Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

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Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Dim 1 Sep 2013 - 16:08

Selon François Hollande, il faut "punir Bachar El Assad". Curieux mot dans la bouche d'un homme politique. Le verbe "punir" appartient au vocabulaire de la morale. Pourquoi un président, François Hollande, devrait-il punir un autre président, Bachar El Assad ? Ne sommes-nous pas dans le domaine de la politique ? Certes, le "boucher de Damas", comme on le surnomme, a du sang sur les mains, qu'il s'agisse de scuds, de napalm ou de gaz sarin envoyés contre sa population, mais est-ce une raison pour lui faire la morale et vouloir le punir comme un enfant ? On voit que tous les Etats ont déjà baissé pavillon, y compris les USA, qui renoncent à une intervention militaire immédiate, préférant s'en remettre à la décision du Congrès. La France se retrouve seule à assumer une position mal calculée. On ne fait pas de bonne politique avec de bons sentiments moraux. Voilà, pour paraphraser Gide, la leçon à retenir pour nos gouvernants.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Mar 10 Sep 2013 - 19:35

Sur le congrès je serais plus nuancé. Obama peut partir en guerre s’il le veut vraiment. Je pense que c’est d’avantage un problème de moyens, voire d’une opinion publique lasse après l’Irak et l’Afghanistan. La déstabilisation de la région peut aussi être un motif pour ralentir dans des dynamiques aussi absolues, mais les USA ne se sont jamais embarrassées de ce genre de considérations.  
Encore une fois, ce qui me gêne, c’est l’absence de consensus européen.  Il en va de notre crédibilité, de notre influence politico-diplomatique.
Sur la morale, je rejoins entièrement la citation de Gide. Puis, nous avons beau jeux de donner la leçon à ceux que nous avons soutenus avec tant de ferveur il y a quelques temps encore. Quelle ironie de soutenir une opposition à Assad qui est celle-là même  - en partie du moins, pas d’amalgame - que nous avons combattu au Mali.
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Mer 11 Sep 2013 - 11:54

Princeps a écrit:Obama peut partir en guerre s’il le veut vraiment.
Le veut-il ? Je ne crois pas. Il a demandé un vote au Congrès pour se couvrir. Obama n'a pas envie de se traîner une guerre pendant les trois dernières années de son deuxième mandat.

Encore une fois, ce qui me gêne, c’est l’absence de consensus européen.  Il en va de notre crédibilité, de notre influence politico-diplomatique.
Il ne peut pas y avoir de consensus européen sur une guerre étant donné qu'il n'y a pas assez de forces militaires. On voit bien que même la diplomatie européenne est à la peine, tout cela parce que l'Europe a un grand poids économique dans le monde, mais ne compte pas beaucoup en tant que puissance.

Sur la morale, je rejoins entièrement la citation de Gide.
En paraphrasant Gide qui ne parlait que de littérature, j'ai conscience que j'ai donné à cette citation un sens machiavélique. :) On voit bien la différence entre politique et morale dans cet épisode. Hollande fait de la morale, Poutine de la politique.

Puis, nous avons beau jeux de donner la leçon à ceux que nous avons soutenus avec tant de ferveur il y a quelques temps encore. Quelle ironie de soutenir une opposition à Assad qui est celle-là même  - en partie du moins, pas d’amalgame - que nous avons combattu au Mali.
Autant on ne pouvait pas vraiment négocier avec les brigands du Sahel, autant avec Assad, on pourrait le faire, ainsi qu'avec les Russes et même les Iraniens. Ce serait même plus simple qu'avec l'opposition syrienne qui, comme vous le dites, est hétéroclite et, à mon avis et d'après plusieurs sources fiables, ne représente sans doute pas beaucoup de combattants sur le terrain, et pas les mieux armés.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Mer 11 Sep 2013 - 18:33

Philosophos a écrit:Le veut-il ? Je ne crois pas. Il a demandé un vote au Congrès pour se couvrir. Obama n'a pas envie de se traîner une guerre pendant les trois dernières années de son deuxième mandat.
Les récentes déclarations (aujourd’hui ou hier) sont assez claires à ce propos : pas de troupes US en cas d’intervention en Syrie. Obama veut rester le président qui aura retiré les troupes d’Irak et d’Afghanistan (source : Le Monde smartphone).

