Une réfutation du fatalisme ?

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Une réfutation du fatalisme ?

Message  Invité le Mar 8 Déc 2015 - 18:33

Le fatalisme est l'idée selon laquelle tout arrive par nécessité.

Or, prenons un cas.
Je choisis diverses décisions que j'attribue au résultat de l'évènement qui va suivre : prendre la page 43 de l'annuaire et voir le nombre de lettres du 4ème nom à partir d'en haut. Par exemple, si ledit nom fait plus de 6 lettres, je mange un radis. S'il a 4 lettres, je jette le radis.
L'action que j'effectuerai d'après le résultat de l'évènement, ne sera-t-elle pas contingente ?

Merci, bonne journée.
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Rêveur le Mar 8 Déc 2015 - 20:43

Il y a en effet une idée commune qui veut qu'en lançant un dé, j'échappe au pouvoir de l'extra-terrestre du paradoxe de Newcomb*. Mais on oublie qu'un lancer de dé est encore nécessaire. On croit qu'un dé crée de l'aléatoire, de la contingence : mais un dé n'a a priori pas de pouvoir surnaturel, c'est un objet physique avec une certaine masse, une forme, etc., qui obéit aux lois de l'univers. Et si l'extra-terrestre peut prévoir tous mes actes, il peut aussi prévoir la puissance et la trajectoire que je donne à mon lancer, et ainsi prévoir le résultat.
De même dans votre exemple, si les fatalistes ont raison, tout est déjà écrit, ainsi bien sûr ce qui est écrit dans le livre :lol!: , l'a même pas besoin d'être écrit dans le livre du destin, il est déjà écrit dans ce livre, et bref, j'agis suivant une méthode nécessaire (4e lettre de etc.), en relation avec un environnement donné, tout aussi nécessaire. Donc je n'échappe pas du tout par là à la fatalité, et c'est pas plus contingent que les réactions des Français et des médias face aux résultats du FN.


* :Victor l'extraterrestre (paradoxe de Newcomb):

Victor est un extra-terrestre vivant sur une planète très loin de la nôtre. Sa civilisation est extrêmement avancée, bien plus que la nôtre. Ils ont, entre autre, construit une science très développée autour de la sociologie, de la psychologie, de l'ethnologie, de la zoologie.
Victor, au cours d'un voyage interstellaire, décide de visiter une planète bleue habitée par un peuple primitif qui détruit son habitat -curieux paradoxe pour Victor...mais là n'est pas le sujet.
Les membres de ce peuple primitif -appelés les hommes ou les humains- représentent pour Victor d'excellents sujets d'étude. Il les observe donc, note leurs habitudes, et grâce à ses compétences en psychologie et en zoologie, parvient vite à anticiper chacune de leurs actions.
Un jour, il réalise une expérience :
Il y a deux boîtes, A et B. La première -A- contient toujours un billet de 500€. La seconde -B- peut en contenir un de 5000€ (je ne sais pas si ces billets existent... On supposera que oui.) Le "participant" a le choix entre prendre le contenu des deux boîtes, ou ne prendre que le contenu de la boîte B. Victor prévient les participants : S'il juge qu'ils choisiront de ne prendre que B, il placera un billet en B. Dans l'autre cas, s'il pense qu'il choisiront également A, il ne placera pas de billet en B. Quel est alors le meilleur choix pour un humain ?
Voici deux réactions :

-Alceste va prendre B uniquement. En effet, il admire cet homme -qu'il ne sait pas extraterrestre- et sait qu'il est capable réellement de prédire les comportements humains. Un prophète du nouveau matérialisme -abouti ! Ayant assisté plusieurs fois à cette expérience, il a constaté que Victor ne s'était jamais trompé : quand les participants choisissaient A et B, il n'y avait de billet qu'en A. Quand ils choisissaient B seulement, ils y trouvaient un beau billet de 5000€. Si Alceste prend B, il gagnera donc dix fois plus d'argent que s'il choisit A et B. Mieux vaut-il donc laisser A.

-Pascal n'a aucun doute sur le meilleur choix à faire : il faut prendre A aussi ! En effet, Victor ne touche plus à ses boîtes après avoir placé les billets dedans. Faire un choix ne changera donc pas leur contenu. Le billet ne va pas disparaître ou s'incarner -pouf!- parce qu'on aura fait un choix ! Le contenu de B ne peut donc pas changer, il est statué, définitif. Il n'y a aucune raison de se priver de A. Pascal prendra B et A !

