De l'origine des espèces

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De l'origine des espèces

Message  LibertéPhilo le Sam 12 Oct 2013 - 9:50

En 1838, Darwin a 29 ans. Il écrit dans son Autobiographie :
En octobre 1838, c'est-à-dire quinze mois après le début de mon enquête systématique, il m'arriva de lire, pour me distraire, l'essai de Malthus sur la Population ; j'étais bien préparé à apprécier la lutte pour l'existence qui se rencontre partout, et l'idée me frappa que, dans ces circonstances, des variations favorables tendraient à être préservées, et que d'autres, moins privilégiées, seraient détruites. Le résultat de tout ceci serait la formation de nouvelles espèces. J'étais enfin arrivé à formuler une théorie.
Darwin vient de passer cinq années à bord du Beagle, "vaisseau de sa Majesté, brick de dix canons", à parcourir l'hémisphère sud. Il a appris son métier de naturaliste sur le terrain en observant des milliers d'espèces animales et végétales. Mais il revient en Angleterre en ayant appris bien plus qu'un métier. Les légères variations qu'il a remarquées entre des espèces presque semblables, vivant à peu de distance les unes des autres, sur les îles Galapagos (archipel situé au large de l'Equateur, dans l'océan Pacifique), combinées aux théories de Malthus, lui ont donné l'idée d'une explication de l'origine des espèces qui n'a plus rien à voir avec la Genèse racontée dans la Bible.

Qui était ce Malthus ? Economiste anglais, mort en 1834, peu avant le retour de voyage de Darwin (1836), Malthus pensait que la population humaine augmentait beaucoup plus vite que les ressources nécessaires à sa survie. Il fallait donc réguler les naissances pour éviter des catastrophes. Darwin applique cette idée à la nature (on appliquera plus tard les théories de Darwin à la société, courant de pensée qui prendra le nom de darwinisme social). Mais là où la main de l'homme peut intervenir pour limiter les naissances (certes de façon assez peu morale), dans la nature, il n'y a pas d'intelligence organisatrice (du moins est-ce en creux l'hypothèse que pose Darwin, qui s'est toujours déclaré agnostique). C'est donc par un processus cruel, la destruction des individus les moins aptes à survivre et à se reproduire dans ce contexte de raréfaction des ressources face à l'augmentation exponentielle de la population, que se fait une régulation naturelle.

Mais cette théorie serait incomplète sans celle de la transmission des caractères acquis, déjà évoquée par Aristote et reprise depuis par Lamarck. En effet, suivant l'idée de Malthus de la "lutte pour la vie", Darwin observe que non seulement les animaux, les végétaux, luttent pour survivre, mais que certains sont plus favorisés que d'autres relativement à leur milieu, grâce à des variations naturelles, qui sont l'effet du hasard, mais qui se trouvent privilégiées. Il suppose alors que ces variations, au sein d'une même espèce, se transmettent de générations en générations, donnant ainsi peu à peu naissance à une nouvelle espèce. Ainsi était expliquée la diversité incroyable des espèces animales qu'il avait observée, d'abord sur le sol anglais, puis dans les contrées australes.  Il appelle ce processus la "sélection naturelle", d'où le titre complet de son livre : De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie. L'exemple type est celui de la girafe :
De même pour la Girafe naissante dans la nature, les individus les plus élevés et capables ainsi de brouter un pouce ou deux plus haut que les autres, ont souvent pu être conservés en temps de famine, car ils ont dû parcourir tout le pays à la recherche de nourriture. On constatera dans beaucoup de livres d’histoire naturelle, donnant les relevés de mesures exactes, que les individus de même espèce diffèrent souvent légèrement par les longueurs relatives de leurs diverses parties. Ces différences proportionnellement fort légères, dues aux lois de la croissance et de la variation, n'ont ni importance, ni la moindre utilité chez la plupart des espèces. Mais en considérant les habitudes probables de la girafe naissante, les choses ont dû se passer autrement, en ce que les individus ayant une ou plusieurs parties plus allongées qu'à l'ordinaire, ont dû en général seuls survivre. Leur croisement a produit des descendants soit héritant des mêmes particularités corporelles, soit d’une tendance à varier de la même manière tandis que les individus moins favorisés sous les mêmes rapports auront été plus exposés à périr.
Qu'en est-il de l'homme ? Dans l'Origine des espèces, bien que l'homme ne soit pratiquement pas mentionné, il écrit :
Je suis pleinement convaincu que les espèces ne sont pas immuables ; je suis convaincu que les espèces qui appartiennent à ce que nous appelons le même genre descendent directement de quelque autre espèce ordinairement éteinte, de même que les variétés reconnues d'une espèce quelle qu'elle soit descendent directement de cette espèce ; je suis convaincu, enfin, que la sélection naturelle a joué le rôle principal dans la modification des espèces, bien que d'autres agents y aient aussi participé.
Nous verrons dans un autre sujet quelles conséquences Darwin tirera de sa théorie, lorsqu'il publiera La descendance de l'homme et la sélection liée au sexe. Comment surtout, explique-t-il l'origine de la morale, qui vient contrecarrer la sélection naturelle en permettant aux plus faibles de survivre ?