Il ne peut pas y avoir de consensus européen sur une guerre étant donné qu'il n'y a pas assez de forces militaires. On voit bien que même la diplomatie européenne est à la peine, tout cela parce que l'Europe a un grand poids économique dans le monde, mais ne compte pas beaucoup en tant que puissance.
Il me semble que l’UE a une diplomate - avec un nom à la consonance  drôlement américaine – la structure existe mais est-elle effective ? Est-elle réellement un organe de décision collectif ou juste un paravent qui permet une fois encore à chacun de ménager sa souveraineté ?
Nous nous rejoignons, je pense. L’absence de consensus – à défaut d’un organisme avec des pouvoirs réels – conditionne cette absence d’armée européenne. Militairement le trio France-Allemagne-Angleterre a de quoi rivaliser avec n’importe qui.  A moins que nous divergions sur ce point, justement ? Sur le plan diplomatique il y a deux droits de véto possible, même si l’Angleterre est toujours en retrait vis-à-vis de l’UE.
En paraphrasant Gide qui ne parlait que de littérature, j'ai conscience que j'ai donné à cette citation un sens machiavélique. :) On voit bien la différence entre politique et morale dans cet épisode. Hollande fait de la morale, Poutine de la politique.
A ce propos, Hollande semble changer de chemin, la morale est remisée au placard au profit de l’intérêt national plus pragmatique : plus vite Assad tombe, plus vite les réseaux djihadistes qui se renforcent seront balayés.

Autant on ne pouvait pas vraiment négocier avec les brigands du Sahel, autant avec Assad, on pourrait le faire, ainsi qu'avec les Russes et même les Iraniens. Ce serait même plus simple qu'avec l'opposition syrienne qui, comme vous le dites, est hétéroclite et, à mon avis et d'après plusieurs sources fiables, ne représente sans doute pas beaucoup de combattants sur le terrain, et pas les mieux armés.

Pour négocier, il faut une légitimité, au pire de l’autorité. Et l’UE n’a rien de cela (cf. au-dessus). Les Américains recommencent avec la doctrine Monroe, ils désertent le Moyen-Orient trop belliqueux et se focalisent sur l’intérieur et peut-être la Chine.
La France ne pourra pas intervenir seul, même en se contentant de frappe depuis des navires / avions sur les complexes militaires. La guerre coute cher, et elle n’offre plus les garanties de relance d’antan.  Puis se pose l’éternel problème de l’après, dans une région que nous comprenons mal.
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Jeu 12 Sep 2013 - 9:58

Princeps a écrit:
Philosophos a écrit:Le veut-il ? Je ne crois pas. Il a demandé un vote au Congrès pour se couvrir. Obama n'a pas envie de se traîner une guerre pendant les trois dernières années de son deuxième mandat.
Les récentes déclarations (aujourd’hui ou hier) sont assez claires à ce propos : pas de troupes US en cas d’intervention en Syrie. Obama veut rester le président qui aura retiré les troupes d’Irak et d’Afghanistan (source : Le Monde smartphone).
Sans envoyer de troupes au sol, ce qui dans le contexte de guerre civile serait meurtrier pour les soldats, une campagne de bombardements peut toutefois durer très longtemps. Il a fallu sept mois pour venir à bout de Kadhafi, or Bachar est beaucoup plus fort que Kadhafi, qui était très faible. Si par malheur, le Liban basculait lui-même dans la guerre civile, ou si Bachar s'en prenait à un autre pays, la Turquie par exemple, Obama serait tenu pour responsable et devrait assumer seul sa décision.

