La vulgarisation scientifique

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Dim 25 Oct 2015 - 22:42

A hks

Dans « Enquêtes sur les créationnismes » – Belin 2013, Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau expliquent que les créationnismes rejettent plus ou moins totalement la théorie de l’évolution des espèces proposée en 1859 par Charles Darwin.
Ces créationnismes sont divers, depuis le créationnisme littéraliste apparu à la fin du XIX° siècle jusqu’au mouvement du « dessein intelligent » (Intelligent Design) qui émerge au début des années 1990.
Mais tous partagent un socle commun que Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau définissent comme suit :

« Toutes les doctrines créationnistes – qui émanent de conceptions religieuses – reposent sur quatre présupposés :

- le monde a été conçu par une intelligence surnaturelle visionnaire (pour les religions monothéistes, il s’agit de Dieu) ;

- l’esprit est une réalité distincte de la matière (spiritualisme) ;

- l’être humain est intrinsèquement différent de l’ensemble des êtres vivants, ce qui lui confère un statut spécial dans la Création (anthropocentrisme)

- tout processus historique lié au monde physique et au monde vivant est nécessairement dirigé ou a une direction prédéterminée (finalisme – qui veut expliquer un processus par son résultat final. Cela sous-entend l’idée d’un projet qui aurait été établi a priori, autrement dit, un dessein.). » (op. cit. p. 22)

Il est remarquable de constater que Spinoza s’oppose, point par point, à ces présupposés (transcendance, spiritualisme, anthropocentrisme, finalisme).
Ce qui illustre la proximité de la démarche de Spinoza avec la démarche scientifique.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 9:15

Xilef a écrit:Il est remarquable de constater que Spinoza s’oppose, point par point, à ces présupposés (transcendance, spiritualisme, anthropocentrisme, finalisme).
Ce qui illustre la proximité de la démarche de Spinoza avec la démarche scientifique.

Ce que personne ne conteste, sauf que « proximité » ne signifie pas « identité ».

En science, il n'est jamais question d'une intégration unitaire expulsant le principe de causalité de la méthode scientifique d'exploration et d'explication du monde.

Lorsque Einstein joue du violon, il ne fait pas de la science, il fait de la musique.

Lorsqu'il parle de Spinoza, il ne fait pas de la science non plus. Il fait de la philosophie.

Et moi, tel que tu as l'honneur et l'avantage de me voir exactement comme te le permettent tes yeux ébahis, je sélectionne ce qui dans Spinoza me permet de relier sa pensée à la science, et je rejette ce qui dans Spinoza ne me permet pas de relier sa pensée à la science.

Tout ce qui rattache sans problème Spinoza à la science, je le garde (comme son opposition à ce que tu cites : transcendance, spiritualisme, anthropocentrisme, finalisme), et tout ce qui ne rattache pas Spinoza à la science, je ne le garde pas (comme son abolition - ratée - du principe de causalité), et je le place à la rigueur très respectueusement dans le volet purement historique d'une pensée se déployant à un pur moment de l'histoire.

.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 11:05

Il est remarquable de constater que Spinoza s’oppose, point par point, à ces présupposés (transcendance, spiritualisme, anthropocentrisme, finalisme). Ce qui illustre la proximité de la démarche de Spinoza avec la démarche scientifique.

Je dirait plutôt ce qui illustre que Spinoza se serait probablement opposé à certains  théoriciens de l'intelligent design.
 Ce qui ne fait pas du tout une proximité  avec les  opposants à l'intelligent design.
Spinoza est totalement et absolument ailleurs. (et moi aussi :) )
Je ne me vois pas le ramener dans le camp  des diviseurs de l'étendue (et de la durée ) alors qu'il  s'en est démarqué nettement dans sa lettre à Meyer sur l'infini.
Le peu qu'il a eu de relation avec la science s' est assez mal terminé ( opposition aux thèses de Boyle).

Son utilité est ailleurs et peut nous faire mieux comprendre l’intérêt de Spinoza pour un scientifique contemporain.
Quand on lit Damasio on se demande sil  était vraiment utile qu'il lise Spinoza pour in fine le mécomprendre et le travestir  tel qu'il le fait .