Et vous, qu'en pensez-vous ?
PS : Il manque des parenthèses à "boîte"...

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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Anormal le Mar 8 Déc 2015 - 21:36

Lacal a écrit:Le fatalisme est l'idée selon laquelle tout arrive par nécessité.

Or, prenons un cas.
Je choisis diverses décisions que j'attribue au résultat de l'évènement qui va suivre : prendre la page 43 de l'annuaire et voir le nombre de lettres du 4ème nom à partir d'en haut. Par exemple, si ledit nom fait plus de 6 lettres, je mange un radis. S'il a 4 lettres, je jette le radis.
L'action que j'effectuerai d'après le résultat de l'évènement, ne sera-t-elle pas contingente ?

Merci, bonne journée.

On peut dire beaucoup de chose du fatalisme, mais je crois que si l'on ne donne pas une perspective particulière à ce mot, on peut alors très vite s'en faire une fausse idée. Vous opposez votre choix ( supposé libre ou non) à la fatalité. Ce qui revient à s'exprimer sur le fait qu'il y a opposition entre liberté et déterminisme. C'est, en effet, un problème que tout le monde se pose un jour, pour peu que l'on se mette à considérer la vie sous un angle philosophique.

Cependant, si ce n'est déjà fait, vous aurez un jours à considérer la position des Stoïques, et vous lui trouverez probablement une certaine légitimité. Leur fatalisme, dans ce cas, s'oppose à la liberté radicale. En ce sens qu'ils admettent que beaucoup de choses ne relèvent pas de leurs choix, choses qu'ils acceptent pour le désagrément qu'elles produisent sans y ajouter la frustration de ne rien pouvoir faire pour que cela ne soit pas.

A l'opposé, il y a les rationalistes " purs et durs" qui pensent que l'on peut tout comprendre et donc tout prévoir et au pire, que ce n'est qu'une question de temps.( le problème dans ce cas, ce n'est pas qu'ils nient l'implication d'une cause surnaturelle, ce qui se conçoit très bien, mais qu'ils croient que la logique peut tout ,y compris comprendre l'Univers...)


NB: Nous sommes, tous , bien plus fatalistes que l'on ne pourrait le croire de prime abords. Je rencontre tous les jours des gens plus jeunes, plus beaux, plus intelligents etc que moi; et il faut bien que je m'y fasse... Alors, bien sûr, je peux recevoir une tuile sur la tête et incriminer la fatalité, mais à la seule condition de crier très fort pour que cela m'aide à passer le cap de la douleur, sans quoi je n'aurais pas fini de remettre en cause l'ordre du monde. L'accident est, par définition, ce qui n'est pas prévisible et c'est peut-être aussi ce qui a permis que l'intelligence apparaisse chez le petit d'homme, car autrement votre capacité à vous questionner sur la dimension aléatoire de manger ou pas un radis serait radicalement déterminée ( ce qui n’arrangerait pas votre affaire d'homme " libre". A moins que je ne me trompe...?)

En gros, si vous voulez la liberté, il faut accepter la fatalité, car autrement Tout est déterminé et votre questionnement n'est pas le vôtre ( à moins, bien sûr, que vous soyez croyant.)

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Le déterminisme me mine

Message  Invité le Jeu 11 Aoû 2016 - 14:47

Bonjour à tous,

Cela fait quelques temps que certaines questions d'ordre philosophique me taraudent. Mais, jusqu'alors, elles n'étaient que des mouches, tout au plus bourdonnaient-elles près de mes oreilles et je pouvais les chasser sans problème. Il y a quelques jours, j'ai décidé d'essayer d'y répondre. Et j'ai le sentiment que c'est la pire décision que j'ai jamais prise de ma vie. Les conclusions auxquels j'aboutis sont tout simplement insoutenables. Au fond de moi, j'ai comme l'intuition qu'elles sont fausses, et j'espère de tout coeur qu'elles le sont! mais cela n'empêche qu'elles me harcèlent sans arrêt. J'y pense nuit et jour, je peine à dormir, je perds goût à certaines choses de la vie... C'est comme si 'j'avais retiré le bandeau qui voilait mes yeux et sur lequel il était écrit "BONHEUR".

Tout a commencé par un documentaire, Making A Murderer, qui raconte grosso modo comment un innocent a écopé de 20 ans pour un crime qu'il n'avait pas commis. Ce n'était pas précisément le sujet du documentaire, mais j'ai commencé à m'interroger sur les psychopathes. Comment devient-on psychopathe? Quelles sont les raisons qui les poussent à agir ainsi ? Je ne comprenais effectivement pas quel était l'intérêt d'être psychopathe. S'il n'y a pas d'intérêt à l'être, alors c'est qu'ils n'ont pas choisi sciemment de l'être, ai-je pensé. Par conséquent, cela voudrait-il dire qu'ils ne sont pas vraiment coupables ?

J'ai poursuivi ma réflexion et me suis interrogé sur le bien et le mal. Pourquoi certaines personnes font-elles le bien et d'autres le mal ? Et quel intérêt y-a-t-il à faire le mal ? Il me semble que faire le bien est utile en ce qu'il nous procure à la fois du plaisir à nous et aux autres: lorsque nous offrons un cadeau, à la fois nous satisfaisons la personne et nous-mêmes (le plaisir de faire plaisir). Mais le mal, lui, est à sens unique. Serait-ce donc une question de nature ? Certaines personnes seraient-elles nées "bonnes" et d'autres "mauvaises" ? Oui, mais alors, si c'est une affaire du déterminisme, il n'y aucune raison, ni de louer ceux qui font le bien (puisqu'ils obéissent à leur nature), ni de blâmer ceux qui font le mal (idem). L'on pourrait rétorquer que lorsque nous posons un acte, nous nous référons à des principes moraux et que, en fonction de notre niveau d'adhérence avec eux, nous décidons de poser tel ou tel acte. Oui, mais qu'est-ce qui fait qu'un homme va plus ou moins adhérer à certains principes moraux ?

J'ai encore continué un peu (pour mon plus grand malheur) la réflexion. M'interrogeant sur les raisons qui poussent l'homme à agir de telle ou telle façon, je me suis penché sur le déterminisme. "L'homme croit être libre parce qu'il ignore les causes qui justifient ces actes" Jusqu'alors, j'avais toujours cru à l'existentialisme, je trouvais cela beau qu'un homme soit totalement libre de façonner sa destinée (je suis un grand romantique). Mais force est de constater que le déterminisme me semble l'explication la plus plausible. Cela me semble effroyable, car j'ai l'impression de ne jamais poser sciemment chacun de mes gestes. D'ailleurs, je me livre sans cesse à un exercice horrible qui consiste à me demander quelles sont les causes qui ont déterminé tel ou tel geste que je fais (même pour des choses aussi débiles que choisir un DVD).

Je ne sais vraiment plus où j'en suis. J'aimerais revenir en arrière et ne pas avoir conscience de tout cela... Revivre comme avant, dans l'insouciance. Au fond de moi, j'ai l'impression que cette explication n'est pas la bonne. Qu'elle est presque "trop séduisante". Que si l'homme n'était vraiment pas libre, ça se saurait. Mais rien à faire, je n'arrive pas à m'en débarrasser, et tout cela me rend triste. Je n'ai que 19 ans, je suis un mec qui a toujours aimé s'amuser, etc, et j'ai peur de ne jamais plus pouvoir être heureux. Et j'ai aussi peur de gâcher ma vie à cause d'un raisonnement qui me semble juste mais qui est en réalité erroné. Dire de moi que je suis pour l'instant une boule d'angoisse serait donc un bel euphémisme.

J'aimerais avoir vos avis là-dessus. J'ai essayé d'en parler autour de moi mais tout le monde me rétorque que ce sont des questions à la con, et il n'y a finalement jamais de réel débat. Je ne sais vraiment plus vers qui me tourner et la vie me semble depuis quelques jours réellement horrible, alors que j'ai toujours été plus ou moins heureux jusqu'ici. Si vous pouviez m'aider et éclairer mes erreurs, je vous en serais très reconnaissant.

Merci :)


Dernière édition par Napoléon Blum le Jeu 11 Aoû 2016 - 16:40, édité 1 fois
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Gaes le Jeu 11 Aoû 2016 - 15:12

C'est radicalement paradoxal comme raisonnement : je comprend mieux comment fonctionne le monde, donc j'ai maintenant peur de celui-ci.
Il faut prendre les choses un peut plus objectivement, indépendamment de toute émotion : Je comprends le monde, donc maintenant je suis prêt à mieux l'affronter.