Il me semble que l’UE a une diplomate - avec un nom à la consonance  drôlement américaine – la structure existe mais est-elle effective ? Est-elle réellement un organe de décision collectif ou juste un paravent qui permet une fois encore à chacun de ménager sa souveraineté ?
Je n'ai jamais vu de diplomatie européenne, à part de façade, juste pour dire qu'il y en a une.

Militairement le trio France-Allemagne-Angleterre a de quoi rivaliser avec n’importe qui.  A moins que nous divergions sur ce point, justement ? Sur le plan diplomatique il y a deux droits de véto possible, même si l’Angleterre est toujours en retrait vis-à-vis de l’UE.
Oui, nous ne sommes pas d'accord sur la puissance militaire de ces trois pays réunis, que je trouve très faible. D'abord, pour peser militairement dans le monde, il faut être une puissance nucléaire, ce qui je crois n'est pas le cas de l'Allemagne, ensuite, l'Angleterre est trop proche des Etats-Unis pour qu'on puisse former une armée indépendante de leurs intérêts, enfin, l'armée française est de moins en moins opérationnelle, pour des raisons de budget, et cela n'ira pas en s'améliorant (l'armée britannique est peut-être mieux dotée). Enfin, pour des raisons d'opinion populaire, il est de plus en plus difficile d'envoyer des troupes régulières au sol.

A ce propos, Hollande semble changer de chemin, la morale est remisée au placard au profit de l’intérêt national plus pragmatique : plus vite Assad tombe, plus vite les réseaux djihadistes qui se renforcent seront balayés.
A mon avis, c'est déjà trop tard. Les djihadistes ont pris le pouvoir au sein de la rébellion, qui n'a plus grand chose d'une rébellion puisqu'elle s'attaque aux communautés (pillages, meurtres pour des raisons ethniques ou confessionnelles) autant qu'au pouvoir.

Pour négocier, il faut une légitimité, au pire de l’autorité. Et l’UE n’a rien de cela (cf. au-dessus).
Je parlais de la France, qui a une légitimité grâce à son siège à l'ONU, mais plus aucun pouvoir réel. On l'a vu avec notre proposition de résolution à l'ONU, balayée d'un revers de main par la Russie, qui discute désormais avec les USA, ce qui montre l'inutilité de l'ONU, au passage.

La France ne pourra pas intervenir seul, même en se contentant de frappe depuis des navires / avions sur les complexes militaires. La guerre coute cher, et elle n’offre plus les garanties de relance d’antan.  
Effectivement, des milliers de missiles devraient être lancés pour avoir une efficacité certaine. Je ne suis même pas sûr que nous les ayons en stock.

Puis se pose l’éternel problème de l’après, dans une région que nous comprenons mal.  
Je ne pense pas que nous ne comprenions pas cette région. Au contraire, nous y avons une longue expérience, et c'est pour cela que nous savons à quel point la situation là-bas est complexe. D'ailleurs, c'est uniquement par péché d'orgueil que l'Amérique a cru qu'elle arriverait à imposer son modèle de civilisation au Moyen-Orient.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Mer 18 Sep 2013 - 18:30

Philosophos a écrit: Sans envoyer de troupes au sol, ce qui dans le contexte de guerre civile serait meurtrier pour les soldats, une campagne de bombardements peut toutefois durer très longtemps. Il a fallu sept mois pour venir à bout de Kadhafi, or Bachar est beaucoup plus fort que Kadhafi, qui était très faible. Si par malheur, le Liban basculait lui-même dans la guerre civile, ou si Bachar s'en prenait à un autre pays, la Turquie par exemple, Obama serait tenu pour responsable et devrait assumer seul sa décision.
Je vois mal Assad aller titiller la Turquie, qui reste un partenaire économique privilégié de la Syrie, notamment sur le partage de l’eau. Ce qui m’amène à un constat : l’absence de leader dans le monde arabe. La Turquie ambitionner de prendre le flambeau, abandonné par l’Egypte, mais son inaction face aux printemps arabes l’a écarté de la course.
Puis les campagnes de bombardements ont très vite mauvaise presse, du fait des innombrables dommages collatéraux.

