Conatus et Volonté de pouvoir

Aller en bas

Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Invité le Mar 27 Oct 2015 - 15:16

Bonjour.

Tout d'abord, je ne sais pas trop où poser ma question, alors étant donné que la notion de conatus est utilisée dans l’Éthique, j'ai décidé de poster dans cette partie du forum. Je m'excuse si mon choix est incorrect.

Je suis en ce moment en train de lire l’Éthique, justement. Je n'ai jamais lu Nietzsche (mais je compte bien le faire quand j'aurai le temps), mais j'ai beaucoup entendu parler de cette fameuse notion de volonté de pouvoir. Et du peu que je comprends de Spinoza, et du peu que je comprends de Nietzsche, j'ai l'impression que conatus et volonté de pouvoir c'est en fait la même chose. C'est à dire - avec mes mots - l'ensemble des forces qui déterminent nos comportements.

Sauriez-vous m'expliquer où est mon erreur et quelles sont les différences entre conatus et volonté de pouvoir?
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  JP2popup le Mar 27 Oct 2015 - 18:15

Je ne suis pas spécialiste de ces philosophes, mais bon essayons une proposition...

Le conatus, dérivé du verbe latin conari, décrit une modalité de l'action:" je m'applique à faire quelque chose".

En grec, par exemple, "lanthanô", se soustraire au regard des autres en faisant quelque choe: "lathe biôsas"= "pour vivre heureux vivons caché".

Le conatus de Spinoza est une donnée de base, archaïque si on veut, du vivant voire au-delà: et qui se résume à ceci: tout être tend à durer dans son être et s'y applique (conari)...

Au sens philologique, latin, du terme: tout être s'applique à durer. Son agir n'est pas dans le fait de durer, mais dans l'application qu"il y met.

La volonté de puissance vient après, une fois les conditions de base de cette durabilité , dans son effort, son conatus, acquises.
--------------------------------------
En métaphore: un jeune lion mâle devra d'abord s'appliquer à sa durabilité (têter sa mère, obéir aux injonctions vitales de la meute, apprendre à chasser etc...). C'est le conatus.

Ensuite, son conatus victorieux et affirmé, il pourra développer sa volonté de puissance: devenir chef d'une troupe de lionnes...


Dernière édition par jp2popup le Mar 27 Oct 2015 - 18:20, édité 1 fois

Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Kal' le Mar 27 Oct 2015 - 18:19

Bonjour,

Tout d'abord je me permets de préciser que le concept de Volonté de puissance nietzschéenne et le concept de Volonté schopenhauérienne sont très proches (Nietzsche se demandera lui-même, si ce n'est, finalement, que la même chose).

Partant de ce rapprochement, j'explique brièvement en quoi consiste la Volonté selon Schopenhauer : c'est une force irrationnelle, sans cause ni but, qui ne cherche que sa propre perpétuation. Le conatus peut se définir ainsi : l'effort de persévérance de l'être en soi-même.

Si nous reprenons le concept de Volonté de puissance, qui est un dépassement, on se rendra compte qu'il y a une légère différence avec le conatus, qui est une auto-affirmation.

On peut donc dire que la Volonté de Schopenhauer et le conatus de Spinoza sont quasiment le même concept avec des noms différents. Cela se remarque plus si nous définissons le conatus comme étant une persévérance dans l'existence et la Volonté schopenhauérienne comme étant un Vouloir-vivre (nom qu'il donne comme étant un synonyme de la Volonté).

Pour répondre à votre question, non il y a bien une différence entre le conatus et la Volonté de puissance, que je résumerai comme cela : le conatus est une persévérance, et la Volonté de puissance, un dépassement. La Volonté schopenhauérienne est plus proche du concept de Spinoza.

En espérant avoir répondu correctement.
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  LibertéPhilo le Mar 27 Oct 2015 - 21:11

A mon avis, il n'y a pas de rapport entre les deux. Le seul rapport est une lecture très personnelle de Spinoza par Nietzsche, qui concerne la phrase "persévérer dans son être". Nietzsche interprète Spinoza, comme tous les autres philosophes (cf. l'enquête généalogique), en fonction de leur volonté de puissance. Spinoza est pour lui un décadent, comme d'ailleurs tous les représentants de l'histoire de la philosophie (sauf certains présocratiques). Par décadent, il faut entendre chez Nietzsche un manque de force vitale : celui qui ne cherche qu'à conserver son être (Spinoza) ou survivre (Darwin) ne peut être qu'un décadent (c'est Nietzsche qui fait le rapprochement entre Spinoza et Darwin).

