Volonté de puissance et volonté de pouvoir

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Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Philosophème le Dim 11 Aoû 2013 - 15:56

Marc Sautet proposait de traduire la formule clé de Nietzsche "Wille zur Macht" non par "Volonté de puissance", comme le faisait déjà Henri Albert au début du XXe siècle, mais par "Volonté de pouvoir". Traduction justifiée par le dictionnaire allemand : Macht signifie force, notamment de l'Etat  (Staat), puissance, pouvoir, et l'expression "an der Macht sein" : "être au pouvoir". Quand on regarde chez Nietzsche les occurrences de Macht, on constate qu'il utilise lui aussi ce mot dans le sens d'une domination, celui qu'on trouve dans le dictionnaire.

Toute la Généalogie de la morale est une histoire de luttes entre les hommes pour prendre le pouvoir. Même les plantes et les organismes les plus rudimentaires veulent dominer ! Pour Schopenhauer, il n'était question chez les plantes que de lutte pour la vie, d'instinct de conservation (le plus puissant de tous les instincts). Chez l'homme, l'égoïsme triomphe chaque fois que l'Etat n'est plus là pour s'interposer. Nietzsche va plus loin, il pense que non seulement les êtres vivants veulent survivre (parfois au détriment des autres), mais qu'ils veulent dominer, devenir plus forts que leurs voisins et congénères ! Domination qui passe par la destruction, ou, au mieux, la mise en esclavage du dominé.

Nietzsche, Chapitre I. Les préjugés des philosophes, 13 a écrit:Les physiologistes devraient hésiter à considérer l’instinct de conservation comme instinct fondamental de tout être organisé. Avant tout, c’est quelque chose de vivant qui veut épancher sa force. La vie elle-même est volonté de puissance.
Nietzsche, Chapitre I. Qu'est-ce qui est noble ?, 259 a écrit:La vie elle-même est essentiellement appropriation, agression, assujettissement de ce qui est étranger et plus faible, oppression, dureté, imposition de ses propres formes, incorporation, et, tout au moins exploitation. Mais pourquoi employer toujours des mots auxquels fut attaché, de tout temps, un sens calomnieux ? Ce corps social, dans le sein duquel, comme il a été indiqué plus haut, les unités se traitent en égales — c’est le cas dans toute aristocratie saine —, ce corps, s’il est lui-même un corps vivant et non pas un organisme qui se désagrège, doit agir lui-même, à l’égard des autres corps, exactement comme n’agiraient pas, les unes à l’égard des autres, ses propres unités. Il devra être la volonté de puissance incarnée, il voudra grandir, s’étendre, attirer à lui, arriver à la prépondérance, — non par un motif moral ou immoral, mais parce qu’il vit et que la vie est précisément volonté de puissance.
La traduction de Macht dans le sens de "pouvoir" ne fait plus guère de doute, même si on conserve encore, par habitude, celle de "puissance". Tout corps veut grandir, et pour cela, doit en agréger d'autres.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Juliendeb le Dim 29 Nov 2015 - 12:48