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Re: La vulgarisation scientifique

Message  JP2popup le Lun 26 Oct 2015 - 14:54

Xylef a écrit:Ces créationnismes sont divers, depuis le créationnisme littéraliste apparu à la fin du XIX° siècle jusqu’au mouvement du « dessein intelligent » (Intelligent Design) qui émerge au début des années 1990.
Mais tous partagent un socle commun...

« Toutes les doctrines créationnistes – qui émanent de conceptions religieuses – reposent sur quatre présupposés :

- le monde a été conçu par une intelligence surnaturelle visionnaire (pour les religions monothéistes, il s’agit de Dieu)
...  

Je crois que le dessein intelligent se réfute aisément si on accepte les données archéologiques que nous livre la profondeur des temps géologiques.

Si dessein il y a, il est tout sauf intelligent.
C'est un foutoir sans queue ni tête, full of sound and fury, comme dit Shakespeare.

Un étudiant ingénieur qui présenterait ce projet, et s'y accrocherait mordicus, ne passerait jamais la première année de ses études, la tenta-t-il une infinité de fois !

Donc, l'idée religieuse, on peut l'abandonner tant qu'une théologie ne nous présentera pas l'idée d'un dieu (ou de dieux) branquignol(s).

Or, ce serait marrant une telle proposition théologique!
Sortir de l'idée d'une divinité omnisciente, omnipotente, omnirationelle etc. Pour la remplacer par une idée de divinité de type "barjot"...

Après tout, on pourrait relire le nouveau testament, et la figure de Jésus, sur ce schéma, ce serait intéressant !

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Lun 26 Oct 2015 - 16:26

La vulgarisation scientifique s’adresse à un public qui, le plus souvent, n’a pas une solide formation scientifique, qui s’intéresse à la science surtout conçue comme un ensemble de résultats et de connaissances et rarement comme une démarche rationnelle de découverte et de compréhension du monde réel.
Il faut également prendre en considération le goût du merveilleux qui habite la plupart des humains ainsi que le fait que les vecteurs de la transmission sont marchands, qu’il faut les vendre et donc trouver les moyens d’attirer le public.

Ceci explique, par exemple, le succès de La mélodie secrète de Trinh Xuan Thuan
Je ne permettrai pas de juger de la qualité des travaux scientifiques de Trinh Xuan Thuan ni de ses ouvrages de vulgarisation mais je pense, avec bien d’autres, qu’en défendant le principe anthropique il s’est fourvoyé et qu’il fourvoie ses lecteurs.
A ce sujet, on peut lire son article en :

http://www.asmp.fr/travaux/gpw/philosc/rapport1/thuan.pdf

J’en donne l’extrait suivant :

« […] si on varie un tant soit peu les constantes physiques et conditions initiales, on aboutit à un univers complètement infertile et dénué de conscience, et donc d’observateur pour apprécier sa beauté et son harmonie.
[…]
Nous nous trouvons face à deux alternatives [sic] : nous pouvons dire que ce réglage est complètement dû au hasard. Alors pour expliquer son existence, il faut postuler une infinité d’univers parallèles. […] [Mais] postuler une infinité d’univers complètement inaccessibles à l’observation va à l’encontre du postulat de simplicité d’Occam (tout ce qui n’est pas nécessaire est inutile) et fait violence à l’harmonie, la beauté et l’unité des lois que nous constatons dans la nature et à la sensibilité d’observateur de l’univers.
L’autre attitude que nous pouvons adopter, c’est de dire qu’il y a un seul univers. Mais s’il n’y a qu’un univers, et qu’il existe un réglage si précis, il faut postuler l’existence d’un Principe Créateur qui est à l’origine de ce réglage. La science ne peut pas choisir entre ces deux hypothèses. C’est à chacun de faire son pari pascalien.
Pour ma part, je parie non pas sur le hasard, mais sur la nécessité. Non seulement j’ai du mal à croire que la complexité et la beauté du monde que j’observe au télescope sont dus au pur hasard, mais ce pari permet le sens et l’espérance. » (fin de citation)

Le principe anthropique est facile à réfuter car il se fonde sur une faute de logique.
Il n’y a pas à s’émerveiller de ce que certaines constantes physiques soient si finement réglées que si cela n’avait pas été le cas, l’homme ne serait jamais apparu sur Terre. Tout simplement, car si cela n’avait pas été le cas, nous ne serions pas là pour en parler.