Tes émotions négatives ne sont relatives qu'à ta personne. Tu devrais plutôt être satisfait de savoir que tu n'as aucun libre arbitre et que le monde est parfaitement déterministe.... Cela te permet d'agir en fonction de l'information récemment acquise. Maintenant, tu peux par exemple te dire que la totalité de chaque information que tu penses a une cause, que tu n'as pas réellement de contrôle sur ta psychologie. Tu vas pouvoir aborder pleinement le concept d'introspection ;)

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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Invité le Jeu 11 Aoû 2016 - 15:39

Gaes a écrit:Tu devrais plutôt être satisfait de savoir que tu n'as aucun libre arbitre et que le monde est parfaitement déterministe.... Cela te permet d'agir en fonction de l'information récemment acquise. Maintenant, tu peux par exemple te dire que la totalité de chaque information que tu penses a une cause, que tu n'as pas réellement de contrôle sur ta psychologie.

Je ne vois pas ce qu'il y a de satisfaisant là-dedans. Je trouve ça plutôt horrible que l'on ait pas réellement de contrôle sur notre psychologie... Quid alors du bien et du mal? De l'imputabilité ?

Si tu pouvais un peu m'éclairer sur le concept d'introspection car Wikipédia n'en dit pas grand chose :)
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Malcolm le Jeu 11 Aoû 2016 - 15:45

Gaes, tu es tellement bienveillant "de but en blanc" ...

Bienvenue Napoléon Blum, je vais me pencher sur ton texte :)
Dans l'immédiat, ta "révélation" m'évoque une allégorie de la caverne (Platon) inversée : comme si tu avais découvert le lac de lave qui risquait toujours d'entrer en éruption dessous la caverne ...
Au plaisir, donc.

Texte qui, en tout état de cause, me semblerait plus approprié en Expression libre (avis aux tenanciers).