Que la volonté soit celle de la puissance ou du pouvoir, cela n'a pas d'importance. Ce sont des querelles de traducteurs ô combien inintéressantes. Ce qui compte, c'est l'idée qui est derrière tout cela.
Et je ne suis pas d'accord avec votre interprétation qui consiste à penser que la volonté de puissance est une volonté de dominer l'autre homme, car elle n'est pas seulement cela. Dans les deux textes que vous avez donné en exemple, autrui n'apparaît d'ailleurs pas une seule fois.
La volonté de puissance nietzschéenne s'exprime partout et en toutes occasions, même lorsque nous parlons. Les mots eux-mêmes, pour ne donner que cet exemple, sont un des symptômes notre volonté de puissance, car ils nient la multiplicité réelle des choses. Et cette négation elle-même n'est que le reflet d'une volonté humaine de maîtriser son environnement.
Pour donner un autre exemple de volonté de puissance qui ne soit pas liée à la domination d'autrui, il faut dire aussi que la volonté de puissance s'exprime également dans notre rapport à nous-mêmes, d'où la critique nietzschéenne de l'ego cogito de Descartes : nul homme ne peut se résumer à ce petit mot "je" : on nie notre propre richesse en disant "je". Une sorte de peur, d'angoisse, ou d'impuissance face à notre propre richesse, cette indomptable richesse qu'est la nôtre, nous pousse à un certain instinct de domination de nous-mêmes : le "je" en est l'un des moyens.
La volonté de puissance est donc bien plus qu'une volonté de domination d'autrui, c'est une manière pour l'homme de ne pas plier sous le poids de la réalité. Une manière qu'il a de dompter cette réalité et de la faire sienne : ce n'est donc pas seulement l'homme qu'il cherche à dominer par la volonté de puissance, mais la réalité toute entière.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Philosophème le Lun 30 Nov 2015 - 14:23

juliendeb a écrit:Que la volonté soit celle de la puissance ou du pouvoir, cela n'a pas d'importance. Ce sont des querelles de traducteurs ô combien inintéressantes.
Cela ne sert à rien de décréter ce qui est intéressant ou pas. La traduction la plus proche possible d'un texte en langue étrangère est indispensable pour sa bonne compréhension. Ensuite ici, vous n'avez pas perçu les enjeux qu'un simple changement de mot peut induire.  Choisir le mot de "pouvoir" connote la pensée de Nietzsche de toute autre manière que le mot de "puissance", car on escamote ainsi tout ce qui concerne dans ses livres l'aristocratie, qui est pourtant à la base de sa philosophie.

Dans les deux textes que vous avez donné en exemple, autrui n'apparaît d'ailleurs pas une seule fois.
Je vous remets alors les citations sous les yeux : "assujettissement de ce qui est étranger et plus faible, oppression, incorporation, et, tout au moins exploitation, [...] attirer à lui, arriver à la prépondérance." Tous ces mots impliquent d'autres êtres vivants, que ce soient des hommes, des animaux ou des plantes.

Pour donner un autre exemple de volonté de puissance qui ne soit pas liée à la domination d'autrui, il faut dire aussi que la volonté de puissance s'exprime également dans notre rapport à nous-mêmes
En effet, mais cela ne fait que confirmer mon explication de la formule. Nos instincts luttent en nous pour la domination de notre corps. La morale du philosophe n'est en réalité selon Nietzsche que la prédominance d'un instinct sur un autre, leur hiérarchie.

La volonté de puissance est donc bien plus qu'une volonté de domination d'autrui, c'est une manière pour l'homme de ne pas plier sous le poids de la réalité. Une manière qu'il a de dompter cette réalité et de la faire sienne : ce n'est donc pas seulement l'homme qu'il cherche à dominer par la volonté de puissance, mais la réalité toute entière.
Il va de soi que Nietzsche ne compare que des êtres à peu près égaux entre eux. Ainsi, la plante sipo matador s'élève au-dessus des autres, les étouffe et jouit de sa puissance. Peu importe qu'un bulldozer l'écrase à son tour. là n'est pas l'intérêt de la démonstration nietzschéenne. Ce qu'il veut démontrer, c'est que les êtres vivants ne sont jamais égaux, qu'il y a entre les êtres une hiérarchie, et que cette hiérarchie n'est jamais aussi élevée qu'entre hommes, ce qui permet d'envisager un futur surhumain.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Hks le Mar 1 Déc 2015 - 10:23

Philo a écrit:Nietzsche va plus loin, il pense que non seulement les êtres vivants veulent survivre (parfois au détriment des autres), mais qu'ils veulent dominer, devenir plus forts que leurs voisins et congénères ! Domination qui passe par la destruction, ou, au mieux, la mise en esclavage du dominé
.


Savoir quelle stratégie employer.