Ceci donné à titre d’exemple d’une vulgarisation scientifique faite par un homme sans doute éminent mais qui ne peut qu’égarer le lecteur.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 17:47

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Bien qu'il ait une formation scientifique, Trinh Xuan Thuan est le prototype exemplaire de l'intrus spiritualiste en science.

Pour mémoire, ce triste bonhomme est financé par la fondation Templeton, dont le but exclusif est de promouvoir la spiritualité religieuse et le dessein intelligent en mettant à la disposition de tout scientifique d'importants fonds en échange de travaux montrant une convergence entre la science et la spiritualité.

Trinh Xuan Thuan n'est donc pas un vulgarisateur scientifique, mais un charlatan mettant son savoir scientifique au service d'une intrusion spiritualiste qu'il diffuse à l'attention des faibles d'esprit malheureusement trop nombreux sur la planète à cause du fait qu'on se fout trop de leur gueule, comme le fait ce charlatan sans aucune vergogne.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Anormal le Lun 26 Oct 2015 - 17:51

Xilef a écrit:Ceci donné à titre d’exemple d’une vulgarisation scientifique faite par un homme sans doute éminent mais qui ne peut qu’égarer le lecteur.


Ce livre se justifierait par le seul fait qu'il est une invitation à dépasser la considération probabiliste d'un auteur japonais ( très en vogue à l'époque) , dont jeux vous retrouver le nom, et qui faisait tout  reposer  sur le seul hasard.

Autant que je me souvienne, il avançait que les possibilités génétiques étaient si vastes que parmi les milliards de possibilités qu'elles offraient, le peu de gènes intervenant dans notre constitution ne pouvaient relever que du hasard.

Cette théorie est au darwinisme ce que le "catastrophisme" de cuvier est au créationnisme.

Il y a d'ailleurs une blague probabiliste qui circulait à ce sujet: " Quand on voit le nombre de fois qu'un couple fait l'amour pour le nombre d'enfants qui en naissent; il est évident que ce n'est pas en faisant l'amour qu'on fait des enfants."


Dernière édition par anormal le Lun 26 Oct 2015 - 20:25, édité 1 fois

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 18:28

Ragnar a écrit:Trinh Xuan Thuan n'est donc pas un vulgarisateur scientifique, mais un charlatan mettant son savoir scientifique au service d'une intrusion


Un peu comme Richard Dawkins en fait ................

sauf qu'on va dire :  intrusion matérialiste  qu'il diffuse à l'attention des faibles d'esprit  etc etc.....

autre différence entre les deux il y en a un qui est sympathique.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 18:40

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Je signalerais en passant tout ce que dit Trinh Xuan Thuan sur le caractère si particulier des conditions d'existence de l'univers, qui ne pourrait soi-disant par permettre d'exclure la volonté d'une intelligence généalogique, a été repris par les frère Bogdanov dans deux livres intitulés « Le visage de Dieu » et « La pensée de Dieu ». (Rien que le titre, et tout est dit ...)

Mais cette proposition, qui mêle particularités de l'univers et création divine, je signalerais en passant aussi qu'elle est contredite par les physiciens de la cosmologie moderne comme mon ami Aurélien Barrau, de l'Université de Grenoble, dont je parle parfois sur Liberté Philo.





Et bon pianiste comme Einstein était bon violoniste, mon ami de Grenoble, mais meilleurs qu'Einstein en philosophie, cependant, mon ami ...


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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 18:42

hks a écrit:
Ragnar a écrit:Trinh Xuan Thuan n'est donc pas un vulgarisateur scientifique, mais un charlatan mettant son savoir scientifique au service d'une intrusion


Un peu comme Richard Dawkins en fait ................

sauf qu'on va dire :  intrusion matérialiste  qu'il diffuse à l'attention des faibles d'esprit  etc etc.....

autre différence entre les deux il y en a un qui est sympathique.