Je n'ai jamais vu de diplomatie européenne, à part de façade, juste pour dire qu'il y en a une.  
Je pensais à Katherine Asthon, qui effectivement n’est qu’une diplomate de façade. D’ailleurs elle n’a pas le titre de diplomate mais de haute représentante. Là encore, l’absence de consensus devient risible.

A mon avis, c'est déjà trop tard. Les djihadistes ont pris le pouvoir au sein de la rébellion, qui n'a plus grand chose d'une rébellion puisqu'elle s'attaque aux communautés (pillages, meurtres pour des raisons ethniques ou confessionnelles) autant qu'au pouvoir.
C’est effectivement trop tard, d’autant que le couple russo-américain a fait ça tambouille. Hollande risque de faire grise mine.

balayée d'un revers de main par la Russie, qui discute désormais avec les USA, ce qui montre l'inutilité de l'ONU, au passage.
+1.


Je ne pense pas que nous ne comprenions pas cette région. Au contraire, nous y avons une longue expérience, et c'est pour cela que nous savons à quel point la situation là-bas est complexe. D'ailleurs, c'est uniquement par péché d'orgueil que l'Amérique a cru qu'elle arriverait à imposer son modèle de civilisation au Moyen-Orient.
Les américains auraient dut lire Constant , et prendre des cours d’histoire sur l’Afghanistan *Lol* .
Les réalités claniques nous échappent quand même un peu.
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Jeu 19 Sep 2013 - 9:53

Princeps a écrit:Je vois mal Assad aller titiller la Turquie, qui reste un partenaire économique privilégié de la Syrie, notamment sur le partage de l’eau.
La Turquie était parmi les plus partisans de l'intervention parmi les pays de la région, avec l'Arabie Saoudite et le Qatar, reste à voir si elle rentrerait elle-même dans le conflit (ce qui pourrait amener à des représailles de la Syrie) ou se contenterait d'un rôle de base arrière.

Ce qui m’amène à un constat : l’absence de leader dans le monde arabe.
C'est plus difficile d'être un chef quand on doit commander des troupes hétéroclites.

Puis les campagnes de bombardements ont très vite mauvaise presse, du fait des innombrables dommages collatéraux.
C'est là le risque pour les Américains, qui seront obligés, contrairement à ce qu'ils avancent, de bombarder pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, comme en Libye, avant de faire chanceler le régime.

Je pensais à Katherine Asthon, qui effectivement n’est qu’une diplomate de façade. D’ailleurs elle n’a pas le titre de diplomate mais de haute représentante. Là encore, l’absence de consensus devient risible.
Si la France et la Grande-Bretagne renonçaient à l'option guerrière, je pense qu'il serait possible pour l'Union européenne de jouer les intermédiaires dans les conflits, avec la Russie par exemple, qui pour l'instant, dialogue directement avec les USA, sans se préoccuper du vieux continent. Un rôle de pacification pour l'UE, qui correspondrait mieux à ses valeurs que le rôle de guerrier, que seuls la France et la Grande-Bretagne défendent encore.

Hollande risque de faire grise mine.
Nous sommes complètement inaudibles auprès de la Russie. C'est dommage, car dans ce conflit, un accord avec la Russie facilité par la France nous aurait donné une aura diplomatique.

Les réalités claniques nous échappent quand même un peu.
Nous sommes face à une strate politique antérieure à la formation des grands Etats. Les tribus, les clans, sont le fait d'Etats embryonnaires.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Jeu 19 Sep 2013 - 21:57

Philosophos a écrit: La Turquie était parmi les plus partisans de l'intervention parmi les pays de la région, avec l'Arabie Saoudite et le Qatar, reste à voir si elle rentrerait elle-même dans le conflit (ce qui pourrait amener à des représailles de la Syrie) ou se contenterait d'un rôle de base arrière.
La Turquie a une position ambivalente. Elle ouvre puis ferme ses frontières. Elle ne dit mot dans un premier temps. Je me demande si l’allié américain n’a pas usé de son pouvoir pour faire pression indirectement sur Assad, justement du fait des liens économiques entre les deux pays.


