La vulgarisation scientifique

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Jeu 22 Oct 2015 - 17:40

anormal a écrit:Je ne sais pas à quel point Darwin était "darwiniste", mais très sincèrement : je ne suis pas darwiniste.Simplement parce que cette théorie n'est jamais qu'une théorie...

Les nombreux explorateurs du darwinisme ont procédé de la même façon que les investigateurs d'une scène de vol ou de crime. Les indices qu'ils ont découverts sont trop nombreux et trop parfaitement vérifiés pour qu'on ne puisse pas en déduire le caractère exclusivement factuel du darwinisme.

Le darwinisme est passé depuis longtemps de l'état de théorie à l'état de fait incontestable.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Jeu 22 Oct 2015 - 17:54

anormal a écrit:Je comprends le fait qu'on puisse invoquer le hasard quand il s'agit d'expliquer ce dont on n'entrevoie pas la/les cause/s.En revanche, je ne comprends pas ce que l'on entend par: nécessité.

Le hasard concerne le caractère aléatoire des mutations génétiques débouchant sur une modification de la réplications de l'ADN conditionnant la modification de la constitution biologique d'un être vivant.

La nécessité concerne l'obligation du respect inconditionnel des lois de la physique et de la chimie pour que la sélection d'une biologie se traduise par de meilleures chances de ne pas disparaître avant la reproduction d'un être vivant, qui, se reproduisant, réplique la biologie la plus apte à perpétuer ainsi les caractères d'une espèce.

J'sais pas si C clair ...  :shock:

anormal a écrit:
Neopilina a écrit:Une théorie, oui, mais quand même : continuellement confirmée, validée, par des cohortes de faits expérimentaux.
Probablement que vous savez des choses que j'ignore.

Je confirme ! ... :arrow:

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Anormal le Jeu 22 Oct 2015 - 18:01

Comme je l'ai déjà dit: je ne comprends pas le darwinisme.

Vous le comprenez ; c'est très bien et , quelque part, je vous envie.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Jeu 22 Oct 2015 - 18:09

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C'est sans doute lorsqu'on a compris le darwinisme qu'on trouve que c'est la chose la plus simple du monde.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  JP2popup le Jeu 22 Oct 2015 - 18:17

Anormal a écrit: ... je ne suis pas darwiniste.Simplement parce que cette théorie n'est jamais qu'une théorie...
Et cette option est très honorable, cher Anormal. Chacun est libre de ses croyances...

Néanmoins, force est de constater qu'en terme de science poppérienne, le Darwinisme est une théorie hyper prolifique, que toute la recherche biologique, biochimique, moléculaire, écosystémique, depuis des décennies, ne travaille que sur ses bases.

Et pourquoi plus personne ne travaille-t-il ni ne publie-t-il sur les paradigmes tout autant hypothétiques qu'elle a abolis: créationnisme, fixisme, orientation, prépondérance ontologique d'une espèce ?
Parce que ces recherches sur ces bases abolies ne produisent rien en terme de résultats reproductibles!
Tout simplement...


Anormal a écrit: Comme je l'ai déjà dit: je ne comprends pas le darwinisme.
Vous le comprenez ; c'est très bien et, quelque part, je vous envie....

Il ne faut pas être envieux, Anormal, c'est un sentiment négatif !

Le Darwinisme est une théorie très facile à comprendre au regard de la plupart des autres (depuis les scientifiques de type physique quantique jusqu'aux théories philosophiques telles que le platonisme jusqu'à Heidegger en passant par Kant, Hegel, Spinoza, Marx etc.).

Un minimum d'effort permet de le comprendre aisément.