*

Napoléon Blum a écrit:Cela fait quelques temps que certaines questions d'ordre philosophique me taraudent.
Je suppose en vérité que cela nous taraude chacun à notre niveau. Je me souviens d'une adolescente qui me montrait un propos du chanteur de Tokyo Hotel, disant vouloir "jouer de la musique pour l'éternité". Ça n'a l'air de rien comme ça, mais ça confronte au moins à la mort en sourdine, par-delà le romantisme de la chose.
Napoléon Blum a écrit:Mais, jusqu'alors, elles n'étaient que des mouches, tout au plus bourdonnaient-elles près de mes oreilles et je pouvais les chasser sans problème.
Quand on est pris dans le dévalement quotidien des choses, normal.
Napoléon Blum a écrit:Il y a quelques jours, j'ai décidé d'essayer d'y répondre.
Noble effort.
Napoléon Blum a écrit:Et j'ai le sentiment que c'est la pire décision que j'ai jamais prise de ma vie. Les conclusions auxquels j'aboutis sont tout simplement insoutenables.
Oui, c'est comme Néo dans Matrix, qui prend la pilule rouge et non la bleue.
Napoléon Blum a écrit:Au fond de moi, j'ai comme l'intuition qu'elles sont fausses, et j'espère de tout cœur qu'elles le sont! mais cela n'empêche qu'elles me harcèlent sans arrêt. J'y pense nuit et jour, je peine à dormir, je perds goût à certaines choses de la vie... C'est comme si 'j'avais retiré le bandeau qui voilait mes yeux et sur lequel il était écrit "BONHEUR".
Lequel bonheur ? Celui de Syfer, dans le même film ?
N.B. a écrit:Tout a commencé par un documentaire, Making A Murderer, qui raconte grosso modo comment un innocent a écopé de 20 ans pour un crime qu'il n'avait pas commis. Ce n'était pas précisément le sujet du documentaire, mais j'ai commencé à m'interroger sur les psychopathes. Comment devient-on psychopathe? Quelles sont les raisons qui les poussent à agir ainsi ? Je ne comprenais effectivement pas quel était l'intérêt d'être psychopathe. S'il n'y a pas d'intérêt à l'être, alors c'est qu'ils n'ont pas choisi sciemment de l'être, ai-je pensé. Par conséquent, cela voudrait-il dire qu'ils ne sont pas vraiment coupables ?
L'éternel questionnement sur la folie & la sagesse, oui.
J'ai poursuivi ma réflexion et me suis interrogé sur le bien et le mal.
A-t-il un lien avec la morale. Vraie question.
Pourquoi certaines personnes font-elles le bien et d'autres le mal ? Et quel intérêt y-a-t-il à faire le mal ? Il me semble que faire le bien est utile en ce qu'il nous procure à la fois du plaisir à nous et aux autres: lorsque nous offrons un cadeau, à la fois nous satisfaisons la personne et nous-mêmes (le plaisir de faire plaisir). Mais le mal, lui, est à sens unique. Serait-ce donc une question de nature ? Certaines personnes seraient-elles nées "bonnes" et d'autres "mauvaises" ? Oui, mais alors, si c'est une affaire du déterminisme, il n'y aucune raison, ni de louer ceux qui font le bien (puisqu'ils obéissent à leur nature), ni de blâmer ceux qui font le mal (idem). L'on pourrait rétorquer que lorsque nous posons un acte, nous nous référons à des principes moraux et que, en fonction de notre niveau d'adhérence avec eux, nous décidons de poser tel ou tel acte. Oui, mais qu'est-ce qui fait qu'un homme va plus ou moins adhérer à certains principes moraux ?
Certains préconisent de traiter les "déviants" comme des malades, de les psychiatriser plutôt que de les emprisonner. Ce qui pose la question de savoir dans quelle mesure la psychiatrie est au service de la morale, ou l'inverse.
J'ai encore continué un peu (pour mon plus grand malheur) la réflexion.
"Malheur", rapport à ta foi dans le libre-arbitre, oui. Mais notre arbitre est-il inversement serf ?
M'interrogeant sur les raisons qui poussent l'homme à agir de telle ou telle façon, je me suis penché sur le déterminisme. "L'homme croit être libre parce qu'il ignore les causes qui justifient ces actes" Jusqu'alors, j'avais toujours cru à l'existentialisme, je trouvais cela beau qu'un homme soit totalement libre de façonner sa destinée (je suis un grand romantique). Mais force est de constater que le déterminisme me semble l'explication la plus plausible. Cela me semble effroyable, car j'ai l'impression de ne jamais poser sciemment chacun de mes gestes. D'ailleurs, je me livre sans cesse à un exercice horrible qui consiste à me demander quelles sont les causes qui ont déterminé tel ou tel geste que je fais (même pour des choses aussi débiles que choisir un DVD).
Sauf que la physique quantique (ne m'en demande pas plus) voit de l'indéterminisme à l’œuvre, à son niveau.
Je ne sais vraiment plus où j'en suis. J'aimerais revenir en arrière et ne pas avoir conscience de tout cela... Revivre comme avant, dans l'insouciance. [...] rien à faire, je n'arrive pas à m'en débarrasser [de ma réflexion], et tout cela me rend triste.
Tu veux pactiser avec l'agent Smith comme Syfer ? *Lol* :
Au fond de moi, j'ai l'impression que cette explication n'est pas la bonne. Qu'elle est presque "trop séduisante".
si l'homme n'était vraiment pas libre, ça se saurait.
C'est un débat éternel en philosophie.
Grosso modo, dans les termes opposables du libre- ou serf-arbitre. Mais attention : que l'indéterminisme quantique existe, ne signifie pas que "quelque chose" ne provient pas de "quelque part" indéterminablement, au plan causaliste, voire déterministe.
Mais "ça" pourrait très bien avoir son espèce de singularité créatrice, pour autant qu'on l'entende. C'est ce que pense Heidegger par exemple, avec l'ouvertude du Lâtre.
Je n'ai que 19 ans, je suis un mec qui a toujours aimé s'amuser, etc, et j'ai peur de ne jamais plus pouvoir être heureux.
Tu as donc "toute la vie devant toi" pour digérer tout ça, qui d'ailleurs n'empêche pas de s'amuser, quand on y pense. Mais c'est une véritable expérience philosophique en effet, que d'être transformé/(ré)curé ainsi. Comme ça d'un coup, ça fait un vide :) Des Chinois pensent que le Vide est créateur ...
Et j'ai aussi peur de gâcher ma vie à cause d'un raisonnement qui me semble juste mais qui est en réalité erroné. Dire de moi que je suis pour l'instant une boule d'angoisse serait donc un bel euphémisme.
C'est méthodique. L'angoisse, elle, est formatrice selon ledit Heidegger : elle te confronte à ton être-au-monde dans toute sa significativité, quand bien même elle est soudain blessée.
J'aimerais avoir vos avis là-dessus. J'ai essayé d'en parler autour de moi mais tout le monde me rétorque que ce sont des questions à la con, et il n'y a finalement jamais de réel débat.
Notre époque "n'aime pas" ce genre de débat qui "manque de fun", tandis qu'elle s'y perd (dans le fun) en croyant qu'on se perd (dans ce genre de débat) alors que ça permet de se situer. Bienvenue à Avalon. ;)
Je ne sais vraiment plus vers qui me tourner et la vie me semble depuis quelques jours réellement horrible, alors que j'ai toujours été plus ou moins heureux jusqu'ici. Si vous pouviez m'aider et éclairer mes erreurs, je vous en serais très reconnaissant.
Je pense que tu es bien tombé.
Au passage : tu écris très bien, je tenais à le souligner, vue "l'époque" : cela te prédisposait certainement à découvrir l'Île des Héros ;)
Merci :)
A toi aussi, et à ta santé ! :drunken: ☀
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Invité le Jeu 11 Aoû 2016 - 19:12