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Re: De l'origine des espèces

Message  Neo' le Lun 14 Oct 2013 - 15:02

Le second ouvrage que tu mentionnes est d'une importance également capitale, c'est " La descendance de l'homme et la sélection liée au sexe ".  Tu l'évoques en ces termes " Comment surtout, explique-t-il l'origine de la morale, qui vient contrecarrer la sélection naturelle en permettant aux plus faibles de survivre ? "
Effectivement, Darwin dont il faut saluer la probité intellectuelle dit explicitement qu'il ne peut uniquement avec la théorie de l'évolution expliquer tous les phénomènes sociaux  chez les espèces les plus complexes, terme qu'on préférera à " évoluées " : une espèce simple n'évolue pas, plus, parce qu'elle est parfaitement adaptée à son environnement. C'est les changements qui affecteront l'environnement qui " sélectionneront " les mutations qu'on sait aujourd'hui aléatoires qui s'avéreront adaptées au nouvel environnement. Alors que Darwin lui-même ayant dit cela, ayant explicitement constaté les limites de sa théorie, de surcroit pas encore complétée par la génétique, certains s'efforcent encore de le faire, avec pour résultats des conclusions surréalistes. Effectivement, Darwin, et avec la biologie, rate rien de moins que l'émergence phylogénétique du Sujet, cette fois, philosophiquement dit.
Je remets ici un texte que tu connais peut-être, mais il illustre bien mon propos.

IV - De l'émergence phylogénétique, scientifique, du Sujet, dialectiquement, philosophiquement, dit.

Il n'y a qu'une différence de degré et non de "Nature" entre les sociétés, les cultures humaines, et les autres sociétés, cultures animales, quand bien même ce serait la plus importante. L'homme n'est pas un animal comme les autres, mais c'est tout de même un animal parmi les autres ( Pour leur plus grand malheur. ). Toute société animale développe ses propres codes constitutifs. Mais donc beaucoup s'obstinent toujours à refuser de parler d'institutions imaginaires. C'est un combat d'arrière garde manifeste. Le moineau domestique, Passer domesticus, est l'espèce la plus grégaire qui fréquente ma propriété. Les individus de cette espèce qui a "choisi" la grégarité y trouvent certainement leur compte. Mais cette proximité est aussi une promiscuité qui génère d'innombrables problèmes, conflits, rapports de force, hiérarchies. En fait, dès le moment où on admet qu'il y a des sociétés animales, ce qui est scientifiquement prouvé, nous vivons à une époque où il n'est plus possible de le nier, on admet l'existence de règles, de codes, et j'en passe. Ainsi une brèche qui ne peut plus être refermée est ouverte : la transgression, la non-transgression, la duplicité, par l'individu, le Sujet, le Bien et le Mal, la Culpabilité, le dilemme, donc le référent, l'institution, le dieu, la culture, peuvent advenir. L'apparition de règles présuppose celles de rapports de force entre individus de la même espèce, on peut ainsi régresser jusqu'à l'apparition de la vie, à laquelle se superpose de façon concomitante l'apparition et le développement du Sens, du Sujet, dialectiquement dit cette fois.

