La morale de Nietzsche

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La morale de Nietzsche

Message  Anormal le Jeu 15 Oct 2015 - 14:22

Philo a écrit:La philosophie de Nietzsche, en revanche, est nettement plus difficile à appliquer. Vivre dangereusement, pratiquer le "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort", peut par exemple nous emmener à l'hôpital et nous affaiblir toute notre vie.

(Je reprends ici,un passage tiré d'un sujet voisin.)

Nietzsche n'est pas le sujet de la discussion et je comprends bien en quoi Philo ne peut s'étendre sur  l'interprétation des concepts de Nietzsche; c'est pourquoi j'ouvre un nouveau sujet.

Ce que je retiens de mes lectures de Nietzsche, c'est avant tout une morale de l'affirmation ; de l'affirmation de nos potentialités, au maximum,sans retenue, sans recours à la Morale dominante.Et cela passe nécessairement par une éthique personnelle.En cela, il n'y a pas de morale de groupe qui ne se fonde sur l'éthique de l'individu.Nietzsche est individualiste parce qu'il ne conçoit pas l'affirmation individuelle dans le troupeau sans la tension qu'elle suppose, ainsi, s'il y a groupe,il ya tension permanente entre tous les membres du groupe et la cohésion ne s'obtient que dans l'équilibre général du jeu des tensions;on voit alors ressortir les qualités individuelles et les faiblesses aussi.Et forcément des disparités, en cela il n'est pas égalitariste.( aux égaux l'égalité;aux inégaux l'inégalité).N'avez-vous pas vous-mêmes, remarqué que Nietzsche n'a jamais débiné Héraclite ...?

Pour "rester fidèle à la terre et affirmer toutes ses potentialités,il n'est pas nécessaire de se mettre en danger,outre mesure,pas plus qu'il n'est utile d'embrasser son voisin ( qui n'est jamais que le voisin de notre voisin)
Le reproche que je fais aux interprétations les plus rependues de ce que serait la morale nietzschéenne,c'est d'abord l'idée que se serait une morale de maître et d'esclave et ensuite l'idée de prises de risques inconsidérées parce qu'il faudrait affirmer un grand OUI à l'amor fati ( qu'on manque toujours de questionner)

exemple: la morale "standard" dirait: je veux être ton ami;quand la morale nietzschéenne dirait: "quel ami je veux être pour toi?"

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Re: La morale de Nietzsche

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 12:35

Nietzsche nous parle de choses qui effraient la tranquillité sub-bourgeoise et simili-bohème de l'individualisme libéral humanitaire, démocratique et mercatique, de la paix universelle post-kantienne, c'est-à-dire post-Lumières, c'est-à-dire encore : récupérée par l'eudémonisme et l'hédonisme pouvoir d'achat et liberté sexuelle de cette dernière humanité (car nous y sommes, à n'en point douter), infantiles comme pas deux : qui comprend encore rien que la ferme sérénité d'un Jean Gabin, la farouche politesse d'un Lino Ventura, etc. quand bien même cinématographiques, et pas lointaines pour un sou, autrement que comme le fait d'avoir ou d'être une gueule ? ... Un autre lifestyle, en somme ... (Je ne dis pas qu'ils ont trait au surhumain, je dis que nous n'avons plus la maturité pour les sentir tréfondamentalement - en tout cas plus grand'monde.) Autrement plus proches de nous, sont les moralismes camusiens (pourtant contemporains des types dits - ah ! Camus ! quel précurseur ... ), les hippysmes flower power et les psychédélismes disco repris au format RnB : cela donne le règne symptomatique du film de série Z, parce que les zombis, c'est nous (cf. Philippe Muray, pourtant catholique). Les stades oral, anal et phallique règnent, dans une psychoïdie se prenant pour un aboutissement existentiel.

Mais on me dira que je mélange un peu tout ? ... Normal, on ne parvient pas à le sentir, quand on y est. De plus, il est quand même étonnant de parler de Nietzsche en érudit, quand on sait ce qu'il en dit, à la fois dans un chapitre dédié et dans le chapitre de l'homme supérieur, in Zarathoustra. Je ne dis pas seulement cela pour nous ou pour l'article en question : je dis cela pour toute la recherche universitaire, qui fait tout ce qu'elle peut - la pauvre - pour ne pas aborder cette question, ou bien la traiter sous l'angle des adolescenteries de Nietzsche ... quand c'est elle, l'ado face au père Nietzsche : elle fait tout pour éviter et forclore sa Loi.