1) la destruction élimine la question, il n'y a plus rien à dominer.

2) la mise en esclavage n' assure certes pas la domination par rapport à des sociétés qui ne connaitrait pas l'esclavage, comme on la bien vu après la guerre de sécession).

A vouloir dominer je préférerai un vouloir exprimer au mieux sa puissance d'agir. Ce qui laisse libre d'envisager une variété de stratégies autres que la simple mise en esclavage (ou la destruction).

La stratégie ne se réfère pas à l'autre mais à soi même (en première instance). Je ne vais pas par exemple réduiire autrui en esclavage parce que j 'ai un besoin de dominer mais parce que l'esclavage favorise ma puissance d'agir,  laquelle s'étend à beaucoup plus large que le simple satisfaction à dominer.

Nonobstant des préoccupation morale éthique quand à l' humanité des noirs, les nordistes avaient aussi compris  que le système esclavagiste ne favorisait pas à terme l'industrie et l'économie capitaliste fondée sur le salariat.
Il y  avait un certain travail de la raison au fondement.
............................
Du point de vue éthique, la domination introduit bien évidemment autrui.
Il n'est pas évident que je préfère dominer  une puissance faible qu'une forte. Et l'esclave est plus faible que l 'homme libre.
Je ne puis dominer une puissance plus forte  mais une plus faible avec comme tendancielle qu'elle soit égale .
La domination tend à l 'égalité.
Je ne peux faire de la domination comme principe contradictoire un principe ontologique.
Nietzsche ne le fait avec la "volonté de puissance".
Ce n'est qu' incidemment que la domination intervient  pas ontologiquement.
Ontologiquement on a une volonté d' expression de la puissance d' agir (et les stratégie sont variables).

L' expression va au delà de la simple conservation et c'est un apport dynamique au principe de conservation de Schopenhauer (voire au conatus de Spinoza ). Nietzsche se pense plus "vitaliste" que Spinoza .( bien évidemment Nietzsche n'est en rien mécaniste )
.........................................
A tort donc, Nietzsche y voit à la base du spinozisme un principe d’inertie (vis inertiae) et non d’immanence (vis immanentiae), c’est-à-dire une paralysie de l’énergie VP IV,33, un boudhisme GS 353, un poison raffiné par des confectionneurs
je cite cet article
http://www.paris8philo.com/article-2832824.html
.........................................

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Prince' le Mar 1 Déc 2015 - 11:15

L'U.R.L est trompeuse, il s'agit d'un site non-officiel. S'il ne s'agit pas de le tenir pour nul, l'autorité de celui-ci s'en trouve amoindrie.
Bienvenu(e) sur l'un des sites non-officiel de philosophie de Paris 8.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Hks le Mar 1 Déc 2015 - 16:47

Si je recopie je cite ma source (j'essaie  toujours de le faire) :)

En l'occurrence ce n'est pas l'article en entier qu'il m'intéressait de proposer, en tout cas pas comme texte canonique / estampillé  etc ...mais seulement  unephrase laquelle illustre ma pensée relativement à la relation de Nietzsche à Spinoza.
J 'aurai certes aussi  bien pu le dire...sans commentaires
Je renvoie néanmoins à une mise en contexte, assez bien fait à mon avis (ce qui m'évite de le faire).

De mon point de vue A tort donc, Nietzsche y voit à la base du spinozisme un principe d’inertie (vis inertiae) et non d’immanence (vis immanentiae),
Le site est non officiel c'est précisé.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 12:27

Pour répondre à la question initiale, et comme d'autres ont tenté de la faire ici, il faut effectivement revenir à la locution allemande Wille zur Macht, contraction de Wille zu der Marcht. Or, rien de telle qu'un détour par le Wiktionnaire (à noter que lorsqu'il n'y a qu'un item par entrée, c'est bien que le Wiktionnaire n'en contient qu'une) :
Le Wiktionnaire, sans écrire de soi, pourtant, a écrit:Wille masculin
1. Gré, volonté.