Kaloskagathos a écrit:Partant de ce rapprochement, j'explique brièvement en quoi consiste la Volonté selon Schopenhauer : c'est une force irrationnelle, sans cause ni but, qui ne cherche que sa propre perpétuation. Le conatus peut se définir ainsi : l'effort de persévérance de l'être en soi-même.
La Volonté chez Schopenhauer n'est pas une force, c'est une chose en soi kantienne qui n'existe que dans la connaissance que nous en avons  en tant qu'individus (grâce au principe d'individuation). Cette manifestation (mot je pense le plus approprié) de la Volonté par le principe d'individuation est ce que nous appelons couramment la vie. C'est cela que Schopenhauer, en termes métaphysiques, appelle le vouloir-vivre de la chose en soi. Rien à voir avec une énergie, une force.

Tout ceci provient de la lecture de Nietzsche, dont les inspirations sont à chercher du côté de Darwin, de la physique, et surtout, des héros grecs et italiens. On oublie souvent que Nietzsche était un philologue et donc aussi, un historien. Inspiration très possible de la volonté de puissance : l'historien suisse Burckhardt. A chaque fois que Nietzsche a employé cette expres​sion(très peu souvent, peut-être deux ou trois fois), il l'a fait en évoquant les luttes de pouvoir entre des hommes ou des groupes humains, que ce soit dans l'histoire ou la proto-histoire.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Kal' le Mar 27 Oct 2015 - 21:26

Philo a écrit:La Volonté chez Schopenhauer n'est pas une force, c'est une chose en soi kantienne qui n'existe que dans la connaissance que nous en avons  en tant qu'individus (grâce au principe d'individuation). Cette manifestation (mot je pense le plus approprié) de la Volonté par ce principe d'individuation est ce que nous appelons la vie. C'est cela que Schopenhauer appelle le vouloir-vivre de la chose en soi. Rien à voir avec une énergie, une force. Tout ceci provient de la lecture de Nietzsche, dont les inspirations sont à chercher du côté de Darwin, et surtout, des héros grecs et italiens. On oublie souvent que Nietzsche était un philologue et donc aussi, un historien. Inspiration très possible de la volonté de puissance : l'historien suisse Burckhardt.

Bien entendu, la Volonté n'est pas une force, j'ai employé ce mot inadéquat pour expliquer le plus clairement possible le concept -en réalité, le mot Volonté lui-même est suffisant pour décrire la Volonté-.

Le terme manifestation (que vous avez employé) n'est pas, aussi, adéquat, on préférera employer objectivation. La vie est le plus haut degré d'objectivation de la Volonté. Le principium individuationis découle de la vie et non pas l'inverse, c'est de la vie consciente que l'entendement découle et avec elle le principe d'individuation.
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Sam 7 Mai 2016 - 23:42

Je rejoins volontiers les positions de Kaloskagathos et de Philo, sans problème. Aussi ajouterai-je ceci, qui fera cadrer ce topic très nettement avec la question de l'éthique.

L'éthique, chez Spinoza, elle se veut par-devers bien et mal. Aussi bien, elle concerne l'ethos, l'éthologie si l'on veut, et le conatus est un éthologisme spinozien, par lequel il enregistre effectivement la persévérance dans l'être. (Et sur la décadence spinozienne, voir aussi.)

Mais l'éthique, chez Nietzsche, elle se veut par-delà bien et mal, ou en dehors du bien et du mal, extramorale, dans un entendement immoraliste des choses. De même, elle est un éthologisme, mais enrichit de la puissance. Or, la volonté de puissance est interprétation de valeurs, suite à quoi tout, chez Nietzsche, se hiérarchise selon la force ontogénétique et le nombre ayant une force épigénétique, dans une thelemachia (pugilat des volontés) humainement morelle (relative aux mœurs) : quelle valeur commande ? quelle valeur obéit ?

Tout ce qui échappe au spinozisme.
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Kal' le Dim 8 Mai 2016 - 20:58

En relisant mon dernier message j'ai vu une belle bêtise sur le principium individuationis : dire que celui-ci découle de la vie consciente est une erreur, car, en effet, cela voudrait aussi dire que la vie phénoménale existe en dehors du sujet connaissant.
avatar
Kal'
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Malcolm le Dim 8 Mai 2016 - 22:45

Oui. Mais disons qu'à mon sens, le principium individuationis procède à la fois du conscient et de l'inconscient, esciemment et nesciemment. Aussi bien, la vie phénoménale existe tout autant hors que dans le connaissant - voir à ce sujet. Au reste, cela complétera.

C'est-à-dire qu'autant nous sommes agis par ce principe nolontairement (d'une volonté classique), autant l'agissons-nous volontairement (idem). Auquel titre il y a concordance du dedans et du dehors, du for intérieur et de l'entour extérieur, l'un étant l'autre. Ce que les sciences ne contrediront pas, absolument pas ...
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Conatus et Volonté de pouvoir

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum