Alain, Eléments de philosophie

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Alain, Eléments de philosophie

Message  Invité le Jeu 3 Déc 2015 - 21:00

Bonjour,

Je sollicite une nouvelle fois votre aide concernant un passage d'Eléments de philosophie, d'Alain. Les passages que je vais citer portent tous sur les lois de la nature, plus précisément sur l'existence ou non de loi de la nature ou bien de loi de l'esprit que l'on le plaque sur le réel sensible.
Il y a trois points en particulier que j'ai du mal à cerner:
Tout d'abord, il y dit : «Par ces remarques, on voudra bien comprendre en quel sens toute loi est a priori, quoique toute connaissance soit d'expérience. » Que signifie «toute loi est ''a priori''» ?


Enfin, un deuxième passage : «Il ne faut donc pas se demander si nous sommes surs que notre loi supposée est bien la loi des choses, car c'est vouloir que la nature primitive ait un ordre en elle, qu'il y ait d'autres mouvements derrière les mouvements et d'autres objets derrière les objets. Non pas ; c'est plutôt le chaos avant la création. Et à chaque éveil, oui, l'esprit flotte sur les eaux un petit moment. D'où l'on voit que l'entendement régit l'expérience, que la raison la devance et que, sous ces conditions seulement, l'expérience éclair l'un l'autre. [...[ Nos idées sont le tissu même du monde perçu.»

Premièrement je ne comprends pas ce qu'il veut dire par ''nature primitive'' ?
Et que veut-il dire par ''l'entendement régit l'expérience'' ?

Je vous remercie d'avance de votre aide
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Re: Alain, Eléments de philosophie

Message  Rêveur le Jeu 3 Déc 2015 - 21:36

morphée a écrit:Tout d'abord, il y dit : «Par ces remarques, on voudra bien comprendre en quel sens toute loi est a priori, quoique toute connaissance soit d'expérience. » Que signifie «toute loi est ''a priori''» ?
  L'a priori est ce qui s'oppose à l'a posteriori : c'est ce qui précède, vient avant, généralement l'expérience, et l'a posteriori ce qui succède, vient après, généralement l'expérience : ainsi, les mathématiques par exemple sont (ou peuvent être vues comme) a priori, elles ne nécessitent pas une expérience du monde, mais sont innées ; une expérience que je cite assez souvent est celle d'enfants à qui on présente une boîte vide, y mettant ensuite devant eux un Mickey, puis un deuxième Mickey, et leur montrant enfin le nouveau contenu de la boîte, qui les surprend 1° s'il y a un ou trois Mickey, mais pas 2° s'il y a deux balles, car le tout est pour ces enfants que le compte soit bon ; et de façon générale il faut pour comprendre le monde, ou du moins on peut supposer qu'il faut pour comprendre le monde, avoir des structures, des manières, de penser, des notions de temps, d'espace, de nombre, etc. : et au contraire la connaissance du cheval est a posteriori, il faut d'abord avoir vu un cheval ou en avoir entendu une description, on ne peut pas le deviner, sauf peut-être pour un pur platonicien.
  Et vous voyez bien l'apparente contradiction entre les deux propositions d'Alain : toute loi est a priori ; et tout connaissance est d'expérience : mais elle peut se résoudre en relevant qu'Alain n'écrit pas << toute loi est d'expérience >> mais << toute connaissance est d'expérience >> : de sorte qu'on peut dire que c'est toute connaissance de la loi a priori qui est d'expérience.
  Mais je ne peux dire quel usage précis Alain fait de ce mot, il faudrait un extrait plus long.



morphée a écrit:Enfin, un deuxième passage : «Il ne faut donc pas se demander si nous sommes surs que notre loi supposée est bien la loi des choses, car c'est vouloir que la nature primitive ait un ordre en elle, qu'il y ait d'autres mouvements derrière les mouvements et d'autres objets derrière les objets. Non pas ; c'est plutôt le chaos avant la création. Et à chaque éveil, oui, l'esprit flotte sur les eaux un petit moment. D'où l'on voit que l'entendement régit l'expérience, que la raison la devance et que, sous ces conditions seulement, l'expérience éclair l'un l'autre. [...[ Nos idées sont le tissu même du monde perçu.»

Premièrement je ne comprends pas ce qu'il veut dire par ''nature primitive'' ?

  Il me semble qu'il n'y a qu'à prendre ces deux mots dans leur acception directe... Disons qu'avant..."la création", il n'y a pas d'ordre, c'est le chaos. Mais je ne peux pas en dire beaucoup plus sur cette création sans trop m'avancer, car encore une fois il faudrait que j'aie accès aux idées précédentes. Mais de ça et de :


Et que veut-il dire par ''l'entendement régit l'expérience'' ?

