Que peut être une Ethique pratique ?

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" Esquisse d'une Éthique Universelle sans obligation ni sanction"

Message  Anormal le Ven 6 Nov 2015 - 0:33

En admettant qu'il nous apparaisse un jour la nécessité de nous prendre en charge, parce que nous aurons, en bon matérialiste, cessé de croire  à la bienveillance transcendantale de certaines institutions telles que décrites par Ivan Illich dans la convivialité; en admettant dis-je , que l'on soit amené par la force des choses à ne plus se laisser bercer par le sens commun; il nous faudra alors nous questionner sur nos conditions d'existences d'un point de vue tout personnel, voire égoïste.
A l'évidence, ce ne sera pas le cas de tout le monde, cependant c'est mon cas, et cela me conforte dans l'idée qu'il me faut impérativement me recentrer sur ma petite personne si je ne veux pas prendre le risque d'être emporté par le flux d'un panurgisme tyrannique. La philosophie dit que la doxa a toujours tort, oui peut-être, mais c'est secondaire au regard du fait qu'elle peut aussi être dangereuse...

Le danger de la majorité vient de ce qu'elle produit des normes implicites, toujours communes, toujours vulgaires; celles-ci se dissimulent sous la notion de conformité. En cela, ne pas être conforme c'est courir un risque , faut-il rappeler le sort qui est fait aux : trop petits, aux trop gros , aux trop pauvres, aux trop noirs, aux trop juif, aux trop homo..... Je ne doute pas que je serai "trop quelque chose" à un moment donné ( ne serait-ce que : "trop vieux").





L'innovation n'étant ni une bonne , ni une mauvaise chose en soi , comment prétendre innover sans produire de nuisance ?


Dernière édition par anormal le Ven 6 Nov 2015 - 5:59, édité 1 fois

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Re: Que peut être une Ethique pratique ?

Message  Invité le Ven 11 Déc 2015 - 19:44

Je ne pense pas que la pratique éthique se définisse par un rapport de soi au corps, ou du corps à soi.
Du moins, d'après Emmanuel Lévinas, il y a confusion ici entre éthique et morale.

La morale ne serait finalement qu'une liste de comportements édictés, véhiculés par la pensée dominante : « un ensemble de règles et de normes reconnues de façon universelle auxquelles les individus doivent se plier de façon inconditionnelle ».
Car le bien-être est subjectif dans sa condition même qui le contraint parfois à opter pour un mal-être physique qui provoquerait un bien-être psychique, sur court, moyen ou long terme. Chacun trouve son compte. Et cela dépend d'un vécu, donc d'une singularité d'existence, unique. L'éthique n'est pas la morale, elle se situe dans le rapport inter-humain, inter-individuel.
Alors le fait éthique serait une forme de relation qui ne se situe ni dans l'emprise, ni dans l'exclusion. Une forme de relation à l'Autre variant entre le rapprochement et l'éloignement.

« La relation où le Je rencontre le Tu est le lieu et la circonstance originels de l'avènement éthique. Le fait éthique ne doit rien aux valeurs, ce sont les valeurs qui lui doivent tout. » Emmanuel Lévinas
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Re: Que peut être une Ethique pratique ?

Message  Malcolm le Lun 2 Mai 2016 - 18:35

Éthique vient du grec ithos, les mœurs, de même que morale vient du latin mores, les mœurs.

Les mœurs, ce sont des représentations pratiquées, en ce que nous appelons us & coutume, habitude & valeur.

Soit : des usages, des accoutumances sociales, des habitations comportementales du monde corporées éducativement et socialement dans la démarche, des lignes de force dans la démarche (latin valere, être fort).
Aussi bien, demander ce qu'est une éthique pratique, c'est un non-sens pléonastique : il n'y a jamais d'éthique que pratique, mais en sus et paradoxalement de pratique qu'éthique.

D'où ce fait que la philosophie morale est comprise comme praxéologie, où praxéologie signifie exactement morale. De plus, en tant que la morale est fatalement sous-tendue par une ou des philosophies - parfois contradictoires - ainsi que tout - y compris l'épistémè méthodologique scientifique - et des philosophies même nescientes, qu'on le veuille ou non (c'est-à-dire une appréhension gnoséologique du monde) - il se trouve que tout être-au-monde (être, du latin stare, se tenir debout, donc se comporter, qui donne l'éthologie, d'éthique) corpore l'éthique, encore et toujours.