J'aimerais également m'insurger contre une véritable ineptie, aberration, même s'il faut bien comprendre que même les sciences n'échappent pas à l'esprit de chapelle. Plus l'espèce est complexe, le Sujet significativement tel, moins l'écologie comportementale, inaugurée par la sociobiologie, est pertinente. Par exemple, l'infanticide des lionceaux du rival fraîchement évincé par le nouveau mâle dominant n'a pas d'autre intérêt que d'entraîner le changement hormonal qui fera retomber les femelles en chaleur. Le nouveau chef, mâle, dominant, Sujet s'il en est, n'est pas disposé à partager quoi que ce soit, et non pas comme je l'ai lu, ne veut pas "courir le risque d'être bouté hors de la troupe par un rival avant même d'avoir pu assurer une quelconque descendance". L'opposition entre éthologie et écologie comportementale est contre-productive, elles sont complémentaires. Le lion ne tue pas ses petits, pratique l'homosexualité et donc la sodomie, une femelle chacal peut nourrir ses petits avec ceux de la voisine, les dauphins tuent pour jouer ( Par exemple des marsouins. ), pratiquent le viol, quinze pour cent des couples de cygnes sont homosexuels, et cette espèce, herbivore, pratique le meurtre aussi bien intra qu'interspécifique, une femelle crocodile peut dévorer ses petits après les avoir protégés au péril de sa vie lors de leurs premières semaines, quant aux chimpanzés, n'en parlons pas : on découvre que les Romains et les dynasties royales n'ont rien inventé, etc. Les pertinences respectives de ces deux approches dépendent du rameau de la vie, du niveau de complexité observé, de l'ampleur du Sujet considéré. La sociobiologie s'est même risquée à appliquer des raisonnements darwiniens aux comportements humains, programme que la "psychologie évolutionniste" (!) s'est risquée à appliquer aux fonctions supérieures de la cognition ! Là, on frise le délire. Alors que Darwin lui-même, et très honnêtement il le dira explicitement, éprouvera les limites de sa théorie très précisément lorsqu'il se penchera sur la sélection sexuelle. Il y avait effectivement anguille sous roche : l'émergence phylogénétique progressive du Sujet en tant que tel, biologiquement, puis philosophiquement dit.
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Re: De l'origine des espèces

Message  LibertéPhilo le Lun 14 Oct 2013 - 15:55

Neopilina a écrit:Effectivement, Darwin dont il faut saluer la probité intellectuelle dit explicitement qu'il ne peut uniquement avec la théorie de l'évolution expliquer tous les phénomènes sociaux  chez les espèces les plus complexes, terme qu'on préférera à " évoluées " : une espèce simple n'évolue pas, plus, parce qu'elle est parfaitement adaptée à son environnement.
Il est vrai que le livre de Darwin n'a pas pour objet l'évolution des êtres vivants. Tout est dans le titre : "De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie". Dans le mot "évolution", il y a une connotation morale qui est absente des intentions de Darwin. Ce qui l'émerveille, et dont il nous fait part dans la conclusion, est l'extraordinaire diversité des espèces. Il était fasciné par les multiples formes des êtres vivants, et leurs stratégies pour survivre et se reproduire.

C'est les changements qui affecteront l'environnement qui " sélectionneront " les mutations qu'on sait aujourd'hui aléatoires qui s'avéreront adaptées au nouvel environnement.
Pour Darwin, le hasard seul joue un rôle dans la variation, ce qui revient à dire qu'il ne s'interroge pas sur la variation elle-même, mais simplement sur la sélection de ces variations par la nature, selon le principe malthusien du combat pour la vie.

La sociobiologie s'est même risquée à appliquer des raisonnements darwiniens aux comportements humains, programme que la "psychologie évolutionniste" (!) s'est risquée à appliquer aux fonctions supérieures de la cognition !
Darwin a fait de l'éthologie, il en est même le précurseur, dans son livre L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, mais quand on pense "évolution", on montre qu'on est toujours dans la perspective chrétienne de la place éminente de l'homme dans la création. Darwin ne parle lui que de "sélection".

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Re: De l'origine des espèces

Message  Ragnar I le Mer 30 Juil 2014 - 23:05

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Il n'y a pas grand chose à ajouter à tout ça ...

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Re: De l'origine des espèces

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