  On comprend qu'il réfute l'empirisme et affirme que la raison précède ("devance") l'expérience, je ne fais que reprendre les mots du texte pratiquement, que donc ce n'est pas l'objet de mon expérience qui contient en lui-même l'ordre, mais que c'est moi qui ai cet ordre a priori...en moi...dans mon esprit...et que je comprends la réalité d'après lui. La nature ne semble pas contenir les mathématiques, il semble que ce soit moi qui la comprenne d'après elles, en faisant des calculs sur ce que j'observe.
  Mais donnez votre propre interprétation du texte ; si vous aviez compris le reste et globalement l'ensemble, vous ne demanderiez pas de précision sur ces mots.

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Re: Alain, Eléments de philosophie

Message  Invité le Ven 4 Déc 2015 - 20:38

Je pense avoir compris l'idée générale du texte, simplement j'avais peur de mal interpréter quelques termes.
Merci pour votre aide en tout cas
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Re: Alain, Eléments de philosophie

Message  Malcolm le Ven 24 Juin 2016 - 2:18

L'intervention de Rêveur est très intéressante, mais manque quelque peu à Alain.
morphée a écrit:«Par ces remarques, on voudra bien comprendre en quel sens toute loi est a priori, quoique toute connaissance soit d'expérience. »   Que signifie «toute loi est ''a priori''» ?
Il n'y a pas tant opposition de l'empirisme et du rationalisme, que la constatation élaborative de telle ou telle loi sur une base empirique, inductive et/ou abductive (régularités formalisées et/ou hypothèses/intuitions formulées).
A partir de quoi, finalement, nous obtenons telle ou telle loi qui, construite a posteriori l'expérience & expérimentations idoines, n'en procède pourtant jamais qu'a priori, c'est-à-dire avant toutes expériences & expérimentation futures (dans l'entre-deux de l'expérience & expérimentations idoines, et du calcul par la loi de toutes expériences & expérimentations futures, il y a élaboration légale).
Loi, en tant que tel, cela fonctionne a priori les faits : le de jure précède le de facto, quand bien même le de facto permit de soutirer le de jure à la longue, en loi.
D'où la "nature primitive" évoquée dans l'extrait suivant, "le chaos avant la création" : le magma factual ontologique (l'être - le donné - improbable chaotiquement), avant le pragma factuel ontique (les étants - les rendus - possibles créativement). Un de percepto tenant d'un de facto prime, précédant le de facto seconde ordonnancé, succédant lui-même au de jure (sorte de de principio) créé sur la base du de facto prime, chaotique quant à lui.
«Il ne faut donc pas se demander si nous sommes surs que notre loi supposée est bien la loi des choses, car c'est vouloir que la nature primitive ait un ordre en elle, qu'il y ait d'autres mouvements derrière les mouvements et d'autres objets derrière les objets. Non pas ; c'est plutôt le chaos avant la création. Et à chaque éveil, oui, l'esprit flotte sur les eaux un petit moment. D'où l'on voit que l'entendement régit l'expérience, que la raison la devance et que, sous ces conditions seulement, l'expérience éclair l'un l'autre. [...[ Nos idées sont le tissu même du monde perçu.»
Voilà, c'est l'explication alainienne de ce que je dis, et qu'il disait, bien plus simplement/succintement, peut-être indistinctement, que moi.
Moi qui prend - pour l'exemple - le propos d'Alain comme de facto prime, l'entendant/le rationalisant pour moi-même (de jure), avant que de le retraduire commentairement dans un de facto seconde.
Alain nous dit qu'il en va de même, antérieurement à tout, depuis nos perceptions originaires donnant de la matière chaotique à la pensée créatrice de pensé (élément pensé) légiférant la matière chaotique, désormais ordonnancée par l'entendement/la raison (matière ordonnancée).
Empiriquement, l'entendement/la raison (rationalisme) tiennent de la matière/du de facto prime, mais ils ont ce pouvoir créateur que de faire de cette matière/ce de facto, un de jure créé entenduement/raisonnablement, suite à quoi advient pour eux-mêmes une matière ordonnancée/un de facto seconde, entendable/raisonnable.
Ainsi la nature primitive est-elle le réel nu (l'être - le donné - improbable chaotiquement), et l'entendement régit-il l'expérience du réel (les étants - les rendus - possibles créativement).  Le de percepto (nature primitive, magma factual ontologique) devient le de principio (vécu entendable/raisonnable, pragma factuel ontique).
Je vous remercie d'avance de votre aide
Ça fait plaisir :bounce:
Alain est très-scientifique.

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