zu \t͡suː\ (Suivi du datif)
1. À, chez.
Ich gehe zum Friseur. Je vais chez le coiffeur.
2. Particule utilisée pour former certaines propositions subordonnées.
Um besser zu sehen. Pour mieux voir.
3. Pour, devant un verbe à l’infinitif employé seul ; cet infinitif se substantise (son genre est toujours le neutre) et prend une majuscule.
Zum Essen. Pour manger.

der
1. Article défini introduisant un nom masculin au nominatif singulier.
Der Zug kommt. Le train arrive. Das ist der Klaus. C’est Klaus (en allemand, on met souvent un article devant les prénoms).
2. Article défini introduisant un nom féminin au génitif singulier.
Am Ende der Woche
à la fin de la semaine.
3. Article défini introduisant un nom féminin au datif singulier.
Im Urlaub war ich an der See. Pendant les vacances, j’étais à la mer.
4. Article défini introduisant un nom au génitif pluriel (qu’il soit masculin, féminin ou neutre).
Paß nicht auf, das ist das Haus der Kinder hier. Ne fais pas attention, c’est la maison des enfants ici.

Macht \maxt\ féminin
1.Puissance, force.
Möge die Macht mit dir sein. Que la Force soit avec toi.
Aussi bien, le terme Wille est assez bien traduit par volonté, encore que la nuance de gré induise une tendance, au sens intensif de tendre à. Il y a là une impersonnalisation de la volonté, qui la renvoie aussi au non-intentionnel décrit par Nietzsche, en plus de l'intentionnel (à l'inconscient ou au subconscient, ou à l'infraconscient (Wotling) d'une psychologie des profondeurs).
Ensuite, le zu devient problématique (étant évident que les items 2 et 3 sont exclues), et l'on voit bien que de est une fille de joie de raccourci, au sens réel qu'il nous fait la nique et se paye de mots. Ainsi l'a-t-on traduit par vers parfois, puisqu'en allemand on dit parfois ich gehe zu Hause (je vais à/en direction de la maison). Mais je ne vois pas pourquoi il faudrait que l'on mette vers là où à et chez sont proposés (par-devers le souhait de rendre l'intensif du tendre à de Wille).
Alors, le der, en tant que Macht est un féminin, est à entendre au sens 3, puisque zu est une préposition de même que an dans l'exemple donné par le Wiktionnaire. Or, le datif allemand correspond à la déclinaison pour nos compléments d'objets indirects (introduits par la préposition à : à qui, à quoi) et signale le don, de donner, de do, dat, dare en latin.
Enfin, le Macht est ici clairement distingué du pouvoir. Mais l'on me rétorquera que le Wiktionnaire a ses limites. OK. Alors comprenons bien que l'allemand a trois verbes distincts : machen, können et tun. Le tun et le machen correspondent à quelque chose comme nos faire, fabriquer, mais c'est machen qui a le plus de nuance de fabriquer. Le können, lui, désigne pouvoir. Bref : le Macht correspond clairement et nettement à une capacitation, une vertu au sens de propriété scientifique - or, c'est dans ce sens que Nietzsche valorise le terme de vertu, - d'où suit que Nietzsche exalte la virtu de la Renaissance trouvable chez un Machiavel, qui correspond à la fortitudo, vertu de force et de bravoure par la fortuna. En somme, le Macht désigne une capacité franche et intrinsèque.

