Créativité et folie

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Créativité et folie

Message  Invité le Mer 4 Sep 2013 - 19:04

Bonjour à tous !

Je ne suis pas certaine de poster au bon endroit... Enfin, je vais quand même vous soumettre ma réflexion sur ce thème qui me tient à coeur.

Pour assurer la stabilité d'un groupe donné (animal ou humain) un système hierachique s'impose.
Les membre de ce groupe adoptent naturellement les comportements suivants :
- Irritabilité envers les inférieurs
- Inquiètude envers les supérieurs
- Euphorie lors de l'élévation dans cette hierarchie
- Dépression lors de l'abaissement dans cette même hierarchie.

D'après les recherches d'Henri Laborit, il semblerait que le cerveau fonctionne toujours dans le but de dominer l'autre. D'après lui : "La dominance permet de garder à sa disposition un être ou un objet qui est convoité par d’autres." Il reste alors deux options aux dominés : La lutte ou la fuite. Dans son livre "l'éloge de la fuite", Laborit fait l'éloge de la fuite dans l'imaginaire de l'artiste, du drogué ou du fou. Je note tout de même une différence entre les trois. D'abord l'artiste. L'artiste est animé par son besoin de créer mais son jugement n'est pas altéré. Il fait donc la part des choses entre son imagination et la réalité. Le drogué quant à lui, choisit volontairement de quitter de façon provisoire la réalité grâce à une substance. Enfin, le fou, lui, est coincé dans un monde où son jugement est altéré.

J'ai noté aussi dans un autre article que la frustration est une étape importante du processus créatif. En gros pour trouver une solution à un problème, on utilise le cerveau gauche (relatif à l'analyse et la logique). Si on ne trouve pas la solution, on entre dans un état de désespoir qui nous pousse à changer de stratégie. On bascule alors du cerveau gauche au cerveau droit (relatif à la création).

Il est aussi intéressant de noter qu'une étude scientifique récente a confirmé le lien étroit entre créativité et maladies mentales,
ce qui explique le nombre non négligeable de compositeurs/artistes/écrivains/etc qui souffraient de troubles mentaux.

Peut-être qu'il se déclenche chez celui qui est arrivé à un tel point de non retour et à un stade très avancé de désespoir, un bouleversement psychique, qui provoque une altération de son jugement ? Un peu comme une révolte interne qui provoque un réajustement cérébral pour maintenir l'homéostasie ?

Voilà, je voulais juste avoir votre avis sur la question.

Cordialement
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Re: Créativité et folie

Message  LibertéPhilo le Jeu 5 Sep 2013 - 10:01

Bonjour !

La thèse de Laborit que vous exposez n'est pas sans rappeler la volonté de puissance de Nietzsche, ou dans une traduction plus littérale, la volonté de pouvoir, la volonté de dominer qui anime chaque être vivant.

Je vois que vous penchez tout de même pour la folie de l'artiste, la frustration qui naît du manque de pouvoir aboutissant à la maladie mentale. Ce qui me fait penser à Freud, selon lequel l'artiste essaie par le biais de son imagination d'acquérir ce qui lui manque et que tout le monde recherche : l'argent, la gloire, les femmes.
Freud, Introduction à la psychanalyse a écrit:L’artiste est en même temps un introverti qui frise la névrose. Animé d’impulsions et de tendances extrêmement fortes, il voudrait conquérir honneurs, puissance, richesse, gloire et amour des femmes. Mais les moyens lui manquent de se procurer ces satisfactions. C’est pourquoi, comme tout homme insatisfait, il se détourne de la réalité et concentre tout son intérêt, et aussi sa libido, sur les désirs créés par sa vie imaginative, ce qui peut le conduire facilement à la névrose. Il faut beaucoup de circonstances favorables pour que son développement n’aboutisse pas à ce résultat ; et l’on sait combien sont nombreux les artistes qui souffrent d’un arrêt partiel de leur activité par suite de névroses [...]. Et voici comment l’artiste retrouve le chemin de la réalité. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il n’est pas le seul à vivre d’une vie imaginative.
L'artiste, du fait qu'il vit d'illusion, est singulièrement un impuissant dans ce monde, tout du moins un inadapté. Il est peu probable aussi qu'un artiste choisisse délibérément cette vie, incompréhensible pour la plupart des gens, il semble plutôt qu'il subisse son sort et doive faire avec. Tant mieux s'il réussit, tant pis s'il échoue. Mais, même après avoir réussi, il restera toujours en marge de la société.

CosmicDancer a écrit:Il est aussi intéressant de noter qu'une étude scientifique récente a confirmé le lien étroit entre créativité et maladies mentales, ce qui explique le nombre non négligeable de compositeurs/artistes/écrivains/etc qui souffraient de troubles mentaux.
Quant à la question de la folie, si on veut la lier à votre première idée de hiérarchisation, on peut toujours reprendre, encore, l'idée de Nietzsche dans Aurore sur la nécessité d'être fou pour avoir le courage de briser la loi.
Nietzsche, Aurore, 14 a écrit:Si, malgré ce formidable joug de la moralité des mœurs, sous lequel toutes les sociétés humaines ont vécu, si — durant des milliers d’années avant notre ère, et encore au cours de celle-ci jusqu’à nos jours (nous habitons nous-mêmes, dans un petit monde d’exception et en quelque sorte dans la zone mauvaise) les idées nouvelles et divergentes, les appréciations et les instincts contraires ont surgi toujours de nouveau, ce ne fut cependant que parce qu’elles étaient sous l’égide d’un sauf-conduit terrible : presque partout, c’est la folie qui aplanit le chemin de l’idée nouvelle, qui rompt le ban d’une coutume, d’une superstition vénérée.
En effet, pour inventer, il faut détruire quelque chose, et plus la destruction est importante, plus l'est la révolution qui en résulte, et plus on dit alors que l'on est créatif. Le génie du créateur se mesure beaucoup à sa faculté de bouleverser l'ordre des choses.

La folie peut bien entendu être aussi le résultat de cette coupure d'avec le monde qui est celle de la vie illusoire de l'artiste. La solitude peut conduire à la folie (ou au suicide, beaucoup d'artistes se sont suicidés), et ce qui s'ensuit de la solitude : le fait de se sentir incompris, rejeté, le manque d'amour...

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Re: Créativité et folie

Message  Invité le Jeu 5 Sep 2013 - 12:15

Merci Philosophos pour votre réponse intéressante et très pertinente !

Effectivement les recherches de Laborit semblent confirmer la pensée de Nietszche.
Laborit :
Henri Laborit a écrit:"Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n’a pas d’autre raison d’être que d’être."
La domination assure l'équilibre de notre structure biologique soit une stabilité psychique. La dépression serait alors l'incapacité à se maintenir dans cette hiérarchie et le suicide, un acte désespéré lié à cette instabilité dans la hiérarchie. Il ne reste plus que l'imagination comme refuge, pour pouvoir maintenir notre structure biologique et notre équilibre vital.  On peut imaginer que plus le désespoir est grand et plus la "pulsion créatrice" est envahissante. Il y a toujours une forme de frustration ou de désespoir, dans l'acte de création liée à cette inadaptabilité au système de dominance. L'impossibilité de trouver un sens logique et sa place dans ce monde pousse le créatif à user ses dernières cartouches.
Cela suppose de trouver l'énergie nécessaire pour "rompre le ban d’une coutume, d’une superstition vénérée" que seul le créatif trouve dans un profond désespoir. Un processus de survie comme un autre, qui cependant est indispensable car paradoxalement, il n'y aurait plus de créatifs sans frustration ou désespoir et ce sont les créatifs qui font bouger les choses (plus ou moins bien d'ailleurs).
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Re: Créativité et folie

Message  LibertéPhilo le Sam 7 Sep 2013 - 18:17

CosmicDancer a écrit:Effectivement les recherches de Laborit semblent confirmer la pensée de Nietszche.
Laborit :
Henri Laborit a écrit:"Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n’a pas d’autre raison d’être que d’être."
Nietzsche a cherché à se dégager du puissant concept de conservation de la vie par sa volonté de puissance. La volonté (= le "vouloir-vivre", dans le sens que lui donnait Schopenhauer, qui en biologie correspond à l'instinct de survie) est certes sans finalité, mais c'est comme si elle en avait une : sa propre conservation. Le but de tout être vivant, pris stricto sensu, est donc de vivre, et rien que cela, "persévérer dans son être" (Spinoza) le plus longtemps possible, éternellement s'il pouvait, d'autant plus qu'à part l'homme, aucun animal ne sait qu'il doit mourir.

Dans ce sens biologique, l'art ne serait, si on supprimait toute idéalité pure (cf. l'idée du Beau de Platon, réutilisée par Schopenhauer), qu'un moyen de survie. Il faudrait alors l'entendre non pas comme une fuite du monde réel vers un monde imaginaire, mais comme étant lié à l'émergence de la conscience, à la création d'un imaginaire qui agrandit cette conscience et nous permet de nous protéger des forces hostiles de la nature (exemple : l'architecture).

Mais alors, le passage de l'instinct de survie au désir du beau est problématique. Pourquoi l'homme cherche-t-il, depuis même la préhistoire, à orner ses objets, à créer des bijoux pour se parer ? On peut donner comme réponse à cette question, soit comme vous le dites, que l'art est la recherche d'un refuge devant l'hostilité du monde (avec pour conséquence inattendue une meilleure adaptation), le beau lui-même étant alors fonctionnel, ou bien, on peut penser qu'il s'agit d'un superflu, l'homme ayant satisfait momentanément ses besoins essentiels, cède à l'ennui, car n'ayant pour seul but dans l'existence que la survie, et ce but étant atteint, il a alors besoin de se divertir.

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Re: Créativité et folie

Message  Golem le Dim 26 Juil 2015 - 6:41

L'humain cherche généralement à dominer mais pas toujours. Il cherche toujours à contrôler son destin mais pas forcément à dominer son environnement.

Il ne faudrait pas oublier que tout n'est pas rapport de force entre dominants et soumis, il y a aussi des rapports de séduction entre alter ego.
Beaucoup de chose s'obtiennent en disant simplement "s'il te plait" sans qu'il soit question de domination ou de soumission.

Je suis triste pour Labori qui ne semble pas savoir qu'on peut aimer des personnes sans convoiter de les posséder par domination.

Personnellement, je veux être aimé, je ne veux pas être craint. Donc je suis en couple avec une personne libre de ses mouvements, et si elle reste avec moi, c'est parce qu'elle le désir et non parce que je la domine.
Si je ne donne pas à ma conjointe la liberté, elle ne peut pas rester avec moi par amour.
Je ne veux pas posséder des richesse matérielle ou périssable, je ne veux pas dominer un cheptel humain et devenir puissant. Je veux la richesse intérieur, je veux que les gens s'attachent à moi parce que je suis beau, pas parce que je suis puissant.

Quel triste monde que celui des gens qui ne comprennent rien à l'amour et qui pensent que l'humain n'est qu'un prédateur.

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Re: Créativité et folie

Message  Ragnar II le Dim 26 Juil 2015 - 8:40

Golem a écrit:Je suis triste pour Labori qui ne semble pas savoir qu'on peut aimer des personnes sans convoiter de les posséder par domination.

Non, Laborit n'est pas de ce type.

En fait sa pensée tourne autour du fait que la société s'est construite de telle façon que l'humain est maintenant empêché de réagir sainement dans les situations de stress extrême, contrairement à l'animal en liberté.

Quand un problème grave se pose à l'animal, il choisit d'instinct entre deux solutions immédiates : il se bat ou il fuit. Face à un prédateur, par exemple. En se battant ou en fuyant, l'animal utilise immédiatement le surplus de substances (les catécholamines) que son corps a produit sous l'effet du stress.

L'humain n'a plus cette possibilité. Lorsqu'il se trouve face à son chef ou son patron qui le harcèle pour cause de production ou autre, il ne peut pas se battre en lui cassant la gueule, et il ne peut pas s'enfuir en donnant sa démission, car dans les deux cas, il est certain de perdre son emploi, ce qui inhibe son corps tout entier. Mais son corps a produit un surplus de catéchoamines qu'il n'a pas utilisé dans une quelconque action (la bagarre ou la fuite). Ce surplus de catéchoamine s'accumule dans le corps au point qu'un dérèglement de toutes les fonctions s'ensuit et débouche sur la maladie physique ou mentale, ce qui peut mener à la mort ou au suicide.

Ayant bien cerné le problème, Laborit invente un régulateur de l'accumulation des catécholamine dans le corps. Ce régulateur porte le nom de Chlorpromazine. Il est utilisé en neurologie et en psychiatrie pour soigner pas mal de maladies produites à cause de l'agencement de la société calqué sur le zoo. Le zoo humain dans lequel nous vivons à présent presque tous sur la terre.

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Re: Créativité et folie

Message  Malcolm le Ven 6 Mai 2016 - 16:20

Ce Laborit est un génial.

Quant à la Wille zur Macht, je ne répéterai jamais assez que ce pouvoir vient de l'allemand machen, indiquant tout autant le faire que le fabriquer, politiquement appliqué à l'exécutif donc à ce Pouvoir fantastique que nous craignons de voir nous dominer. Naturellement, il y a de la dominance dans tout faire & fabriquer, dit Nietzsche, notamment à travers de la Victoire sur soi dans le Zarathoustra : il faut bien s'empower oneself dans l'existence, impliquant hiérarchisations pléthoriques, pressentiments, sentiments, assentiments, consentements & ressentiments idoines.
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Re: Créativité et folie

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