Si la France et la Grande-Bretagne renonçaient à l'option guerrière, je pense qu'il serait possible pour l'Union européenne de jouer les intermédiaires dans les conflits, avec la Russie par exemple, qui pour l'instant, dialogue directement avec les USA, sans se préoccuper du vieux continent. Un rôle de pacification pour l'UE, qui correspondrait mieux à ses valeurs que le rôle de guerrier, que seuls la France et la Grande-Bretagne défendent encore.
La GB ne s’est pas rétractée ? Cameron n’avait-il pas anticipé le retrait d’Obama ? Sur Les deux (anciens) grands, ont sauvé la face.

Nous sommes complètement inaudibles auprès de la Russie. C'est dommage, car dans ce conflit, un accord avec la Russie facilité par la France nous aurait donné une aura diplomatique.
Sans parler d’une seule voix, c’est difficile. Puis la Russie n’a jamais était prise comme un partenaire, toujours toiser, toujours suspecte.

Nous sommes face à une strate politique antérieure à la formation des grands Etats. Les tribus, les clans, sont le fait d'Etats embryonnaires.
C’est une réalité politique locale qui reste difficile a appréhender pour les occidentaux. Sans parler de la Chine qui tend de plus en plus à remplacer le leadership américain dans la région.
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Ven 20 Sep 2013 - 15:03

Princeps a écrit:Je me demande si l’allié américain n’a pas usé de son pouvoir pour faire pression indirectement sur Assad, justement du fait des liens économiques entre les deux pays.
C'est fort possible, c'est même sûr. Il y a aussi le cas des Kurdes de Syrie, qui comme au temps de la guerre d'Irak, intéresse la Turquie.

La GB ne s’est pas rétractée ? Cameron n’avait-il pas anticipé le retrait d’Obama ?
Dans ce cas, Hollande s'est fait berner comme un amateur, il s'est avancé sur l'option guerrière sans avoir connaissance des intentions réelles de ses partenaires. :) Il paraît que les tractations durent depuis des mois en catimini entre Russes et Américains sur le sujet syrien.

Nous sommes complètement inaudibles auprès de la Russie. C'est dommage, car dans ce conflit, un accord avec la Russie facilité par la France nous aurait donné une aura diplomatique.
Sans parler d’une seule voix, c’est difficile. Puis la Russie n’a jamais été prise comme un partenaire, toujours toiser, toujours suspecte.
De ce qu'un grand pays ne va pas dans notre sens ne devrait pas nous le faire considérer comme suspect. Il semble que ce soit plus facile de discuter avec des alliés historiques, pourtant les Américains ne pensent pas toujours comme nous. Je trouve même que les Russes nous sont plus proches par leur culture que les Américains. De plus, leur côté slave pourrait nous rapprocher de l'Orient, notamment de la Chine, qui se calque toujours sur le vote de la Russie à l'ONU.

Nous sommes face à une strate politique antérieure à la formation des grands Etats. Les tribus, les clans, sont le fait d'Etats embryonnaires.
C’est une réalité politique locale qui reste difficile a appréhender pour les occidentaux. Sans parler de la Chine qui tend de plus en plus à remplacer le leadership américain dans la région.
Je suis étonné du peu de capacité que nous avons à nous implanter, en Orient comme en Afrique, alors que la France a une longue tradition coloniale. Les asiatiques y parviennent très bien. Qu'avons-nous ramené du Mali, à part des soldats morts ? Une satisfaction de façade pour le pays, mais côté économique, rien de rien. Ce sont les Chinois et les Coréens qui raflent tous les contrats.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Dim 4 Oct 2015 - 10:45

Je relance ce sujet, puisque l'actualité s'y prête.
Que pensez-vous des frappes russes ? Sont-elles un appui à Assad ou orientées vers l'E.I ? Dit autrement, les médias français mentent-ils ?
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  JP2popup le Lun 5 Oct 2015 - 15:27

Princeps a écrit:Que pensez-vous des frappes russes ? Sont-elles un appui à Assad ou orientées vers l'E.I ?