Néanmoins, quand on dit éthique, on pense à une praxéologie élaborée, sciente, philosophiquement. De sorte qu'en somme, il s'agisse pour l'individu de traduire volontairement ou nolontairement, et en cohérence, une pensée et un comportement, ou une démarche, dans son être-au-monde, soit son existence, ou sa vie. Pratique qui n'a rien d'évidente car, autant peut-on définir une éthique en théorie, par la pensée, autant son exercice corporé peut à la fois être contredit par la comportementalité ambiante qui la jugera comme une extraterrestre, autant l'éthicien lui-même doit-il s'élancer dans une ascèse étymologique, une pratique donc, une exercitation, dans laquelle il peut toujours se décourager, voire ne jamais parvenir à faire de sa pensée un réflexe corporel, péniblement, et en dehors de tout ce que l'on peut juger de sa tentative.
C'est probablement qu'il partit d'exigences irréalistes, ou bien qu'il n'en a tout simplement pas le tempérament, personnellement, voire tout simplement la corporéité.

Plus couramment, c'est tout le problème et l'enjeu de l'éducation : un responsable éducatif se retrouve face à un être qu'il espère éduquer. Mais dans quelle mesure cet être est à éduquer et tout bonnement éducable ? Quelle est l'éducabilité intrinsèque et extrinsèque de l'être espéré éduqué ? Et mon éducation, dans quelle mesure doit-elle forcer cette éducabilité ? Dans quelle mesure se heurtera-t-elle à nos limites inter-tempéramentales ? Nos manques d'atomes crochus, comme on dit ? Notre manque d'alchimie relationnelle ?

Au-delà, cela conduit socialement à l'autodiscipline sociale & sociétale nécessaire. Si l'on dit "il est interdit d'interdire", misarchisme, ochlocratisme, libéral-libertarisme, anti-autoritarisme sommaire, etc. peut-on faire condiscipline ? Peut-on se tenir ensemble ? Se tenir, justement ? Peut-on être des condisciples sociaux & sociétaux ? Un peuple, une nation, une commune ?

D'où la nécessité d'une contrainte éthique ou morale, c'est tout un, autoritaire, sinon rien. Bref : l'éthique ou la morale est (auto)définition comportementale, arbitraire.


... d'un arbitraire qui ne se passe foncièrement et inexorablement pas d'affects :

L'affect, c'est ce qui affecte, comme en affectation affective. Si j'affecte, j'influe, j'exerce une (ex)(im)pression. Bref : j'influence, je condiscipline éthiquement, j'éduque, j'informe, je conforme, sémiologiquement, par mon comportement, mon ethos paraverbal.

Ici, le verbe peut absolument devenir verbosité : les pétitions de principe ne font pas des valeurs (lignes de force).

Un principe est identifié mentalement : ce ne signifie pas encore qu'il est devenu valeur, moral, éthique - comportemental, habituel, corporé.

On peut causer des principes, philosopher, penser, intellectualiser des principes étrangers, aperçus-apprésentés conceptuellement. Cela ne fait pas encore, donc, une valeur.

Auquel titre la philosophie morale, la praxéologie, l'éthique (et plus largement la déontologie, etc.), peuvent n'être jamais que des pensées désaffectées.

Bref : pour avoir une praticité éthique, il est vrai, il faut de l'affectivité vécue.

*

Tiré de ...

Ce qui est dit en lien, me fait penser à ce fait, que bon nombre de personnes parlent de "valeurs", disent pratiquer telles et telles valeurs, avoir telles et telles mœurs et morale, et en parlent d'ailleurs très bien ... qu'elles n'en restent pas moins superficielles dans la démarche, soit déréalistes, non-corporant leurs principes, qui en ferait des valeurs.