De là, vient que traduire Wille zur Macht par volonté de pouvoir est la puterie d'un crétin qui n'a rien calé à Nietzsche et qui veut encore vilainement le retordre idéologiquement dans sa propre connerie (au crétin, pas à Nietzsche - - - ). Déjà que volonté de puissance laisse à désirer ...
Puisque donc, comme on voit, la Wille zur Macht est une volonté à la capacité franche et intrinsèque, instinctive, donc affranchie de la morale (des esclaves - la morale des maîtres exaltant l'instinct).
En somme, nous sommes chacun, de nature, dotés (datif) de vertus (naturelles par définition, de propriétés) qui sont voulues (notez la tournure passive) par l'impersonnalité et l'impassibilité du fatum qui nous comprend tous, et qui est bien volonté (parfois traduit par vouloir, au sens où le mode infinitif du verbe nous rend au plan impersonnel-impassible de l'événement pur).
Mais tous en tant que nous, personnes, et encore tout en tant que le Tout cosmique, dont rien ne saurait se distinguer dans cette volonté sous-jacente (inspirée de Schopenhauer) et encore trans- et sur-jacente - sur-jacente chez l'homme dans la démarche du surhumain, bref : le "surhumaniste", i.e. celui dans la perspective défrichée par Nietzsche (en quoi se situer dans cette perspective, pour désiré par Nietzsche que cela fût, n'est pas - être nietzschéen ... pour l'anecdote).

Car, pour revenir à notre commentaire, en tant que tout a des propriétés, tout est dotés de capacités intrinsèques plus ou moins franches. Au surhumaniste de les affranchir au maximum, par une démonstration de force non-nihiliste, valeureuse, dans l'optique d'un grand but. Démonstration de force, qui n'est jamais qu'une démonstration de la Wille zur Macht cosmique et cosmologique, dans ce qu'elle a de meilleur par sa manifestation terrienne, humaine, et même plus qu'humaine. C'est là tout le sens de la terre.

Bref, Nietzsche sait très bien et très précisément de quoi il parle, quand il parle de ce dont il parle. C'est aussi pour cela, que je traduis volontiers par volonté à la puissance.
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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Anormal le Lun 29 Fév 2016 - 12:56


Nietzsche disait que c'est quand on a terminé sa maison que l'on sait par où il fallait commencer. Ce qui me fait dire que ce titre n'existe pas, puisque Nietzsche n'a pas terminé son ouvrage. Et je ne sais pas dans quelle mesure il est véritablement question de Nietzsche quand on parle de la volonté de puissance ou de la volonté de puissance. D'ailleurs, il y a toujours une petite part de polémique autour de ce concept, qui rend suspecte toute interprétation, en cela c'est un sujet qui roule sur lui-même sans qu'il soit véritablement possible d'argumenter en quoi que ce soit puisque la polémique a pris le pas sur la philosophie.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 13:04

La Volonté de puissance est un faux, inventé sur la base des fragments posthumes et de quelques plans au milieu des paperasses de Nietzsche ; et inventé par Elisabeth Förster-Nietzsche, soeur falsificatrice de Nietzsche, dont Nietzsche disait dans un courrier qu'elle était avec sa mère l'un de ses seuls arguments contre l'éternel retour ... elle qui offrit la canne de son frère à Hitler après avoir inventé le Nietzsche antisémite pour alimenter l'aryanisme anté-nazi (entre autre, de son mari Herr Förster) ... car j'imagine bien que les deux femmes, constatant "leur" Nietzsche de santé fragile, surent en faire très fémininement l'objet de leur fantasme d'amour-sollicitude infantilisant, bref, de compassion pour le parent pauvre de la famille auquel elles ne comprenaient rien ; et l'on sait à quoi s'en tenir dans certaine fratrie (par jalousie, Elisabeth s'arrogea l’œuvre de son frère) ... Nietzsche ne s'y est pas pris pour rien de sa lutte contre la compassion et sa distance avec les femmes (!). Aussi bien, ayant annoncé un tel ouvrage que la somme de la Volonté de puissance dans la Généalogie de la morale, il s'est avéré qu'il estima que son Antéchrist suffisait amplement ; d'ailleurs, il redécomposa son projet en Antéchrist, en Crépuscule des idoles et en Cas Wagner (par besoin financier, aussi, en augmentant ses chances d'être lu et apprécié sur l'un ou l'autre de ses terrains préférés séparément).

