Pourquoi « Le monde comme volonté et comme représentation » commence-t-il par la représentation ?

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Pourquoi « Le monde comme volonté et comme représentation » commence-t-il par la représentation ?

Message  LibertéPhilo le Jeu 15 Aoû 2013 - 15:42

Malgré son titre « Le monde comme volonté et comme représentation », le grand ouvrage de Schopenhauer suit l'ordre inverse annoncé. Commodité de présentation, simple souci d'euphonie ? Pas du tout.

La table des matières diffère du titre pour deux raisons :

1) La représentation est la façon la plus simple de faire comprendre comment nous percevons le monde :
Schopenhauer, début du livre a écrit:Le monde est ma représentation. — Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l'homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie.
2) La Volonté est notre vraie nature, le fond de notre être, la représentation n'est qu'une illusion produite par notre cerveau, soumis à la loi de causalité, à l'espace et au temps, ainsi qu'à des fonctions purement physiologiques. Schopenhauer commence donc par le plus superficiel, avant d'approfondir ce qu'est vraiment le monde, au-delà du simple phénomène.

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Re: Pourquoi « Le monde comme volonté et comme représentation » commence-t-il par la représentation ?

Message  Malcolm le Jeu 4 Aoû 2016 - 13:10

Schopenhauer, au début du livre, a écrit:Le monde est ma représentation. — Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l'homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie.
Pour commenter cela, on pourrait tout aussi bien dire non, le monde n'est pas ma représentation, mais mon apprésentation phénoménologique, voire tout bonnement ma présentation inaliénable, si je suis sain d'esprit (ontologie réaliste, où le réel existe malgré moi).
Philo a écrit:2) La Volonté est notre vraie nature, le fond de notre être, la représentation n'est qu'une illusion produite par notre cerveau, soumis à la loi de causalité, à l'espace et au temps, ainsi qu'à des fonctions purement physiologiques. Schopenhauer commence donc par le plus superficiel, avant d'approfondir ce qu'est vraiment le monde, au-delà du simple phénomène.
Il commence par "le plus simple" en effet, par évidencialisme épistémique présumé. Cela donne toute son assertivité à sa philosophie, de même qu'il asserte bien des jugements (des tacles) à quelque penseur (j'ai notamment le souvenir que Fichte "se fait mettre en bouillie" schopenhaurienne). Au plan rhétorique, cela ne manque pas d'effet, à commencer par éventuellement nous le rendre sympathique, et antipathique à l'académisme qu'il ne se gêna pas de conspuer d'ailleurs.

Mais tu dis "le plus superficiel" or, en tant que sa volonté est universalité, elle contexture la représentation, ainsi que tu dis ailleurs que volonté & représentation son l'avers & l'envers du réel. Par quoi, en tant qu'il y a comme horizontalisation, aplanissement du réel, la représentation ne saurait être superficielle.

Cela dit, je comprends ton souci didactique.

*

Non superficielle, donc, mais interfaciale, un peu comme le poste de conduite d'une voiture, dont la volonté serait le carburant au moins.
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Re: Pourquoi « Le monde comme volonté et comme représentation » commence-t-il par la représentation ?

Message  Kal' le Lun 23 Jan 2017 - 22:27

Malcolm a écrit:Pour commenter cela, on pourrait tout aussi bien dire non, le monde n'est pas ma représentation, mais mon apprésentation phénoménologique, voire tout bonnement ma présentation inaliénable, si je suis sain d'esprit (ontologie réaliste, où le réel existe malgré moi).
Pas vraiment, car la représentation est la Volonté prenant conscience d'elle-même au travers d'un sujet connaissant. C'est donc bien un réfléchissement, au sens propre du terme, comme avec un miroir. La Volonté, par son/en tant que Vouloir inhérent qui s'objective à son plus haut degré à travers l'homme pour permettre sa perpétuation (et donc sa perpétuation), attribue la connaissance (qui n'est en cela qu'un épiphénomène) qui appréhende au travers du principe d'individuation ; principe qui est le paradigme fondamental de la Volonté : l’autoabsorption, une subordination continuelle déterminée par une causalité. Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège : ce n'est pas parce que, dans la représentation, la Volonté est intelligible qu'elle n'est pas pour autant irrationnelle et aveugle. C'est tout le contraire, parce que toute cette logique tombe sous le coup d'une causalité qui se donne en tant que telle, sans complément : une multitude de finalités qui, en réalité, n'en sont pas ! Elle est tellement téléologique qu'elle dépasse la téléologie : c'est sa contradiction intrinsèque que l'homme peut saisir en tant que sujet reflétant dans sa représentation sa/la Volonté, ce qui amène à la négation, l'ascétisme, etc.

La philosophie de Schopenhauer est donc bien moniste, immanente et absurde (au sens le plus camusien du terme, merci C. Rosset).
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Re: Pourquoi « Le monde comme volonté et comme représentation » commence-t-il par la représentation ?

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