L'un n'empêche pas l'autre...

Tout est question de niveau: stratégie ou tactique.
----------------------
Stratégiquement, Poutine a toujours identifié comme menace principale pour sa Russie la montée du djihadisme d'origine wahhabite dans ses marches sud: donc on  peut  penser que sa forme la plus extrème, Daesh, doit le péoccuper au plus point, tant on peut imaginer son expansion possible dans les mondes musulmans intra-russes ou à leur périphérie, en cas de succès en Syrie et en Irak sunnite.
Stratégiquement, c'est cela qu'il veut détruire...
----------------------
Tactiquement, la Syrie d'Assad est le dernier allié qui lui reste en Méditerranée et qui  met à sa disposition base navale et aérienne.... Il ne peut donc le perdre sans perdre une dimension géostratégique majeure: sa présence en Méditerranée.

----------------------
Donc on peut rationnellement penser que Poutine va d'abord, tactiquement, sécuriser son allié au bord de l'implosion militaire, puis, cela fait, traiter vigoureusement Daesh.

Mais c'est jouer avec le feu: les dernières nouvelles parlant de frictions entra avions russes et turcs ne sont vraiment pas de bonne augure !

En route vers la troisième, comme à l'été 14 ?

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Lun 5 Oct 2015 - 19:46

Princeps a écrit:Que pensez-vous des frappes russes ? Sont-elles un appui à Assad ou orientées vers l'E.I ? Dit autrement, les médias français mentent-ils ?
Un appui à Assad, mais un appui peu efficace, elles ne sont pas assez précises et donc, improductives. L'idée est de soutenir une offensive au sol des Iraniens. La moitié est du pays a été abandonnée par le régime et n'intéresse pas les Russes. La richesse et la position stratégiques sont à l'Ouest. C'est ce noyau dur que la Russie veut préserver à tout prix, là où sont tous les Alaouites, soutiens de Bachar. La Russie parie sur la solidité de ce noyau dur. Elle ne veut pas commettre la même erreur qu'en 2011, quand elle n'avait pas soutenu Kadhafi. Certes, il était plus faible que Bachar, il avait peu d'alliés à l'intérieur et à l'extérieur.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Lun 5 Oct 2015 - 19:55

J'ai une lecture moins géostratégique et davantage politique.

Poutine entend restaurer la "grande Russie", en intervenant en Syrie il fait ce qui n'a plus été fait depuis l'Afghanistan (peu ou prou), à savoir un Op'EX. il avait rencontré Obama 2 ou 3 jours avant de lancer ses manœuvres, et il ne lui a rien soufflé ; la dimension "politique" me semble ici prépondérante.

Ensuite, clairement, il donne un coup de projecteur qui laisse la Crimée dans l'ombre, ce qui arrange bien ses affaires. La lutte contre Daesh a une autre vertu, celle de forcer l'Occident à considérer la Russie comme un interlocuteur (cf. la "grande Russie"). Les bases russes en Syrie n'étaient pas menacées :  il n'y avait pas de "repreneur" , Assad étant persona non-grata. Par contre, je suis infiniment plus mesuré sur la coalition (ou quelque soit sont nom) Iran-Irak-Syrie-Russie exclusivement chiite alors que les musulmans russes sont sunnites, là le bât blesse pour Poutine; sauf à vouloir les provoquer.

Sur le 3eme round mondial, je n'y crois pas.


Dernière édition par Philo le Mar 6 Oct 2015 - 10:10, édité 2 fois (Raison : Correction syntaxique)
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Philosophos le Mar 6 Oct 2015 - 10:22

Princeps a écrit:Poutine entend restaurer la "grande Russie", en intervenant en Syrie il fait ce qui n'a plus été fait depuis l'Afghanistan.
C'est vrai, je me souviens de l'humiliation des Russes lors de la guerre de Yougoslavie.

