas. Seule compte l'amitié dans la relation entre êtres humains.

Je remets le texte d'Epicure :
Lettre à Ménécée a écrit:Il faut, en outre, considérer que, parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, les autres naturels seulement. Parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, les autres pour l'absence de souffrances du corps, les autres pour la vie même. En effet, une étude de ces désirs qui ne fasse pas fausse route, sait rapporter tout choix et tout refus à la santé du corps et à l'absence de troubles de l'âme, puisque c'est là la fin de la vie bienheureuse. Car c'est pour cela que nous faisons tout: afin de ne pas souffrir et de n'être pas troublés. Une fois cet état réalisé en nous, toute la tempête de l'âme s'apaise, le vivant n'ayant plus à aller comme vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose par quoi rendre complet le bien de l'âme et du corps. Alors, en effet, nous avons du plaisir quand, par suite de sa non-présence, nous souffrons, mais quand nous ne souffrons pas, nous n'avons plus besoin du plaisir. Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse.
C'est donc un ascétisme qui vise au bonheur (sur cette Terre), non pas par la recherche du plaisir (Epicure cherche sa suppression), mais par l'évitement de la souffrance. L'hédoniste poursuit les deux buts à la fois, il s'expose ainsi à la douleur des séparations et à la privation de ses plaisirs, son bonheur n'est pas garanti. L'épicurien veut un bonheur sûr et durable, mais au prix d'une très grande rigueur : le plaisir suprême est l'absence de plaisir !

Puis stoïcisme et épicurisme sont dans la modération, pas dans la privation absolue.  
L'exemple du bout de fromage n'est pas exagéré. Il est donné par Onfray de façon certes plaisante, mais ô combien conforme à la vision épicurienne des "désirs naturels et nécessaires" (et de la Grèce antique, célèbre pour ses bergers). Cet exemple est aussi très pratique pour différencier épicurisme et hédonisme. Tout dépend de quel fromage il s'agit : si c'est un fromage rustique quelconque, juste bon pour apporter calcium et protéines, des besoins naturels et nécessaires, on est dans l'épicurisme, si c'est un fromage AOC comme le roquefort, d'un haut niveau de qualité gustative, on est dans l'hédonisme.

Evidemment, manger du roquefort sans l'accompagner d'un verre de vin serait bien dommage. J'ai entendu Onfray dire qu'il aimait le bon vin. Mais pour l'épicurien, l'eau est préférable, car, en tant que besoin strictement nécessaire (sans eau on meurt), elle n'entraîne pas d'autre manque que la stricte survie ne l'exige (on reste des êtres vivants). Alors qu'on peut devenir dépendant de l'alcool, même dans le cadre d'une dégustation. Du coup, si nous n'avons pas de vin pour accompagner notre roquefort, quelque chose nous manque, on est déçus, et voilà que commence la chaîne infernale des désirs non naturels et non nécessaires.

Bien que moins ambitieuse, l'hédonisme me paraît être une sagesse plus facilement atteignable.

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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  Golem le Sam 14 Juin 2014 - 7:43

L'épicurisme est athée, centré sur le corps physique de la personne et le bien être de la personne à travers les perceptions de son corps physique car rien d'autre n'existe que les perceptions et les sentiments qui en découlent. L'épicurisme joue sur les perceptions pour offrir l'ataraxie et l'aponie, nous somme proche de la panacée.

Le stoïcisme est croyant en l'éternel retour de toute chose dans la substance divine, chaque vivant ayant en lui une part de génie issu de cette substance subdivisée. Si la tempérance est connue pour être une attitude stoïque il y a une nuance entre l'acception populaire et la définition stoïcienne. La tempérance stoïcienne consiste à suivre son destin sans se rebeller, c'est à dire la raison universelle, ceci n'est pas de tout repos. Le stoïcien est un tribun, un homme politiquement engagé qui fais la promotion du bien commun et de la noble renommée de sa personne.
A propos de tempérance, les animaux domestiques sont stoïques, ils ne sont pas stoïciens.

Je ne comprends pas l'hédonisme comme autre chose que du cynisme additionné d'une croyance en la pérennité de nos richesses matérielles, nos corps physique et spirituel étant notre première richesse. L’ascèse de la spiritualité hédoniste est purement mentale et matérialiste, non pas par négation du divin mais par ignorance volontaire du problème, au pire, si vraiment il le faut et que c'est inévitable on deviendra serviteur du divin quand on sera mort, en attendant on va servir du vin. Je rejoins Nietzsche qui dénonce le christianisme hédoniste comme de la supercherie, soit ce ne sont pas des vrais chrétiens soit ce sont de faux hédonistes car les chrétiens ne peuvent pas ignorer le problème du divin et les hédonistes refusent de s'en préoccuper.

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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

Message  Kal' le Sam 14 Juin 2014 - 9:48

Golem a écrit:Le stoïcisme est croyant en l'éternel retour de toute chose dans la substance divine, chaque vivant ayant en lui une part de génie issu de cette substance subdivisée.Si la tempérance est connue pour être une attitude stoïque il y a une nuance entre l'acception populaire et la définition stoïcienne. La tempérance stoïcienne consiste à suivre son destin sans se rebeller, c'est à dire la raison universelle, ceci n'est pas de tout repos. Le stoïcien est un tribun, un homme politiquement engagé qui fais la promotion du bien commun et de la noble renommée de sa personne.
A propos de tempérance, les animaux domestiques sont stoïques, ils ne sont pas stoïcien

Le stoïcisme est naturaliste, il prône de vivre en accord avec la nature. De fait, il est conseillé de se retirer de la vie politique - on peut débattre du fait que de grands stoïcien comme Cicéron ou Marc-Aurèle furent éminemment politiques - pour se retirer dans l'univers. Univers qui est matérialiste et non d'ordre "divin" (Cf. ci après : le stoïcisme comme rationalisme). Les stoïciens parlent bien de  corps pour parler de la matière : capable d'agir et sur quoi il est possible d'agir. C'est ce qui explique que les passions soient définies négativement : on ne peut agir sur celles-ci. Plus que simplement ne pas se rebeller, le stoïcien prône l'acceptation du sort réservée par la Fortuna aux hommes. En effet l'ensemble des éléments corporels qui composent l'univers sont liés par la sympathie.L'univers est gouverné par la nécessité, de fait ce qui arrive devait arriver et ce qui doit arriver arrivera. J'ajouterai quand même qu'il existe une marge de manœuvre, il n'y a pas de fatalisme. Plus qu'un rocher qui affronte la houle, le stoïcien apparaît davantage comme une feuille portée par le vent. Ceci étant, il y a tellement de "courants stoïcien" qu'à l'image du libéralisme, je suis toujours ennuyé de généraliser.

Philosophos a écrit:Bien que moins ambitieuse, l'hédonisme me paraît être une sagesse plus facilement atteignable
.
Indéniablement.
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L'hédonisme, ou le plaisir comme vertu

Message  Malcolm le Mer 30 Mar 2016 - 10:46

Ce qui me frappe avant toute chose, c'est cette assimilation-appréhension du plaisir comme vertu. Vertu antique, cela va sans dire, où le sens exact de vertu concorde mieux avec l'excellence. Aussi, l'excellence humaine, et précisément du sage cyrénaïque, tient toute entière dans un sensationnel-émotionnel agréable, dans un "agrémentisme" : ce qui est agréable, ce qui m'agrée, est le bien en soi, et je ne saurai commettre de crime non seulement parce que ses conséquences me seront socialement néfastes, mais parce que le crime, en soi, est un "désagrémentisme" : pour moi d'abord, en ce qu'il est incommodant dans l'agression ; pour autrui ensuite, fatalement incommode. Morale antique naturaliste, où la carnation prime sur tout, et où l'excellence est toujours la validité voire la performance d'un organe ou d'un exercice.

Alors, l'excellence n'est pas un but à accomplir, et ne procurera jamais le sentiment d'un accomplissement, mais une donne, entre-soi par lequel tous les Hommes excellent naturellement : rien de plus simple, rien de plus évident, rien de plus aisé, dans cette perspective foncièrement plébéienne, voire ochlocratique, que d'être excellent, parce qu'on naît excellent, c'est-à-dire capable de plaisir, "hédonisable". Il suffit d'exister, premièrement en évitant la peine épicuriennement, secondement en courtisant le plaisir hédoniquement, pour pratiquer la sagesse hédoniste : sagesse du moindre effort, mais pas nécessairement du moindre élan, quand cet élan est agrémental.

Morale naturaliste aussi, d'un naturalisme humain, tout humain, rendu au principe de plaisir que même les animaux ne partagent pas. Sagesse petite enfantine ou enfantine, infantile, puisque le petit enfant et l'enfant sont encore ce qui se rapprochent le plus de l'animalité (les grands primates surpassent intellectuellement le petit d'Homme avant cinq ans) mais de cette animalité humaine assimilée, prématurée par la naissance, donc échappant à la globalité du règne animal. Et l'enfant ensuite, après le petit enfant, bien qu'ayant accédé à l'âge de raison dès sept ans (dans une éducation normale, variant certes selon les éducateurs), va chercher encore et toujours, dans cette période de latence sexuale, spontanément, les plaisirs donnés ou potentiellement accessibles dans son élan. Un élan n'ayant pas accédé à la réflexion abstraite (élan échappant à l'âme), donc élancé d'une réflexion concrète (élan chevillant au corps). Mais l'adulte cyrénaïque, et généralement hédoniste, post-pubère, va alors pouvoir rechercher la jouissance orgasmique dans son hédonisme, quel qu'en soit le caractère : mélangisme-échangisme de cour de récréation élémentaire protubérant en afflux pénien ou clitoridien. Par ailleurs, tout ce qu'on a coutume d'appeler arts de vivre (gastronomies ; trônes à la japonaise ; verves, prestances, gloires, libéralités ou superbes ; érotismes) sera exalté, et ce n'est pas pour rien que la France y est associée - la France libertine classique, la France baudelairienne romantique-symbolique, la France décadentiste verlainienne, la France de Coco Chanel et de Dior - France du luxe, France des femmes, - par exemple. C'est-à-dire la France courtisane, où les courtisanes s'apparentent à des call girls classieuses : une certaine sociologie, distinguant des cultures féminines et viriles, inspirée par Nietzsche d'ailleurs jusqu'aujourd'hui, situe la France parmi les nations féminines.

Et ce n'est pas un hasard : les femmes ont des zones érogènes réparties de façon plus équilibrées que l'homme sur l'ensemble du corps, tandis que leur clitoris comporte près de dix fois plus de terminaisons nerveuses que le pénis. Sur quoi, homme, il faut rendre grâce à Dame-Nature de ne pas nous avoir doté d'autant de réceptivité, car nous ne tiendrions pas dans nos caleçons - la moindre friction nous ferait sursauter, - et c'est la raison pour laquelle les hommes sont naturellement plus durs, plus pudiques que les femmes, mais aussi plus sensibles ! ... Car les femmes, naturellement, ont une accoutumance sensorielle inhérente à leur érogénéité, que les hommes ne sauraient avoir, eux, moins sensoriels, plus sensitifs alors par compensation - donc plus vigilants, aussi : or l'orgasme masculin dépend d'une baisse de la vigilance (la fameuse image d’Épinal de l'afflux sanguin dans "le deuxième cerveau", rendant à l'idiotie pulsionnelle) tandis que l'orgasme féminin dépend d'une baisse du raisonnement (pour quoi les femmes aiment à être charmées romantiquement, selon la même image d’Épinal).

Bref, le cyrénaïsme, et au-delà l'hédonisme, mènent à l'effémination, faisant un Michel Onfray philosophiquement cohérent, dans son post-anarchisme, et surtout son post-féminisme. Post-anarchisme, parce que les femmes se comportent de façon misarchiques par excellence, anarchiques par existence, si l'on veut bien s'en remettre au complexe d'Électre - or je m'en remets, certes avec quelques aménagements neuropsychanalytiques et éthologiques : les femmes se concurrencent par envie, où chacune d'entre elles incarne un environnement à soi seule, afin d'attirer le meilleur homme possible pour la fécondation (peu importe sa qualité, pourvue qu'ils se correspondent sélectivement) - tandis que les hommes se concurrencent par rivalité, où chacun d'entre eux se positionne dans un environnement par eux tous, afin de fonctionnement (que les femmes certes mouvementent heureusement, en quête de l'homme à la fonction correspondant le mieux possible à leur dynamique, quittes à leur insuffler de l'ambition, par velléité de pouvoir envieuse à l'égard des autres femmes). Passons.

Il en résulte donc, que l'hédonisme est une nébuleuse, éclectique-syncrétique, un peu comme les femmes aiment à piocher-papillonner-batifoler çà et là, sans esprit de pesanteur heureusement, entre magazines féminins et carriérismes socioprofessionnels, en passant par les foyers ou les militantismes en tous genres, sans oublier les bourgeoisies et les investissements bénévoles, dont la maternité reste le plus suprême, quand bien même elles s'éclatent ailleurs. L'hédoniste est forcément maniéré - Nietzsche dirait efféminé, douillet, quiet, - ou il n'est pas.

Bref, l'hédonisme, c'est une vertu maniériste en matières sensorielles - aboutissant, consensuellement, dans notre bien-pensance actuelle, à la métrosexualité et à l'exaltation homosensuelle, c'est-à-dire à la traversion, au travestissement, au transgenre ... mais la traversion n'est pas la transgression.
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Re: L'hédonisme, ou la recherche du plaisir (Aristippe de Cyrène)

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