Mais, pour en revenir à l'inquiétance de Nietzsche, cela fait longtemps que je l'assume quant à moi et qu'elle ne m'inquiète plus. Si naturellement je vois bien que Nietzsche ne voulait pas des fascismes, c'est justement pour leur vautrerie morale, leur amoralité. Car Nietzsche appelle la morale des maîtres, pas la morale d'esclaves se prenant pour des maîtres, chargés de ressentiment.


Dans quelle mesure ces distinctions (fort/faible, maître/esclave, noble/vil, instinctif/rusé, etc.) son liées à une politique ? 
Du reste ces quatre couples sont-ils liés entre eux, et si oui comment ? 
Qu'en est-il du couple : instinctif/rusé ?

Eh bien : ces distinctions sont morales, ou bien plutôt dirais-je, pour nuancer avec la morale, elles sont "morelles" (i.e. relatives aux mœurs ; or les mœurs correspondent à quelque chose comme des représentations pratiquées). Or, toute politique - me semble-t-il - découle des mœurs (ou, pour le dire ainsi, d'une anthropologie).
Aussi bien, il y a une politique inhérente à la morale (hiérarchisation des valeurs/affects/vertus/passions/instincts - cf. Wotling à ce sujet, qui établit bien que Nietzsche ne distingue pas trop entre ces termes, nébuleusement, c'est-à-dire qu'on a là affaire à une nébuleuse notionnelle renvoyant toutes aux psychodynamiques de la volonté de puissance). Soit : la morale des esclaves (leurs mœurs du ressentiment, de l'esprit de vengeance et de l'esprit de pesanteur), soit : la morale des maîtres (leurs mœurs affranchies, instinctives, brutes, innées, bien-nées - i.e. "eu-gênée", qui donne eugénisme). Naturellement, ces deux morales peuvent se compénétrer selon les groupements humains, avec des variantes anthropologiques structurelles.

Ensuite, ces couples sont effectivement, "à l'état pur", liés entre eux primitivement. Ainsi a-t-on l'équation fort, maître, noble, instinctif, et l'équation faible, esclave, vil, rusé.
Sur le dernier item de chaque liste, en effet, le faible a besoin de ruse pour s'en tirer, sous la dominance du fort qui agit instinctivement, et qui risque donc à tout instant de blesser innocemment le faible. Mais le faible ne comprend pas cette innocence, cette naïveté, cette stupidité du fort (Nietzsche parle en ces termes, en effet) et la prend pour 'nocence, nocivité, méchanceté, mal, parce qu'il la subit. D'où vient qu'il ruse, et ruse entre autres en jouant de sa supériorité numérique, pour nuire au fort en tant qu'il est perçu négativement (ressentiment, vengeance, pesanteur) : il s'agira alors surtout, pour ne pas l'imiter dans sa gesture, de culpabiliser le fort, de lui inoculer une mauvaise conscience de ses instincts, afin d'atrophier sa nuisance pour les faibles - c'est là toute la volonté de puissance politique et sociale des faibles.

Néanmoins, chaque situation est une configuration de forces, de volontés de puissance (je suis Wotling toujours), de sorte qu'il y ait relativité du fort et du faible à chaque fois (et des correspondances idoines). De plus, Nietzsche valorise le fait qu'une société forte puisse supporter la faiblesse et s'en enrichir, en ce que la faiblesse nourrit sa critique et donc son évolution, par innovations subtiles, bien que la force détienne en propre la créativité (créativité morelle, notamment). A mettre en relation avec ce chapitre de Zarathoustra (je ne sais plus lequel) où l'âme forte, est-il dit, est celle qui contient le plus de parasites.

Aussi bien, nous voilà dans une dynamique complexe, bien plus complexe qu'un "simple" yin et yang de la faiblesse et de la force, encore qu'il y ait bien de l'idée. Mais il s'agit surtout de voir ~qu'il s'agit là~ de quelque chose comme la fable du Lion et du rat, de Jean de la Fontaine. "On a toujours besoin d'un plus petit que soi," certes, mais cela signale bien qu'il faut des grands et qu'il faut des petits, fatalement, et le petit reste quoiqu'on veuille à la merci du grand. Or, la démocratie ne supporte ni la grandeur (crainte d'esclave) ni la petitesse (volonté de puissance de l'esclave sur le plus-faible-encore, afin de se l'arroger, comme cela se passe précisément de nos jours humanitairement : c'est la compassion).