Mais cela vaut pour tout : quelqu'un peut très bien parler de quelque chose, science ou philosophie, et tout ce que l'on voudra, au point même que sa verbosité fera accroire à sa praticité voire sa praticabilité : il n'en reste pas moins que tout cela reste de l'effet d'annonce, de l'affichage, superficiel. Et je dirai assurément que c'est parfois voire souvent sincère dans la démarche, mais la sincérité ne s'identifie certes pas à la véracité.

Beaucoup de gens, bien-trop-nombreux d'ailleurs - pour ne pas dire majoritairement - s'imaginent que défendre ou pétitionner pour tels et tels principes, feront d'eux des praticiens de ces principes, soit des valeureux. Cela s'appelle de la vanité : à brasser du vent, on fait bouger les choses, quand même on ne les corpore pas soi-même, jusqu'au point où ceux qui croyaient dans les vaniteux plus et moins nescients ou nolontaires, finissent déçus & dépités, à pessimer l'univers en s'imaginant, tels des Cioran ou des Souchon, que la vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut la vie, étant entendu que c'est bien tout ce qui leur reste : leur sensitivité, leur éjouissance potentielle, leur sensationnalisme-émotionnalisme, un peu comme Tristan Garcia, métaphysicien contemporain, songe pas à tort, que l'intensité est la valeur cardinale de nos sociétés, indépendamment de tout but, et nivelant les choses ontologiquement : si rien ne vaut rien, tout vaut tout, égalitairement, neutrement, indifféremment, indistinctement : déjugement de valeurs radical, nihiliste, par lequel on se contente - sans complément.

On se contente-pour-rien, content-pour-rien contemporain.

Bon.

A ce point, on réalise bien toute la fadaise, la mollesse, la morbidité, la facilité, la puérilité, voire la juvénilité (encore que les jouvenceaux aspirent encore profondément dans l'âme, l'allant, l'élan), de la chose (les jouvenceaux espérant ne pas avoir à pessimer ainsi, témérairement, audacieusement). Seuls quelques valeureux - c'est le cas de le dire - comprennent le sens du courage : étymologiquement qualité du cœur, nécessitant un croire étymologique, soit un placer-au-cœur, une (auto)persuasion justifiant l'adage l'espoir fait vivre.

Ce sens du courage, par lequel seul peuvent advenir des valeurs, donc une éthique, une morale, des mœurs, qui ne soient pas lâchetés et débandades annonciatrices, afficheuses, dans leur vanité même sincère.

Où l'on voit que la notion de foi, latin fides, la confiance, est nécessaire : comment avoir le sens du courage, à placer au cœur quelque chose, si l'on n'a pas foi, si l'on ne fait pas confiance - donc d'une foi mécréante au plan de la ferveur, foi sans ferveur, foi tempérante - si l'on ne fait pas confiance un minimum ? ... Confiance, qui est une solution pouvant voire devant intégrer la défiance, afin de tempérance, mais qui en aucun cas ne peut sombrer dans la méfiance, pour rester elle-même, sans quoi elle est méfoi, mécourage, débâcle, couardise, effets d'annonce, affichage, vanité.

Alchimie complexe, nourrie d'enthousiasme et de naïveté, jeune, d'un idéalisme rêveur, mais pourtant nécessaire, nécessitant sa foi tempérée par l'expérience confiante-défiante, afin de ne pas se renoncer dans le néant des principes voire des riens, et devenir valeur, une fois mature, bref : sens du courage.


Oui. De plus, je dirais que c'est comme tout : on peut le prendre par la lornette conceptualiste, et par l'aventure expériencialiste.
C'est-à-dire que, par la lornette conceptualiste - qui a sa valeur intellectuelle - on tentera de rationaliser l'éthique comme telle, pour ne pas dire l'éthicité, caractère de ce qui est éthique, afin d'en saisir la nature et la reconnaître de par l'expérience.
Mais l'aventure expériencialiste permet d'éprouver, d'observer voire d'adopter pléthore d'éthiques différentes, expériences qui nous serviront à cerner le concept d'éthique, au même titre que le concept nous permettra de mieux critiquer, discriminer, distinguer, dans nos expériences.
Bref, c'est le va-et-vient nécessaire (voir dans le post) pratique-théorie-pratique, voire théorie-pratique-théorie.
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