Mais, ici, nous parlons de traduction notionnelle, au cas où.
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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Philosophème le Lun 29 Fév 2016 - 15:06

anormal a écrit:Nietzsche disait que c'est quand on a terminé sa maison que l'on sait par où il fallait commencer. Ce qui me fait dire que ce titre n'existe pas, puisque Nietzsche n'a pas terminé son ouvrage. Et je ne sais pas dans quelle mesure il est véritablement question de Nietzsche quand on parle de la volonté de puissance ou de la volonté de puissance.
L'expression apparaît deux fois à ma connaissance dans toute l'oeuvre de Nietzsche, pas beaucoup plus en tout cas, ce qui signifie qu'elle n'avait qu'une importance infime pour lui. La soeur a sans doute choisi ce titre parce qu'il était vendeur (il existait d'autres plans de livres, dont un qui devait s'appeler "L'innocence du devenir"). Elle voulait faire du fric avec les papiers laissés par son frère, et la demande du public était là. Pensez : un nouveau livre de Nietzsche, son oeuvre ultime, son testament, le Parsifal qui doit changer le monde !
Mais la polémique ne porte que sur le plan du livre, pas sur son contenu, qu'on peut lire dans l'ordre chronologique chez Gallimard. Il suffisait de l'appeler "Pensées" comme le recueil de Pascal publié là aussi par sa soeur, et la polémique n'aurait pas eu lieu. Il y a bien quelques erreurs minimes dans la retranscription des manuscrits, mais rien de grave. Quand on lit "La Volonté de puissance",  on lit du Nietzsche à 99,9999%.

Quant à la traduction de cette expression point n'est besoin de se perdre dans des arguties étymologiques ou grammaticales. Dans Par-delà..., Nietzsche l'utilise au milieu d'un aphorisme dont le sens est limpide :
259 a écrit:S’abstenir réciproquement de froissements, de violences, d’exploitations, coordonner sa volonté à celle des autres : cela peut, entre individus, passer pour être de bon ton, mais seulement à un point de vue grossier, et lorsque l’on est en présence de condition favorable (c’est-à-dire qu’il y a effectivement conformité de forces à l’intérieur d’un corps, et que les valeurs s’accordent et se complètent réciproquement). Mais dès que l’on pousse plus loin ce principe, dès que l’on essaye d’en faire même le principe fondamental de la société, on s’aperçoit qu’il s’affirme pour ce qu’il est véritablement : volonté de nier la vie, principe de décomposition et de déclin. Il faut ici penser profondément et aller jusqu’au fond des choses, en se gardant de toute faiblesse sentimentale. La vie elle-même est essentiellement appropriation, agression, assujettissement de ce qui est étranger et plus faible, oppression, dureté, imposition de ses propres formes, incorporation, et, tout au moins exploitation. Mais pourquoi employer toujours des mots auxquels fut attaché, de tout temps, un sens calomnieux ? Ce corps social, dans le sein duquel, comme il a été indiqué plus haut, les unités se traitent en égales — c’est le cas dans toute aristocratie saine —, ce corps, s’il est lui-même un corps vivant et non pas un organisme qui se désagrège, doit agir lui-même, à l’égard des autres corps, exactement comme n’agiraient pas, les unes à l’égard des autres, ses propres unités. Il devra être la volonté de puissance incarnée, il voudra grandir, s’étendre, attirer à lui, arriver à la prépondérance, — non par un motif moral ou immoral, mais parce qu’il vit et que la vie est précisément volonté de puissance.
Volonté de puissance veut donc dire chez Nietzsche un instinct (qui n'a rien de cosmique à la Schopenhauer, au passage, mais est attaché à l'individu), qui nous pousse à dominer les autres pour grandir, comme un prédateur qui grandit en mangeant ses proies, ou une entreprise en rachetant ses concurrents, tout simplement parce que vivre, c'est ça : grandir (et non pas stagner comme le dit Spinoza, en tout cas tel que Nietzsche le comprend).