Par contre, c'est vrai, le Darwinisme décoiffe et est dur à vivre si on est adepte des paradigmes qu'il abolit.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Ven 23 Oct 2015 - 6:50

Les ouvrages de vulgarisation scientifique devraient, me semble-t-il, tenter aussi de montrer au grand public en quoi consiste la démarche scientifique.
La science est une « Démarche rationnelle de découverte et de compréhension du monde réel ou, dit autrement, un ensemble de méthodes et d’outils rationnels développés pour appréhender le monde naturel. »
Elle repose, selon Guillaume Lecointre, sur quatre piliers :

1) Le scepticisme initial sur les faits : le scientifique est sceptique quant aux faits avancés par ses prédécesseurs, à ceux qu’il trouve lui-même et il est ouvert à l’inattendu ;
2) La rationalité : le scientifique doit être logique et suivre un principe d’économie d’hypothèse (parcimonie), sans quoi ses collègues réfuteront aisément ses démonstrations ou affirmations ;
3) Le réalisme de principe : le scientifique vise à une connaissance objective, c’est-à-dire qu’il souhaite que d’autres puissent corroborer ses affirmations par une vérification qui passe par un rapport au monde réel. Il suppose donc pour que cette vérification ait un sens, que le monde réel existe indépendamment de lui et indépendamment de ce qu’il en dit, et que ce monde réel se manifestera à un collègue inconnu comme il s’est manifesté à lui-même ;
4) Le matérialisme méthodologique : la vérification expérimentale n’est possible que sur un monde réel sur lequel nous avons prise. Nous avons prise sur ce qui est changeant, c’est-à-dire sur ce qui est matériel ou d’origine matérielle. Dit autrement, les sciences ne savent travailler qu’avec ce qui est matière ou propriétés émergentes de celle-ci. [1] S’il y avait autre chose que de la matière dans le monde réel, les sciences ne le sauraient pas et ne pourraient pas le documenter. Ce matérialisme-là est humble, il n’est que méthodologique : il pose la condition par laquelle nous savons faire des expériences scientifiques. Il ne s’agit donc pas d’un matérialisme philosophique qui dirait « tout est matière ». »

[1] « Cette méthodologie matérialiste se caractérise par le fait que la science ne travaille pas avec des éléments immatériels (transcendance, force vitale, esprit, etc.) : la science refuse ces entités ou ces phénomènes parce qu’ils ne sont pas accessibles à l’expérience et qu’aucune théorie crédible ne peut en rendre compte. »

Sur le point 4, j’ajouterai qu’il ne faut pas confondre en effet le matérialisme méthodologique avec le matérialisme dit philosophique (celui, par exemple, qui dit que la pensée est une sécrétion du cerveau).
A cet égard, on peut montrer que Spinoza, qui n’est en rien un matérialiste philosophique respecte le principe du matérialisme méthodologique et, plus largement, se fonde sur les quatre piliers de la science

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Anormal le Ven 23 Oct 2015 - 10:17

Taisez-vous malheureux..! On va vous prendre pour un hérétique...!

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Ven 23 Oct 2015 - 12:37

Xilef a écrit:il ne faut pas confondre en effet le matérialisme méthodologique avec le matérialisme dit philosophique (celui, par exemple, qui dit que la pensée est une sécrétion du cerveau).

En tant que système philosophique, le matérialisme est une ontologie moniste. C'est clair. C'est simple.

Cette ontologie moniste revendique et légitime non seulement la matérialité du monde, mais aussi le tri entre ce qui est ou n'est pas matériel.

Le volet matérialiste de la philosophie remonte à l'antiquité. Il n'a jamais cessé d'exister et de se développer, malgré les apparences.

Lorsqu'on voit ce que pensent et disent les philosophes du matérialisme radical, et si l'on est d'accord avec eux, on n'éprouve aucun problème à dire que les dieux eux-mêmes sont des assemblages d'atomes. Alors la pensée, hein …

Le matérialisme philosophique, qui légitime non seulement la matérialité du monde, mais aussi le tri entre ce qui est ou n'est pas matériel peut s'appliquer sans problème à TOUTES les pensées, celle de Spinoza comprise.

Le matérialisme philosophique s'accorde parfaitement à ce que disent les neurosciences, à savoir que la pensée est non pas une sécrétion, terme un peu rapide, mais une fonction du cerveau, un fonctionnement du cerveau.

Un fonctionnement du cerveau sensible à lui-même et à son fonctionnement.

Les neurosciences sont aujourd'hui en train d'appliquer des protocoles d'expérience indiquant que le fonctionnement du cerveau peut être exploré et vu d'une façon qui aurait sans doute étonné Spinoza.