Enfin, le surhumain spiritualise l'instinct, or la spiritualisation, chez Nietzsche, vient de la ruse. De sorte que ladite ruse, encore une fois, est un acquis culturel non-négligeable, avec lequel le fort doit composer désormais par la nouvelle noblesse zarathoustrienne, afin de parvenir à l'aristocratie eugéniste philosophe-artiste, quitte, certes, à élaguer, amputer l'humanité d'un certain nombre de specimens, dans une démarche, donc, néo-spartiate-like. Mais tout cela ne peut pas se passer d'un but supérieur, qui sanctifie toute cause selon Nietzsche : bref, rien de ad hominem, où le ad hominem aspire à la puissance par sentiment d'impuissance, en se faisant parangon du maître, maître de Panurge.


Ce qu'il décrit ne sont pas les valeurs de la société dans laquelle il vit. Il s'agit de la morale au sens de philosophie morale, philosophie de l'action, hiérarchie ou structuration des valeurs ou des mœurs. Donc, bien entendu qu'il a envisagé qu'elles puissent être autre : en fait, il y a plusieurs aphorismes chez Nietzsche qui préfigurent et annoncent quelque chose comme l'anthropologie. Au reste, il y a bien une absoluité de la morale des esclaves et de la morale des maîtres, mais elle est à mettre en relation avec la vie : les esclaves l'anémient dramatiquement, les maîtres l'affirment tragiquement - au sens où le drame a quelque chose de paniqué, et la tragédie quelque chose de fatal.

Une société forte, c'est une société au faîte de sa puissance. Par exemple, bien que troublés aujourd'hui, les pays occidentaux ont pu accepter le cosmopolitisme voire le multiculturalisme. Cette façon de pouvoir accepter les minorités est le propre de la force ; mais le fait que cette force (occidentale) se fustige toujours d'être coloniale, misogyne, hétéronormée, etc. est une stratégie des faibles pour la culpabiliser, et finalement prendre le pouvoir sur elle, bien en-deça des terrorismes. Quand une personne se comporte de façon irrespectueuse, à supposer que quelqu'un lui fasse une remarque à ce sujet, et que cette personne rétorque : "Vous dites cela parce que je suis noir, ou arabe, ou gay, ou handicapé, ou femme, ou extraterrestre", et tout ce que vous voulez ... c'est précisément là une manière d'embarrasser le fort ou son représentant, en le faisant culpabiliser suite à l'inoculation d'une mauvaise (et fausse) conscience idéologique - en fait morale au sens commun, car il s'agit bien d'une façon de juger, et de juger retorsement, donc avec ruse, donc dans une morale d'esclaves (je dis "morale au sens commun", parce que Nietzsche fustige "la morale" au nom de cette morale, qui est à ses yeux une morale d'esclaves ; d'où aussi, que j'ai préféré commencer par dire "mœurs, morel" au sujet des forts, qui ont pourtant une "morale des maîtres" - morale des maîtres toujours plus ou moins abâtardie par les faibles, de même que les faibles ont toujours plus ou moins une morale ragaillardie par les concessions des forts, bref : dans les faits, il y a mélange). Au final, on avait signalé l'irrespect non pas par racisme, mais parce qu'il y avait bien irrespect ; en quoi les faibles ont trouvé des moyens pour se rendre (moralement) inattaquables, et prendre l'ascendant (moral) sur les forts, parce qu'en plus des forts ou leurs représentants se liguent contre d'autres forts ou leurs représentants, pour les condamner au nom de ladite rétorsion morale. En quoi les faibles conquièrent les forts et les dominent.

On naît plus ou moins fort ou faible (inné), encore qu'une configuration structurelle et conjoncturelle relativise cette force ou cette faiblesse (naître ou vivre en Occident - surtout en Europe, avec l'État-providence encore relativement actif - procure encore quelques avantages comparatifs, du fait du hasard de la naissance ou de la migration réussie). Enfin, il s'agit de devenir ce que l'on est, donc, malgré les configurations, parvenir à notre nature innée, forte ou faible, et faire avec soi parmi les configurations : s'éprouver soi-même, pour savoir comment survivre, même voire surtout en milieu socialisé (notamment pour le fort, que la moyenne instinctivement grégaire tendra à rabattre sur la culpabilité morale par ruse, alors que le fort est innocent de sa force - qui par ailleurs ne faisait peut-être que susciter l'envie, le ressentiment, et par suite la vengeance plus ou moins subtile - coups bas, poignards dans le dos, discrédits, méfiance infondée, abus d'autorité, etc.).
Tout cela est tragique.