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 15:25

Oui Philo, c'est juste, mais, au-delà, il faut néanmoins distinguer l'attitude de la bête blonde selon Niezstche, et celle du philosophe à son sens toujours : ascète non-idéaliste (in Généalogie de la morale).
En somme, si la vie est violente (violence vient du vis latin, qui signifiait force et donne vie), il ne faut pas ignorer que la civilisation est souhaitable, elle qui spiritualise l'instinct avec ruse.

Freud et la répression du Ça par le Surmoi n'est plus très loin.

D'où suit qu'on peut jouer sur les mots de la traduction. C'est d'ailleurs par un problème de traduction que tu débutas ce fil, je crois : ne viens plus maintenant me dire que c'est sans intérêt.
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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Philosophème le Lun 29 Fév 2016 - 15:31

Malcolm Cooper a écrit:Oui Philo, c'est juste, mais, au-delà, il faut néanmoins distinguer l'attitude de la bête blonde, et celle du philosophe à son sens : ascète non-idéaliste (in Généalogie de la morale).
Le philosophe se distingue des autres hommes non parce que c'est un saint, mais parce qu'il prépare l'avènement de cette aristocratie où la volonté de puissance pourra s'exprimer sans la contrainte de la morale plébéienne. L'homme sera alors le fruit mûr que la civilisation n'a fait que préparer jusqu'à présent.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 15:35

L'homme sera alors surhomme.
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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Philosophème le Lun 29 Fév 2016 - 16:12

Malcolm Cooper a écrit:L'homme sera alors surhomme.
J'ai du mal avec ce terme de surhomme (ou surhumain). On ne le trouve pas avant et après Zarathoustra. Par contre, on trouve toujours "aristocrate", et il suffit largement à définir ce qu'attendait Nietzsche de l'avenir de la civilisation. Tout son idéal de l'homme est dans ce mot. Il est vrai qu'il a consacré un chapitre entier à le définir dans Par-delà..., le livre ayant été écrit dans ce but et se terminant là-dessus.

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 18:10

Zarathoustra se désigne par deux termes : prophète et poète, ici et là. Visionnaire, aussi, peut-être, et annonciateur sûrement, encore. De plus, il sait que son surhumain est une figure de style, tandis qu'il en appelle à une nouvelle noblesse.
Vous avez donc assez raison.
Reste que des fragments posthumes et son intérêt pour le darwinisme, sans parler des caractères acquis par une longue hérédité, son espèce d'innéisme de l'incorporation générationnelle, plaide en faveur d'un mutationnisme homme-surhomme - surhomme ne désignant jamais que notre espérance d'un quelque chose surmontant l'homme.
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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Philosophème le Lun 29 Fév 2016 - 19:11

Malcolm Cooper a écrit:Reste que des fragments posthumes et son intérêt pour le darwinisme, sans parler des caractères acquis par une longue hérédité, son espèce d'innéisme de l'incorporation générationnelle, plaide en faveur d'un mutationnisme homme-surhomme - surhomme ne désignant jamais que notre espérance d'un quelque chose surmontant l'homme.
Je vois davantage chez Nietzsche une nostalgie du passé : il appelle à un retour de l'idéal romain, se cherche des ascendants nobles polonais...

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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 21:41

Vous faîtes une grave erreur, en niant le prophétisme et le surhumanisme, aussi poétiques semblent-ils : vous rendez affreusement Nietzsche à la réaction politique, ce qui est tout aussi bien annuler sa singularité. L'ascendance, comme je l'ai déjà dit, ici ou ailleurs, a cette qualité de permettre l'incorporation de traits typiques, de préférences nobles/instinctifs/maîtres/forts : voilà son seul intérêt - d'où les allusions à des passés admirés. Histoire monumentale, versus histoires critique et antiquaire (ne jamais oublier la première ou deuxième inactuelle).
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Re: Volonté de puissance et volonté de pouvoir

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