Le fait de lire à travers le cerveau de quelqu'un ce que celui-ci est en train de lire réellement, c'est loin d'être innocent, mon p'tit vieux …

Cela posé, rien n'interdit à personne de DIRE et d'EXPLIQUER ce qu'a dit Spinoza EN SON TEMPS, ce qui revient à faire de l'histoire et certainement pas de la philosophie

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Ven 23 Oct 2015 - 20:49

A toutes fins utiles, je signale un entretien d’Henri Atlan qui montre l’intérêt de la solution spinoziste du problème corps-esprit.

http://www.humanite.fr/henri-atlan-lesprit-et-le-corps-sont-unis-quelle-que-soit-la-facon-den-parler-henri-atlan-566274

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Sam 24 Oct 2015 - 0:54

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L'humain est simultanément un inné et un acquis, une matière et une culture, ce qui constitue l'essence de l'unicité de l'étendue spinozienne vue sous l'angle du lien inextricable, indissociable des deux éléments du dualisme cartésien, qui se fondent ainsi définitivement l'un en l'autre.

En ce sens, « le corps, c'est l'esprit, et l'esprit c'est le corps », ce qui s'exprime aussi par « l'inné, c'est l'acquis, et l'acquis c'est l'innée » ou « la matière, c'est la culture, et la culture c'est la matière », ce qui résout d'un point de vue spinozien le problème de la causalité, car sans préséance de l'un sur l'autre, quel que soit l'un, quel que soit l'autre, alors la causalité disparaît.

Sauf que c'est le corps, ou l'inné, ou la matière, qui précède respectivement l'esprit, l'acquis, la culture.

C'est ainsi dès que la vie apparaît il y a près de trois milliards d'années. Car dans une molécule d'ARN, la première à probablement se répliquer dans l'histoire du vivant, il n'y a pas plus d'esprit, que d'acquis, que de culture, alors qu'il y a bien un corps, un inné, une matière.

La cause de tout ce qui s'enchaînera jusqu'à l'humain et sa corporéité unitaire, entre autre celle de Spinoza et d'Atlan, c'est ça : c'est de la matière et de la matière seule. C'est de la matière totalement démunie de tout esprit, de toute idée, de toute culture. C'est un assemblage mécano-électro-chimique dépourvue de tout neurone, de tout synapse, soit de tout ce qui rend la fort respectable pensée de Spinoza possible.

Mais l'ARN généalogique du vivant ne représente pas la cause unique de la pensée et donc de l'esprit.

Il y a aussi une généalogie individuelle de l'être humain. De chaque être humain.

Un nouveau né laissé pendant des années à l'abandon total et sans aucune simulation en provenance de son environnement immédiat sera aveugle, sourd, muet, ne marchera pas, ne lira pas, n'aura jamais aucune idée, ne pensera pas, ni ne réfléchira et sera en conséquence dépourvu de tout esprit. Il représentera la cause entière d'une potentialité non réalisée. Ni plus, ni moins.

Tout être humain ne devient l'essence d'une unicité de l'étendue spinozienne qu'APRÈS avoir réalisé sa potentialité culturelle et spirituelle.

En conséquence, c'est le volet moniste et radicalement matérialiste de l'être et du devenir du monde en général et de l'humain en particulier qui est la CAUSE de l'unicité de toute la réflexion de Spinoza sur l'étendue spinozienne. Et donc, l'affirmation de Spinoza - et d'Atlan - voulant que le corps et l'esprit soit une seule et même chose considérée comme absence de cause et d'effet, cette affirmation, qui est certainement juste dans sa ponctualité sélectionnée en conséquence d'une volonté spinozienne de voir le monde comme on veut le voir, hé bien elle n'est, tout entière, tout unitaire et tout respectable qu'elle soit, que l'EFFET d'une CAUSE exclusivement matérielle.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Sam 24 Oct 2015 - 15:16

A propos de vulgarisation scientifique, il y a lieu de distinguer quatre acceptions du mot « science » (Sokal et Bricmont) :

1) Ensemble de résultats et de connaissances accessibles à une époque donnée et/ou dans une civilisation donnée.
2) Ensemble des acteurs professionnels qui la pratiquent.
3) Ensemble des applications techniques et technologiques qui en sont issues (réduction de la science aux technosciences).
4) Démarche rationnelle de découverte et de compréhension du monde réel ou, dit autrement, ensemble de méthodes et d’outils rationnels développés pour appréhender le monde naturel.

La vulgarisation scientifique concerne, le plus souvent le point 1, parfois le point 3, jamais le point 2 et presque jamais le point 4 pourtant essentiel.
Celui-ci vise les 4 piliers de la science déjà décrits, dont le matérialisme méthodologique.
Le spinozisme est, lui aussi, un matérialisme méthodologique car c’est un naturalisme intégral qui (comme le darwinisme d’ailleurs) récuse l’essentialisme, le finalisme et l’anthropocentrisme.
Naturalisme intégral : pas d’esprit sans matière mais aussi, c’est le coup de génie de Spinoza, pas de matière sans esprit.
Un corps est une chose considérée sous son aspect matériel mais une telle chose peut être également considérée sous son aspect pensée : c’est alors une idée, l’idée de la chose que Spinoza appelle son esprit.
On parlera donc non seulement de l’esprit d’un homme mais aussi de l’esprit d’une pierre, d’une molécule, etc.
On ne peut donc pas dire que l’esprit émerge de façon causale de la matière au cours de l’évolution.
On peut imager cela en disant que, pour Spinoza, un homme est une sorte de pingouin mais en plus gros et en plus complexe. C’est parce que le corps de l’homme est plus complexe que celui du pingouin (surtout le cerveau), et uniquement pour cela, que l’esprit d’un homme l’emporte sur l’esprit d'un pingouin (enfin, en général)

A propos d’émergence et de non émergence, je cite un extrait de Le vivant post-génomique d’Henri Atlan – Odile Jacob 2011 :

« Ce qui émerge d’un réseau matériel auto-organisateur est un comportement global. C’est, par exemple, le comportement d’un cerveau (ou d’une région du cerveau) dont les neurones sont les constituants. Les propriétés cognitives décrites en termes d’esprit sont des idées associées au comportement global du réseau de neurones, dans un modèle où les éléments constituants ne sont pas les neurones eux-mêmes, mais les idées de ces neurones, c’est-à-dire des descriptions abstraites de leurs propriétés individuelles, autrement dit leurs lois de fonctionnement. On peut donc dire que l’esprit, idée d’un corps composé (et de son cerveau), émerge de façon causale des idées des corps élémentaires (les neurones) constitutifs de ce corps. Les relations causales n’existent qu’entre descriptions en termes d’esprit, ou en termes de corps, et non entre corps et esprit, ni dans un sens ni dans l’autre, parce qu’encore une fois corps et esprit sont une seule et même chose décrite de façons différentes.
Cette formulation peut sembler inutilement compliquée. En fait, elle seule permet d’éviter à la fois les pièges du causalisme matérialisme classique même renouvelé par le fonctionnalisme suivant lequel les états cérébraux sont causes des états mentaux et ceux de l’idéalisme du sujet transcendantal suivant lequel la pensée produit les corps matériels par leurs raisons suffisantes qui ne sauraient exister sans être conçues. » (pp 282-283)

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Sam 24 Oct 2015 - 15:32

A la suite de l’extrait précédent, H. Atlan ajoute, pour clore le sous-chapitre :

« Il en est de même de la « Vie », d’une cellule par exemple, qui émergerait de propriétés physico-chimiques de constituants moléculaires. Ce qui émerge de ces propriétés individuelles, ce sont d’autres propriétés physico-chimiques à un niveau global, et non une autre substance ou nature incommensurable qui serait la « Vie ».
Ce monisme radical de la substance unique évite ainsi les apories du matérialisme et de l’idéalisme. Sont aussi évités les mystères du dualisme du corps et de l’esprit (ou d’une âme surajoutée qui animerait les corps vivants), qui implique à la fois leur incommensurabilité et une interaction malgré tout dont la nature reste mystérieuse. »

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Sam 24 Oct 2015 - 16:57

Xilef a écrit:A propos de vulgarisation scientifique, il y a lieu de distinguer quatre acceptions du mot « science » (Sokal et Bricmont) :
1) Ensemble de résultats et de connaissances accessibles à une époque donnée et/ou dans une civilisation donnée.
2) Ensemble des acteurs professionnels qui la pratiquent.
3) Ensemble des applications techniques et technologiques qui en sont issues (réduction de la science aux technosciences).
4) Démarche rationnelle de découverte et de compréhension du monde réel ou, dit autrement, ensemble de méthodes et d’outils rationnels développés pour appréhender le monde naturel.
La vulgarisation scientifique concerne, le plus souvent le point 1, parfois le point 3, jamais le point 2 et presque jamais le point 4 pourtant essentiel.