Tu lances ça avec une légèreté effarante, cher hks ...

Il ne peut pas y avoir d'intrusion matérialiste en science pour la simple raison que la science EST matérialiste.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 20:13

Mais tu n'as pas dit une intrusion en science.........tu dis une intrusion...suit un qualificatif et puis le lieu de l'intrusion à savoir des faibles d' esprit

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 20:48

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Dans le contexte de la discussion, il ne peut être question que d'une intrusion spiritualiste en science. Non ?


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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Lun 26 Oct 2015 - 20:55

Voici un autre exemple où un scientifique, dont l’autorité est reconnue, publie un ouvrage contestable destiné au grand public.
Je donne ici un extrait de « Le principe de NOMA de Stephen Jay Gould : une analyse politique », un article de Jean Dubessy, publié dans Les matérialismes (et leurs détracteurs) – Syllepse 2004 (ouvrage collectif).
L’article commence ainsi :

« Stephen Jay Gould, célèbre paléontologue, biologiste et historien des sciences états-uniens, a publié en 2000 un livre intitulé « Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! », Science et religion enfin la paix ? » […] Quel citoyen, quel scientifique n’a pas apprécié les nombreux ouvrages de ce scientifique et essayiste de talent ? La vulgarisation intelligente de Gould s’attache à montrer le caractère contingent et non dirigé de l’évolution, l’absence de cause finale, et à argumenter de mille façons que la diversité des formes de vie produite par 3,8 milliards d’années d’évolution s’apparente à un buisson dont le genre humain n’est qu’une toute petite brindille. En cela, il a diffusé une version moderne de l’œuvre révolutionnaire de Charles Darwin. Gould était aussi un acteur important de combat mené contre les créationnistes des Etats Unis d’Amérique qui tentèrent d’imposer l’enseignement de la Genèse dans les cours de sciences naturelles à part égale avec celui de l’évolution. »

C’est ce même Gould qui pose le principe de NOMA, acronyme de Non-Overlapping MAgisteria (Non-empiètement des Magistères) et le définit comme suit :

« Le principe de NOMA veille à une séparation des statuts de la science et de la religion, les considère comme des institutions distinctes qui offrent l’une et l’autre des contributions vitales à la compréhension humaine. […]
Un magistère est un domaine où une certaine forme d’enseignement détient les outils appropriés pour tenir un discours valable et apporter des solutions… La nasse [ ?] de la science, son magistère concerne le domaine empirique [au sens anglo-saxon : connaissance synthétique fondée sur l’expérience] : en quoi consiste l’Univers (les faits) et pourquoi il fonctionne ainsi (la théorie). Le magistère de la religion s’attache, lui, aux significations ultimes et aux valeurs morales. Ces deux magistères n’empiètent pas l’un sur l’autre. »

Je ne développe pas l’argumentation de Dubessy (pour ceux que ça intéresse, j’ai déjà donné les références) et ne cite que quelques mots de la conclusion :

« Le principe de NOMA, par l’égal statut qu’il confère au magistère de la religion, contribue à créer un obstacle au libre et plein développement de la raison, en particulier dans la sphère publique. »

Le cas donné ici est très « gros » et je ne doute pas que de nombreux lecteurs assidus de Gould ne l’ont pas suivi sur son principe de NOMA.
Au fond, Gould montre que, sorti de son magistère, un scientifique n’est pas particulièrement compétent pour parler d’autre chose.
C’est le cas également de Richard Dawkins. Certains passages de son « Pour en finir avec Dieu » sont très faibles et, parfois, carrément erronés.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 21:43

Victor a écrit:Dans le contexte de la discussion, il ne peut être question que d'une intrusion spiritualiste en science. Non ?

Je me pose la question de ce que peut être une intrusion spiritualiste en sciences et d'autant plus que tu parles d'une intrusion dans des esprits faibles.

Tu n'as pas dit :"en science" (désolé)
Tu n'as pas pas dit: "dans l 'esprit de scientifiques affutés".
Tu ne l'as pas dit parce que tu penses que l'intrusion du spiritualisme ne peut se faire dans l'esprit de scientifiques qualifiés.
Je ne vois donc pas où tu vois un danger pour la science.

Si tu vois un danger pour la paix civile c'est tout autre chose?
Il faut alors démonter ou monter que  l' intrusion  du spiritualisme dans des esprit faibles met en péril la paix civile, ce qui est une question de philosophie politique.

Je n'admets pas que subrepticement on glisse des insinuations à caractère politique sous couvert de défendre la science.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 21:47

Xilef a écrit:Au fond, Gould montre que, sorti de son magistère, un scientifique n’est pas particulièrement compétent pour parler d’autre chose.
Pas non plus nécessairement incompétent.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 21:58

Xilef a écrit:Ceci donné à titre d’exemple d’une vulgarisation scientifique faite par un homme sans doute éminent mais qui ne peut qu’égarer le lecteur.
Je ne vois pas de vulgarisation scientifique dans l'extrait que tu donnes.

Un scientifique s' adonne à du spéculatif métaphysique, il ne fait pas pour autant de la vulgarisation scientifique.
Whitehead (par exemple) qui était physicien, a construit une métaphysique spéculative qui n'est en aucun cas de la vulgarisation scientifique.

Ce qu'on pourrait reprocher aux scientifiques c'est de faire de la vulgarisation philosophique (reproche que je fais à Dawkins et à Damasio entre autres).

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 22:52

hks a écrit:
Victor a écrit:Dans le contexte de la discussion, il ne peut être question que d'une intrusion spiritualiste en science. Non ?

Je me pose la question de ce que peut être une intrusion spiritualiste en sciences et d'autant plus que tu parles d'une intrusion dans des esprits faibles.

Tu n'as pas dit :"en science" (désolé)
Tu n'as pas pas dit: "dans l 'esprit de scientifiques affutés".
Tu ne l'as pas dit parce que tu penses que l'intrusion du spiritualisme ne peut se faire dans l'esprit de scientifiques qualifiés.
Je ne vois donc pas où tu vois un danger pour la science.

Si tu vois un danger pour la paix civile c'est tout autre chose?
Il faut alors démonter ou monter que  l' intrusion  du spiritualisme dans des esprit faibles met en péril la paix civile, ce qui est une question de philosophie politique.

Je n'admets pas que subrepticement on glisse des insinuations à caractère politique sous couvert de défendre la science.

Je pense que tu fais un fromage d'une simple erreur de communication.

.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 23:11

Xilef a écrit:Voici un autre exemple où un scientifique, dont l’autorité est reconnue, publie un ouvrage contestable destiné au grand public.
Je donne ici un extrait de « Le principe de NOMA de Stephen Jay Gould : une analyse politique », un article de Jean Dubessy, publié dans Les matérialismes (et leurs détracteurs) – Syllepse 2004 (ouvrage collectif).
L’article commence ainsi :

« Stephen Jay Gould, célèbre paléontologue, biologiste et historien des sciences états-uniens, a publié en 2000 un livre intitulé « Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! », Science et religion enfin la paix ? » […] Quel citoyen, quel scientifique n’a pas apprécié les nombreux ouvrages de ce scientifique et essayiste de talent ? La vulgarisation intelligente de Gould s’attache à montrer le caractère contingent et non dirigé de l’évolution, l’absence de cause finale, et à argumenter de mille façons que la diversité des formes de vie produite par 3,8 milliards d’années d’évolution s’apparente à un buisson dont le genre humain n’est qu’une toute petite brindille. En cela, il a diffusé une version moderne de l’œuvre révolutionnaire de Charles Darwin. Gould était aussi un acteur important de combat mené contre les créationnistes des Etats Unis d’Amérique qui tentèrent d’imposer l’enseignement de la Genèse dans les cours de sciences naturelles à part égale avec celui de l’évolution. »

C’est ce même Gould qui pose le principe de NOMA, acronyme de Non-Overlapping MAgisteria (Non-empiètement des Magistères) et le définit comme suit :