Merci pour cette réponse. Ça ne répond pas à toutes mes questions, mais ça fait du bien un peu de positivité :), on se sent moins seul.

Au final, j'arrive de plus en plus à la conclusion, paradoxale, qu'il est parfois raisonnable de se rendre compte que la raison est inopérante en certains cas. Je remarque que la plupart de mes démarches philosophiques suivent le même schéma:

J'ai l'intuition d'une chose (le monde est parfait par exemple) => Je doute de cette chose en usant de la raison => Et finalement je me rends compte que mon intuition première était correcte, laquelle s'en trouve renforcée.

Et puis il faut peut-être accepter que certaines questions n'ont pas de réponse... Mais bon, c'est plus facile à dire qu'à faire.

Je vais aller jeter un coup d'oeil à cette histoire de Lâtre. J'avais déjà lu un truc sur Heidegger (c'était sur la vie inauthentique je crois) et ça m'avait vachement plu :)
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Kal' le Jeu 11 Aoû 2016 - 19:26

Napoléon Blum a écrit:Quid alors du bien et du mal? De l'imputabilité ?

Le bien et le mal n'existe tout simplement pas, du moins en soi ; ce sont des concepts moraux subjectifs issus de l'interprétation d'un événement vis-à-vis d'un sujet (cf. Nietzsche Par-delà le bien et le mal). Quant à l'imputabilité, pour parler comme Kant, c'est une illusion moralement nécessaire.

En ce qui concerne le déterminisme, quand bien même il n'existerait pas au niveau microscopique ou macroscopique de l'univers, sont existence reste néanmoins possible dans notre sphère classique. L'homme n'est pas un empire dans un empire, disait Spinoza.
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Malcolm le Jeu 11 Aoû 2016 - 19:57

Ça ne répond pas à toutes mes questions,
Ce n'était mon objectif, puisqu'il s'agissait avant tout de calmer l'angoisse. Pourtant, au-delà, je t'ai posé plein de questionnements "subliminaux" sur le bien & le mal, la psychiatrisation, le normal, etc. auxquels ce n'était pas le moment de répondre. Réponse-sédative ;)
Le bien et le mal n'existe tout simplement pas, du moins en soi ; ce sont des concepts moraux subjectifs issus de l'interprétation d'un événement vis-à-vis d'un sujet (cf. Nietzsche Par-delà le bien et le mal).
Oui mais c'est un peu dogmatique, comme façon d'employer Nietzsche, qui parle certes d'un bon & d'un mauvais de soi (chacun). Premier point. Second point, Nietzsche ne nie pas les mœurs & moralité idoine : il les démantèle par contre immoralistement, afin de saisie intellectuelle (nihiliste "en soi") permettant alors une sur-détermination de soi, moralement ou, at least, morellement (en termes de mœurs). Au reste, il appert assez nettement que certaines formes de relation disposent à certains phénomènes sociaux semble-t-il indépassables en l'état.
En ce qui concerne le déterminisme, quand bien même il n'existerait pas au niveau microscopique ou macroscopique de l'univers, sont existence reste néanmoins possible dans notre sphère classique. L'homme n'est pas un empire dans un empire, disait Spinoza.
Certes, mais Nietzsche justement, ajouterais probablement semble-t-il, ou quelque chose dans le genre. D'ailleurs, il mena une critique sérieuse du causalisme - sans parler d'un antécédent humien : la causalité n'est jamais qu'une accoutumance. Rien ne la fonde en soi.
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

Message  Propos le Jeu 11 Aoû 2016 - 20:13

C'était un raccourci sans nuances ; dogmatique dans la forme, donc, par souci de facilité. Nietzsche ne fait jamais dans la bichromie, en effet.
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Re: Une réfutation du fatalisme ?

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