Bien entendu, que la pensée de Nietzsche n'est pas en accord avec nos mœurs globales. Elle ne l'a même jamais vraiment été avec une époque. Il n'a rien d'un John Locke, d'un Thomas Hobbes ou d'un Adam Smith, cherchant des solutions sociopolitiques et économiques aux problématiques de leurs temps, trouvant leurs résolutions plus ou moins inhérentes et cohérentes respectivement dans le parlementarisme, l'absolutisme et le libéralisme. Car enfin, Nietzsche appelle quelque chose comme un aristocratisme eugéniste, sélectionnant les philosophes-artistes pour - non pas régner à la manière des rois-philosophes platoniciens - mais précisément bénéficier d'une oisiveté propice à leur nature, avec les inférieurs régnants, et encadrants, et exécutants : ces aristos sont au sommet détaché de la pyramide, en route vers le surhumain, pour lequel toute l'humanité est mise à contribution, à travers force tentatives et buts civilisationnels nouveaux. Comme on le voit, on en est très loin, et c'est un euphémisme.

Je disais "tout cela est tragique" au sujet du sort qui est réservé aux forts, et rien d'autre, dans mon exemple de "Nietzsche appliqué" à l'Occident contemporain. Mais le fort, ce peut être n'importe qui, n'importe où, à n'importe quel moment, relativement à une configuration situationnelle - sachant que le "meilleur fort" associera à sa force la noblesse, la maîtrise et l'instinct spiritualisé - du philosophe-artiste notamment, créateur de valeurs et législateur, dans quelque domaine où il s'investira.

***

Malcolm Cooper a écrit:Au reste, il y a bien une absoluité de la morale des esclaves et de la morale des maîtres, mais elle est à mettre en relation avec la vie : les esclaves l'anémient dramatiquement, les maîtres l'affirment tragiquement - au sens où le drame a quelque chose de paniqué, et la tragédie quelque chose de fatal.
Il y a une forme d'éveil à l'absoluité (l'absolutisme ?) d'un jugement de valeur sûr, entre le fort et le faible, le noble et le vil, le maître et l'esclave, l'instinctif et le rusé, etc. Mais Nietzsche parle de types d'hommes : il faut en être ou n'en être pas, sachant que pour en être il aura peut-être fallu le devenir ; devenir ce que l'on est - déjà - donc que l'on ne pouvait pas être ni devenir autrement qu'en l'ayant déjà été, bien que ce devenir n'advienne pas toujours.
Toute l'œuvre de Nietzsche illustre cette maxime du deviens qui tu es, les préfaces réécrites a posteriori (autour du Zarathoustra je crois) de tous les livres antérieurs, en sont une marque, un signal, et incite à prendre avec des pincettes le Nietzsche-en-devenir de l'Origine de la tragédie jusqu'au Gai savoir (avant le livre V, écrit postérieurement au Zarathoustra). Ce qui signifie donc que tout Nietzsche doit être jugé à l'aune de son Zarathoustra et suivants, et rien d'autre.

Pour cela, un exemple : le paragraphe 53 d'Aurore, témoigne nettement de la compassion pour les gens consciencieux. Mais la préface, notamment son dernier paragraphe (5) est un appel à une lecture philologique, rétrospective, un appel à bien lire Nietzsche, donc sans le fausser avec des interprétations (cf. Philologie sous Wikipédia, qui cite la philologie selon Nietzsche). Ce qui signifie bien que ladite compassion était une étape nécessaire dans le devenir-Nietzsche de Nietzsche, et l'on voit bien que cette compassion exprime déjà une affection pour l'homme supérieur, ainsi que l'hostilité au type d'homme sacerdotal, notamment chrétien. Bref : cette compassion, bien que compassion, est déjà un appel embryonnaire à la surhumanité. Or Nietzsche a écrit quelque part qu'en lui se trouvent et la morale de l'esclave et la morale du maître, que c'est en cela qu'il put en faire le diagnostic médical (psychophysiologique).

Bref, voilà donc qu'on comprend la possibilité de lire de façon a-perspectiviste, apparemment : contradiction que l'on souligne régulièrement, puisqu'alors il y a bien un arrière-monde de la "vérité vraie" au-delà des "apparences". Mais cette contradiction ne fait qu'un temps. Parce que, justement, lire sans interpréter, c'est d'abord avoir la (volonté de) puissance, pour lire dans la perspective d'autrui, sympathiquement au sens scientifique du terme (la sympathie, prise dans ce sens, est une vertu nietzschéenne énumérée je ne sais plus où dans Par-delà bien et mal sûrement) : nous dirions aujourd'hui empathie.
De plus, la seule limite perspectiviste indépassable selon Nietzsche, c'est l'humanité, ce qu'il y a de plus communément humain en nous : d'où sa déploration du trop humain et son appel au surhumain. De là, donc, un bon lecteur, bon auditeur, bon observateur, etc. bref : un bon médecin au sens que Nietzsche donne à ce terme, i.e. un bon diagnosticien, parce que "philologue de l'être-qui-est-devenir", peut accéder à cette hauteur de vue à la frontière supérieure de l'humain, frontière inférieure du surhumain ... accéder à cette membrane, afin de comprendre sans interpréter, et donc comprendre absolument, selon des critères de valeurs absolus (fort/faible, noble/vil, maître/esclave, instinctif/rusé, etc.) tirés d'une expérience et d'une pratique du sens historique. Mais absolus pour qui ? ... pour l'humain. Donc perspectifs toujours, au plan spécifique.

De là vient qu'on prit Nietzsche pour un dogmatique dans l'âme, par manque de ... philologie ! ... alors pourtant qu'il court bien vers "la vérité", i.e. des conditions judicieuses d'existence, vérité fatalement illusionnée parce que vivante, l'illusion porte la vie, mais illusionnée-vraie en ce que l'humain a de plus général et de plus commun. D'où, donc, l'appel vers le surhumain, afin d'aller au-delà de nous-mêmes. - Il y a vraiment chez Nietzsche une conscience englobante de l'histoire et de la masse humaine, d'où une pensée dansante, volante ainsi que l'alcyon. Il faut pouvoir accéder par nature à ces hauteurs stellaires, ou rester plus ou moins mutilé en face de Nietzsche.


Dernière édition par Mal' le Sam 8 Avr 2017 - 10:50, édité 2 fois
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Re: La morale de Nietzsche

Message  Philosophos le Lun 29 Fév 2016 - 16:29

anormal a écrit:Le reproche que je fais aux interprétations les plus rependues de ce que serait la morale nietzschéenne,c'est d'abord l'idée que ce serait une morale de maître et d'esclave et ensuite l'idée de prises de risques inconsidérées parce qu'il faudrait affirmer un grand OUI à l'amor fati ( qu'on manque toujours de questionner)
C'est une morale de maîtres et une morale d'esclaves, les deux sont séparés (bon/mauvais vs. Bien/Mal). L'amor fati est un refus de la fuite dans l'au-delà. Pour les prises de risque, on a une anecdote concernant Nietzsche enfant, quand, à son école de Pforta, il saisit à main nue des charbons ardents et les garda serrées, pour imiter un héros antique, Mucius Scaevola.

exemple: la morale "standard" dirait: je veux être ton ami;quand la morale nietzschéenne dirait: "quel ami je veux être pour toi?"
Le nietzschéen se demandera si cet ami a les mêmes valeurs que lui-même, si c'est une amitié "inter pares", entre égaux. On retrouve les qualités antiques de l'amitié, teintées de romantisme. Ainsi, Nietzsche ne se contente pas de l'amitié à la Montaigne, il faut que ses amis soient grands et qu'ils possèdent des valeurs nobles. Ce qui explique ses ruptures avec des amis pourtant chers, qui le décevaient en étant "trop humains".

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Re: La morale de Nietzsche

Message  Malcolm le Sam 8 Avr 2017 - 11:00

J'approuve Philo, l'allégation de romantisme en moins. Au pire, je dirais Nietzsche sur-romantique, mais c'est un autre débat.

***

Woah ! c'est bon :
Nietzsche, /le Crépuscule des idoles/, §36, ''Maximes et pointes'', p.954 des Œuvres complètes ** chez Robert Laffont, coll. Bouquins, a écrit:Faisons-nous tort à la vertu, nous autres immoralistes ? - Tout aussi peu que les anarchistes aux princes. Ce n'est que depuis qu'on leur tire de nouveau dessus qu'ils sont solidement assis sur leurs trônes. Moralité : il faut tirer sur la morale.
Attention : quand Nietzsche met des italiques sur une phrase assertive finalisée par un point ferme, c'est du sérieux. Soit donc que s'en prendre à la morale, immoralistement, est une façon d'obliger le monde à s'assurer de la valeur de son bien et de son mal, de ses oui et de ses non et, plus encore dans cette démarche, à faire preuve d'esprit de nuance, ou en tout cas de revigoration de l'âme, du cœur comme source de tout courage futur. "Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort." !

Nietzsche souligne là son désir de morale ! certes sans moraline, soit donc sans moralisme ou moralisation-réflexe (préjugementaux) des mondes. Notamment, lorsqu'il dit je ne sais plus où, que les moralistes & autres moralisateurs sont forts immoraux pour ainsi moraliser, c'est précisément de ce qu'il faut qu'ils aient l'expérience de quoi ils parlent, pour le vicier ! *Lol* ... Soit donc que l'immoraliste peut se permettre l'immoralisme, voire la dé-moralisation du monde, précisément de ce qu'il s'entend avec ses bonnes mœurs sans vicissitude ! *Lol* Où l'on pressent tout le projet de civilisation positif* de Nietzsche : "Je suis tout le contraire d'un négateur."

Avis aux débiles.


____________
* C'en est presque sartrien - mais Sartre s'inspira de Nietzsche, ou du moins de Heidegger qui pompa Nietzsche.
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Re: La morale de Nietzsche

Message  Shub le Ven 29 Déc 2017 - 11:40

J'ai le souvenir d'un commentaire de Deleuze sur Nietzsche qui m'a un peu fait froid dans le dos quand j'y repense: " Si on retire ses oripeaux d'extrême-droite à Nietzsche cela devient un philosophe tout à fait acceptable".
Bon Sartre était un philosophe communiste, c'est évident même s'il n'était pour employer la terminologie de l'époque qu'un compagnon de route (ils furent nombreux) et n'a jamais fait parti du PCF contrairement à Althusser.
Est-ce qu'on dit la même chose de Sartre maintenant que le communisme est rejeté aux oubliettes, que si on retire ses oripeaux communiste ou d'extrême-gauche à Sartre cela devient un philosophe tout à fait acceptable ? Je ne tiens pas à engager de polémique à ce sujet hein ?

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Re: La morale de Nietzsche

Message  Mal' le Lun 19 Fév 2018 - 13:48

La politisation des teneurs philosophiques est nulle.

Sur Sartre, qu'on se fasse une idée, les topics de ce forum le permettent largement. Sa philosophie, tout en n'étant intrinsèquement pas politisée, témoigne d'ailleurs d'une politique humanitaire "comme on en raffole", par-devers le personnage engagé.

Quant au confinement vers l'extrême-droite de toute pensée qui ne cadrerait pas avec les temps ... On a par exemple celle de Philippe Muray, catholique pourtant très nietzschéen dans l'immoralisme, post-personnaliste (Emmanuel Mounier) dans la démarche :
Tristan Savin, dans L'Express, a écrit:Muray fut même considéré - à tort - comme un auteur d'extrême droite.
Sans parler qu'il existe scabreusement un nietzschéisme de gauche - sans que cela fasse de Nietzsche un penseur de droite, du tout. Son non-démocratisme est leopardien et tocquevillien (il n'est pas anti-démocrate : il s'en moque gaiment), or si la démocratie admet réellement le pluralisme, elle doit supporter pareille contradiction philosophique, sans moufter politiquement.

Avec tels penseurs, elle dispose heureusement d'un Autre par lequel mieux se comprendre, qui n'a nul besoin d'être d'extrême-droite pour être Autre - où l'extrême-droitisation médiatique (la poussée, le classement à l'extrême-droite) de toute divergence, est en fait une façon pour la collectivité, de récupérer fallacieusement l'Autre (to fake) pour lui dénier le droit d'exister. En fait, être-d'extrême-droite, ça n'est pas être un Autre, mais le Même, car assimilé.

Et puis, aussi, cette pensée deleuzienne est celle du personnage-Deleuze, engagé, non du philosophe ; pensée qui d'ailleurs fut émise par Luc Ferry, pour situer la (médiocre) interprétation - sans nier l'érudition. Finalement, cela revient à dire que Nietzsche serait antisémite, alors que non.

Hélas, quand Deleuze parle d'acceptabilité nietzschéenne, il ne vaut lui-même pas mieux qu'un homme d'extrême-droite, assurément. Il parle de droit d'exister collectivement ! Droit de cité entre la "nation de gauche", ou tout simplement "la nation des démocrates".

Qu'on cesse une seconde de toujours tout prendre contre soi ou les siens, enfin.
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