La vulgarisation scientifique, en effet, ce n'est pas la science.

Xilef a écrit:On ne peut donc pas dire que l’esprit émerge de façon causale de la matière au cours de l’évolution.

Si, on peut le dire, puisque je le dis en tant que matérialiste radical, et que quiconque peut le dire s'il est radicalement matérialiste ...

Xilef a écrit:A propos d’émergence et de non émergence, je cite un extrait de Le vivant post-génomique d’Henri Atlan – Odile Jacob 2011 :

« Ce qui émerge d’un réseau matériel auto-organisateur est un comportement global. C’est, par exemple, le comportement d’un cerveau (ou d’une région du cerveau) dont les neurones sont les constituants. Les propriétés cognitives décrites en termes d’esprit sont des idées associées au comportement global du réseau de neurones, dans un modèle où les éléments constituants ne sont pas les neurones eux-mêmes, mais les idées de ces neurones, c’est-à-dire des descriptions abstraites de leurs propriétés individuelles, autrement dit leurs lois de fonctionnement. On peut donc dire que l’esprit, idée d’un corps composé (et de son cerveau), émerge de façon causale des idées des corps élémentaires (les neurones) constitutifs de ce corps. Les relations causales n’existent qu’entre descriptions en termes d’esprit, ou en termes de corps, et non entre corps et esprit, ni dans un sens ni dans l’autre, parce qu’encore une fois corps et esprit sont une seule et même chose décrite de façons différentes.
Cette formulation peut sembler inutilement compliquée. En fait, elle seule permet d’éviter à la fois les pièges du causalisme matérialisme classique même renouvelé par le fonctionnalisme suivant lequel les états cérébraux sont causes des états mentaux et ceux de l’idéalisme du sujet transcendantal suivant lequel la pensée produit les corps matériels par leurs raisons suffisantes qui ne sauraient exister sans être conçues. » (pp 282-283)

À ruminer, l'extrait suivant du propos « Vérité et mensonge au sens extra moral » du camarade Nietzsche, et dans lequel Spinoza est visé comme les autres :

« Il y eut une fois, dans un recoin éloigné de l'univers répandu en d'innombrables systèmes solaires scintillants, un astre sur lequel des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la plus orgueilleuse et la plus mensongère minute de l'"histoire universelle". Une seule minute, en effet. La nature respira encore un peu et puis l'astre se figea dans la glace, les animaux intelligents durent mourir. Une fable de ce genre, quelqu'un pourrait l'inventer, mais cette illustration resterait bien au-dessous du fantôme misérable, éphémère, insensé et fortuit que constitue l'intellectuel humain au sein de la nature. Des éternités durant il n'a pas existé, et lorsque c'en sera fini de lui, il ne se sera rien passé de plus. Car ce fameux intellect ne remplit aucune mission au-delà de l'humaine vie. Il n'est qu'humain, et seul son possesseur et producteur le considère avec pathos, comme s'il renfermait le pivot du monde. »

« L'homme le plus fier, le philosophe, croit avoir de tous côtés les yeux de l'univers braqués comme des télescopes sur son action et sa pensée. Il est remarquable que cet état de fait soit I’œuvre de l'intellect, lui qui ne sert justement aux êtres les plus malchanceux, les plus délicats et les plus éphémères qu'à se maintenir une minute dans l'existence »

« L'espèce d'orgueil lié au connaître et au sentir, et qui amasse d'aveuglantes nuées sur les yeux et les sens des hommes, les illusionne quant à la valeur de l'existence parce qu'il véhicule la plus flatteuse évaluation du connaître. Son effet général est l'illusion »


Spinoza est le créateur d'une illusion pouvant fasciner, charmer, convaincre, convertir tout penseur, théoricien et défenseur d'une intrusion spiritualiste en science. Comme Einstein. Comme Atlan.

La philosophie, ce n'est pas la science.

Et s'il existe certainement des passerelles entre les deux, ce n'est certainement pour laisser passer le volet extensible spiritualiste de l'absence de cause spinozienne ...

Xilef a écrit:H. Atlan ajoute :

« Il en est de même de la « Vie », d’une cellule par exemple, qui émergerait de propriétés physico-chimiques de constituants moléculaires. Ce qui émerge de ces propriétés individuelles, ce sont d’autres propriétés physico-chimiques à un niveau global, et non une autre substance ou nature incommensurable qui serait la « Vie ».

Ce monisme radical de la substance unique évite ainsi les apories du matérialisme et de l’idéalisme. Sont aussi évités les mystères du dualisme du corps et de l’esprit (ou d’une âme surajoutée qui animerait les corps vivants), qui implique à la fois leur incommensurabilité et une interaction malgré tout dont la nature reste mystérieuse. »

Boutade : il faudra enseigner à Atlan la différence existant entre le vivant et le non-vivant ...

Le non-vivant est une entropie. Il s'use et se transforme ou se modifie de l'« extérieur ».

Le vivant est une négation de l'entropie. Il se réplique de l'« intérieur ». Il s'use et se transforme ou se modifie aussi, mais de l'« intérieur » également. Ce qui n'a rien d'« incommensurable » ni de « mystérieux ».

La transition généalogique du non-vivant au vivant est un passage progressif entre une transformation ou une modification «extérieure » entrainant une réplication « extérieure » d'un ARN d'origine dépourvu de membrane à une réplication « intérieure » d'un ARN se nichant dans une membrane pour se protéger de la prédation par d'autres molécules.

La création d'une membrane protectrice d'acides aminés constitutifs du noyau du vivant est en cours de réalisation dans les laboratoires. Les chercheurs procédant à cette percée technoscientifiques peuvent être vus sous l'angle spinoziste en m'en touchant une sans que l'autre ne bouge d'un poil du'c ...

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Sam 24 Oct 2015 - 19:58

Parler d’« intrusion spiritualiste » à propos d’un philosophe qui nie le libre arbitre, qui nie que la volonté et l’entendement soient des facultés de l’homme, qui nie que l’esprit ait le moindre pouvoir sur le corps, qui dit que nul ne sait ce que peut le corps… voilà qui est bien étrange.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Sam 24 Oct 2015 - 20:23

Xilef a écrit:Parler d’« intrusion spiritualiste » à propos d’un philosophe qui nie le libre arbitre, qui nie que la volonté et l’entendement soient des facultés de l’homme, qui nie que l’esprit ait le moindre pouvoir sur le corps, qui dit que nul ne sait ce que peut le corps… voilà qui est bien étrange.

L'intrusion spiritualiste elle est dans l'unicité matière-esprit qui tente d'escamoter la causalité matière ---> esprit. Elle est on ne peut plus sournoise.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Sam 24 Oct 2015 - 22:10

Quels dangers concrets, voyez-vous, qui résulteraient de cette « intrusion spiritualiste sournoise » ?
Les œuvres éthique et politique, ainsi que sa vie, montrent que Spinoza n’a voulu que libérer les hommes de leurs illusions.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Dim 25 Oct 2015 - 1:23

victor a écrit:Le vivant est une négation de l'entropie. Il se réplique de l'« intérieur ». Il s'use et se transforme ou se modifie aussi, mais de l'« intérieur » également. Ce qui n'a rien d'« incommensurable » ni de « mystérieux ».
Je me demande justement si ce n'est pas incommensurable.
Pour en revenir à Spinoza : savoir si le conatus est commensurable avec les causes extérieures. Savoir si "persévérer dans son être" est commensurable avec la théorie des chocs (de sa petite physique) théories des chocs qui est largement celle de la physique post galiléenne.

Tu ne fais que replacer en un intérieur ce qui se passe à l'extérieur.
(ce qui est supposé se passer dans un extérieur).

Ce n'est pas la distinction du non vivant et du vivant qui me frappe c'est leur connexion.
La solution de continuité.
La fabrication des os par exemple.(minéralisation osseuse).

Alors je dirais que c'est commensurable à condition
1) d'abandonner la distinction de nature entre le non vivant et le vivant.