« Le principe de NOMA veille à une séparation des statuts de la science et de la religion, les considère comme des institutions distinctes qui offrent l’une et l’autre des contributions vitales à la compréhension humaine. […]
Un magistère est un domaine où une certaine forme d’enseignement détient les outils appropriés pour tenir un discours valable et apporter des solutions… La nasse [ ?] de la science, son magistère concerne le domaine empirique [au sens anglo-saxon : connaissance synthétique fondée sur l’expérience] : en quoi consiste l’Univers (les faits) et pourquoi il fonctionne ainsi (la théorie). Le magistère de la religion s’attache, lui, aux significations ultimes et aux valeurs morales. Ces deux magistères n’empiètent pas l’un sur l’autre. »

Je ne développe pas l’argumentation de Dubessy (pour ceux que ça intéresse, j’ai déjà donné les références) et ne cite que quelques mots de la conclusion :

« Le principe de NOMA, par l’égal statut qu’il confère au magistère de la religion, contribue à créer un obstacle au libre et plein développement de la raison, en particulier dans la sphère publique. »

Le cas donné ici est très « gros » et je ne doute pas que de nombreux lecteurs assidus de Gould ne l’ont pas suivi sur son principe de NOMA.
Au fond, Gould montre que, sorti de son magistère, un scientifique n’est pas particulièrement compétent pour parler d’autre chose.
C’est le cas également de Richard Dawkins. Certains passages de son « Pour en finir avec Dieu » sont très faibles et, parfois, carrément erronés.

Il arrive en effet que certains scientifiques, même chez les plus grands, se font prendre à leur propre piège lorsqu'ils s'aventurent sur des terres inconnues d'eux. Mon principe de sélection de ce qui est bon ou mauvais en philosophie s'applique aussi à la science. Et à l'art également.

Le fait que l'erreur est humaine est bien connu. Des erreurs, on en trouve même chez les scientifiques ne s'occupant que de science. Contre ça, il y a la méthode scientifique, qui permet le mieux de remédier aux erreurs scientifiques.

Ce n'est pas la vulgarisation qui est en cause. Ni la science, d'ailleurs. C'est le manque de rigueur possible en vérification et réfutation des hypothèses qui est à blâmer. Il y a des tricheurs même chez les scientifiques ! ...

Il n'empêche qu'en attendant, Gould et Dawkins donnent au public une bonne idée de la biologie en général et de la sélection naturelle des espèces en particulier. Ils ne vulgarisent pas QUE des conneries, si tu as remarqué.

Ta méthode, qui se fait petit à petit de plus en plus ramassée sur l'erreur humaine facile à trouver, mais de peu d'importance au regard de l'ensemble des travaux des bonhommes, ta méthode, donc, elle est beaucoup trop con pour pouvoir escamoter la totalité des bénéfices de la vulgarisation scientifique, mon p'tit vieux ...

Tu me fais penser aux touristes qui, revenant du Costa Rica, l'un des plus beaux pays du monde, trouvaient que ce pays était affreux, puisqu'ils y avait été piqué par un moustique.

Le NOMA comme critère d'évaluation de l'œuvre entière de la vulgarisation scientifique publiée par Gould !

Le détail discutable de certains passages d'un livre sur Dieu, comme critère d'évaluation de l'ensemble de la vulgarisation de la génétique commandant la sélection naturelle des espèces proposée par Dawkins !

La piqure de moustique comme critère d'évaluation d'un pays tout entier !

Ça fait sourire. Ça me fait sourire.

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Dernière édition par Ragnar II le Lun 26 Oct 2015 - 23:44, édité 1 fois

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Hks le Lun 26 Oct 2015 - 23:31

à Victor

Je ne dis pas que tu insinues malignement, mais que tu n'es pas sur le bon terrain.
On est sur le terrain politique et c'est parce que la science y a été instrumentalisée  et que les religieux s'y défendent.

Trinh Xuan Thuan n'est donc pas un vulgarisateur scientifique (sic), mais un homme mettant sa réflexion philosophique au service de ce qui tient de sa conviction philosophique (et religieuse éventuellement, les deux peuvent être  confondues).

Ce qui se passe dans le champ politique ce ne sont pas des affrontements  scientifiques mais des querelles philosophiques.
Il y a des affrontement scientifiques mais ils demeurent très généralement dans le domaine scientifique.

Spéculer sur le SENS de l'univers, à mon avis, ça ne relève pas de la science.
Sans doute pas directement de la politique  mais indirectement néanmoins,  dans la mesure où il y a liberté d' expression sur la place publique.
La liberté d 'expression relève du politique mais ce qui est exprimé, de fait, va en relever aussi peu ou prou.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Ragnar II le Mar 27 Oct 2015 - 0:13

hks a écrit:à Victor

Je ne dis pas que tu insinues malignement, mais que tu n'es pas sur le bon terrain.
On est sur le terrain politique et c'est parce que la science y a été instrumentalisée  et que les religieux s'y défendent.

Trinh Xuan Thuan n'est donc pas un vulgarisateur scientifique (sic), mais un homme mettant sa réflexion philosophique au service de ce qui tient de sa conviction philosophique (et religieuse éventuellement, les deux peuvent être  confondues).

Ce qui se passe dans le champ politique ce ne sont pas des affrontements  scientifiques mais des querelles philosophiques.
Il y a des affrontement scientifiques mais ils demeurent très généralement dans le domaine scientifique.

Spéculer sur le SENS de l'univers, à mon avis, ça ne relève pas de la science.
Sans doute pas directement de la politique  mais indirectement néanmoins,  dans la mesure où il y a liberté d' expression sur la place publique.
La liberté d 'expression relève du politique mais ce qui est exprimé, de fait, va en relever aussi peu ou prou.

La science ne spécule par sur le sens de l'univers. Elle dit très clairement que l'univers n'a pas de sens. Un point c'est tout

Mais la science dit aussi que la recherche de sens est un effet de la biologie humaine, un besoin littéralement irrépressible de la corporéité.

Par conséquent, quiconque donne comme Trinh Xuan Thuan ou Atlan un sens à l'univers - ou à ce qu'il veut - obéit en réalité comme un robot au besoin naturel de donner du sens au tout, même s'il n'y a de sens nulle part, auquel cas il fait du sens avec ce qu'il a sous la main, comme la spiritualité ou le design intelligent pour Trinh Xuan Thuan et la simultanéité matière/esprit pour Atlan.

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Moi, robotisé comme tout le monde au regard de la recherche de sens, je fais du sens, comme tout le monde, oui, mais pas avec toutes les conneries sorties de la tête des religieux et des philosophes de la patristique, de la scolastique, de l'idéalisme moniste, du dualisme platonicien ou de l'unitarisme spinozien. Et je ne reçois pas d'argent de la Fondation Templeton.

Je fais du sens avec l'art que je produis en le laissant s'exprimer tout seul de ma carcasse aimée de moi-même et de mes amis.

Le sens qu'exprime ma carcasse, c'est de l'amour produit par la force d'un être et d'un devenir capable d'art, et donc d'amour.

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Re: La vulgarisation scientifique

Message  Xilef le Mar 27 Oct 2015 - 7:07

Les deux exemples donnés précédemment (Trinh Xuan Thuan et Gould) montrent qu’il convient de toujours pratiquer l’art du doute, c’est-à-dire la zététique, mot remis en honneur par Henri Broch.
Celui-ci a constitué une « boîte à outils » zététique que l’on trouvera ci-après.
Je signale, dans le même genre et pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon, illustré par le regretté Charb – Lux Editeur 2005, 2006

La boîte à outils du philosophe

Les outils décrits ci-dessous ne constituent qu'une partie de la boîte à outils du philosophe. Chacun est invité à la compléter pour son usage personnel.

1 L’erreur est humaine
2 La faillibilité permanente ne l’est pas
Même un astrologue ou un voyant fera quelquefois des prédictions qui se révéleront justes par la suite.
3 La charge de la preuve appartient à celui qui déclare
[…] c’est à celui qui affirme quelque chose de neuf d’amener la preuve de la validité de ce qu’il déclare. Il faut bien se garder d’inverser les rôles, ce que cherchent à faire très souvent les tenants du « paranormal ».
4 Un mot écrit n’est pas auto-validant
[…] il faut insister sur le fait que poser une hypothèse ne constitue en rien une confirmation de celle-ci ; il faut en tester les conséquences et examiner les alternatives possibles.
5 Quantité n’est pas qualité
Ce n’est pas la quantité de preuves qui fait qu’une théorie est correcte mais la qualité de la preuve ; de même, une collection d’anecdotes ne constitue pas une évidence scientifique
6 Possible n’est pas toujours possible
On peut schématiquement distinguer possibilité physique et possibilité logique.
Une possibilité physique est un événement permis par les lois de la nature […]
Une possibilité logique est simplement un événement décrit par une phrase non autocontradictoire […]
[…] une possibilité logique n’est pas forcément une possibilité physique.
7 Compétitif n’est pas forcément contradictoire
[…] des hypothèses compétitives ne sont généralement pas contradictoires logiquement.
[…] dans un débat, si l’opposant a tort, cela ne signifie nullement que nous ayons raison; on ne peut pas avoir raison tous les deux mais on peut, par contre, avoir tort tous les deux ! Infirmer les hypothèses concurrentes ne constitue donc généralement aucune preuve en faveur de l’hypothèse que l’on défend.
8 L’origine de l’information est fondamentale
9 La compétence de l’informateur l’est tout autant
[…] le « déplacement de domaine de compétence » est assez fréquent.
[…] le respect s’attache à la compétence et non à l’homme, c’est-à-dire, comme nous le dit assez crûment Gérald Messadié en guise d’exemple, que « l’opinion de Leprince-Ringuet sur la société ne vaut guère plus que celle de Mireille Mathieu sur les trous noirs ».
10 Une théorie scientifique est testable
[…] Dans un cas concret, on peut par exemple demander à une personne quel est le fait, l’expérience qui pourrait la faire changer d’avis. Si rien ne peut constituer une évidence contre une hypothèse, alors cette hypothèse est irréfutable : elle est non scientifique.
11 Une allégation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire
Toute observation ou théorie nouvelle doit être re-située dans l’édifice scientifique. Comment cette nouvelle théorie se situe dans l’ensemble des données et lois du domaine considéré est en effet un problème important. Un point sur lequel il me semble nécessaire d’attirer l’attention est que plus les allégations sortent du cadre connu, plus les étais doivent être solides et les vérifications poussées.


12 La nature est sûre
[…] Indépendamment de l’observateur, la nature est. On n’a pas à croire en la gravitation pour observer son action, ses diverses manifestations ; on ne devrait pas avoir à croire en la perception extra-sensorielle pour observer son action.
13 L’alternative est féconde
L’un des outils les plus puissants sinon les plus créatifs qui soient à notre disposition consiste à se poser simplement la question : « Existe-t-il une autre explication possible qui donnerait le même résultat ? »
[…] on peut, devant un cas concret de phénomène « paranormal », se poser la question et découvrir ainsi que l’on peut obtenir le même résultat par des moyens normaux […] ; la méthode « illusionniste » est alors étayée et l’hypothèse « psychique » devient superflue.
14 L’inférence est nécessaire
Une explication objective possède un pouvoir de prédiction […] que ne possède pas une explication qui est simplement subjective. En termes clairs, une explication doit déboucher sur des inférences, c’est-à-dire qu’elle doit pouvoir se mettre sous la forme « si - alors » : « Si ceci est vérifié, alors on en déduit que… »
15 L’histoire des sciences et des techniques a son utilité
16 Les « astuces » et sophismes des charlatans aussi
17 Le bizarre est probable
[…] notre inaptitude à nous rendre compte que des événements inhabituels sont probables sur un grand nombre d’individus ou sur un laps de temps important.
18 Les yeux du cœur ont une mauvaise vision
[…] la « validation subjective » qui permet, lorsque cela est nécessaire, de mal recevoir ou mal interpréter la donnée opposée à nos désirs. La « validation subjective » permet par exemple de percevoir comme reliés deux événements qui ne le sont pas et cela simplement parce qu’une envie, une hypothèse ou une croyance demande ou nécessite une relation.
19 La force d’une croyance peut être immense
Henri Broch
Le paranormal (Seuil 1985)

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Re: La vulgarisation scientifique

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