Ensuite, clairement, il donne un coup de projecteur qui laisse la Crimée dans l'ombre, ce qui arrange bien ses affaires.
Certes, mais ça s'arrange de ce côté. A propos de la Crimée, l'aspect géostratégique est aussi important en Crimée qu'en Syrie : garder l'accès à la Méditerranée face aux navires de l'Otan.

La lutte contre Daesh a une autre vertu, celle de forcer l'Occident à considérer la Russie comme un interlocuteur (cf. la "grande Russie").
Oui, Poutine a réussi à se positionner au centre des négociations.

Par contre, je suis infiniment plus mesuré sur la coalition (ou quelque soit sont nom) Iran-Irak-Syrie-Russie exclusivement chiite alors que les musulmans russes sont sunnites, là le bât blesse pour Poutine; sauf à vouloir les provoquer.
La Russie a justement intérêt à éradiquer Daesh, même si pour l'instant, elle s'attaque surtout à la rébellion syrienne, sunnite elle aussi.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  JP2popup le Jeu 8 Oct 2015 - 15:03

La stratégie du "piéton imprudent"

Sur le sujet, un article très intéressant de Michel Goya sur son blog:
http://lavoiedelepee.blogspot.be/2015/10/septembre-rouge.html

A le suivre, la stratégie russe, très adaptative par nature, suivrait de nouveau, en Syrie, ce principe bien éprouvé depuis des décennies.

Les Russes sont grand joueurs d'échec et de donc de stratégies alambiquées, par tradition culturelle...

La morale (pour reprendre l’intitulé du fil) n'a pas grand'chose à y voir !

-------

PS: le piéton imprudent étant par exemple un avion russe qui se balade, par "distraction" (sic), dans un couloir aérien de la coalition occidentale, obligeant cette dernière à détourner ses propres avions pour éviter la collision avec le "distrait imprudent"...

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Avis' le Mar 7 Mar 2017 - 23:58

Bavardage et hors sujet : je viens de suivre un reportage sur la Syrie que j'ai visitée il y a sept ans : Alep 500.000 morts, 1.500.000 blessés, des milliers de prisonniers torturés. Rien que pour une ville. Pour les tortures, çà vaut le nazisme pour l'aspect systématique.
Cà te rendrait méchant.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Princeps le Mer 8 Mar 2017 - 0:10

Attention aux chiffres. On sait qu'ils sont élevés, mais pour le moment nous n'avons que trop peu d'informations.
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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Ragnar II le Mer 8 Mar 2017 - 4:49

Avistodénas a écrit:Bavardage et hors sujet : je viens de suivre un reportage sur la Syrie que j'ai visitée il y a sept ans : Alep 500.000 morts, 1.500.000 blessés, des milliers de prisonniers torturés. Rien que pour une ville. Pour les tortures, çà vaut le nazisme pour l'aspect systématique.
Cà te rendrait méchant.

Cà te rendrait méchant au point de tuer des gens ? (Simple curiosité)

.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Avis' le Mer 8 Mar 2017 - 9:07

Ragnar a écrit:Cà te rendrait méchant au point de tuer des gens ? (Simple curiosité)

Pour empêcher, oui.
Pour faire justice, non. Elle ne m'appartient pas.

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

Message  Crosswind le Mer 8 Mar 2017 - 10:37

Avistodénas a écrit:Pour empêcher, oui. Pour faire justice, non.
Empêcher et faire justice sont des propositions diaboliquement voisines. Qu'est ce donc, qu'empêcher, si ce n'est d'empêcher un acte que l'on estime injuste ?


Dernière édition par Princeps le Mer 8 Mar 2017 - 10:42, édité 1 fois (Raison : Mise en forme citation)

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Re: Syrie : la morale doit-elle l'emporter sur la politique ?

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