2) de ne garder la mécanique que pour l'explication du dit "non -vivant"
en voyant bien qu'elle est une explication utile mais qui réduit le vivant à du non vivant.

3) à condition de soupçonner que l'explication du non vivant pourrait relever aussi de la même explication "non mécaniste" du vivant.
oui je suis plutôt vitaliste ( pas mécaniste )

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Dim 25 Oct 2015 - 1:36

Karl Popper a écrit:On peut voir que et pourquoi Spinoza dot être un pan psychiste : la pensée est un attribut et un aspect de la substance unique; aussi il y a t-il des aspects mentaux partout, parallèles à tous les  aspects matériels .

cité par Renée Bouveresse: Spinoza et Leibniz : l'idée d'animisme universel

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Dim 25 Oct 2015 - 1:39

Victor a écrit:La philosophie, ce n'est pas la science.


Pour notre plus grande félicité. *Héhéhey* *Héhéhey*

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Dim 25 Oct 2015 - 2:49

Xilef a écrit:Quels dangers concrets, voyez-vous, qui résulteraient de cette « intrusion spiritualiste sournoise » ?
Les œuvres éthique et politique, ainsi que sa vie, montrent que Spinoza n’a voulu que libérer les hommes de leurs illusions.

Qui parle de dangers concrets ?

Je te disais déjà que nous ne faisons que jouer, ici. Ou du moins que moi, je joue. Ou, je le précise à ton attention personnelle, puisque tu es nouveau et que chacun me connaissant ici le sait sauf toi, que je fais de simples exercices de français et de rhétorique pour le plus grand bien de ma carcasse bien aimée, selon les principes bien connus des neurosciences. Il y en a qui font de mots croisés ou du sudoku. Moi, je fais de la philo.

Pour tout te dire, Spinoza a longtemps été mon livre de chevet, et s'il y en a un que j'aime particulièrement dans le monde de la philo, c'est bien lui.

Cela dit, la radicalité de mon matérialisme est littéralement monstrueuse, j'en conviens volontiers.

.

Ici, en résumé, nous ne sommes pas en Syrie, ni en Irak, ni en Libye. Le danger n'est pas grand. Nous ne faisons que discuter aimablement le soir au coin du feu. Nous ne faisons que bouger les pièces d'un jeu ou jamais personne ne gagne ni ne perd ...

------------------

Interlude récréatif :


 


Les rires de Démocrite.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Dim 25 Oct 2015 - 3:21

hks a écrit: Ce n'est pas la distinction du non vivant et du vivant qui me frappe c'est leur connexion.
La solution de continuité.

Je peux parfaitement comprendre qu'on soit frappé par la solution de continuité du vivant au non vivant, si l'on est fasciné par les charmes exclusifs de la seule philosophie, mais comment veux-tu que cela frappe un matérialiste radical sur lequel s'exerce aussi la fascination et le charme de l'art et de la science ?


hks a écrit:Alors je dirais  que c'est commensurable à condition
1)  d'abandonner la distinction de nature entre le non vivant et le vivant.

2) de ne garder  la mécanique que pour  l'explication du dit "non -vivant"
en voyant bien qu'elle est une  explication utile mais qui réduit le vivant à du non vivant.

3) à condition de soupçonner que l'explication du non vivant  pourrait relever aussi  de la même explication "non mécaniste" du vivant.
oui je suis plutôt vitaliste ( pas mécaniste )

Je ne vois pour ma part aucun problème à passer de la physique à la biologie et de l'émergentisme au réductionnisme pour explorer, comprendre et expliquer tout ça.

Cela permet de :

1 )  considérer sans problème une distinction de nature en le non-vivant et le vivant.

2 )  d'utiliser tous les outils philosophiques, scientifiques et artistique pour expliquer autant le vivant que le non-vivant

3 )  voir qu'il n'y a justement rien à soupçonner dans le cadre élargi d'une considération simultanément artistique, scientifique et philosophique autant du non-vivant que du vivant. Il s'agit (en tout cas de mon point de vue) de bien faire attention à ce qui mérite d'être sélectionne dans chacun de ces trois domaines de la (ma) très sainte trinité ...

.

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Re: La vulgarisation scientifique

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