Schopenhauer l'hédoniste

Aller en bas

Schopenhauer l'hédoniste

Message  LibertéPhilo le Mer 28 Aoû 2013 - 14:48

Quand on connaît la doctrine de Schopenhauer, même de réputation, on a du mal à se faire à l'idée qu'il ait pu être un hédoniste. Et pourtant, je vais vous le démontrer de la façon la plus claire et la plus simple, par son emploi du temps durant les trente années qu'il vécut à Francfort, où il s'était replié, suite au choléra de Berlin qui emporta Hegel, après avoir bien pesé le climat (afin d'éviter les épidémies) et la qualité des... restaurants.

Schopenhauer, qui vivait de rentes, produits du placement (judicieux) de la fortune héritée de son père, n'avait donc pas besoin de travailler pour vivre. Première condition pour faire un hédoniste : ne pas avoir à trimer tout le jour et ainsi, disposer de beaucoup de loisirs. Notre philosophe se levait à 8 h. Lui qui disait (cf. Aphorismes sur la sagesse dans la vie) que le sommeil n'était pas bon en grande quantité, sans être adepte de la grasse matinée comme Descartes, prenait tout de même son temps au lit le matin.

Ensuite, il écrivait pendant deux heures. Oui, car Schopenhauer a été le penseur d'une seule oeuvre, qu'il n'a cessé de compléter : Le monde comme volonté et comme représentation. Il n'avait donc pas besoin de publier de nombreux ouvrages qui l'auraient, comme Hegel ou Kant, surmené. Il était fier de ne pas avoir besoin, comme ses comparses, d'écrire pour vivre, même s'il vivait somme toute très modestement. Mais sa vie de célibataire ne lui occasionnait pas beaucoup de dépenses. Il louait, comme cela se faisait beaucoup à l'époque, quelques pièces chez l'habitant.

Puis il jouait de la flûte jusqu'au repas de midi. Ses compositeurs préférés étaient Mozart et Rossini. L'après-midi, il avait un rituel, semblable à celui de Kant : la promenade solitaire, mais lui était accompagné de son chien. Le but de cette promenade de deux heures était de marcher à bonne allure, de façon à se maintenir en forme. On le voit, il pratiquait déjà les recommandations des médecins actuels.

Il passait sa soirée au théâtre ou au concert, après un bon repas à la table d'hôtes de l'Hôtel d'Angleterre.

Si on examine cette journée type, on y trouve peu de place pour l'anéantissement de la Volonté, pourtant prônée à la fin de son grand livre :
Schopenhauer a écrit:Il est donc bon de méditer la vie et les actes des saints, sinon en nous confrontant avec eux, ce qui serait une chance bien hasardeuse, du moins en consultant l’image que l’histoire ou que l’art nous en donne, surtout cette dernière qui est marquée d’un cachet infaillible de vérité ; tel est le meilleur moyen de dissiper la sombre impression que nous produit le néant, ce néant que nous redoutons, comme les enfants ont peur des ténèbres ; cela vaut mieux que de tromper notre terreur, comme les Hindous, avec des mythes et des mots vides de sens, tels que la résorption en Brahma, ou bien le nirvana des bouddhistes. Nous autres, nous allons hardiment jusqu’au bout : pour ceux que la Volonté anime encore, ce qui reste après la suppression totale de la Volonté, c’est effectivement le néant. Mais, à l’inverse, pour ceux qui ont converti et aboli la Volonté, c’est notre monde actuel, ce monde si réel avec tous ses soleils et toutes ses voies lactées, qui est le néant.
Ce monde était-il donc si vide pour Schopenhauer ? N'en goûtait-il pas toutes les joies ? Car, nous avons oublié de mentionner que sa chambre était une vraie garçonnière, à tel point qu'il eut une dispute avec une couturière, amie de sa logeuse et surtout commère, un peu trop curieuse sur les allées et venues de ces femmes. Schopenhauer la rudoya, ce qui lui valut une condamnation du tribunal : le paiement à vie d'une rente pour invalidité. C'est à peu près le seul souci de ces trente années. Il n'avait plus de famille, à part sa mère, qu'il n'a jamais revue, et sa soeur, dépressive. Leur perte ne l'a, si on en juge par sa correspondance, pas vraiment affecté.

Nous avons donc réussi à réunir dans l'emploi du temps de Schopenhauer, à peu près tout ce qui fait un hédoniste : la recherche des plaisirs de la vie, amour sexuel (sans les soucis de l'attachement sentimental), bien-manger, musique, théâtre, lecture, et même la philosophie, pratiquée comme un dilettante, à peine deux heures par jour, pour ne pas fatiguer son cerveau (il avait une peur bleue de finir sénile comme, disait-il, a fini Kant à force d'user le sien), et la fuite des douleurs, par une discipline rigoureuse, incluant l'exercice physique (marche) et la modération des plaisirs.

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum