Le positivisme - une pose philosophique moderne

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Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Prince' le Mer 29 Juil 2015 - 16:27

\"La Cité et l'Homme", Léo Strauss, préface O. Sedeyn. a écrit:La seconde attitude est l'attitude scientiste ou positiviste. Elle suppose que la seule connaissance effective est la science au sens moderne du mot, c'est-à-dire la mise en relation de faits sous des lois. Si schématique que puisse paraître cette formulation à un scientifique ou à un épistémologue moderne, il se peut qu'elle suffise. Le philosophe ou le sociologue à avoir réfléchi le plus profondément sur cette attitude fut pour Leo Strauss Max Weber, avec lequel il entretint un commerce approfondi dont le deuxième chapitre de Droit naturel et histoire porte témoignage. Weber fut celui qui thématisa la fameuse distinction entre fait et valeur, et qui soutint que le savant ne pouvait pas faire de jugements de valeur. Il était, scientifiquement, partisan de la« neutralité axiologique » (Die Wertfreiheit). Pour le positivisme, il ne sert à rien de poser des questions non vérifiables expérimentalement ; ainsi discrédite-t-on toute «métaphysique», terme devenu, pas seulement à cause du marxisme, une insulte sans réplique. L'attitude positiviste a donc dépassé la métaphysique, voire la philosophie elle-même, qui, si même on en conserve le nom, devient épistémologie, ou en tout cas dépendante de la science, si ce n'est «science» elle-même, ainsi de la « psychologie » ou de la « sociologie». Il en était autrement dans les temps classiques : la philosophie régnait légitimement, chez les seuls hommes de pensée il est vrai, sur toutes les autres connaissances ou arts, parce qu'elle avait pour fin la connaissance de la totalité. Le positivisme, pour justifier le renversement du rapport philosophie/sciences ou arts, n'invoque qu'une raison : la supériorité de la science moderne sur la science classique, le progrès de la raison ou de l'histoire, supériorité ou progrès qui repose entièrement sur le rejet· des questions fondamentales, supposées résolues par l'Histoire elle-même. Le positivisme, de ce point de vue, est le courant de la modernité qui repose sur un scepticisme radical : on ne peut pas connaître la nature des choses, on ne peut connaître que les phénomènes ; tout substantialisme est écarté comme erroné (il y en a plusieurs, qui se contredisent mutuellement). Cette « prise de conscience » constitue le début de l'âge positif. Le positivisme repose donc sur une philosophie de l'histoire de l'esprit humain; mais il est aussi une doctrine d'émancipation politique. Si confuse, ou si « évidente » que soit devenue cette émancipation, il y a une relation étroite entre le positivisme d'aujourd'hui et la sympathie pour une certaine forme de démocratie, la démocratie moderne. Sur le plan de la théorie politique, le positivisme rejette la philosophie politique classique parce qu'elle est non scientifique dans sa forme et antidémocratique dans son contenu. Or cette relation entre le positivisme et la sympathie pour la démocratie représentative moderne n'a pas pour fondement une raison scientifique, elle émane bien plutôt du contexte duquel ils sont sortis l'un et l'autre. Le caractère propre du positivisme est son absence totale de réflexion sur ce contexte, ou sur ce sans quoi il n'aurait pas pu apparaître, et cela parce qu'il est complètement incapable de se regarder lui-même comme problématique. Ce qui constitue, on le reconnaîtra, un oubli majeur de la philosophie, ou tout simplement de l' « esprit scientifique». Le positivisme se croit évident. Cela fait qu'il constitue l'attitude intellectuelle la plus dogmatique qui soit, la plus antiphilosophique, et qui néanmoins paraît, dans l'opinion, qui est aussi dans la tête des savants et des «philosophes», la moins dogmatique, parce qu'elle repose sur un scepticisme radical en ce qui regarde la possibilité de parvenir à une connaissance de la nature des choses. De la même manière, le positivisme est favorable à la démocratie comme quelque chose qui va de soi, sans même se demander jamais si, ce faisant, il n'effectue pas un jugement de valeur, c'est-à-dire ce qu'il prétend s'être interdit. Dans la mesure où le positivisme se présente comme un certain accomplissement historique, là aussi il fait un jugement de valeur. Le positivisme est la forme la plus répandue aujourd'hui du rationalisme moderne. Mais notre époque est aussi, et cela depuis longtemps déjà mais chaque Jour un peu plus, le théâtre d'une mise en question du rationalisme moderne (le seul connu ou plus exactement aujourd'hui vulgarisé ou vulgarisable). Tout le monde voit maintenant que la science a surtout servi à fragiliser de plus en plus 1' équilibre des forces politiques, et qu'elle a produit autant de périls et de maux que de biens pour soulager la peine de l'humanité. Nous voyons tous bien que la science ne suffit pas, mais, dans la situation actuelle, le constater, sans abandonner corrélativement les préjugés fondamentaux de la modernité, contraint à ne se tourner que vers l'autre attitude de la modernité.
Quelle.s critique.s pouvez-vous formuler à l'endroit du présent extrait ? Le propos vise-t-il juste ?
Cette pose "positiviste" est ici dominante - qu'importe les variantes qui sont représentées - aussi, votre avis n’est-t-il pas inintéressant.
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Message  JP2popup le Jeu 30 Juil 2015 - 14:43

Je ne crois pas que le positivisme soit une position encore actuelle, vraiment:  ce n'est plus l'expérience scientifique qui fonde, mais la probabilité statistique expérimentale d'atteindre le réel ... ou pas...

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Prince' le Jeu 30 Juil 2015 - 17:49

Je ne crois pas que le positivisme soit une position encore actuelle
C'est pourtant la position dominante ici.
ce n'est plus l'expérience scientifique qui fonde, mais la probabilité statistique expérimentale d'atteindre le réel
C'est le passage de l'axiomatique à la postulatique qu'évoque Blanché. L'axiome est accepté comme point de départ parce qu'il permet une démonstration logique cohérente - alors qu'avant il est accepté en raison de son évidence immédiate.

Mais nous nous éloignons du sujet initiale.
Quelle.s critique.s pouvez-vous formuler à l'endroit du présent extrait ? Le propos vise-t-il juste ?
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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  AntiSubjectiviste le Jeu 30 Juil 2015 - 18:14

Quelle est la date de rédaction de cet extrait ?

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Prince' le Jeu 30 Juil 2015 - 18:48

Paru en 1964. mais l'extrait vient d'une présentation dont j'imagine qu'elle date de la traduction, en 1987.
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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Golem le Jeu 30 Juil 2015 - 19:17

The City and Man (La Cité et l'homme), de Léo Strauss, à été édité pour la première fois en anglais en 1963


Cet extrait aurait été plus esthétique si les fautes d'interprétation du logiciel de capture de caractère avaient été corrigées, notamment plusieurs confusions en "L" et "J".

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Golem le Jeu 30 Juil 2015 - 19:21

Ou peut être en 64 ?

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Golem le Jeu 30 Juil 2015 - 19:29

Princeps a écrit:Quelles critiques pouvez-vous formuler à l'endroit du présent extrait ?

Léo Strauss nous dit que le positivisme est issu d'un scepticisme radical. Je ne le crois pas.

Ce n'est pas parce que la métaphysique n'est pas expérimentable que le positivisme a vu le jour.
C'est parce que la science physique est expérimentable que le positivisme à vu le jour.

Le positivisme n'est pas basé sur une négation de l'invisible mais sur une affirmation du visible et de l'enregistrable.

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  JP2popup le Jeu 30 Juil 2015 - 20:09

Golem a écrit:...de l'enregistrable.

Salut Golem, pourrais-tu développer cette notion d'enregistrable... ça m'intéresse, je vais... l'enregistrer...

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Golem le Jeu 30 Juil 2015 - 21:51

Il y a trois types de sciences.

Les sciences humaines.
Les sciences formelles.
Les sciences empiriques.

Les sciences empiriques représentent l'ordre dont Auguste Comte dit qu'il est la base du positivisme.
Les sciences empiriques sont basées sur l'expérimentation. Sous-entendu l'expérimentation enregistrable, pas l'expérimentation sensible.
Si vous avez vécu un rêve et que celui-ci est enregistré dans votre mémoire, ceci ne relève pas de la science empirique, même si vous pouvez reproduire l’expérience à volonté.

En science empirique, une loi de comportement de la nature physique est définie quand on peut répéter une expérience avec le même protocole en obtenant le même résultat.
Ex: si on enflamme du papier, il brule. Cette expérience peut être répétée autant de fois qu'on veut et la combustibilité du papier en présence d'oxygène est prouvée par la science empirique, autrement nommée science expérimentale.
Vous comprenez bien que pour dire qu'une expérience est répétable à l'infini et qu'elle manifeste une loi de la nature physique,  il faut pouvoir enregistrer les résultats d'expérience. Si un résultat d'expérience n'est pas enregistrable on ne sait pas si cette expérience peut être reproduite.

Une personne ou mille personnes peuvent voir un fantôme une fois ou mille fois, aussi longtemps qu’on n’a rien filmé et qu’on a seulement des enregistrements mémoriels sans enregistrement sur support matériel, la science empirique nie le résultat.


Selon le positivisme d'Auguste Comte, toutes les activités scientifiques et philosophiques ne doivent s'effectuer que dans le seul cadre de l'analyse des faits réels vérifiés par l'expérience. Auguste Comte nous dit que l'esprit   humain peut formuler les lois et les rapports qui s’établissent entre les phénomènes et qu’il ne peut pas aller au-delà.

Autrement dit, pour Auguste, seules existent les connaissances, il ne sait absolument pas qu’on peut avoir des croyances et il croit que c’est inaccessible à l’esprit humain.
De plus, il place les sciences formelles à l’intérieure des sciences empiriques comme leur corolaire, ce qui est absurde.

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Re: Le positivisme - une pose philosophique moderne

Message  Malcolm le Mar 11 Avr 2017 - 17:55

Je suis certes d'avis que le positivisme est la béatitude niaiseuse & ahurie d'un dix-neuvième siècle qui avait besoin de se sentir des supériorités péteuses sur le passé, issue des mondanités "charmantes" devant les efficiences scientifiques. Et je dis bien les efficiences : toutes les sciences fonctionnent sur la base d'une logique de l'effet, de même que les magies, qui étaient des anté-sciences (les feux d'artifices, etc.). Ou bien désormais, les dispositions de la technologie, qui se confondent avec la magie effectuellement, dans la mesure où nous ne savons communément pas le tiers du quart des fonctionnements qui nous entourent ou, si nous les savons, leur altération est régulièrement hors de portée, sans temps de formation voire logistique adéquate, et ce n'est pas une vidéo YouTube d'un bricoleur ou l'autre qui nous sauvera sans ce temps ou/ni cette logistique.

Les sciences affinent et peaufinent leurs efficiences, et force est de constater l'indéniabilité de leur opérativité à notre échelle, dans les domaines qu'elles gèrent, ainsi qu'un zonard lambda dit "vas-y tu gères, t'es un anciennn". Je ne vois pas qui s'amuserait à contester ses effets, sauf à nier aussi niaiseusement que des niaiseux se rendent aux sciences (en dehors des praticiens intéressés voire passionnés) sa propre expérience, ce qui confine à la forclusion schizoïde, ou au sectarisme le plus timbré : Raël ne s'était pas trompé ... Or pourtant, il y a du raëlisme dans l'âme (l'élan, l'allant, le comportement, le propos) de quiconque se rend aux sciences, sans comprendre cet esprit de nuance, qu'on accepte sans broncher ses opérations, avec un recul philosophique pourtant.

Entre les sciences & magies, c'est une affaire de méthodes, le jeune Nietzsche ne s'y était pas trompé avant que de s'intéresser à d'autres choses, mais c'est drôle alors comme l'antisystématicien par excellence valorise des systématisations, quand bien même récusant sa foi dans son propre système ... M'enfin, c'est juste qu'il réalisait bien ne pouvoir vivre sans un type d'illusion, après en avoir traqué a maxima ... Et les sciences, aussi prudentes soient-elles, sont des illusions. Verità effetualè machiavelienne ...

Car à la fin, la culture précède "la nature" et, que nous en soyons au positivisme comme au post-positivisme, le factualisme alors prend ontologiquement le relais positiviste, ultra-positiviste. Or, en tant que les faits sont des interprétations nescientes, sciemment interprétés, je ne vous raconte pas le cirque *Clown*

Bref, le texte initial préserve toute sa valeur à mes yeux.

Mais enfin, on me dira qu'il a bien fallu l'instaurer, la culture, à un moment ou l'autre, sur la base de l'émergence de l'humain. Je dirais que nous n'y étions pas, et je vote 2001, Space Odyssey.


Géométrisme platonicien. Défoulement agressif canalisé. Volonté de puissance apollinienne. Victoire sur soi. Sentiment/illusion de puissance.


Stylisme, esthétisme, genres que l'on se donne. Effets, illusions, chiqué bien mâché, remâché, mordu, remordu, à la freudienne (h)ordinale.

Le positivisme ignore sa négativité hegelienne. Le factualisme ignore sa (dé)composition existentiale (destruction métaphysique du Dasein).

***

Tiré de ...
Le problème du matérialisme, c'est qu'il est comme "tautologique".
Une fois que tu as dit matière - et va me la définir - tu as tout dit, et le reste est description opératoire ("positivisme"), faction opératoire ("technicisme") et entreprise opératoire ("actionnisme") voire idéologique ("activisme"). Tout ce qu'on regroupe généralement sous pragmaticisme & pragmatisme, mais qui saurait entrer sous l'étiquette fonctionnaliste, ou factualiste.

A partir de là, il y a comme "une déception" : l'Homme aime trop à divaguer, pour le meilleur et pour le pire, car la divagation peut être aventurière comme démentielle, et d'ailleurs bien des choses qui semblaient démentielles s'avérèrent judicieusement aventurières, quand bien des aventures s'avérèrent malencontreusement démentielles : ce qu'on ne put constater qu'après-coup ; l'éternel "trop tard", encore que "qui ne tente rien n'a rien", et encore qu'il est des démences et des aventures fort matérialistes dans la démarche.

Le matérialisme ne progresse qu'en escalier, posant - tel un maçon - une brique après l'autre, atomique ou non.
Aussi bien, le non-matérialisme voire l'immatérialisme, qui ne sont pas encore l'idéalisme - prenons-y garde - proposent des jeux de l'esprit plus épistémologiques. Après, le matérialisme trouve ces jeux puériles, très-sérieusement quant à soi, même s'il peut te le dire avec le sourire. A voir. Le réalisme est fort complexe, et voir aussi cet échange pour saler encore la donne.

Avec le matérialisme, il y a matéri-autisme. Or les tournures d'esprit scientifique ne savent pas tout.
***

Rapidement : le positivisme est hémiplégique. Il fait le malin, mais sa positivitude lui pourrit les yeux quant aux négativités, à tout le négativisme des "faits" eux-mêmes, dans, précisément, ce qu'ils ont d'artificiel. Naturellement, le négativisme seul n'aide pas mieux, mais le va-et-vient positivisme-négativisme, depuis un poste neutre, suspensif, sceptique de sens non-zététique moderne.

L'avantage du positif, c'est l'esbroufe : d'en envoyer plein les yeux (de la pourriture) aux esprits faibles. Les prestidigitateurs en savent quelque chose.


EDIT1: je réalise m'être synthétisé ...

EDIT2: Max Weber, en prônant le fait sur la valeur, écartait Nietzsche, Sainte-Beuve, Le Senne, Bergson, Thibaudet, Picon, etc. Dommage. Mais, assurément, la valeur ne saurait être systématisée uniformément, mais polyphonisée singulièrement.

EDIT3: Nietzsche avait déjà fait le lien, entre positivisme & modernisme/démocratisme.

***

Nietzsche, le Crépuscule des idoles, 1888, ''Ce qui manque aux Allemands'', §3, p.986 des Œuvres complètes chez R. Laffont, coll. Bouquins, a écrit:On se méprendrait profondément si l'on voulait m'objecter ici la science allemande - et ce serait de plus une preuve que l'on n'a pas lu une ligne de moi. Depuis dix-sept ans, je ne me suis pas lassé de mettre en lumière l'influence débilitante de notre scientifisme actuel sur l'esprit. Le dur ilotisme à quoi l'immense étendue de la science condamne aujourd'hui chaque individu est une des raisons principales qui fait que des natures aux dons plus pleins, plus riches, plus profonds, ne trouvent plus d'éducation et d'éducateurs qui leur soient conformes.
Rien ne fait plus souffrir notre civilisation que cette abondance de portefaix prétentieux et d'humanités fragmentaires ; nos universités sont, malgré elles, les véritables serres chaudes pour ce genre de dépérissement de l'esprit dans son instinct. Et toute l'Europe commence déjà à s'en rendre compte [...]
Pas assez compte, on dirait ! *Lol*
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Malcolm
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